‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 11Chapitre 58 sur 100 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

LES MtMES , ULYSSE reweua.

ULYSSE} au Cycldpe.

Seigneur, daignez m'écouter : car je connais mieux que personne ce dieu Bacchus , dont je vous ai îaÀt connaître la liqueur.

LE CTCLOPEiëclatant de rire.

Bacchus un dieu ! et quelle espèce de dieu , s'il vous plaît?

' Ce mot de Printemps lemble marquer que cette pièce fut jouée aux Dionysiaque* célébrées yers le printemps , et dans la

vaici

d'euripids. a55

I7LTSSB.

Ne vous en moq[uez pas. C'est le plus considérable dieu qu'il y ait au monde pour l'agrément delà vie.

Polyphéme ne répond à cela que par une impertinence^ qui marque moins l'impiété à l'égard du polythéisme , que le mépris constant qu'on avait alors des fables poétiques , ainsi que j'ai cru le prouver.

ULYSSE

Pourqpioi rejeter ce dieu? il ne fait point de mal aux mortels.

LE GYGLOPE.

M ais^,dites-moi^ quel goût bizarre pour un dieu de se loger dans une outre?

TJLTSSE.

C'est bien le plus docile et le plus bénin petit dieu qui se puisse voir. Mettez-le où vous voudrez. Il s'y tient doux et coi.

LE CYGLOPE.

Mais sied-il à des divinités d'habiter dans des peaux?

ULYSSE

Beau sujet de s'en offenser! Si l'hôte vous plaît , que vous importe son domicile?

26U IX GTGLOn

LB CTCLOPE.

D a parbleu raison. Cette peau me choque à la véritë : mais j'aime la liqueur qu'elle recèle.

ULYSSE

Croyez-moi donc enfin. Demeurez ici ; buvez d'autant^ et tenez-vous l'esprit libre.

LE GYCLOPE.

Mais pourquoi ne pas faire part de mon bonheur à mes frères?

ULYSSE

Pourquoi? Ne le voyez-votis pas? Tant que vous serez seul heureux , vous en serez plus honoré. Rien n'est tel que le privilège exclusif.

LE GYCLOPE.

Mais si je partage ma félicité , j'en serai plus utile.

ULYSSE

Ce n'est plus l'usage. Un bien partagé est sujet à dispute. Ignorez- vous que Comtis ' aime la discorde et les querelles?

LE GYCLOPE.

Que m'importe? Dussé-je m'enivrer , que m'ar-

' Dieu des festins.

i)*Etrïiiipii>B* 253

riverait-il? Est-il un mortel assez hardi pour m'attacjuer?

ULYSSE

Le proverjje le dit ; on doit se tenir chez soi quand on a bu.

LB CTCI.OPB.

Autre proverbe plus sensé. Fou est le buveur qui n'aime pas Comus et les convives.

ULYSSE

Fou I ; passe pour le vôtre; mais le mien est sage.

LE GYCLOFE.

Çà, tenons conseil. Qu'en penses-tu. Silène?

Faut-il demeurer ou non ?

C'est toujours Silène que consulte Polyphême, vrai modèle d'un maître esclave d'un domestique , qui a pris la supériorité à force de se rendre nécessaire.

SILÈNE

Demeurez, c'est mon avis. Quel besoin ayez-vous de parasites?

LEGYGLOPE.

Le gazon fleuri où sont les Gyclopes m'invite , je l'avoue , à quitter ce rocher.

' Je n*ai pu rendre aatrentent l'équivoque gracieuse du texte.

256 l'B CTOLOK

8ILB9B.

Eh! n'est-il pas doux de boire au milieu des ardeurs du soleil? Croyez-moi ^ couchez-vous par terre, et buvez.

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