SCÈNE PREMIÈRE
CLÉON , LE VIËiLLARD , LE VENDEUR DE BOU- DINS , LE CHOEUR.
CXÉOX.
XjèiN d'ici : va-t-en à tous les diables.
LE TENDEUR DE BOUDINS
Vas-y toi-même , ô infâme !
-'•'•'. CLÉON
5 yoiçi depuis trois fois longt tous montrer mon zèle, pour
ENDEUR DE BOUDINS.
Is depuis dix fois long-temps ,
g'temps , et mille fois long-
temps y et lông-t^mps , Umg-temps y long-temps.
LE VIEILLARD
taur «aoi, qui attends depuis /re/z^e /w//fe fo^s lorig-temps y je vous déteste , et long-temps auparavant, long-temps, long-temps.
^ LE VENDEUR DE BOUDINS
Savez-Vous donc ce que vous avez à faire?
2g^ LES gHEYALI^RS^
LE VIEIÎ.LÂRD^
Vous me le direz , si je ne le sais pas.
LE VENDEUR DE BdtDIlfS.
Donnez-nous , comme dans une lice , le signal^ pour qu'à Fenvi Tun de l'autre nous vous manifestions notre zèle.
LE VIEILLARD
Je le veux bien : allons , éloignez-vous.
GLÉOH.
Soit.
LE VIEILLARD
Partez h présent.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Je ne me laisserai pas devancer '.
LE VIEILLARD
Pour cela , je compte bien aujourd'hui , à l'aide des bons offices de ces deux adorateurs , jouir d'un bonheur parfait , ou je ferai bien le renchéri 2.
CLÉON
Voyez-vous? je suis le premier à vous offrir un siège.
«^ ia9$ehf, supplanter. Mais j'ai touIu conserver Teftpéce d'aUcK sion au mot du vieillard âhtv «v , partfez maintenant» Le grec , comme l'on voit , donne un vrai jeu de mots.
^ i' yâi ^fiviJfOfAxt , nisi delitias faciam ) ou il £aiudra que je sois bien difficile , ou je ferai bien le renchéri. Vim verbi non rtddiderat Berglerus vertens : tôt profecto obtmidar ; M. Bruncli.
GOKEDIE. 295
LE TENDEUR DE BOUDINS
Mais tu ne donnes pas de table ; j'offre celk-ci bien avant toi,
CLÉON
Je vous apporte ce petit gâteau fait avec de la farine que j'ai rapportée de Pylos.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Voici des croûtes ' que Cérès a creusées avec ses doigts d'ivoire.
LE VIEILLARD
O déesse , quelle longueur de doigts !
GLÉON.
Voici de la purée de pois, exquise et d'une belle couleur ; Pallas , couronnée des lauriers de Pylos, l'a passée elle-même.
LE VENDEUR DE BOUDINS
vieillard ! Cérès n'a des yeux que pour vous ; elle étend toujours sur vous une main propice ^.
LE VIEILLARD
Pensez-vous qu'on eût pu subsister depuis si long-temps dana cette ville , si la déesse n'eût étendu continuellement son bras au-dessus de nous?
' fivçà^ , du pain dont on a ôtë la mie pour y mettre de la Tiande , du jus , et autres choses.
2 ùuaptixf Tiiv x^^fi^* XvTfimt au lie» de x'?/»«» Façon de parler usitée chez les Grecs pour exprimer la proteclion des dieux.
396 IBS CHEVALIERS 9 '
CLÉON
Voici un tronçon de poisson que vous donne Pallas , répouvante des armées.
LE VENDEUR DE BOUDINS
La déesse , fille du grand dieu vivant ' , vous «ivoie cette viande cuite dans du jus, et cette portion d'intestins, de gras -double et de ventricule.
LE VIEILLARD
C'est bien fait à elle de se ressouvenir du peplos.
CLÉON
La déesse , décorée d'une tête de gorgone et d*une aigrette , vous ordonne de manger de cette galette longue , pour que vous soyez en état de bien manier la rame ^.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Prenez encore ceci.
LE VIEILLARD
Et que ferai- je de ces tripes?
LE VENDEUR DE BOUDINS
La déesse vous les envoyé exprès pour que vous
' OSptlioKÔtxpot y ëpithète tirée des poètes, épiques , et employée ici ironiquement.
^ £>«ÛM»/uif y ÎÊit ici jeu de mot! ayec hoet%p9i 9 genre de gâteau. V«|^z les Achqmiens , t. a45.
jouissiez en garnir le fond de vos vaisseaux > , car elle ne perd pas de vue notre flotte. Prenez et buvez ce sage mélange* de trois mesures contre deux 2.
LE VIEILLARD
dieu! quel bon vin! comme il porte bien les trois mesures d'eau.
LE VENDEUR DE BOUDINS
En effet, la déesse Tritogène a triplé ^ cette dernière mesure. '
CLÉOW.
Recevez de moi ce morceau de gâteau bien beurré.
' n y a encore ici jeu de mots : rptijptiç hrs/so'jiiecv.
3 Le grec n'en dit pas dayantage. Le meilleur commentaire de cet endroit, est dans Plutarque, Propos de Table, liy. III, quest. IX. n y examine, ce que signifie ce yieux proveirbe^o;^ cmq ou trois , et non pas quatre. <c Mais le mélange , y c^t-il , de deux (de vin) à trois (d'eau) est la plus gentille et là plus musicale proportion de toutes, faisant gracieusement dormir Thomme, et oublier tous ses ennuis , comme cette bonne et fertile terre d'Hésiode (Opéra et dies , y. êfi'x) :
Tous les ennuis du laboureur chassant, Et ses enfans doucement nourrissant.
Elle apake <ït endort toutes les plus superbes et plus violentes passions qui soient dedans notre cœur ,, y introduisant une paix et une tranquillité profondes. »
^ Tfitraytv^i EvtrptTwtvt . Jeu de mots dont approche un pe»
ma traduction. Minerve est surnommée Tritogène. Voyez-en l68 raisoas multipliées dans les mythol^gistes.
LE YEHpEirR DE BOUDIHS.
Et de moi recevez-en un tout entier.
CLÉON
Tu n'auras pas de lièvre à lui ofirir , et moi j'en ai.
Peste de moi! où trouverai-je du lièvre? allons, mon imaginative, il faut trouver ici quelque expédient.
GLÉON.
Vois-tu celui-ci , mon drôle?
LE VENDEUR DE BOUDINS
Je m'icn moque. Ne voilà-t-il pas des gens qui viennent à moi?
CLÉON
Et quelles gens?
* * LE VENDEUR DE BOUDINS
Des ambassadeurs qui ont leurs bourses pleines
d'or.
CLÉON retourne la tète pour voir ces nouyeaux arrivans.
Où sont-»ils? où sont-ils?
lÀ VENDEUR DE BOUDINS profite de ce moment pour enlever le lièvre lie GWon.
Qu'est-ce que cela te fait? ne laisseras- tu pas ces étrangers? O eJier petit vieillard! voyezvous le lièvre que je vous apporte ?
]\|alheureux que je suis! scélérat, tu m'as supplanté !
Et certes, n'est-ce pas ce que tu as fait à Pylos?
LE VIEILLARD
Dites- moi, de grâce, par quel tour d'adresse vous l'avez ainsi supplanté?
LE VENDEUR DE BOUDINS
Cette Imaginative me vient de la déesse ; et le vol est mon ouvrage,
GLÉON.
Mais ce lièvre m'a coûté des sueurs pour le prendre.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Et à moi , pour le rôtir.
LE VIEILLARD à Glëon.
Retirez- VOUS ; je ne peux savoir de gré qu'i celui qui me l'a servi.
GLÉON.
Infortuné que je suis ! je serai vaincu en fait d'impudence.
LE TfiNDBUR DB BOUD^TS.
Pourquoi ne prononcez-vous .donc pas, ô vieillard , lequel de nous deux vous a le mieux servi vous et vos appétits ?
3oO LES CHEVALIERS^
LE VIEILLARD
Gomment m*y prendrai-je , pour paraître-<iux spectateurs avoir prononcé avec équité entre vous deux?
LE VENDEUR DE BOlTDlifS, au peuple, à Toreille.
Le voici : levez-vous et fouillez , sans en prévenir y dans ma manne et dans celle du Paphlagonien , pour voir ce qui y reste ; c'est un moyen sûr de bien juger.
LE VIEILLARD) au yendeur de boudins.
Allons , voyons ce qu'il y a dans votre mannfe.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Vous voyez , bon papa , qu'elle est toute vide; je vous ai donné tout ce qu'il y avait dedans.
LE VIEILLARD
C'est-là une manne patriotique.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Visitez donc aussi celle du Paphlagonîen : Eh! bien, voyez-vous?
LE VIEILLARD
Ah! dieu! comme elle est remplie de mets difierens ! Voyez quel énorme gâteau ? et il m'en doublait si peu!
LE VENDEUR DEHOUDINS.
Et voilà ce qu'il a toujours fait : de tout ce qu'il
saisissait , il vous en donnait très-peu , et se réservait la meilleure portion,
LE VIEILLARD
C'est donc ainsi , ô'scélërat , que tu m'escamotais le fruit de tes larcins , tandis que je te chargeais de couronnes et de pr^ens?
CLÉON
Je ne me permettais ces vols que pour l'avantage de la république.
LE VIEILLARD
Quitte vite cette couronne pour que j'en décore celui-ci.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Allons vite , couronne bas , fripon.
GLÉON.
Il n'en sera rien , parce que j'ai un oracle de Delphes, qui désigne celui qui doit me supplanter.
LE VENDEUR DE BOUDINS
Il désigne assez clairement mon nom.
GLÉON.
Eh ! bien, je vais voir si l'oracle te concerne, et je te ferai d'abord cette question : quelles sciences as-tu cultivées dans ton enfance? ,
On ine formait à coups de poings dans les cuisines.
502 LES GHEVAIilEA^^
CLÉOIf*
Que dis-lu? Ah ! comme je suis frappé de cette application de l'oracle ! Ensuite , chez le maître d'exercice, qu'as tu appris?