SCÈNE IIL
LES ^l<itC8 j LY S18TR ATA.
PREMIER ÀTHÉHIEH.
Bonjour , la plus courageuse de toutes les fem mes : voici le moment de déployer votre pouvoir, • votre honnêteté, votre affabilité, votre majesté, votre douceur, toutvotre art. Les chefs de la Grèce, épris de vos charmes, se livrent à vous, et d'un commuh accord se reposent sur vous de tous leurs différens.
LYSISTRATÀ.
Ce n'est pas une chose bien diflicile, si l'on vous trouve fortement animés du désir d'avoir vos femmes , et si Vous ne chercher pas à vous consoler mutuellement; mais je vais le savoir. Où est la paix ? Amenes-OMH. d'abord l€s Lacédémoniens ici : et , pour cela , prenez - les par la main , mais sans contrainte, sans hauteur ^ ni d'un âir peu gracieux, comme nos maris ont coutume, mais d'une manière tout-à-fait caressante , comme il sied à des femmes. Si quelqu'un ne vous offre pas sa main, prenez -le par ailleurs ». Vous aussi > amenez -moi ces Athéniens , et prenez- les par où ils voudront. Vous , Lacédémoniens , tenez-vous
' Mentnk pr^ienaum due.
là près de moi : et vous , de ce côté-ci , et écoutezmoi bien. Je ne suis qu'une femme ^ mais j'ai du sens; d'abord j'ai reçu de la nature un jugement exquis, et de plus , je n'ai pas mal profité de plusieurs leçons que j'ai reçues de mon père et des anciens. Je veux vous faire des reproches communs aux uns et aux autres, et j'y suis bien fondée : quoiqu'on vous voie à Olympie, à Pylos, à Delphes (combien citerais -je d'autres lieux, si je voulais m'étendre davanlage?) arroser les autels de la même eau lustrale , comme autant de parens; malgré cela, vous allez chercher des troupes chez les Barbares, pour ruiner les Grecs et leurs villes ' . C'est là tout ce que j'avais à vous dire en commun»
> M. Brunck lit ainsi ces deux vers :
Vous ruinez les Grecs et leurs yîlles ayec des armées destructives , quoique nous ayons sur les bras- assez de barbares pour ennemis.
Mais j'ai suivi une autre leçon. Je porte la virgule qui est dans le premier vers après ffr/sxTtvfiocrcVf ce qui me donne le sens que présente la traduction, en cela conforme à la version italienne > où l'on lit: Gon Fessercito de nemici presenti barbari havete morti et rovinati gli buomini Greci et le citta. Cette leçon d'ailleurs , comme l'observe le savant M. Paulmier^ cadre parfaitement avec l'bistoire, où, dès la vingtième année de la guerre du Péloponnèse, on voit les Perses stipendiés par les Lacédémoniens. Thucydid. lib. VIII. Et Tannée précédente les Athéniens avaient pris à leur s^lde d«B Thraces Bftchseropbores qui détruitirent Mycalessus.
•468 liYSISTRATA ,
PREMIER ATHÉniEir.
Mais^ je me meurs de spasme.
LTSISTRATA..
Pour vous , maintenant , ô Lacédëmoniens^ car je veux vous parler en particulier, avez -vous oublié comme le Lacédémonien Périclëidas vint se prosterner aux pieds des autels , pâle , couvert d'un manteau de pourpre, pour supplier les Athéniens de lui accorder des troupes auxiliaires ; car vous étiez alors inquiétés par les Messéniens et par la colère d'un dieu ' ? Mais Cimon , à ]a tête de quatre mille hommes bien armés , partit pour Lacédémone qu'il sauva. Après de tels bienfaits jreÇus des Athéniens , vous ravagez un pays qui a si bien mérité de vous?
Oui, par Jupiter, ô Lysistrata, ils sont injustes.
UN DES AMBÂSSADEtIRS.
Nous sommes injustes? Soit; mais il n'est pas^ possible au moins d'être mieux fait que celui-là ^^
« C'est-à-dire par un tremblement de terre. Plutarque cite ce yers d'Arvstophane , dans la vie de Cimon. Voyez l'édition d*Amyot, chez Cutsac. Le chapitre XXIX servira de commentaire à cet endroit-ci qui d'ailleurs ajoute des détails omis par rhistorien.
A^> 9 mpfjê^Tcç afKTOi xoti xet\ôç* Semas est : ioJHrios nos
LYSISTRATA
Croyez- VOUS, Athéniens, que je veuille vous absoudre? Ne vous rappelez-vous donc plus comment, en revanche, les Lacédémohiens, lorsque vous portiez la catonacé % vinrent à voire secours , tuèrent nombre de Thessaliens et plusieurs des amis et des alliés d'Hippias; qu'en cette occasion ils furent les seuls à vous secourir > et que, vous ayant réintégrés dans votre liberté, ilsprocurèrent au peuple son manteau , au lieu de la catonacé ?
UN DES AMBASSADEURS
Je n*ai pas encore vu de plus belle femme.
£t moi, jamais de plus brillans appas.
lysistratà.
Eh bien ! puisque vous avez fait les uns pour les autres tant et de si belles choses, pourquoi guerroyez -vous, et ne cessez-vous pas de vous faire du mal? Pourquoi ne vous réconciliez- vous pas? Voyons, qu'est-ce qui empêche?
esse dicitif, ted scitote, si duriores conditiones pacis prçpo^ natis , nos yaledicturos mulicribus» et ad venerem masculam
defecturos, ut remedium tU ff^uv^u,* habeainus Haec Laco
breYÎter , ut soient Lacones , loquitur. ( Paulmicr ).
1 K«To»v«x«;, c'était une sorte d'habillement destine aux esclaves seulement, d'une étoffe grossière, qui n'allait qu'aux genoux, et qui était bordé par le bas d'une lisière de peau de mouton avec la toison. Voyez Hésychius, v. KKr«»v9Mif.
^yO XYSISTRATA,
UN DES AMBASSADEURS
Nous y consentons, si Ton veut nous rendre ce qui est le prétexte ordinaire de nos dissensions.
LTStSTRÀTA.
Quel est-il, mon cher ami?
UN DES AMBASSADEURS
C'est Pylos; nous le répétons et nous le desirons depuis assez long-temps.
Non , par Neptune , jamais vous ne l'aurez.
ltsistràta.
O mes amis ! cédez-le.
premier athénien.
Que ferons-nous après celçi ?
LTSISTRATA.
Demandez une autre forteresse pour celle-là.
premier athénien.
Morbleu ! donnez-nous donc d'abord Echinas , et le golfe de Malie qui la baigne , et les longues fortifications de Mégare.
UN DES AMBASSADEURS
Non, certes, pas tout cela, ô mon doux ami.
LTÇSISTEAXA,.
Laissez , n'insistez pas sur les fortifications.
PREMIER ATHÉNIÈH.
Mais je suis pressé de me déshabiller , pour labourer tout nu.
UN DES AMBASSàDEURS.
Et certes, il faut conduire le fumier auparavant.
Dès que la paix sera çomrenue entre vpus, vous ferez cela. Mais voyez si vous êtes d'accord sur les moyens de la consolider , et allez trouver vos alliés pour les leur communiquer.
PREMIER ATHÉNIEN
Et quels alliés entendez-vpys? Nous sommes dans un état de tension horrible. Est-ce que tous HQS alliés ne conviendront pas avec nous qu'il faut remédier à une maladie semblable?
UN DES AMBASSADEURS. '
Toi^s le$ miens en dise^i^t certainement autant. Et en vérité, jiisqu'auK C^rystiens mimes.
liYSISTRATA-
Bien dit* Maintenant purifiez - vous , afin que^ nous autres femmes nous puissions vous recevoir dans la citadelle à un festin où nous vous offrirons de ce que nous avons dans des boîtes. Vous vous y engagerez par des pi:oines8e^et;p9r4e$^inens
47^ tTSISTRATA,
réciproques, ensuite chacun prendra sa femme et se retireta chez lui.
PRBXnSR ATHÉHnUI.
Allons donc au plus vi^e.
un DSS AMBi^ADEURS.
Menez-moi où vous voudrez.
PRBKIER ÀTHÉNIEH.
Oui , parbleu , et à la hâte.