‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 90 sur 112 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LES MÊMES, LE PEUPLE, rajeaai.

LE CHŒUR

O belle et brillante Athènes , toute couronnée de violettes y montrez-nous le maître de ce pays ^, et de toute la Grèce » /

s Parodie d'un endroit de Pindare , cité par le scholiaite.

AGORÀCRITE.

Reconnaissez-le à la cigale qui orne ses cheveux , à l'e'clat de son ancienne splendeur ; il est plein d amour pour la paix et de dégoût pour les suffrages; en un mot, il est tout parfumé de myrrhe.

LE CHOEVIU

Salut au roi des Grecs ! nous vous félicitons ; car vous éprouvez une révolution digne de cette ville et des trophées de Marathon.

XE 1»EUPLE.

Approchez, ô Agoracrite, le plus cJiéri des mortels! de quels biens. vous m'avez comblé en me refondant !

AGORACRITE.

Moi , dites-vous? Mais , cher ami , vous ignorez encore ce que vous étiez auparavant , et ce que vous fesiez : car vous me regarderiez comme un dieu.

LE PEUPLE

Qu'ai-je donc fait ci-devant? Instruisez-moi de Télat où j'étais ?

AGORACRITE.

Premièrement, si quelqu'un vous disait, en vous haranguant : ô peuple ! je t'aime , je l'adore , tes intérêts me sont à cœur, et je veux seul te conduire par mes conseils ; oui, si quelqu'un débu-

COMÉDIE, 3ii

tait ainsi , vous, sautiez^ de joie et vous vous rengorgiez.

LE PEUPI.E.

Moi, vraiment?

agoracrite.

Ensuite l'orateur se retirait après vous avoir dupe.

le peuple.

Dites donc ? j'étais joué de la sorte sans m'en apercevoir?

agorm:rite.

Vos oreilles s'étendaient et se pliaient comme un parasol.

LE PEUPLE

Quoi l la vieillesse m'avait réduit à cet état de folie et de délire?

▲GORACRITE.

Eh ! par Jupiter, si deux orateurs haranguaient, l'un, pour qu'on équipât uneflotte, etl'autre, pour payer les honoraires aux juges; celui-ci se retirait après avoir eu l'avantage sur celui-là.. •• Eh ! bien, pourquoi baissez-vous la tête? Ne resterez-voùs donc pas?

LE PEUPLE

En vérité , j'ai honte de toutes mes anciennes sottises.

3ia LES CHEVALIERS 5

AOOBÀGBITÊ. *

Ne vous chagrine» pas : on doit moins vous en imputer la faute qu*à ceux qui vous ont induit en en'eur. Répondez maintenant à ceci : si quelque ûrateur un peu bouffon vous disait : point de pain pour les juges, si telle cause n'est perdue; que lui feriez-vous? Là, diles-moi?

LE PEUPLE'

Je le précipiterais de dessus quelque élévation dans un abyme profond , après lui avoir suspendu ^ Hyperbolus * au cou.

âGOJlACRITE.

C'est fort bien et fort sagement pensé ; mais par lai suite, comment gouvemerez-vous la république? Voyons, dites-moi cela?

LE PEUPLE

J'ordonnerai que les rameurs de vaisseaux de guerre reçoivent toute leur paye en entrant dans le port.

AGORÀCRITE.

Ce sera d'un grand avantage à cette foule de culs secs.

> C'est de cet Hyperbolus qu'on lit clans Plutarque {vie d*M^ çihiade, cbap. XX , tom. II. ) « Il estoit si deshonté , et se son- ^ cioit si peu du bruit qii*on Iny donnast , qu'il ne luy chaloit » d'estte vitupéré, ny s© mouv.oit aucunement pour chose que » Ton dist de luy | ce qu'aucuns appellent hardiesse et fermeté A de courage, là où ce n'est que vraye impudence, mauvaiiititf » effrontée, et désespérée mescbanceté. »

COMEDIE. 3l3

LB l»BOPLE.

De plus, nul des citoyens inscrits sur le Catalogue de ceux qui so;it destinés au service militaire^ ne pourra se faire mettre, à Paide de cer-^ tains protecteurs, sur celui d'un autre ordre; mais son nom restera sur le premier tableau où il avait été inscrit. . .

ÀGQRA.CRITE.

Cléonyme en mordra son bouclier de rage ^

LÏ2 PEXTPLE.

Nul jeune homme ne pourra se trouver à rassemblée.

AGORÀGRITE.

Où Clisthène et Straton se tiendront-ils donc?

LE PEUPLE

Quoi ! ces jeunes efféminés qui ne sortent pas des boutiques des parfumeurs , qui jasent si fort à leur aise? Quel charmant homme que Phœax ^ , ^

' Parce que c'était un lâche qui ne pouyait- rester inscrit sur le catalogue des honnêtes gens.

3 Ce Phœax, peint si fort ironiquement par Aristopliane, et représenté par Plutarque , fte cPjdlcibiade, comme « estant bien da a» bonne maison, mais ayant au demourant faulte de plusieurs cho- 3» ses, et notamment entre autres^ d'éloquence, parce qu'il estoit 3» plus propre à deviser et disputer en privé , qu'à plaider .et 1» haranguer en matière contentieuse publifuement devant le » peiqple , ayant , comme dit Eupolis ,

» Parole assez, mais d'éloquence point. »

5l4 l'SS GHETALIEliS,

disent-ils ! Comme il est instruit ! il sait par&itement fixer sur hir l'attention de ses auditeurs , il vient à bout de tout ce qu'il veut ; ses discours sont nourris de maximes ; il est clair , il touche , et le calme succède aux émeutes dès qu'il parle.

AGORACRITB.

N'êtes vous pa5 l'infâme complaisant de ces débauches?

LE PEUPLE

Non , par Jupiter ; mais je les forcerai de s'abéenter de l'assemblée et daller prendre leurs ébats h la chasse.

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