‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 12Chapitre 95 sur 112 · FRANCISQUE · texte numérisé non relu

FRANCISQUE

Voulez-vous que Chrysante ait le cerveau perclus ^ Au point de s'engendrer d'un cadet , tout au plus ,

Qni ne possède rien qu un pen de bonne mine y Et dont il ne connaît qne la simple origine 7

PHILINTE

Pauvre esprit ! C'est par-là, ne le vois-tu pas bien ,

Que je puis à ses yeux me parer d'un grand bien ,

Et faire , à la faveur de quelques apparences ,

Pour des réalités passer mes espérances.

Mes caresses , mes soins , nia trompeuse ferveur

M'ont de cet hpmme-là su gagner la faveur 5

Et je me crois en ^ok , quand nous sommes ensemble ,

De lui persuader tout ce que bon me semble.

A quoi me servirait Iç talent précieux ,

Le don surnaturel que j'ai reçu des cieux,

De tourner à profit la faiblesse des bommes ?

Tu lésais mieux que moî^ dans le siècle où nous sommes,

L'amour de la louange et Fimbécille orgueil ,

De leur faible raison sont l'ordinaire écueil ^

Et j'ai mis le grand art, où je suis passé maître,

A les tromper par-là , puisqu'ils le veulent être.

Je sais m'accommoder de leurs faibles divers ,

Flatter leurs passions et même leurs travers.

Sur leurs seuls mouvemens je me règle à toute heure.

Sont-ils joyeux? fe ris. Sont-ils tristes? je pleure 5

Et par-là , sans risquer qu'un peu de bonne foi ,

Je les mets hors d'état de se passer de moi.

J'assujettis leurs cœurs , j asservis leur prudence ,

Et les enchaîne aux fers de ma condescendancç.

C'est ainsi qu'un esprit adroit et pénétrant^

Sait mettre^en intérêt la sottise d'un grand 5

Et cette uniqpe porte , aujourd'hui si commune ,

Sert d'entrée aupalais de la bonne fortune.

Du métier que je fais , ta vois quel est le frait. Et ce qne ma souplesse au besoin me produit.

Enfin y qui n est pas né prophète en sa patrie y Doit à son mauvais sort opposer l'industrie.

Je n ai ni fonds ^ ni rente ^ il faut bien layouer ^ Mais mille sots en ont , et je les sais louer. Yoiià ma terre. On doit la cultiver soi-même^ Mais le produit en est d'une abondance extrême t Et y crois moi y mon ami y la vanité des fous Est le fond le plus sur des sages comme nous.

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