‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 44 sur 125 · LE JEUNE HOMME · texte numérisé non relu

LE JEUNE HOMME

C'est pour cela même que je viens m'établir ici ; car j'ai envie d'étouffer mon père, pour avoir tout son bien.

COMÉDIE. 2o5

PISTHÉTJÊRrS.

Oui? mais nous avons une autre loi fort ancienne chez les cigognes. Voici ce qu*elle porte : Quand les jeunes cigognes seront parvenues , avec les bons soins de leurs pères , à pouvoir voler toutes seules , elles seront tenues de les nourrir à leur tour ^

LE JEraE HOMME.

Je n'ai pas mal gagne vraiment à venir ici , s'il me faut même nourrir mon père.

FISTHÉTÉRUS.

Non, non, mon ami, non. Puisque tu es venu là bien intentionné, je^te vais emplumer en qualité d'Oiseau orphelin ; de sorte que tu ne seras point obligé de nourrir ton père. Au reste, mon pauvre enfant, je veux te donner un avis qui n'est pas mauvais , et qui m'a été donné à moi-même lorsque j'étais enfant. Ne bats pastonpère.Prendsmoi ces ailes et ces ergots ; et , t'imaginant avoir snr la tête une crête de coq , entre dans quelque garnison; va à la guerre; nourrisrtoi toi-même de la solde que tu gagneras : surtout laisse vivre ton père. Mais, puisque tu as l'humeur guerrière, vole vers la Thrace , et va combattre en ce pays-là.

' Voyez M. de Buffon, sur les tendres soins des cigognes ponv leurs parens. Il cite cet endroit d'Axistophane.

206 LES OISBAUX^

LE JEUKE HOMME.

Par Baochus , vous me paraissez avoir raison* Je yeux suivre votre avis.

Ce parti est assurément sage ^ SCÈNE VIII.

PISTHÉTÉRUS, QNÉSIAS.

CINÉSIAS

Je tentç vers l'Olympe une roule inconnue ,

£t^ sur les ailes de mes vers^ J aime à me promener dans le vague des airs y

J aime à me perdre dans la nue.

PISTHÉTÉRUS.

Voici une aflÈiire qui nous va coûter bien de la plume !

GINÉSIAS*

Je veul , je veux quitter ma dépouille mortelle , Et prendre une forme nouvelle.

PISTHÉTÉRUS.

Serviteur à Cinésias le^Philyrin ^. Hë ! où allezvous ainsi clopin dopant avec votre piedéclopé?

I Ceci est omis dans M. Boiyin.

3 De fùùpot 9 tilleul : « parce que €inésias était d'une taille » très-baute, mai« si faible, si mince et si exténuée , que, pour

GOMÉpiE. 207

GIIÎÉSIAS.

Je veux , nouvel h^te des airs.

Devenir ^ s'il se peut y rossignol aux doux airs. <

FISTHÉTÉRUS.

Hë de grâce , cessez de chanter , et dites-nous ce que vous avez à nous dire.

ciifésiÂs.

Revêtu d'ailes et de pln^e , Suspendu dans les airs , je veux Dépouiller Thumaine coutume y Et, prenant un eflfort sublime , impétueux , Emprunter de la nue une robe venteuse , Propre à fendre la neige et la pleine orageuse Des airs tourbillonneux.

PISTHÉTÉRUS.

On peut donc emprunter une robe de la nue?

ClVÈSlkS.

Oui. Tout notre art ne dépend que des nues. Les poètes dithyrambiques ne font rien de brillant ^ qui ne soit aérien , nubileux , venteux , orageux, tourbillonneux. Je vais vous le faire voir. Ecoutez-moi.

PISTHÉTÉRUS.

Je n'en ferai rien.

v la soutenir et l'empêcher de plier et de rompre , il portait une » espèce de cuirasse £siite de bois de tilleul réduit en lame. » Yoyes Plutarque, Traité ds ia Musique ^ observation sur le chapitre XLIY.

208 LES OISEA.UX,

CIICÉSIÂS.

Si si , je le jure, vous m'écouterez.

Oui , je vais parcourir tout Tempire des vents , Ces climats nubileux , et ces humides plages y Où mon œil entrevoit des phantomes mouvans j Et d'Oiseaux au long col cent volantes images.

PISTBÉTÉRÛS.

Holaîhola!

CINÉSIAS

Compagnon des autans et des froids aquilons , J'oserai traverser les humides sillons.

FISTHÉTÉRUS.

Je veux mourir si je n'arrête tes autans et tes aquilons*

GINJÊSIAS.

Vers les feux du midi tournant tantôt ma course y Et tantôt m'ëlançant vers les climats de Tourse j

Je vais , des rames de mon corps ^

Sillonner une mer sans ports.

Vraiment, vieillard, vous me jouez là un beau tour; vous en usez avec moi d'une manière bien galante.

FISTHÉTÉRUS.

Hë quoi ! n'étes-vous pas bien aise d'être équipé d'ailes et de plumes?

CINÉSIAS

Est-ce ainsi que vous traitez un maître de mu-

sique? Savez -vous bien que toutes les tribus d'Athènes se disputent à qui m'aura?

PISTHÉTÉRUS.

Voulez - VOUS , mon cher Léotrophidès ^ , demeurer ici pour faire la leçon à un chœur d'Oiseaux de la tribu Gëcropide ?

GINÉSIiS.

Vous vous moquez de moi ; je le vois bien : mais n'importe; je ne cesserai pas de vous persécuter, que vous ne m'ayez donné des ailes pour parcourir les campagnes aériennes.

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