LE POUVOIR D'UNE ROSE
Conduisoit ses troupeaux une belle étrangère , Qui des bords fameux d'Hénarés , Vint honorer sa rive solitaire.
Là d'une voix tendre et flexible > Philomèle plaint ses douleurs ?
Une source à travers les fleurs Réfléchit du soleil les premières lueurs , Dans «son cristal frais et paisible.
Philène oubliant le sommeil, Y vient par ses doux sons célébrer sa bergère , Tels les oiseaux à leur réveil Chantent l'astre qui les éclaire.
O toi plus belle que le lis , Quand parmi les œillets, au jour qui vient d'éclore ,
Ses grains d'or brillent embellis , Des fluides cristaux que lui versa l'Aurore !
Où vas-tu loin de ton amant ?
Quel Dieu t'enlève à ma tendresse ? Faudra- t-il que toujours brûlant Je t'aime sans espoir et te suive sans cesse ?
Avez-vous vu nymphes dans la prairie ,
Le céleste éclat de ses yeux ?
Quels antres ! Quels rochers ! Quels lieux
Sont éclairés par mon amie !
Les Nymphes de ces bords sensibles à ses pleurs Répondent au berger d'une voix attendrie , Oui , ses yeux ont brillé sur la rive embellie , Kous vîmes ses attraits vainqueurs , Aux ondes , aux plantes , aux fleurs , Elle rendoit l'espoir , les couleurs et la vie !
Le vert gazon de ce rivage , Son pied de neige est venu l'effleurer , Le cristal de ces eaux répétoit son image ,
Elle osa s'y désaltérer.
Du berger amoureux croît alors le délire , Il n'y résiste plus , il se sent défaillir , Les Nymphes, les bergers, tous pensent qu'il expi Et de fleurs viennent le couvrir.
La divine Philis , de ses tourmens la cause , A leurs cris , vers ces lieux précipite ses pas , Sur sa lèvre glacée où règne le trépas , Tremblante , elle applique une rose ,
Qu'animent ses yeux pleins d'appas.
Cette rose par sa puissance , Le rappelle à la vie et l'arrache aux douleurs,
Et les Nymphes et les Pasteurs , Depuis ce jour n'appliquent que des fleurs
À l'amoureuse défaillance.
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