‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 96 sur 125 · LES MÊMES, UN MAGISTRAT · texte numérisé non relu

LES MÊMES, UN MAGISTRAT

LE MAGISTRAL

Le train que font ici les femmes et le bruit des tambours, s'entendent de toutes parts. Il semble qu'on célèbre de continuelles bacchanales, ou les folles lamen'^iions des fêtes d'Adonis. J'en ai été troublé au milieu de la harangue qu'on prononçait dans l'assembjée générale. Démostrate , digne en vérité du dernier supplice , disait qu'il fallait envoyer des vaisstaux en Sicile ; et sa femme en ^ dansant s'écrie : ÎLï , aï , Adonis ^ Ce Démostrate ajoutait qu'il fallait tirer de Zacynthe^ des soldats pesamment armés : et , sa femme , pleine de vin , répète du haut de sa maison : Pleurez Adonis; et pendant ce temp , l'impie et scélérat Cholozyge ^ en abusait indécemment. Voilà cependant les chansons obscènes des femmes.

» Ce Dëmostrate était l'anagoniste de Nicias, dont Aristophane était l'ami. Le poëte vmge ce général des mauvais succès de l'expédition de Sicile, en les attribuant à l'impndçnce. de ce Démostrate, qui avait proposé cette expédition, un jour de mauvais augure, consacré à pleurer Adonis. Voyez Plutarque, Vie de Nicias.

» L'Ile de Zacynthui, aujourd'hui Zante, est située en face de la pointe du Péloponnèse la plus avancée vers le couchant. 3 n s'agit ici du Démostrate BtfyÇ»ô'?«> appelé ici malicieusement

CHOEUR Dt, VIEILLARDS.

Bah ! et si vous saviez leur insolence à nolrç égard? Won - seulement elles nous ont accablés d'injures y ma^ elles nous ont inondés avec Feau de leurs urnes , au point qu'il nous faut secouer nos vétemens j comme si nous nous étions mis dans l'eau ^

LE hagistrat.

Vous vous êtes bien attiré ce traitement, j'en jure par Neptune, car nous sommes les premiers à seconder leur perversité , et à leur donnei: k goût du vice : tout ce qu'elles font ne vient que de là. N allons-nous pas dans les boutiques, disant à un orfèvre , par exemple : Vous aviez fait un collier pour ma femme; il y avait un gland de fixé dans un chaton; mais hier soir en dansant , il est tombé. Je suis forcé de partir pour Salamine; tâchez de vous échapper un soir à votre loisir, pour aller le lui remettre. Un autre va trouver un Jeune cordonnier qui est constitué mieux qu'on ne l'est au berceau , et lui dit : Mon ami, la courroie blesse le petit doigt très -délicat du pied de ma femme. Venez donc à la maison vers midi, et vous la mettrez plus à l'aise. Voici ce qui arrive de tout cela : c'est que , quoique chargé de pourvoir à l'entretien des rameurs enrôlés, les femmes

> Come se ne fosse stato pissato adosso.

4o8 LYSISTRATA,

m'interdisent leurs portes lorsque je me présente pour avoir de l'argent. Mais pourquoi nous tenir sans rien faire? Qu'on me donne les leviers pour que je repousse leur insolence. Eh bien ! misérable^ qu'est-ce qui t'étonue? Et toi^oùr^r* des-tu ? tu ne cherches que ûe$ oibarets. Ne me feras-tu pas sauter ces portes avec ces leviers? J'y mettrai la main avec toi.

LTSI8TRATA*

Ne faites rien sauter : je me préseiite de bon gré. A quoi bon ces leviers? Il vous faudrait plutôt une bonne tête.

LE MAGISTRAT

C'est donc ainsi , ô méchante bête?.... Où est l'archer? Prenez cette femme , et liez-lui les mains derrière le dos.

Je prends Diane à témoin qu'il lui en cuira , tout homme public qu'il est, s'il me touche du bout du doigt.

LBMiGISTRAT.

Eh bien ! as-tu peur? Ne la saisiras-tu pas? Et toi , ne te réuniras-tu pas k lui pour la U^?

LYSISTRATA

Je jure par Pandrose que, si vous touchez

COMÉDIS. 409

seulement à celle femme ,- vous ferez tout sous vous à force d'élre foulés aux pieds*

LE MAGISTRAT

Bon , vous ferez toui sous vous ! Où y a-l-il u^ autre archer? Prenez celle-ci la première, parce qu'elle a commencé h parler.

lvsiitrata*

Je jure par la déesse dispensatrice de la lumière, que, si tu touches cette femme, seulement du doigt, tu auras besoin aussitôt du guérisseur.

LE magistrat.

Qu'est-ce que cela? Où est l'archer ? Je saurai bien vous empêcher de sortir d'ici.

strattllis.

Par la Diane de Tauride, si^tu approches de cette femme , je t'arracherai les cheveux et te ferai pleurer amèrement.

LE magistrat.

Oh que je suis malheureux ! L'archer m'a laissé là î mais il ne convient nullement de céder à des femmes. 0 Scythes , rangeons-nous en bataille , et allons à leur rencontre.

LTSISTRATA.

0 par les déesses , vous allez donc apprendre qu'il y a dans cette enceinte , quatre bataillons de femmes guerrières et bien armées.

4lO LYSISTAATA,

LE MAGISTRAT

Scythes, lieB-leur-moi les mains.

LTSISTRATA.

Accourez ici au plus vite , 6 mes compagnes , vendeuses de graines, d'œufîs et d'herbes ; et vous, ô cabaretièjres , qui vendez de l'ail et du pain, ne viendrez -vous pas, ne frapperez-vous pas, ne chasserez-vous pas, n'accablerez-vous pas d'injures ces gens -ci? Ne montrerez-vous pas votre impudence ordinaire? Ah! cessez, retirez-vous,

ne les dépouillez pas.

LE MAGISTRAT

Ah dieux! quelle rencontre fatale pour no^es archers !

LTSISTRATA.

Mais, quelle était donc votre idée? Avez -vous pensé n'avoir affaire qu'à des servantes ? ou croyezvous que les femmes n'ont pas de cœur ?

LE MAGISTRAT

Elles n'en ont bien que trop, morbleu, surtout quand le cabaret n'est pas loin.

CHOEUR DE VIEILLARDS

0 inspecteur général de ce pays, que de paroles perdues ! Pourquoi entrer en pourparler avec ces espèces-là? Ignorçz-vous dans quel bain elles nous ont trempé, et cela sans lessive ?

GOHéDIE. 4.11

GHOEtTR DE FEMKES.

Mais , mon ami , il ne faut pas se permettre lëgèremeiàt de toucher aux autres : si vous vous y exposez , vos yeux seront bientôt pochés : moi , faime à rester tranquille , comme une jeune fille ; je ne cherche à nuire à personne : je ne changerais pas un fétu de place , pourvu qu'on ne vienne pas me tracasser et m agacer comme un essaim de guêpes.

CH(»TJR DE VIEILLARDS

O Jupiter ! que faire à une telle engeance? On ne doit pas souflFrir tout cela. Mais voyons, cherchez avec moi la cause de cet excès : quel était leur dessein en s'emparant de la ville de Cranaùs, de la citadelle inaccessible élevée sur un roc , et du temple sacré? Questionnez, soyez un peu crédide, et mettez en jeu tous vos moyens. Il serait honteux de rester, par notre négligence, dans l'incertitude sur tout cela.

LE MAGISTRAT

Oui , certes je veux d'abord savoir ceci d'elles. Pourquoi vous étes-vous barricadées dans la citadelle?

ltsistrAta.

C'est afin de mettre le trésor public en sûreté, et de vous ôter tout moyen de guerroyer.

^1% LTSISTRAtA,

l^ous naos £aiisons donc la guerre à cause du tr&or public?

ITSlsntATA;

Et tout est bouleversé à cause de cela. Pisander en effet et ceux qui aspirent aux premières charges ^ sont toujours prêts à exciter de nouveaux troubles, pour avoir plus lieu de voler. Qu'ils fassent maintenant tout ce qui leur plaira : ils ne tireront rien désormais du trésor.

Que ferez-vous donc?

LTSISTRATA.

Vous le demandez? Nous en serons les gardiennes.

LE MAGISTRAT

Vous, les gardiennes?

LTSXfilTRATA.

Que trouvez -vous en cela de merveilleux? N'est-ce pas nous qui administrons tout l'intérieur de nos maisons?

LE MAGISTRAT

Ce n'est plus la même chose.

LTSISTRATA.

Gomment , plus la même chose ?

C^est quW est oi>ligé de fsiire la guerre avec V argent du trésor public.

LTSISXftÀTA.

Mais premièrement , il n'est pas nécessaire de guerroyer.

LE MÂ.aiSTl^A7-

Quel autre moyen de nous mettre à l'abri de toute insulte?

LTSISTRÀTÀ.

Nous serons votre sauve-garde.

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