SUR LA. PAIX, LES OISEAUX, LES FETES DE GÉRÉS ET LYSISTRATA
1 ROIS de ces pièces ont pour otjet de faire connaître le prix de la paix , de l'union et de Tordre : la Paix , les Oiseaux et Ljsistrata , ne tendent qu*à ce but. Aristophane y revient souvent. Les maux de la guerre affligeaient son cœur , enflammaient son imagination qui semble n'avoir jamais de traits assez forts, pour déterminer les Grecs à ne pas s'acharner à leur commune perte. Riche de son propre fonds, il ne craint point de revenir continuellement sur le même sujet : on a vu comme il sait le parer , l'embellir et le varier au gré de ce peuple :
Animal étrange , Dont , au moindre sujet, le cerveau se dérange, Dont Tceil toujours se fixe à des objets nouveaux. Qui sur le goût enfin sans cesse prend le change. Trop heureux cependant , quand d'un mot de louange , Il veut bien payer nos travaux.
C'est dans la vue de satisfaire ce goût insatiable
4So RÉFLEXlOnS
du peuple pour tout ce qui a un air de nouveauté et d'originalité; qu'Aiîstophane met à profit l'idée d'Esope dans la fable de l'Aigle et de l'Escarbot , pour présenter Trygée (dans la Paix) montant au haut de l'Olympe , afin d'obtenir de Jupiter cette paiX; si nécessaire à tous les corps politiques de la Grèce. Voilà pourquoi il nous fait des tableaux si grotesques de la monture de Trygée , et des goûts de cet insecte, ainsi que de ses mœurs et de sa stupidité : voilà pourquoi il nous peint si heureusement Mercure, avec son penchant au vol et à la gourmandise. C'est également à cette nécessité de se faire goûter du peuple , que nous devons l'attitude qu'il donne à la Guerre -, et l'art qu'il a de faire voir , d'un côté , les soins , les peines et la bonne foi des un^ pour rappeler la Paix , et de l'autre les menées , les trames et la mauvaise foi de ceux qui veulent la retenir captive. C'est dans la même vue qu'il nous représente, sous les traits les plils gracieux , la Paix et ses deux compagnes Opora et Théoria , et la joie des citoyens à la vue de ces divinités. En un mot, c'est par cet unique motif qu'il met tant de sel , tant de plaisanteries fines et mordantes en nous décrivant le sacrifice ofiert à la Paix , et la manière dont se fait le choix de la victime , et dont on exclut du sacrifice quiconque y est attiré plutôt par le besoin de se procurer quelques alimens , que par
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l'amour de la paif. Un dessein aussi lotkable ^ un plan aussi parfaitement exécuté, méritaient que le peuple paj-ât d'un mot de huang'e de si utiles ttatauXé Aristophane sollicite lui-mértie cette récompense , €ft on le voit dans Tlntermède du premier Acte , faire l'éloge du goût qu*il a montré dès sa t>ltis tendmé jeunesse, et du genre de comiqiie qu'il a ctdtivé j on le voit désirer qu*on se rappelle sa figure , ses traits , et que son nom passe dé bouché en bouche dans les assemblées, dans les festins , Trojp hèttréul ceptadaht , quand d'un tnot de louange On Teut bien payer nos travaux.
Ce iidble désir se manifeste partout daiis leà écrits d'Aristophane ; tnais on le remarque principalement ddiis^ les soins qu il se donne pour forcer ses e^mcitoyeUft à combler ses vœtix^ L'amour-prdpre n'est traiÈtiènt louable qu'autant qu'il saisit tous les mK^ens de développer et de faire briller le génie. Aussi Aristophane ne riéglîgeâit-îl autun de ces moyens. Toutes ses pièces ont toujours le bien public pour bat; et toutes sont les sceaux dé réprobation pour lès gens cdrrofmpus qu*il y aétaqtié, parce que son Style Soigné réunit tous lés suffra^, et laisse l'empreinte la f4us profonde du rîdiétile , en même temps qu'il enchante par la plus dâicieuse hâtniionie et par le charme de la pôésrie : tout autattt de choses* négligées pai* nos XIV 5i
483 KÉFLEXlOnS
jeunes poètes qui font des vers , une tirade y mais non une pièce*
Cest au même motif ^ làu zèle du bien public, que nous devons les Oiseaux y pièce dont le plan et Tex^ution ne sont pas moins bizarres et in* vraisemblables que Fidée en paraît extravagante. Mais j cet apologue , car les comédies d'Aristophane sont presque toutes calquées d'après ce genre et en ont la marche simple et amusante y au milieu des invraisemblances les plus étonnantes, cet apologue y dis-)e y a un but très-marqué et présente une leçon on ne peut mieux adaptée aux circonstances. Il s'agit de faire connaître le caractère litigieux et processif des Athéniens , de faire voir comme ce caractère inûue sur la tranquillité intérieure et extérieure de cette république, et c'est ce qu'Aristophane met dans le plus grand jour y en décochant les traits les plus piquans du ridicule contre les citoyens turbulens^ ennemis de l'ordre et de la paix. M. de Fontenelle ne voyait pas le mot pour rire dans cette pièce, parce qu'il n'en avait pas saisi le but moral, orné de toutes les grâces du style qu'on chercherait en vain dans les ancien^ auteurs , et même dans quelques autres pièces d'Aristophane. Le même académicien trouvait fort froide cette comédie des Oiseaux , parce qu'il l'avait plutôt lue qu'étu- ^ée ; et, qu'Aristophane , souvent^ ne peut être
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Goosle,
gaûtëque par un homme moins disposé à rire qu'à s'instruire^ à méditer et à réfléchir. Les Oiseaux surtout sont de ce genre , quoiqu'on y trouve fréquemment des saillies et des bons mots propres à dérider les personnes les plus austères et les plus gravess. Enfin « M. de Fontenelle n'y voit d'autre objet que de railler les dieux; mais les dieux n'y tombent sous les traits du poëte , que parce que leurs prêtres et leurs sacrificateurs^ jaloux d'encens , de victimes et de sacrifices , se plaisent à entretenir , au nom de leurs dieux , la discorde parmi les mortels, et privent ceux-ci de cette paix si désirable pour tout bon citoyen. Aussi , Jes Oiseaux , à la fin du premier Acte, dans le grand Intermède, seconde partie, disent -ils : « Nous » n'irons pas , à l'instar de Jupiter , nous réfugier » au haut de la voûte des cieux ; moins fiers, » nous vivrons au milieu devons, et nous vous » comblerons , vous , vos enfans et vos neveux ^^ » de toutes sortes de biens réunis à la santé. »
Les deux autres pièces étaient phisdanslegenre^ dans le goût et dans le ton ordinaire de l'académicien , et infiniment plus à sa portée. C'est ce qui fait que nous n'en j[)arlerons que d'après lui.
« La^Fête de Cérès est fort bonne. Il y "a de » la satire sur les mœurs en général , sur deux » ou trois personnes en particulier , sur quelques » pièces d'Euripide ; et , outre cela , le jeu de
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» théâtre mea paraît aussi agréable que d aucune
M autre comédie d'Aristophane. Tout ce que dit
» Mnésiloque (Muésilochus) déguisé en femme,
u pour justifier le mal que son gendre Euripide
» a dit de tout le sexe , est fort plaisant , et trèa-
» satirique dans les mœurs de ce siècleJà } l'apo-
» Ipgie des femmes contre les hommes a qudque
i> chose de bien joli On ne saurait mieux se
I» moquer des mœurs efféminées d'Agathon , le
» faiseur de tragédies, qu*en le faisantprierd aJJer
» à la Fêle de Cérès, déguisé en femme, parce
«> qu'on le prendra aisément pour une d'entre
» elles.. Il s'en défend fort bien par ce vers d'Eu-
» ripide , que Phères dit à Admète :
XAIPEI2 OPHN <l>nZ HATEPA. A'or XATPEIN AOTHEIS.
» Mais il est plaisant que^ sur son refus, Mnésilo-
» que lui emprunte du moins son équipage pour
» se déguiser lui*méine en femme. Toute cette
p cérémonie, qui se faisait sur le théâtre, de-
V vait être fort bouffonne. Il est encore bien ima-
» giné que ce soit Qisthène qui apporte aux £em-*
j> mes la nouvelle qu'il y a un homme déguise
» parmi elles , parce que ce Clisthène était fort
« efféminé, et par conséque^t s'^qtéressait aux
» affaires des femmes ; je crois que ces rôles de
» Ménélas et de Persée , qu'Euripide }oue pour
» Urer Mnésiloque d'affaire , el auxquels Mjdési-
» Iqdue repond comnie Hélène et comme Andro-
» mède, devaient faire un effet aussi plaisant que
» quand le^ Italiens , parmi nous , contrefont
» des pièces sierieuses. Ce ridicule-là , qui le pli^
» souvent n*^t point fondé sur la chose, et qiii
» ne dépend que du ton et de l'action, ne laisse
» pas d'être uu ridicule- Ce satellite scythe qui
w parle un mauvais grec , est la même chose que
» nos Suisses qui baragouinent. Il y a dans cette
» pièce de beaux chœurs sur Cérès et Proserpine ;
» tout cela , sans doute , se chantait , et faisait une
» diversité fort agréable. Toutes ces comédies rcs-
w semblaient au Malade imaginaire et au Bour-
» geois Gentilhomme : eJ^es étaient mêlées de
» chants et de danses ; et dans l'état où nous les
» voyons, elles ont bien perdu de leurs agrémens.»
« Ljrsistrata est. une idée très-folle. Rien n'est
» plus plaisant que de faire terminer la guerre du
» Péloponnèse par des femmes, tant athéniennes
» que lacédémoniennes , qui ont conjuré de ne
» point coucher avec leurs maris , s'ils ne se ré-
» solvent ù faire la paix. Je ne sache point de
» pièce si pleine d'ordures, ni plus propre à faire
» voir combien les anciens étaient libres. A peine
» puis-je croire qu'on ait joué la scèneoA Gi9é3ie
» (Cinésias) prie Marrine (M yrrhine), sa femme,
» de lui accorder ce qu'elle lui doit. On ne sfe
» peut rien imaginer de plus gaillard. C'est queU
» que chose de for^ boi que la peine qu'ont toutes
» ces femmes à ikire le serment que Ljsistrata
» exîge d'elles ; que les efibits qu'elles font pour
» lui échapper dans la citadelle d'Adiènes y où
» elles se sont cantonnées contre les hommes , et
» cet ambassadeur lacédémoniea qui vient dire
» que tout Sparte et n'en peut plus^ et qu'il
» faut absolument faire la paix : mais je trouve
1» tout le combat des vieillaitls et des femmes
» assez froid. »