‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 29 sur 112 · LES MÊMES ^ EURIPIDE · texte numérisé non relu

LES MÊMES ^ EURIPIDE

EURIPIDE sans se montrer.

Je n'ai pas le loisir.

Laissez-vous au moins voir , élevé sur votre machine tragique *.

EURIPIDE

C'est impossible*

par M. Bniack : il l'a conaerrëe, quoiqu'il eût jptéêéré avec raison : xccXû </ XsXXii^ç, Je cite cet exemple sur miHe, pour donner une idée du goût de ce savant éditeur , et de son respect pour les aneiénnes leçons. Ghellide, bourg de FAttique.

< «X>' ix^uAi$^t*\ voilà peu de mots pour plus d'une ligne d« f rançais.La plupart des interprètes, remarque très-bien M. Brunck, n'ont pas [su la yraie signification 'de ce mot. C'est pour cela que le traducteur italien lit : Yien à la fenestra. £xxvxà|/t« était une machine à l'aide de laquelle on faisait paraître ou disparaître àeê personnages sur la scène. Voyez Pollux, IV, iiS, cité et corrigé dans cet endroit par M. Bruncl, tom. I de son Aristo^ phane,dans les notes, pag. 90. Cette machine serrait à faire paraître les dieux et les héros : elle remplissait sur le théâtre des anciens , l'effet de nos machines avec lesquelles nous £uson8 descendre , sur nos théâtres, les dieux portés en apparence par les nuées. Ainsi Aristophane jette du ridicule sur Euripide en lui faisant dédaigner de s'avancer en marchant comme un homme ordinaire sur la scène. C'est ainsi qu'il plaisante Agathon ( Thésmosphor. v. 96. ), autre poëte mol, efféminé, qu'il a sacrifié à l'antipathie qu'il vouait à tout ce qui contrastait avec son ca^» ractère.

DIGJEOPOLIS.

Mais cependant. ...

EURIPIDE

Eh bien, je vais me faire voir : mais je ne descendrai pas i.

Il parait.

DICiEOPOLIS.

Euripide. ...

EURIPIDE

Qu'avez-vous tant à crier?

DICJEOPOLIS.

us éleviez de la sorte mposer vos tragédies?

héros sont boiteux ^.

)yablement vêtu : ce de vos personnages irpris si vous les ha- Prosterné à vos pieds , ej: Euripide, prêtez-

' Cette jnachine était une tour élevée.

'xfo^^»s icouti» Eschyle traite Euripide (Grenouil. y. 945.) de X^Wetov. Aristophane , dans Tun et T/iutre endroit, fait allusion à Philoctète, à Téléphe et à Bellérophon, qu'Euripide repré- «ente boiteux. Ce qui n'est pas étonnant, dit n^échanunent Dicaeopolis, puisqu'ils tombent d'une machine si fort élevée, où vous iet fabriquez.

74 LES ACHARNIENS,

moi quelqu'un des lambeaux dont vous décorer

vos anciens héros. « Car il me faut jEaire à ce peuple » un long discours, qui, étant mal dit, me pro- M curerait la mort. »

EURIPIDE

Lesquels voulez-vous? Serait-ce ceux avec lesquels OEnée , cet infortuné vieillard , se présenta dans la lice?

DIGJEOPOLIS.

Ce n'est pas cela : il y en a qui revêtirent un héros dans un état encore plus déplorable.

EURIPIDE

Voulez-vous ceux de l'aveugle Wiœnix?

DICJEOPOLIS.

Non , non , vous dis-je. Celui dont je veux pafrler , était encore plus malheureux que Phc^nix»

EUrKIDE.

De qui veut-il donc parler? Sêrait-cé dé Vitifortuné Philoctète?

DICJEOPOLIS.

Point du tout. Celui-là était plus au dépourvu que Philoctète même.

EURIPIDE

Serait-ce du Boiteux Bdlérophoft, avec ses vêtemens crasseux? x

DIGiEOPOLIS.

Bath, Bellërophon! Mon homme était boiteux , gueux , bavard et diseur .

EURIPIDE

Ah ! Je le tiens. C'est Télèphe le Mpien.

DIGJEOPOLIS.

ce Justement : ce sont ses haillons que je demande* )>

EtTRlPIDE.

Garçon, appcS'te-moi « les habits déchirés de Télèphe ; on les trouvera sur ceux de Thyeste , et aurdessous de ceux d'Ino. »

îi-bas " ! Permettez a misère la plus afi mon égard , Eu- Jier de m'accorder pre à ces haillons ; ît mysien. Car en

' d^Mrrec et xoerMT») sont def ëpithètes de Jupiter. Aristophane les emploie, obserye très-ingénieusement M. Brunck, par allu* tien an mauvais état des yèteiûens en <piestion , percés et troués de tous, côtés, à travers lesquels on voyait tout ce qn'on voulait Le traducteur italien aura lu un peu ditiTéremmènt dans "Son exemplaire : Giove ! De straci di sopra lucidi, di sotto lucidi, e da ogni parte mi vestiro.

76 LES ÀGHARNIENS^

ce jour il me faut feindre le gueux j être sinon tel que je suis y du moins tel que je veux paraître ' : Etre riche aux yeux des spectateurs , et pauvre en apparence^ aux yeux de ces sots Acharniens, que je veux amuser par de vaines paroles.

EURIPIDE

Soit : ou ne peut se refuser à vos projets ingénieux*

DIGJEOPOLIS.

Que les dieux reconnaissenf vos bienfaits et comblent mes vœux à P égard de Télèphe ^ ! Courage ! Oh ! comme le hahil me vient ! Mais j'ai besoin aussi d'un bâton de mendiant

EURIPIDE

Tenez en voilà un, et retirez-vous de cette porte.

DIGJEOPOLIS à part.

Voyez donc, comme il me repousse déjà : il s'en faut cependant encore beaucoup , que je ressemble parfaitement à un gueux. Allons , prenons courage : demandons, qxiétons, importunons. Ëu-

I Ce sont là deux vers du Télèphe en Mysie, d'Euripide : tous les vers parodiés seront distingués par le soin qu'on aura d'en imprimer la traduction en itaUque.

» Vers parodiés.

ripide, donnez-moi un petit panier ^ à demi brûlé par la lampe*

EURIPIDR.

Qu'avez-vous besoin , pauvre malheureux , de tout cet embarras ^ ?

DICiBOPOLIS.

Je n'en tirerai aucun parti. Mais il me le faut*

EURIPIDE

Allons, tu n'es qu'un importun. Retire -toi d'ici.

DICJEOPOLIS.

lieux vous soient propices >tre mère J

EURIPIDE

CJEOPOLIS.

)us plaît; car je veux vous etit gobelet ébre'çhé.

épond assez aux falots dont nous nont des chandelles. L'usage du cKùfit^iov ïholiaste : ht ol KfievSuraee , ^ti rè fiakéç

' JTai suivi ici Vinterprëtation italienne : Che hai bisogno di tal* implicazione,poyerino? Et le vers du Tëlèpbe d'Euripide, parodié en cet endi'oit suivant le scholiasfie, ne répugne point k cette interprétation. Le voici :

78 LES AGHARNtENS ,

/ EtJEIPIDB.

Prenez-en un et retirez-vous. Apprenez que vous commencez à devenir importun.

DICiEOPOtlS y à part.

Certes, tu ne te doutes pas à quel point tu me molestes, (haut.) O très-dëbonnaire Euripide , donnez-moi une petite marmite bien tamponnée dans le fond avec une éponge '.

£URIPU)E*

Cet homme veut me voler ma tragédie ^ : emportez la marmite^ et adieu.

DICJS090LIS.

Je m'en vais, (à part. ) Mais que fais-je? Une chose me manque, et je auis perdu si je ne la trouve, {haut.) très-débonnaire Euripide! un mot. Quand vous m'aurez octroyé ma demande, je me retirerai et ne vous importunerai plus : je voudrais quelque peu de feuilles de légumes dans mon panier.

■ DicttQfolis, remarque trèa4ûeii M. Brunck» demande cette marmite pour s'en seryir en guUe de caaque^ et l'on sait ^e le« anciens garnissaient le fond de leurs casques avec des éponges, de la laine, etc. pour arrêter l'effet des coups qu'on leur portait sur la tète.

3 Tour malin contre le costume et les accoutremens adoptés par Euripide, dont tout le mérite tragique, suivant Aristophane, se bornait à exciter la pitié par des dehors de gueuserie et de misère. Que d'applications ce trait peui avoir de nos jours!

EURIPIDE

Me voilà à sec : emporte donc. Il m'enlève tout 1 ornement de mes pièces.

DIGJEOPOLIS , à part.

En voilà bien assez. Allons-nous-en : je me rends en eflFet trop incommode , et je ne réfléchis point que je deviens à charge aux grands maîtres. •• {haut. ) Ah, malheureux! je suis perdu! J'ai oublié la chose d'où dépend tout mon succès. Trèsexcellent Euripidion, ô mon cher^ que je périsse de la mort la plus affreuse, si je vous importune pour autre chose que pour celle-là. Donnez-moi un paquet de ce scandix " que vendait votre mère.

: qu*on lui ferme la

andes, DICiEOPOIJS.

DIG^OPOLIS , à part.

Hélas ! il faut que je me passe descandix. Puis-je

> ffxecvdVxoé, scandix, peigne de Vénus. Eapèc« d'herb« «auyage, assez semblable au cerfeuil. Le scandix a les inêmes vertus et usages que la toute-saine. Aristophane tourne ici Euripide très-agréaornent en ridicule , en lui reprochant , observe Pline ( histoire natureiUy 2ÇIJ , 33 : Matrem ejus ne olus quidem legitimum yen- (litasse , sed scandicem.

80 LES AGHAENIENS,

douter cependant de la crise violente où je vais me trouver en parlant pour les Lacédëmoniens? Voilà mon objet. Allons , courage. Tu hésites? Tu n'avanceras pas, quoique tu saches par cœur ton Euripide? Mais, c*est vrai ! Allons donc , loin d'ici toute faiblesse ; présente hardiment ta tête , et dis tout ce que tu voudras. Vas, vas. Ah! ah! mon courage m'étonne.

PREMIER DEin-CHOBUR.

Qu'allez-vous faire? Qu'allez-vous dire ? Quel téméraire ! Quel cœur de fer ! Comment exposet-il ainsi sa tête à toute une commune qu'il se propose de contrarier ?

SECOND DEMI-CHOEUR

(A part.) Il est intrépide, il ne craint rien. (Haut.) Bon courage , puisque vous voulez porter la parole vous-même.

DICJEOPOLIS.

Ne trouvez pas mauvais y ô Athéniens ! si f ose parler d^ affaires d^ État y quoique gueux » ^ puisque je fais une trygodie^. Or , la trygodie a pour objet ce qui est juste. J'ai à vous dire des vé-

I Parodie du Télèphe.

a ?^uyo»dV«. Les manuscrits de M. Branck donnent tous ce mot ainsi écrit : il faut le conserver. C'était le premier nom de la tragédie \ il signifiait précisément Vaction de réciter un poème ayec la figure barbouillée de lie.

COMÉDIE. 8l

rites dures ; mais ce sont des vérités. La circonstance présente ne peut na^'attirér , de la part de Cléon , le reproche de parler mal de la république en présence des étrangers. Nous sommes seuls dans ce temps consacré aux fétes lénéennes , pendant lesquelles l'étranger n'a point d'accès ici ; on n'y reçoit même ni tributs , ni alliés. Nous sommes en un mot seuls et exempts de toute impureté: car, à mon avis, les étrangers ne sont que cela parmi nous.

Je déclare d'abjord que je hais largement les Lacédémoniens : et plaise à Neptune , ce dieu du Ténare, de bouleverser leur ville par quelque tremblement de terre ; car mes vignes n'ont point été épargnées dans le dégât qu'ils ont fait. Mais

:pliquer librement en tes; pourquoi repro- < moniens? Vous n'avez

j s. d'entre nous, je ne

( -je, Messieurs,* que

je ne parle pas de l'Etat) , mais quelques hommes perdus, diffamés, sans foi, sans loi, sans naissance, calomnièrent les Mégariens '. Tout devint M^arien à leurs yeux : concombres , levraut , cochon de lait , gousse d'ail , un seul grain de sel ,

'• Grec : calomnièrent les manteaux des Mégariens : c'est-àdire, accusèrent les Mégariens cVintroduirc des marchandises sous leurs manteaux .

8^ LES AGHARNIENS,

tout était confisqué et vendu sur le champ. Ceci n'est rien, et est encore trop commun. Mais nos jeunes étourdis dans l'ivresse vont à Mégare, et enlèvent Simœtha. Les Mégariens , pour s'en venger, dérobent deux courtisanes d'Aspasie*. Voilà la source de la guerre qui désole la Grèce. Trois courtisanes ! Voilà la cause des emportemeus dePériclès ^. Voilà pourquoi il a tant éclate^ tant foudroyé dans le sénat, et brouillé enfin la (jrèce entière. Voilà le principe de cet édit fatal> où , comme dans certaine scolie^,^ tout le pays des Athéniens , leurs marchés et leurs ports , sont interdits au^ Mégariens. Bientôt la famine se fit sentir chez ceux-ci : ils sollicitèrent , par l'aitremise des Lacédémoniens, la rescision d'un décret porté pour des prostituées : nous avons toujouis

I Voici la manière dont Amyot a rendu ces vers , qui sont si ▼ulgaires, dit Plntarque, que le commun peuple même les a en 1* bouche :

Nos jeunes gens enyrrez s'en allèrent Devers Mégare un jour , où ils emblèrent Une putain qui Simaetha s'appelle ; Ceux de Mëgare irritez , au lieu d'elle S'en sont venu» par iiurtive saisie Enlever deux des garses d'Aspasie.

Hutarque, vie de Péridès , t.. II, p. 244.

La traduction d' Amyot est exacte : le P. Brumoy au contraire a sacrifié aux bienséances.

^ Grec : l'Olympien.

3 V#yez le Traité de la Musique de Pli^rque, t. XXII, ai8.

COHÉDIE. 85

été sourds à leurs prières. De là, la levée des boucliers. // ne fallait pas cela , dira-t-on ; dites donc ce qu'il fallait faire * ? Si quelque Lacédémonien eût été calomnieusement accusé d'être monté sur sa barque pour enlever un petit chien à ceux de Sériphe, seriez-vous restés tranquilles cbez vous , sans vous soucier de ces insulaires? // s* en faut beaucoup ^ : mais aussitôt vous vous fussiez mis à équiper trois cehts vaisseaux , la ville eût retenti du mouvement des militaires , des voix en faveur d'un triérarque, de l'agitation des préposés à la paye et à la décoration des statues de Pallas , en un mot , de Fafïluence générale vers le listribution du froment :

on it qu'outres, attaches de

îd eaux , ail , olive , ognons

ei ardines ^ , joueuses de

Jtf er dit la scolie M Timocrëon de

^ nforme aux vers d'Aristophane.

Vq as ce savant éditeur , et sur cet

édi ériclès , contre les Mëgariens , le

toi dit. de Plutarcpie , chez Cussac.

* Ce vers est copié en entier du Télèphe d'Euripide.

^ Autre parodie tirée du même endroit.

^ 7ptxii<»v , espèce de poisson qu'Aristophane fait crier (Gheva ^etSy V. 66a.) à une obole le cent, et auquel une femme (Harangueuses , V. 56.) reproche d'avoir occasioné la toux à son mari , qui en avait trop mangé la veille. C'est bien là l'efifet de la sardine talée. Le Dictionnaire raisonné et universel des Animaux (Paris, Bauche, 1759*) dit que la sardine est le t/hxU ou t/sixIm^ des Grecs.

84 LES ACHARNIENS,

flûtes , yeux pochés : le port eût été comblé de bois bon à faire des rames , d'ouvriers occupés à les fixer : on y eût entendu le remuement bruyant des clous, le son des flûtes , les airs d'encouragement ' , les fredons ^ , les sifflemens^. Voilà , je le

' K<X»uffro5v , il signifie encore , comme dans Plutarquc ( Sym^ posiac. lib. V, quœst. 5, edit. Reisk. lin. 3, p. 701, tom. VIII.) Tordre que les comités et sous -comités donnaient dans une galère avec leurs sifHets : et c'est dans ce sens que le traducteur italien met: De commandatori. Voyez le Plutarque d' Amyot , t. XVIII, p. 366. J'en ai pris les expressions.

3 M. Burette , (t. XV , Mémoires de l'Académie des Inscrip. et Bell.Lett. p. 355.) ne donne pas d'autre signification au mot vty^eepeç et ne veut pas qu'il en ait d'autre., Voyez sa traduction du Traité delà Musique de Plutarque, ( t. XXII, p. Qa3 de la nouvelle édition de Plutarque, Paris, Gussac). Il remarque dans le passage cité ci-deisus des Mémoires , qu'en cet endroit des Acharniens (y. 554 • ) ^^ terme vlyïocpsç se trouve mêlé avec d'autres expressions concernant le jeu de la flûte et du chalumeau.

3 Toute cette fin de la harangue de Dicaeopolis est de Ja plus grande beauté par la rapidité et l'harmonie du style , et par le choix des expressions. Il a été impossible d'y atteindre. Je dois rendre aux amateurs de la littérature grecque, ce que je viens de leur faire perdre. Voici comme Aristophane exprime ce brouhaha , ce mouvement, ce tumulte qui accompagne les préparatifs de guerre dans un port surtout. On y remarquera aisément ces consonnances semblables qui , revenant à chaque mot , frappent et saisissent tous les sens par l'espèce de bruit dont elles remplissent l'air en les prononçant , avec le rhytbme qui leur convient :

âofiûêou ctptftitatCfity Kspi rptitpipx^^ /S^Çç,

sais , ce que vous eussiez fait : or nous saisons que Télèphe n'en eût point usé ainsi: vous n'aidez donc pas le sens commun ^.

PREMIER DEMI -CHOEUR

Comment, ô scélérat î infâme ! Du fond de ta misère tu oses nous injurier de la sorte, et attaquer les sycophan tes, s'il s'en trouvait parmi nous?

SECOND DKMI-ÇHCEUR.

Hélas! par Neptune, tout ce qu'il dit, il a raison de le dire, et n'est que trop vrai. Il ne surcharge rien.

■nB'E>'KjrTV7B T\'(7«irT r^nrv0'*T|]

la ? Mais cette té-

JR.

. Si vous frappez i vite.

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