‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 41 sur 125 · LE DÉPUTÉ · texte numérisé non relu

LE DÉPUTÉ

Ah ! glorieux fondateur d'une ville illustre , d'une viUe aérienne, vous ne savez pas combien

les homijaes ont de vénération pour vous; combien de gens sont amoureux de cet heureux climat où vous avez fixé votre séjour. Avant que vous eussiez bâti la grande ville de Néphélococcygie , tous les hommes ne respiraient que Lacédémone : chacun affectait les manières des Lacédémoniens ; on laissait croître ses cheveux , on mourait de faim , on vivait à la Socrate ; personne ne sortait qu'avec un bâton à la main. A présent, tout le monde est revenu de cette maladie : on ne respire plus que les Oiseaux ; on en est fou ; en un mot , on est tellement transporté en leur faveur, quetout ce qu'on fait, on le fait à leur exemple. Premièrement, on déniche de graqd matin, comme nous faisons nous autres pour aller chercher notre nourriture. On vole droit aux affiches et on y dévore les arrêts du peuple. On est tellement possédé de cette manie , que la plupart des hommes se sont fait donner des noms d'Oiseau, Un certain cabaretier boiteux s'est fait npmmer perdrix. Ménippe n'est plus connu que sous le nom d'hirondelle. On nomme l'Opuntîen , le corbeau ; Philoclès , l'alouette ; Théagène , le tardrone * ; Lycurgue , l'ibis; Chœréphon, le nyctéris ^ ; le Syracusien, la pie. Pour ce qui est de Midias, on le nonamç

' X?v«>ei©ïf , yulpânseï:.

caille , dont la tête a été brisée par son maître ^ C'est cette même passioft pour les Oiseaux qui fait que dans toutes les chansons qu'on chante aujourd'hui , il est fait mention de quelque Oiseau, comme de l'hirondelle, du pénélops, de l'oie , du pigeon 2. On n'en chante point où il n'y ait des ailes , ou tant soit peu de plumage. Voilà comme tout se passe là - bas. Il ne me reste plus qu'une chose à vous dite : c'est qu'il va venir ici plus de dix mille hommes vous demander des ailes et des griffes. Il vous faut faire provision de cette marchandise, pour en faire part à ceux qui viendront s'établir ici.

PISTHÉTÉRUS.

Si cela est, il ne faut pas que nous demeurions les bras croisés. Allez-vous-en au plus vite remplir d'ailes tout ce qu'il y a de manequins etde paniers; et que Manès vienne me les donner à cette porte.

' Grec : xaso oTUf9x*'/«3oy. M. Brunck prouve qu'il faut lire o-ry^oxé&ov, d'après l'autorité de Pollux, VII, 1S6. aruf m^dous , nom donne, dit Kiibnius, aux propriétaires des cailles, de ffTVf(o^, j'engraisse, et de xff'cjTw, je tue, parce qu'après le combat on tuait les cailles. Il y ayait à Athènes des combats de cailles, de même qu'il y en avait de coqs. Voyez Lucien, In Anacharside, t. II, p. 918. Les Athéniens mêmes se donnaient ce spectacle dans leurs maisons ■en particulier : Voyez Meursius, />tf Ludis Grœcorum in OfituyoxomiKo

' Hîptvupèc , le pigeon domestique.

202 LES OiSEArX;

J'aarai soin de recevoir toutes les personnes qui se présenteront ici.

LE GHCBUR.

Dans très-peu de temps les mortels seront contraints d'appeler notre ville la ville très-peuplée.

PISTHÉTÉRUS.

Pourvu que le sort nous favorise.

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