‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 68 sur 112 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

Mù mû, mù mû, mù mû, mù mû, mù mû, mù mû 2.

DÉMOSTHENE.

Laissons ces pleurs inutiles. Songeons plutôt aux moyens de nous délivrer ; et ne nous plaignons pas davantage.

NICIiLS.

Quels moyens de salut pouvons-nous avoir?

dis-le donc.

DÉMOSTHENE.

Dis-le , toi : je ne veux pas t'en ôter la gloire.

» Voyez au'sujct d*01yinpus , les chapitres IX , XVI , XVII , XVIII , XXIV, XLIII et L , du Traité de la musique de Plutarque , avec les notes et les observations du nouvel ëditear sur ces divers endroits, dans la nouvelle édition, tome XXII, Paris, Cussac. J'ai suivi ici l'interprétation de M. Burette; elle se trouve dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres , tom. X , pag. a56.

3 <c Ils prononcent ensemble un vers ïambe pur , composé de j» la syllable /*y , répétée douze fois avec l'accent grave et le ciri> conflexe mis alternativement; ce qui forme une espèce de a miaulement ou de chant plaintif des plus risibles. » M. Burette y à Jl'endroit cité -dans la note précédente.

Goog^le

. lïICIÀS.

J'en jure par Apollon, je ne parlerai pas le premier. Commence donc hardiment , et je m'expliquerai ensuite.

DÉMOSTHÈNE

Que ne peuœ^tu me prévenir^ et dire toi-même ce quHljaut que je dise ' /

NIGIÀS.

Je n'oserais oser : comment le dirais-je finement et à la manière d'Euripide?

DÉMOSTHENE.

Fi donc , fi ; foin des drogues de cette boutique 2 ! ehante plutôt un air pour engager à fuir loin d'un tyran ^.

IfIClAS.

Eh! bien, répète tout d'une haleine : Fuyons.

DÉMOSTHÈNE

Soit; fuyons.

NIGIAS.

Maintenant ajoute en \ fuyons.

« Vers parodié, tiré de r^i^E^w)/;^» d'Euripide , v. S46. Voyez tom.VII,pag.36.

» /A^ tTtWxdfvcTMtVçs : ne va pas me donner du scandix , c'est-àdire des herbes sauyages au lieu de bonnes.

3 Le traducteur italien a lu un peu différemment : Non mi , Bon mi. Non baves paura , ne timidita , et non volere esselte ne- 'itegf iht , ma truoya qualche partenza da'l patrone.

lo6 LES CHEVALIERS,

DÉMOSTHÈNE

En!

HICIÂS.

Fort bien: à présent, (vas-y d'abord doucement comme font ceux qui se grattent) , répète lentemenl fuyons j puis fréquemment, en y joignant la particule en.

BÉMOSTHÈNE*

FufOnS'-nous en fuyons-nous y en--

fuyons-nous.

mciAs.

Hem! n'est-ce pas charmant?

BéMOSTBÈNE.

Oui , j'en conviens avec toi ; mais je crains pour ma peau : tu as parlé de se gratter?

KIG14S.

Qu*y a-t-ila cela?

DÉMOSTHÈNE

C'est qu'on s'écorcbe en se grattant ».

NICIAS

Ce serait donc bien fait à nous , eu égard à notre position , de nous réfugier à quelque autel des dieux.

■ Grec : xi ^V/*' '^'^'■^ *^ iif»pehw» omipx*f»i' H eH inutile de rendre l'obscénité dn mot cTif^ : il n'^oufce tien à It pensée : il la rend plus sale et moins naturellci* D'ailleurs , ce mot lignifie aussi

DÉMbSTHÈNB*

Autel ? quel autel? dis-moi^ est-ce que tti tiens qu'il y a des dieux?

VICIAS.

Oui.

BiMOSTHÈNE.

Quelles sont tes raisons?

mciAs.

Parce qu'ils me persécutent injustement.

DÉAIOSTHÈNE.

Je suis aisément de ton avis.

NIGIAS.

Mais cherchons d'autres moyens.

DÉMOSTHÈNE

Veux-tu que j'expose le tout aux spectateurs?

NIGIÀS.

Ce ne sera pas hors de propos; mais avant tout, prions-les de nous témoigner par leur air si notre sujet et nos propos leur sont agréables.

DÉHOSTBÈNE.

Je vais m'en acquitter tout de suite. Nous avons un maître dur ^ mangeur de fèves , hornine colère et emporté , Pnycitien de nation , vieillard difficile et un peu sourd. Il y a quelque temps qu'il s'est avisé d'acheter un esclave Paphlagonien,

208 ^ES GUEVALIERHi

coiToyeur, homme intriguant et délateur (ieffë. Ce frippoÀ, connaissant bien spn vieillard , a fait le chien couchant , et s'est étudié à le flatter , à le gagner» à être toujours de son a via, enfin à le séduire et à le menep pai* le bout du nez, à Taide de ses courroies. Peuple d'Athènes, lui disait-il^ reposez-vous après les jugemens, buvez, mangez^ prenez le triobole • : voulez- Vous souper chez moi? Il fait plus; il s'approprie le fruit des peines d'un chacun et s'en fait un mérite aux yeux de notre jnaître , pour qui je préparais dernièrement auprès de Pylos un gâteau à la Lacédémonienne : et je ne sais par quel artifice diabolique ce maraud a su me circonvenir, me l'escamoter et l'oflFrir lui-même. 11 nous tient tous loin du maître , et se réserve à lui seul de lui prodiguer ses caresses. Il a toujours le fouet de cuir en main 2, pour empêcher les prateurs d'approcher du vieillard pendant ses repas. Il lui dit des oracles : ce vieillard se laisse capter par ces prophéties; et quand le peu de raison qui lui reste en est intercepté , le Paphlagonicn met en œuvre toutes

s Le triobole ou trois oboles. L'obole valait un peu plus «de deux 80UI et demi de notre monnaie.

' fiufiffévTiv est là pout /ivfiffivTfVf jeu de mots» Mufi^iviiv est la branche de myrthe avec laquelle les esclaves chassaient les mouches de dessus les plats pendant les repas. Au lieu de branche de myrthe , Aristophane arme ici GMoq , corrojeor , d^un fouet de

COUÉDIE* 209

ses fourberies : il l'obsède , nous calomnie , nous menace,^ et tire de nous des préseîis , en crii^nt : Voyez comme j'ai traite^ Hylas ; si vous ne donnez, vous mourrez dès ce jour.Que faire? il faut donner; car autrement le vieillard, irrité nous écraserait et tirerait de nous huit fois davantage. Mainte* nant, cher camarade, voyons quel parti prendre et quelle est notre ressource.

NICIAS

Il ne nous reste pas de- meilleure ressource qua celle que j'ai proposée \ fuyons.

DÉMOSTHÈNE

Mais le Paphlagonien s'en apercevra ; car il a l'œil à tout. Il a un piedà Pylos et l'autre au barreau. Il sait si bien écarter les cuisses , que son derrière est au pays des bayeurs aux corneilles * , tandis que ses deux mains sont en iEtolie ^, et son esprit en la Clopidie ^.

I Év x«»ff<* Allusio ad verbum yxhta , quia sic divaricatis cruribus podex biat. Forte etiam bis verbis Cleonem ut impudicum traducere voluit comicns. (Note de M. Brunck. )

^ A(rd>02s. Allusion au mot oecr(<v , demander.

3 Ev K>û>f3<(JVI)y au lieu de K/stoatcTkov. K/îwat'a était un bourg de TAttique. KXtoOta fait allusion à x>co^ , xAfCSTiîs , voleur , brigand. Aristopbane aime beaucoup ces jeux de mots , tirés des noms de pays qu'il invente. Noce de M. Brunck. Voyez la note 2 du tome I des Morales de Plutarque , pag. 4io , nouvelle édition d'Amyot^,

XII i4

NIGliS.

Il nous faut donc mourir. Avise par- conséquent pour que nous mourions en braves gens.

DÉMOSTHÈNE

Dis toi-même , dis le moyen de nous en tirer du mieux qu'il convient à de braves gens.

NICIÀS. •

Le meilleur parti est de prendre du sang de taureau. Est-il rien de plus désirable que le sort de Thémistocle ?

déhosthène.

Ah ! point de sang ; mais bien du vin que notre bon génie nous fera trouver. Peut-être cette liqueur nous donnera-t-elle quelques bonnes idées?

NICIAS. '

Bon, du vin! s'agit-il donc ici de boire? à quoi un ivrogne peut-il être bon?

DÉMOSTHÈKE.

Voilà donc, ô* insensé buveur d'eau! comme tu déraisonnes-, comme tu oses refuser au vin la propriété d'aiguiser l'esprit? Connais-tu cependant rien de plus merveilleux que le vin? jugesen. Quand on en boit, on est riche, on fait des affaires , on gagne ses procès, on est heureux, on est bienfaisant. Allons, va me chercher un congé plein de vin , pour que j'arrose mon Imaginative et que j'y fesse éclore quelques bonnes idées.

, NICIAS

Hélas! hélas I que nous procurera ta boisson?

DÉMOSTHÈNE

De bonnes idées. Apporte toujours ; puis je m'étendrai à mon aise. Une fois que j'aurai une pointe de vin* je te débiterai sur tout ceci une foule de petits conseils, de petits adages et de petites raisons.

lUGlAS sort un instant et revient sur4e-champ avec du vin.

Oh ! quel bonheur pour moi de n'avoir pas été surpris à voler ce vin !

DÉMOSTHENE.

Dis-moi, que fait le Paphlagonien?

HIGIAS.

L'infâme est plongé dans un sommeil d'ivresse, après s'être gorgé de confiscations , il est couché sur un cuir, le nez en l'air.

Cela étant , verse à grands flots.

mciAs.

Tiens , prends et bois à ton bon génie. Hume, hume cette liqueur du dieu de Pramnium ^

» Pramnio (vino) , quod idemHomerus celebravit {Iliad. XI 638 ) , etiam nunc honos durât, ^ascitur Smyrnœ regione , juxta delubrum Matris deûm. Plin. Hist* nau XIY, 6.

^,^:sl'-=à^'àL-. ^

2i2 LES CHEVALIERS^

DÉMOSTBÈlfE 9 avec un air d'ëtonnement après âyoir bu .

bon génie! quelle idée! elle ne peut venir que de vous.

NICIAS

. Dis vite , qu'y a-t-il?

DÉMOSTHÈNE

H faut que tout de suite tu t'empares des oracles du Paphlagonien pendant qu'il dort.

NICIAS

J'ai grand'peur que cette inspiration ne vienne de ton mauvais génie.

Allons^ va : je me verserai seul à boire, pour que j'arrose mon imaginative ec que j'y fasse éclore quelque bonne idée.

NICIAS 9 revenu sur-le-champ.

Comme le drôle ronfle et pète! Il ne m'a pas été difficile de lui enlever cet oracle^ quoiqu'il l'eût bien serré.

DÉMOSTHÈNE

O adresse admirable ! donne que je lise. Verse, verse du vin ; je veux voir ce que contiennent ces oracles. (// lit. ) Quel oracle! Du vin , du vin!

NICIAS

Eu voilà. Que dit l'oracle?

DÉMOSTHENB, après ayoir ba.

Encore du vin.

GOMÉms^ 21 s

mciks.

Lis-tu dans l'oracle, encore du vin^

DÉBIOSTHÈlfE.

Bacis ï !

NICIAS

Qu'y a-t-il?

A boire , vite à boire^

inciAs.

Ce Bacis-là &isait un graiid usage de ta re* cette.

démosthèhe.

infâme Paphlagonien ! voilà donc ce qui te faisait garder si soigneusement ces oracles? tu» redoutais d'ébruiter celui qui te regarde

NICIAS

Comment?

DÉMOSTHÈNE

On voit ici quelle sera sa fin..

KIGIAS..

Quelle sera-t-elle?

DÉMOSTHÈNE

Quelle sera-t-( J le? L'oracle s'explique très-clairement :

D'abord un vendeur de toiles gouvernera l'Etat.

1 Le plus ancien des devins de la Béotie. Voyez Pausaniàs. liy. lY , c. So. Il y a eu deux devins du même nom, voy. iElian, vont histor. XII, 35.,

2l4 LES CHEVALIERS^

niciAs. Bon, voilà déjà un vendeur. Voyons , que dit de plus Foracle?

DÉHOSXHÈNE.

A celui-là succédera un vendeur de moutons.

NICIÂS.

Et de deux. Sachons ce que devient celui-ci.

DÉMOSTHÉHE.

Il gouvernera^ et ne périra qu*au moment où un plus méchant lui succédera : ce successeur , sera le vendeur de cuir, le Paphlagonien, le brouillon , le vorace , Thomme à voix bruyante comme un charlatan ».

iriGiÂs.

H est donc écrit que le vendeur de moutons sera étranglé par le vendeur de cuir?

DÉMOSTHÈNE

Sans doute.

NIGIAS.

Malepeste! Quelle antre espèce de vendeur viendra donc à notre secours?

DÉMOSTHÈNE

Oh! il y en a encore un autre plus fin que tout cela.

' Kwào€ff/nv> Aiistophaiie en £iit un nom propre.

COMEDIE. 2l5

NICIAS

Dis-moi, je t*en prie, quel est-il?

DÉMOSTHÈNE

Le dirai-je?

niciAs.

Certainement.

DÉMOSTHJkNE.

G*est un vendeur de boudins qui nous défera de ce dernier.

NICIAS

Un vendeur de boudins? O Mercure! la belle profession 1 Mais où trouver cet homme?

Il faut le chercher.

NICIAS

Oh ! en voici un qui vient au marché ; les dieux nous l'envoient.

DÉMOSTRÈNS.

heureux vendeur de boudins! accours, accours, mon très-cher; viens, toi qui dois être notre libérateur et celui de la république.

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