SCÈNE VIL
LE CHOEUR, seql.
Cet homme porte la conviction dans ses discours, et va persuader au peuple de changer de à la paix. Profitons de la nos représentations'.
lOPOLlS.
non è mal contento per lo stipen-
* Orec : mettons-nous en devoir de parler en vers anapestes , on anapestiques , c'est-à-dire , parlons librement , exhortons nos concitoyens , faisons-leur des observations utiles : non adhibetur ^tUa tine anapœstis petKbus hortado , dit Cicëron en parlant de la <fiicipline militaire des Spartiates , ebez lesquels on employait toujours la cadence des anapestes , pour les animer au combat. (Cieero. op. ex edit. Olivet , Tuscul. U , 16.) Le pied anapeste ou anti-dactyle, est composa de deux brèves et d'une longue : de-4à vient le nom d'anapaste : dac^bun , observe Quintilien , ionija duaèuique brevibus ; his temporibus parem , sed ntroacUan , QppeUari constat anapœstum. On bfl^it en effet pour l'anapeste une mesure tout opposée à celle du dactyle. Les vers anapestes
92 LES ACiUANIENS;
Depuis qu'Aristophane préside à nos jeux , on ne Ta point vu se présenter aux spectateurs pour faire son éloge. Mais puisque ses ennemis le noircissent aux yeux des Athéniens y toujours prompts à se faire une opinion , et qu'on lui reproche d'avoir maltraité le peuple et l'Etat dans ses comédies, il faut qu'il se lave de ces calomnies auprès de vous , 6 inconstans Athéniens! Il prétend donc
employés ici par Aristophane , sont tëtramètres. Cette espèce de vers est très-peu esclave des régies , quant à l'emploi des divers pieds ; souvent même il n'y a pas un seul pied anapeste dans ce vers. Cependant quand il est tëtramètre , le dernier pied qui précède la syllabe catalectique , s'il y en a , doit toujours être anapeste. C'est une règle à laquelle M. Brunck n'a jamais trouvé d'exception. Il a également remarqué que l'on ne plaçait jamais la ce- , sure après le quatrièpie pied dans le vers anapeste tétramètre : souvent même ce vers n'a aucune césure. C'est cette marche libre et exempte de toute contrainte qui a fait adopter ce genre de versification pour les récitatifs. <c On a observé, dit M. Bfarmontel , au mot Anapeste , dans l'Encyclop. in-folio, « que la langue Iran- » çaise a peu de dactyles et beaucoup d'anapestes. Lully sem- » ble être un des premiers qui s'en soit aperçu, et son récitatif a » le plus souvent la marche de ce dactyle renversé. » Lully comprenait, « que le récitatif, comme l*a très-bien remarqué » le comte de Lacépède ( Poétique de la Musique , t. II , pag. 4^), » ou du Aïoins le fond du récitatif, n'est que la déclamation no- » tée. Le plus souvent il n'est point mesuré , ou pour mieux dire , » il ne reçoit pas un mouvement constant, régulier , iadiqué par M le compositeur pour un morceau entier : il ne suit d'autre me- )> sure que celle qui est dictée au chanteur , ou plutôt à l'acteur » par la passion qui l'anime, la nature de ce qu'il doit dire et-U » situation où il se trouve. » Voilà des règles de goût très-précieuses et qui méritaient d'être rapprochées de ce beau morceau de récitatif, tout composé par Aristophane en vers anapestes.
COMÉDIE. q3
au contraire vous avoir rendu de grands services , en vous avertissant de ne point donner tête baissée dans tout ce que les étrangères vous disent^ de ne point vous laisser aller à la séduction de la flatterie , et de mettre plus de fermeté et Aïoins de mollesse dans votre administration. Précédemment les envoyés des autres villes, dans le dessein de nous circonvenir, ne nous donnaient-ils pas d'abord le nom de lostephanous ^? Ne vous voyait-on pas aussitôt vous redresser sur vos sièges^? Qu*un autre vint vous cajoler et appeler votre ville, )tenait-il pas ce qu'il vou- ^ int de ce doucereux par-
ois le sont avec l'huile 4?
iportant que de vous avoir la. Notre poète a de plus à suivre les bonnes formes et homme éminent est-il curiosité de ces villes et , lui qui seul a osé vous de sa vie : et même son
" Grec : ybus ne vous asseyez que du bout des fisses*
^Athènes, la beUe , la luisante, la grasse.
4 II y a ici un jeu de mots , par lequel Aristophane compare les Athéniens a des anchois. Ce jeu de mots roule tout sur le mot )<r«^9{ , beau , clair, net, oint d*huile, de graisse. L'anchois se conserve dans Thuile, dans la graisse.
^ LES ACHAKNIENS,
courage a fait tant de bruit, que le grand Roi interrogeant un jour les ambassadeurs des Lacédémoniens, après leur avoir demandé quels peuples de la Grèce avaient le plus de force sur mer , les questionna ensuite sur Aristoj^iane et sur les sujets ordinaires de ses traits satyriques , ajoutant que ses conseils tendaient au bien , et que ceux qui les suivraient seraient les maîtres de la Grèce. C'est pour cela que les Lacédémox^en8 demandent qu'on leur rende Ëgine pour préliminaire de la paix, non qu'ils se soucient beaucoup de cette île, mais afin de nuire à ce poète. Né craignez donc point que dans ses comédies il jette du ridicule sur les choses honnêtes; il n'a en vue que le bien public, et il le procurera de toutes ses forces, non par des cajoleries, par des eotteries, par des adulations et des souplesses artificieuses , mais par des avis salutaires. Que Cléon ourdisse ses trames contre lui : la droiture et l'équité seront toujours pour le poète, et il ne sera jamais repréhensible de lâcheté et d'une basse vénalité, comme l'est son ennemi.
DEMI-CHOEUR
Viens ici , ô muse toute de feu , aigre Acharnienne î Telle que l'étincelle qui s'échappe d'une braise ardente, quand on fait griller de petits poissons , tandis que les uns préparent la saumure fraîche de Thasos , et les autres la farine , accours
de la sorte vers tes concitoyens, avec des sons yifs, durs et soutenus ' .
LE CHOfiUR entier*
Nous venons , accables sous le poids des années, reprocher à cette ville son ingratitude. Bien loin d'être entretenus sur la fin de nos jours , aux frais de la république , à raison des grands services que nous lui avons rendus sur mer , nous éprouvons les traitemens les plus durs. Traînés , à notre âge, devant les tribunaux, nous devenons les plastrons des jeunes orateurs ; car nous ne sommes plus rien par nous-mêmes. Usés , anéantis , nous n'avons pour tout appui ^ qu'un bâton. Là, chuchotant à peine entre nous , nous ne voyons que l'ombre de la justice ^ : tandis que quelque jeune
^ Celte invocation à la muse acharnienne est dans le genre dithyrambique, hxupifiicuxce est absolument dithyrambique, et est ^poarhaee/jcrv, comme Ta très-bien observé M. Brunck. On retronre ici tout le désordre propre à cette sorte de poème consacré à Bacchus. Voyez les Observations sur la Musique ^ dans le tom. XXn de Plutarque, pag. 49^. La comparaison qu'Aristophane £iit ici delà muae acharnienne arec l'étincelle qui se détache du bois d'yeuse {lepahcav) est ingénieuse et agréable. Aristophane avait déjà dit des Acharniens, v. 180 et suiv.
KyjxprjtKoi-, crearai y/ys^vrf?, icphev^i,
' Grec : Au lieu de Neptune, tuteur , protecteur, n^us n'cwonâ <pi'un hàton.
^ Nous nous tenons en chuchotant auprès de ce tribunal élevé sur un tertre de pierre, n'apercevant que le nuage obscur de h justice. La leçon du traducteur italien, était différente de la*
96 LES ACHAANIENSy
homme ^ qui s'est dispose à parler , tombe tout à coup sur le prétendu coupable avec des discours éloquens : ensuite il l'interroge à l'ëcart , il lui fait des questions insidieuses, il tourmente, il vexe, il harcèle ce vieux Tithon , que sa grande vieillesse réduit à pincer les lèvres , à se retirer chatte d'une amende, à sangloter, à gémir, et à dii^e à ses amis : Me voilà condamné à donner ce que je me réservais pour avoir une bierre.
DEMI'CBOBUR.
Est-il permis de juger ainsi, d'après la clepsydre ', un vieillard, à t^te chauve, qui, de l'aveu de ses compagnons d'armes , a essuyé toutes les fatiguer de la guerre , s'est vu souvent couvert d'une sueur abondante, et qui a partagé les lauriers de Marathon? C'est donc ainsi qu'après avoir mis notre vigueur à humilier nos ennemis dans ces champs fameux , des vauriens nous traitent
nAtre, et paraît plus conforme au sens que veut exprimer le chœur : Tremandone le labra per yechiezsa, ad una pietra se siamo appogiati, dove niente guardiamo se non Tombra de la giustizia.
I Cicéroii , parlant de l'éloquence de Përiclès avec le plus grand éloge , nous dit au sujet des maîtres qui formèrent ce grand Athénien : At hune non declamator aliquit ad clepsydram latrare docuerat, sed, etc. Lib. III, de oratore,'^. ai.Voy. Martial, Spigram. lib. YI, épigr. XXXY. Juger d'après la clepsydre, c'est juger a l'heure : parce que pour éviter les plaidoyers interminables, on fixait le nombre des clepsydres pendant lesquelles l'accusateur et l'accusé auraient le droit de parler.
maintenant comme des criminels , et nous font condamner comme tels ! Quel chicaneur » peut répliquer ^ cela?
LE CHOEtTR.
Est-il juste en eflFet qu'un Thucydide, par exemi^ pie, courbé de vieillesse, succombe sous le flux de paroles de Vorateur CëphisodèmeL, dont il n'e^t pas plus possible de se débarrasser que de se tirer des d&erts de la Scythie^? Pour nous, notre compassion s'est émue , nos larmes ont coulé à la vue de ce vieillard sous la conduite d'un archer, de ce Thucydide, qui, j'en jure par Cérès, dans
^ Grec : motfi^Uiy nom de quelque déclamateur du temps d'A* tlstopbane, comme l'indique le sclioliaste : oIt9ç fàâvttxsi, xetè
^ Atlstopltiane est ici d'une concision qui m'empêche de voir Vallusion des trois yers que je traduis. Les voici avec le mot à a mot et avec la traduction italienne, dont la mienne ne parait JwsiVcarter:
w» yip ihtiç Mfirn xwf #v , iJX&flv ^ovxuifiiiv ,
Su effet, est-il juste qu'un homme courbe de vieillesse, tel <Joe Thucydide, périsse, comme dans les déserts scythiques, ^^niJes démêlés avec Céphisodème , cet avocat verbiageur ?
^v/ucXxKhrce signifie avoir affairé à quelqu'un , avoir quelque cboie à discuter, à démêler avec quelqu'un ; et ce même mot grec régit Zxu^tev sfi}i/i(x et Krifeve^/uu. Il est difficile de trouver dans notre langue une expressipn qui convienne à ces deus régimes en même temps , et qui rende la valeur de ce verbe grec. Je ne ▼ois pas d'ailleurs à quoi Aristophane peut faire allusion, si çelU
98 LES AGHARNIBNS^
sa première jeunesse, n'eût pas souffert le moindre outrage, de la part de Cérès même^ On l'eût d'abord vu , du seul son de sa voix , terrasser dix Evathlus^ : il eût anéanti trois mille archers; enfin il eût percé de ses flèches toute la lignée de l'archer. Puis donc qu'il vous est impossible de nous laisser aucun genre de repos , portez du moins un décret public , par lequel on sera contraint de proportionner les accusateurs aux accusés. Ainsi le vieillard ne pourra être mis en cause que par quelqu'autre vieillard édenté : les jeunes gens n'auront affaire qu'à des jeunes gens dâbau-
que l'indique par ma traduetion n'est pas jugée confenaUe : elle est cependant autorisée par la traduction italienne : Certamente è conveniente à costui ammaraar il gobbo Tucidide , pigliatolo à la solitudine de Scithi, cioèàquesto Cefisodemo, à questo ayocato zanciere.
Le Thucydide dont il est^ci question , était à la tète d'une faction opposée au parti de Péri clés qui fit bannir cet antagoniste. Voyez Plutarque, dans son Périclés, tom. II, pag. 2i3. Suidas nous parle de ce Céphisodème , orateur athénien. Voyez Meursius , biblioth. attic.
' Ax«««<v. Voyez sur cette épithète donnée à Cérès , la savante note de M. Brunck, tom. III, pag. 86, dans les notes sur le vers 769.
» Il est question d'un Évathlus qui est mis de pair avec le lâche Cléonyme, dans les Guêpes , v. 592. Mais le mot Ew«^«u€ n'aurait il pas ici la même signification qu'il a souvent dans Pindare , c'estr-à-dire , de vaillant , combattant avec courage ? alors il eût iaUu traduire : on l'eût vu d'abord terrasser dix vaiUans. Cependant la traduction italienne et M. Brunck en font un nom propre , d'après les manuscrits qu'ils ont consultés.
COMÉDIE. gg
chÀ ^ bâivards ,■ au fils de Clinias >• H faut , noua en convenons , traîner les méchans devant les tribunaux ; mais encore une fois , que le vieillard ne soit condamné que par un vieillard^ le jeune homme que par un jeune liomme.
< Âlcibiade. Voyez Gorneliiu Nepot«