‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 31 sur 112 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

DTC-EOPOUS, LE CHœUR en deux bandes, LAMACHUS.

LÂMAGBUS.

D'où viennent ces cris de discorde? Où faut-il du secours? Où faut-il du tapage? Qui m'a forcé de tirer ma gorgone de son étui ?

PREMIER DEMI-CHOEUR

Lamachus , formidable par vos aigrettes et vos cohortes !

SECOND DEMI-CHOEUR

O Lamachus ! Est-ce que cet homme ne nous injurie pas tous depuis long-temps?

DICJEOPOLIS.

grand Lamachus , excusez , je vous prie , si , à un gueux comme moi , il est échappé des sottises en voulant dire quelque chose.

LAMACHUS*

Qu'as-tu dit contre nous? Parleras-tu ?

DICJEOPOLIS.

Il ne m'en souvient plus : l'effroi que me cause '

votre armure , me fait tourner la tête. De grâce , éloignez de moi cet épouvantable bouclier.

LAMACHUS.

Soit.

DICiGOPOLIS.

Renversez-le maintenant.

LAMACHUS.

Le voilà.

DICJEOPOLIS.

Donnez-moi cette plume , qui est sur votre casque.

LAMACHUS.

Tiens.

DICiEOPOLIS.

itenez-moi la tête , pour que je ro ^ Ce panache me fait mal au

ce

LAMACHUS.

idëe? Tu prétends te servir de ce • cet usage.

I li yeut se faire vomir en se passant la plume de Lamachus dans le gosier. Voyez Suidas au mot ^i/se vOv. M. Poinsineta fai^ entrer l'explication du lexicographe dans sa traduction. Plante a £ût passer dans sa pièce intitulée Rudens , ces mots :

t5« Xf f fir>5ç vyv Itou >«^tf0 :

Perii , animd malefit. Gontine, qnssffo , caput.

ixt. XI, se. VI, vers. st6,«ditiû. yarior. ex recensione Gronovii, Amstelodami , ex typograph. Blaviana, 1684*

S8 LES AGHARNIEISS^

DICJEOPOLIS.

Mais c'est une plume : dites-moi , d'où vientelle?

LÀMÀCHUS.

D'un oiseau.

DICJEOPOI.IS.

Du fanfaron * ?

LAMACHUS.

Malheureux ! Je vais t'ëtouffer.

DICJEOPOLIS.

Patience , Lamachus ! Ceci est au-dessus de vos forces. Si vous êtes si vaillant , que ne me rendez-vous eunuque? Vous êtes tout équipe pour cela.

LAMACHUS.

Un général , être ainsi apostrophé par un mendiant !

DlCf OPOLIS.

Moi , mendiant ?

LAMACHUS.

Qu'es-tu donc?

DICJEOPOLIS.

Moi ? Je suis un honnête citoyen exempt d'amr

> x9/tcy0>«xv#9v. Aristophane a forgé ce nom d'oiaeau des naott xêfixaoç et \ecxttv , pour peindre le ton glorieux et bouffi de Lamaehus. Rabelais est un riche imitateur de notre poète , pour Fatt d'imaginer des noms propres aux gens.

bition * . Depuis le commencement de la guerre , jç suis bon soldat ^ : et vous n'êtes devenu notre chef c[u'à prix d'argent 3.

LAMAGHUS. ^

Mon élévation au généralat a été le résultat dci» suflfrage,

DICjEOPOLIS.

Oui, de quelques ignorans4. Mais ce qui m'a révolté surtout , et forcé de faire un trfité d'alliance , c'est de voir les rangs dans l'armée garnis de têtes à cheveux blancs , tandis qu'on voit les plus jeunes , tels que toi , se soustraire à la fatigue par des ambassades; les uns en Thrace , avec trois

; on reconnaît là les Tinurgipparchides \ d'auii, les Gerêtothéodores , Ibaonie : ceux-là , à Ca-

IXTS.

Ce choix a été fait par suffrages.

DICJEOPOLIS.

Et comment? Pourquoi , par exemple , les ré-

' ezîoui^fiX^^^i* ' cTfiettto^tt^ç. ^ ftucOotpx^^i' Trois ëpithètes de la Êiçon d' Ariitopbane ; il leur a donné la forme des patronymiques.

4 Grec : rp€7i xSxxuyU , coucous. àvr< , remarque très-bien le scholiaste : roxi «recxTOt xeii iaùûitutot* y.eci yôt/i « x/xxuf «/*?uff«v ri fSiyytvoii'

go LES ACHARNIEWS,

compenses vous viennent-elles de toutes parts , et aucunes à ceux-ci ( // montre plusieurs gens de mérite sans récompense) ? Vous, Mœrilade^ déjà parvenu à un grand âge, avouez-nous si vous avez eu de semblables missions , ou non ? Il fait signe que non : il est cependant brave et prudent/ Dracylle , Euphoridès , Prinidès, (pielqu'un de vous connaît -il Ëcbatane , ou la Chaonie? A^pun. C'est le partage des Mégaclès ', des Lamachus, à charge à leurs amis et couverts de dettes* Dès qu'on les aperçoit, on leur crie. g^uvY?, comme cela se pratique le soir quand on jette de l'eau 2 par la fenêtre.

LÂMAGHtJS.

O démocratie ! doit-on supporter ces outrages?

DICiEOPOLIS.

Non , à la vérité, si tu n'étais pas au service de la république ^.

> Grec : o Koiffu/saç , c'est du fils de <;e Ccesyras qu'il e«t ici gestion : voyez les iVuees , y. 43*

* ocxaSvtt3Tfi9v, T9 ij^p, (u tnâm viKt$itT0H' Cette remarque d'Eustathe, cité par M. Brunck, prouve le soin que les Grecs avaieii^ de se tenir les pieds propres , et Aristophane en est un témoin précieux, puisqu'il nous apprend qu'ils se lavaient les pieds tous les soif s ; usage aussi, fav^oirahle à laifalubrité ^'k la propreté»

3 Le traducteur italien a donne à cet endroit une tournure d'une ironie phu» piquante :

lAïucnos. ^

O principato e signoria de'l popolo , cose intolerabili.

LiMÀGBUS.

Pour moi, je jure une guerre éternelle aux Péloponnésiens. Je les tracasserai, les harcèlerai, tant que je pourrai , sur terre et sur mer.

DICJEOPOLIS.

Et moi , je déclare à tous les Péloponnésiens , Mégariens et Béotiens , qu'ils peuvent , à l'exclusion de Lamacbus, vendre et acheter sur ma terre.

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