‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 19 sur 125 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

I£ CHŒUR , de concert avec Procné , s'adresse aux spectateurs y et les invite à révérer les nouveaux dieux.

O vous y qui languissez dans votre vie obscure , Vous qu'à regret enfanta la nature :

l50 LES OISEAUX,

Vous qui paît* tout en butte aux. caprices da sort, Semblables aux feuilles légères.

Aux songes yains , aux ombres mensongères,

Craignez à tout moment , ou soubaitez la mort : Vous dont la fortune se joue 5 Vous dont le corps, formé de boue ,

D'un plumage léger ignore le secours ,

Faibles humains, écoutez nos discours j

Écoutez les Oiseaux , dont la race immortelle , Malgré les injures du temps

Conservant à jamais une grâce nouvelle , Jouit d'un éternel printemps. *

Voisins du ciel , formés d'une substance pure ,

Nous ne concevons rien de mortel ni de bas :

Nous voue dirons des vents la force, la nature;

Quelle cause produit la chaleur , la froidure , Les tonnerres et les frima ts :

Du chaos , de Térèbe et de la nuit affreuse

Nous vous retracerons limage ténébreuse :

Tout ce qu'on peut savoir , dans nos murs s apprendra ;

Vos plus fameux docteurs fermeront leur école ;

On n admirera plus leur science frivole :

De honte et de dépit Prodicus se pendra.

Avant lair , la terre , et les mers , Et ces brillans flambeaux «dont TOlympe se pare , Le chaos et la nuit , Térèbe et le tartare

Occupaient seuls tout l'Univers.

Etifin la nuit aux ailes sombres £nfante un œuf léger ; Vérèbe dans son sein

Le reçoit , l'échauffé , et soudain De cet œuf nait l'Amour, Il dissipa les ombres.

eOMÉDIE* i5i

Deux ailes d*or , qui brillaient sur son do» j Percèrent de4a nuit robscuritë profonde.

Plu» léger ^e les vents , actif ^ et sans repos ,

Ce dieu, par sa vertu féconde ,

Pour donner notre race au noionde ^ Dans le sein de 1 erèbe anima le chaos. Avant donc que l'Amour , père de nos ancêtres ,

Par de doux nœuds alliât tous les êtres , Il n était point encor d'Olympe ni de cieux. Quand tout fut assorti par sa toute^puissance^

£n divers temps prirent naissance Le ciel et Tocéan , la terre et tous les dieux j Ainsi des Immortels Forgueilleuse noblesse

Dok nous céder les droits d'aînesse.

Nous venons de TAmour : comme lui nous volons ^

Revêtus de légères ailes , A des bandes d'Amours souvent nous nous mêlons y Avec eux nous charmons Les cœurs les plus rebelles* •

Lliomme pour cent bonnes raisons Nous devrait en tout tetnps oflfirir des sacrifices. Eh î que ne peut-il point sous nos heureux auspices ! C'est par nous qu'il prévoit le printemps , les moissons j Et la saison des fruits et celle des glaçons. Il sait qu'il faut semer lorsqu'au travers des nues Yole vers la Libye un escadron de grues.

' Ces deux derniers vers sotit Féquivalent de ceux où Aristophaae s'exprime ainsi :' Et gli iiomini amatori hanno diviso à termîni di tempo , per potenza nostra'j molti buoni putti , ch'hanno spevgiurato : uno cbe da la coturnice ^ un' altro'l porfirione , Taltro Voca, Faltro Tuccel persico.

l53 liES OISEAtJX>

A ce signal les matelots Prennent congé des vents pour dormir en repos .

Le bourgeois change de parure ^ Et pour vêtir Oreste achète une fourrure. Le miian^ des beaux jours annonce la saison^ Tout renaît. La brebis dépouille sa toison ; L'hirondelle voltige autour de sa maison ) Et la veste légère est enfin préférée A la robe fourrée ' .

Qu'on ne vante plus Apollon ; On trouve ici Delphes , Dodone , Ammon j Sur la foi des Oiseaux chacun tente fortune , D un hymen dangereux serre Tétroit lien , Court aux armes « s'expose aux fureurs de Neptune : Sans Tavis des Oiseaux on ne hasarde rien^.

De plus , on désigne sous le nom d'Oiseau tout ce qui a rapport à la connaissance de l'avenir. L'Oiseau lui-même est un présage, l'éternuement vous l'appelez Oiseau ; le signe , Oiseau ^ la voix. Oiseau; le valet, Oiseau; l'âne, Oiseau. N'est-il donc pas évident que noua sommes poi^r vous l'oracle Apollon? Si vous nous honorez comme des dieux, nous vous tiendrons lieu de Pythies , de

« Ces pronostics sont tirés d'Hésiode, oper. et die, v. 4^ , 44^ et 629.

3 Je suis obligé de supprimer ici dix-neuf vers de M. Boivin, qui a été très-exact jusqu'à celui-ci , et de les remplacer par une traduction qui sera moins agréable à lire , mais au moins , qui rendra fidèlement notre comique.

GOMISDIE. l53

vents, de saisons , d'hivers, d'été et d'une douce chaleur. Nous n'irons pas , à l'exemple de Jupiter , nous réfugier au haut de la voûte des cieux : moins fiers , nous vivrons au njilieu de vous , et nous vous comblerons , vous , vos enfans et vos neveux, de toutes sortes de biens réunis à la santé ; vous coulerez de longs jours dans le bonheur , dans la paix , dans la jeunesse , dans les ris, dans les danses , dans les festins et dans l'abondance de toutes choses ^,

Enfin, prévenant vos souhaits.

Sur vous sî largement nous répandrons nos grâces. Que dans pea vos mains seront lasses De recueillir tant de bienfaits.

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