FRANCISQUE
Voulez-vous que Chrysante ait le cerveau perclus ^ Au point de s'engendrer d'un cadet , tout au plus ,
Qni ne possède rien qu un pen de bonne mine y Et dont il ne connaît qne la simple origine 7
PHILINTE
Pauvre esprit ! C'est par-là, ne le vois-tu pas bien ,
Que je puis à ses yeux me parer d'un grand bien ,
Et faire , à la faveur de quelques apparences ,
Pour des réalités passer mes espérances.
Mes caresses , mes soins , nia trompeuse ferveur
M'ont de cet hpmme-là su gagner la faveur 5
Et je me crois en ^ok , quand nous sommes ensemble ,
De lui persuader tout ce que bon me semble.
A quoi me servirait Iç talent précieux ,
Le don surnaturel que j'ai reçu des cieux,
De tourner à profit la faiblesse des bommes ?
Tu lésais mieux que moî^ dans le siècle où nous sommes,
L'amour de la louange et Fimbécille orgueil ,
De leur faible raison sont l'ordinaire écueil ^
Et j'ai mis le grand art, où je suis passé maître,
A les tromper par-là , puisqu'ils le veulent être.
Je sais m'accommoder de leurs faibles divers ,
Flatter leurs passions et même leurs travers.
Sur leurs seuls mouvemens je me règle à toute heure.
Sont-ils joyeux? fe ris. Sont-ils tristes? je pleure 5
Et par-là , sans risquer qu'un peu de bonne foi ,
Je les mets hors d'état de se passer de moi.
J'assujettis leurs cœurs , j asservis leur prudence ,
Et les enchaîne aux fers de ma condescendancç.
C'est ainsi qu'un esprit adroit et pénétrant^
Sait mettre^en intérêt la sottise d'un grand 5
Et cette uniqpe porte , aujourd'hui si commune ,
Sert d'entrée aupalais de la bonne fortune.
Du métier que je fais , ta vois quel est le frait. Et ce qne ma souplesse au besoin me produit.
Enfin y qui n est pas né prophète en sa patrie y Doit à son mauvais sort opposer l'industrie.
Je n ai ni fonds ^ ni rente ^ il faut bien layouer ^ Mais mille sots en ont , et je les sais louer. Yoiià ma terre. On doit la cultiver soi-même^ Mais le produit en est d'une abondance extrême t Et y crois moi y mon ami y la vanité des fous Est le fond le plus sur des sages comme nous.