‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 26 sur 100 · ORE3TP · texte numérisé non relu

ORE3TP

Expliquez^vous, ma sœur, et ne craignez point de faire connaître vos.s^itiyaiens. Egisthe n'a au-* cun droit à vos égards. Nous nous étions voué une. haine irréconciliable..

1 lO ÉLBGTRE ,

ELECTRE

Oui , c*est assez me contraindre. Par où oommencerai-je les reproches dont je voudrais t'acca^ hier? quel sera mon dernier outrage? quels discours vais-je t'adresser? Chaque jour au lever de Taurore, je méditais les reproches que je pour* rais te faire en face, si jamais j'étais libre de mes anciennes frayeurs. Je le suis maintenant. Je vais te rendre les outrages que tu m'as faits et dont j'aurais voulu t'accabler vivant. Tu m'as perdue, tu as perdu mon frère, tu nous as rendus l'un et l'autre orphelins d'un tendre père, sans qu'aucune offense pût excuser ton crime. Toi qui n'as point vu les champs phrygiens, lu as fait périr le héros qui a conduit contre Tf oie les armées de la Grèce, et tu as formé avec son épouse les nœuds d'un détestable hyménée. As -tu donc poussé la folie jusqu'à te flatter qu'elle ne te ^rait point infidèle, cette femme que tu n'épousais qu'après avoir souillé la pureté de la couche nuptiale? Que le séducteur qui conx>mpt une femme et nourrit en secret de coupables amours , ne compte point sur la vertu de celle ^u'îl a déshonorée , s'il est forcé de la recevoir pour épouse. CW luip^traïkge erreur de croire qu'après avoir violé la pudeur, elle la respectera désormais. Makre de l'épouse et du palais d'Âgamemnon, tu croyais vivre heu-

GCRAGÉDIB d'eURIPIDË. lii

reuiC; et tu menais une vie pleine de tourmens. Tu te sentais lié au sort d'une femme impie; ma mère savait qu'elle était unie à un époux criminel. Méchans l'un et l'autre, vous aviez le juste salaire de vos œuvres'; elle portait le poids de ton crime? et tu portais le poid^du sien. Tu entendais les Argiens dire sans cesse autour de toi : a Cet » homme appartient à sa femme, bien loin de la » posséder. » Il est honteux sans doute de voir une maison où une femme commande et dont le maître est sans pouvoir. Qui pourrait ne pas s'indigner en voyant de^ enfans qu'on n'appelle point du nom de leur père, mais du nom d'une femme? En s'alliant à une épouse d'un rang illustre et audessus de sa naissance , un homme tombe d^s l'oubli , on ne nomme plus que celle qui l'a élevé jusqu'à elle. Mais ce qui a trompe surtout ton ignorance , le voici : tu te flattais de sortir du néant à la faveur des richesses dont tu étais devenu possesseur. Et la richesse même qu'est-elle, sinon une compagne passagère qui suit quelques instans le cours rapide de la vie? La vertu » est ferme, mais la richesse est chancelante. L'une demeure iixébranlable et lève la tête ^ sans frayeur, l'autre vouée à l'injustice et livrée au commerce

' Le naturel , le caraetére.

' Ou , selon les éd^ons ordinaires : ^ L'une enlève les maux.'

112 ELECTRE

des mëchans, fait fleurir un instant leurs maisons et s'échappe d'une aile fugitive.

Je tairai tes crimes envers mon sexe, il. ne sied pas à une vierge de les raconter : je dois les cou* vrier d'un voile,... mais non les dissimuler. Rien n'égalait ton insolAice, tu commandais dans le palais des rois, tu triomphais de ta beauté. Pour moi puissé-je n'appartenir jamais à un époux dpué de cette beauté virginale , mais bien d'une mâle vertu. Car les fils d'un tel homme sont des disciples de Mars; les autres ne sont propres qu'à faire l'ornement des chœurs. Sois maudit à jamais, lâche , qui n'as rien su prévoir. Porte la peine des crimes dont je viens de te convaincre ; et périsse avec toi quiconque est méchant comme toi! Que personne désormais, pour avoir fait un premier pas heureux , ne se flatte d'avoir vaincu la justice, jusqu'à ce qu'il touche à la borne et qu'il ait achevé la course entière de la vie.

LE CHOEUR

Il a commis d'effrayans attentats. Vous lui faites subir l'un .et l'autre un effrayant supplice. La justice a un gr^nd pouvoir.

ORESTE

Fidèles serviteurs, portez ce corps dans la maisouid'Electre , cachez-le dans un lieu obsciu*, afin que ma mère qui ne tardera pas d'arriver en ces

TRAGÉDIE D*EfJRIPIDE. Il5

lieux, ne puisse l'apercevoir, avant d'être elleméqfie atteinte du coup mortel.

ELECTRE

N achève pas.... Changeons de discours.

ORESTE

Quoi?.. Sont-ce des hommes envoyés de Mycènes que j 'aperçois ?

ELECTRE

Non , c'est ma mère , c'est celle à qui je dois la vie.

ORESTE

Elle vient à propos se jeter elle-même dans nos rets.

ELECTRE

Dans son char et dans sa parure, elle étale un . luxe fastueux.

ORESTE

Qu'allons-nous faire?... Egorgerons-nous une mère?

La pitié s'empare-t-elle de toi à l'instant où cette mère s'oflFre à ta vue?

ORESTE

Hélas! Comment immolerais-je celle qui m'a noun-i , qui m'a porté dans ses flancs?

Il4 ELECTRE,

ELECTRE

Comme elle a immolé ton père et le mien.

OR ESTE

Phébus ! Tu as prononcé un oracle insensé. . .

ELECTRE

Si Apollon ^t insensé, qui donc est sage?

ORESTE

Tu m'ordonnes de tuer ma mère, tu me commandes un crime.

ELECTRE

T'exposes-tu à la peine, en vengeant un père?

ORESTE

Meurtrier de ma mère, bientôt je serai proscrit , moi qui , dans cet instant , suis innocent encore.

En défendant la cause de ton père , te rends-tu coupable d'impiété?

ORESTE

Je serai puni d'avoir versé le sang de ma mère.

iLECTRE.

A qui donc laisses-tu le soin de venger l'auteur de tes jours?

TRAGÉDIE D*EUKIPIDE. Il5

i OREST^.

N'est-ce point le noir Alastor» qui m'a parlé sous la forme d'un dieu?

ELECTRE

Assis sur le sacre trépied?... Je n'ai point foi à de telles illusions.

ORESTE

Et moi je ne croirai jamais qu'un tel oracle soit saint.

ELECTRE

Que dis-tu ?. . Prends garde que ton cœur amolli ne se livi-e à la lâcheté.

OR ESTE

Dois- je donc enfin lui tendre le même picge?...

Oui , le même que celui dans lequel elle a fait tomber son époux^,

ORBSTB.

Entrons. . . . J'affronte un 'effrayant danger. . . . Je commets un criihe exécrable . . . Puisque tello est la volonté des dieux , je me soumets ... combat doux et amer tout à la fois!

^ Mauvais génie.

' Cette traduction suppose une correcthon proposée par Musgra?e. Le P. Bruœoy a traduit dans soq extrait le texte des iDanuscrits.

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