‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 85 sur 125 · LYSISTRATA, CALONICE · texte numérisé non relu

LYSISTRATA, CALONICE

LTSISTRATA.

Bonjour^ Galonice.

GALOKIGfi.

^njpur aussi > Lysistrata. D'où vous vient, cei

5y^ LYSISTRATA,

air inquiet? Déridez -vous , ma très -chère; ces sourcils froncés ne vous vont pas.

LYSISTRlTÂ.

Le sang , Calonice , me bout dans les veines ; notre sexe me fait la plus gi*ande pitié : ces hommes prétendent que nous ne sommes que perversité.

CALONICE

Nous ne sommes en vérité pas autre chose.

LYSISTKÂTÂ.

Les femmes ont ordre de se trouver ici pour délibérer sur une affaire qui n'est pas de peu d'importance : eh bien! elles se reposent, et aucune ne vient. ,

GALOiriCE.

Elles viendront, ma bonne amie. Les femmes ne quittent pas si aisément leur ménage. L'une est retenue par son mari ; l'autre réveille son domestique ; celle-ci couche son enfant; celle-là le baigne ; une autre l'apaise en lui mettant de quoi manger dans la bouche,

I^YSISTRATA,

Mais elles doivent s'occuper de choses beaucoup plus essentielies.

CALONICE

Pourquoi donc, ô ma chère Lysistratâ> cette

assemblée de femmes? Esl-ce une grande affaire?-. Quelle est-ellé?

LTSISTRÀTÂ.

Oui , grande.

CÀLONIGE.

Est-elle aussi > ?

LYSISTRÀTA.

Oui , parbleu 2.

CJkLONICE.

. Comment se fait -il que nous ne soyons pas toutes accourues?

LTSISTRATA.

Ce n'est pas cela; car nous n'eussions pas manqué d'accourir bien vite; mais c'est une affaire imaginée par moi , et examinée pendant plusieurs nuits sous toutes les faces.

GÂLONIGE.

Cette affaire , ainsi examinée sous toutes les faces, doit être du fin.

LTSISTRATA.

C'est tellement du fin , que le salut de toute la Grèce dépend uniquemenît des femmes.

I For se anche grosso.

« Si j per GioYCy grosso.^

• 576 LTSISTRATA.,

ClLOJflCE.

Des femmes? Il tenait donc à bien peu de chose'?

tYSlSTRATÀ

C'est à tel point qu'il est en notre disposition de sauver la république , ou de ne laisser aucun vestige , ni des Péloponnésiens

CÀLOXfICE.

Certes , c'est une bonne chose de n'en laisser aucun vestige.

^«TSISTRATA.

, , Et de détruire entièrement toute la race

des Béotiens.

CJkLONIGE.

Ah ! pas toute ^ s'il vous plaît : épargnez les an,guilles^.

ltsistrati*.

Je ne dirai rien de semblable , au sujet d*Athènes ; et je vous prie de ne pas l'imaginer.

• Mais, si les Béotiennes et les Péloponésiennes s*assemblent ici avec nous autres Athéniennes, nous sauverons la Grèce par nos efforts réunis.

CALOiriCB.

Mais qu'est-ce que des femmes pourraient fairç

' Ce senties expressions de M. Brunck.

> Du lac CopaïSy en Béotie.

de réfléchi et d'éclatant? Quoi, nous, toujourt assises , bien fardées , couvertes de coUficheis , parées de robes d'un beau jaune , de cimbériq-ue» tissues sans coutures % et de péribarides^?

LTÇISTRàTÀ.

Et c'est précisément tout cela qui nous sauvera, comme je m'y attends bien , oui , les petites robes jaunes, les parfums, les péribarides , l'orcanète ^, et les tuniques d'un tissu très-clair.

GALONIGE.

Mais comment donc?

LTSISTRÀTÀ.

De manière qu'on ne verra de nos jours aucun homme s'armer de sa lai^ce contre un autre...

CALONICE

Je vais donc , j'en jure par les déesses, me faire teindre une robe en jaune.

LTSISTRÀTÀ.

Ni de son bouclier

' JLifi^tfiU opfortùt^iuy des cimbëricpes droites. Ces cimbë». rîques sont des tuniques ainsi appelées peu1>étre du lieu où elles étaient fobriquées. Pline parle des tuniques droites, VIII, 74. J'aime assez Finterprëtation de Sealiger sur Festus : ce commen* tateur entend par tunicœ reçu», opOoçû^iot x<^^^'<> ^^^ tuniques pans couture dont il est parlé dans S.-Jean, éyang. XIX, n. aS.

' ntfiifi«fi(iiç y eê^ce de chaussure. PoUux, VU, 9a.

^ iyx^wK. Yojez Pline , XXII, a3.

578 IiTSISTRATA,

CÀLOmCEc

Ah ! je prendrai la cimbérique.

LYSISTRÀTÀ.

Ni de Fépee,

CÀLOmCE.

J'achèterai des péribarides.

LTSISTRÀTA.

Etait-il donc essentiel que les femmes se rendissent à mon invitation ?

CÀLONICE.

Et certes elles auraient dA y voler depuis longtemps.

LYSISTRÀTÀ.

Mais, ô desespoir ! vous ne les reconnaissez que trop pour de vraies Athéniennes , en ce qu'elles font tout plus tard qu'il ne faut. Au reste , on ne voit non plus aucune femme ni des côtes ^ ni de Salamine.

CÀLONIGE.

Mais je sais qu'elles ont passé toute la matinée en bateau ' .

' Eir^ râ>v x(>]$rotf9 : jeu de mots, xà^s ëtait une chaloupe ou gon* dole, dans laquelle les femmes de Salamine se ûiisaient conduire à Athènes : x/>i}$ désigne aussi uii cheval de selle, sur la construC'** tion et l'usage duquel on peut consulter un passage d'Apulée , cité par Ruhkénius , ad Jul. Rufinian, , p. 260. Voyez aussi les. Guêpes^ y. 5oo. R.-R,

COMÉDIE» 57g

LTSISTRÀTÀ.

Les Acharniennes mêmes, que je croyais et que j'espérais qui se rendraient les premières ^ ne sont pas encore venues.

CÀLONICE.

Et cependant la femme de Théagène , dans le dessein de venir ici, est allée consulter la statue d'Hécate. Mais en voilà qui arrivent. Bon, en voilà encore d'autres. Tenez, tenez! D'où sontelles?

ltsistrata.

D'Anagyronte ^

GÀLOIIICE.

Pour cela, vous avez raison. Anagjrronte paraît aroir été ébranlée 2.

< Bourgade de FAttique de la tribu Érechthëide. Harpocrat.

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