LE VIEILLARD, LE CHOEUR
LE CHOEUR
vieillard ! quel magnifique pouvoir r^ide en vos mains ! tout le monde vous craint comme
COULÈDIE. 291
un maître; mais vous êtes facile, et vous vous \ laissez gagner volontiers par les flatteurs et par les intrigans ; vous êtes tout stupéfait , quand on vous harangue , quoique votre esprit soit bien loin dans ce moment-là.
LE VIEILLARD
Le bon sens n'abonde guère sous vos cheveux , si vous pensez que j 'extravague. Or^ voici comme j 'extravague : mon plaisir à moi , est de gobelotter tous les jours, et de soutenir un fripon seul à la tête de mes finances ; et, quand il s'est bien garni, j'aime à le fustiger en le suspendant.
LE CH(BTJR. «
Rien de mieux en vérité , si , dans cette conduite , vous calculez autant que vous nous le faites entendre; si, dis-je, vous les engraissez exprès dans le Pnyx , comme autant de victimes publiques ; et si ensuite , lorsque les provisions vous manqueiît , vous immolez etynangez celui qui se trouve dans un meilleur embonpoint.
LE VIEILLARD
Jugez donc, si je m'entends à éprouver ceux qui se flattent d'en savoir long et de me tromper : je ne les perds jamais de vue , et je fais semblant de n'y rien voir quand ils me volent; puis, quand ils se sont bien repus à mes dépens , je leur fais
dégorger le tout ' , en leur mettant dans la bouche un bâillon au lieu d'une plume.
' Maxime cruelle et qui prouve combien les Âthëniens étaient atteints du yice infâme de l'ayarice. C'est le seul qui ait flétri la mémoire de Yespasien. « On prétend qu'il choisissait à dessein » pour ses agens dans les finances , des hommes d'une avidité » reconnue, afin de les condanmer/«nsuite quand ils sç seraient » enrichis, se servant d'eux, disait-on, comme d'épongés qu'il » humectait quand elles étaient sèches , et qu'il séchait ensuite » quand elles étaient luimectées. » Suétone, HUu des XII Cé^ tan, X, 17.