L'ESPÉRANCE
Aux rives du Tage brillant , Dorilas assis sur l'arène , Fixoit d'une claire fontaine Le jet limpide et blanchissant ; Il voyoit , des roches jaillie Son onde , en détours enchanteurs , Se perdre au sein de la prairie Au milieu des joncs et des fleurs, Mais de la douce rêverie , Où. ce beau lieu plongeoit ses sens , Il se reveille , à son amie Il adresse ces mots touchans.
Bergère ingrate et trop aimée A jamais malgré ta rigueur , Qui tiens mon ame renfermée Dans le froid marbre de ton cœur, Quand sera ce jour sans nuage , Cet instant à venir si long , Où des rameaux d'un vert feuillage Je . couronnerai ton beau front ?
Malheureux à la fleur de l'âge Qui la voit s'user en aimant !
Quand le ciel doux et bienfaisant Pemettra-t-il que sans ombrage Mon çœur goûte ce bien charmant; Toujours désiré vainement ,
Sans en apercevoir l'image ?
Je vois au ruisseau murmurant Céder la terre du rivage , Son flot sans cesse bouillonnant Dans les cailloux s'ouvre un passage, Il coule toujours serpentant , Il suit la pente qui l'entraîne , Dans un dédale séduisant , Il s'égare au sein de la plaine Et de roc en roc sautillant Où sa volonté le promène ; Mais rien ne fléchit ta rigueur , Toujours inflexible et cruelle Tu retiens mon amour fidelle Lorsqu'il vole vers le bonheur ; Mes ans se passent dans l'attente , Ils s'écoulent dans la douleur , Jamais à mon ame expirante Ne luit un jour consolateur , Infortuné, qui de sa vie Consume le rapide instant Et voit par l'amoureux tourment , Sa jeunesse foible et flétrie S'évanouir en espérant !
JLÉ DÉPART.
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JL oi dont j'éprouve la rigueur , Sort cruel 9 absence ennemie 2
Qui me séparant de mon cœur
Cependant me laisses la vie !
Tu rends le désir plus ardent,
En le privant de ce qu'il aime ;
Que n'est-il mon heure suprême
De mon départ l'affreux moment l
Manzanarés humble et tranquille
Sur ton rivage verdoyant,
Où l'on voit le lierre débile
Couronner l'orme vieillissant,
Il est une nymphe divine
La gloire et l'honneur de tes bords 9
L'oiseau répète ses accords ,
La fleur sa couleur purpurine ,
Le gazon que foulent ses pas,
S'embellit de teintes plus vives ,
Et par les ondes fugitives
Sont célébrés ses doux appas :
Phoebus n'en voit pas de plus belle 5
Quand vers l'hémisphère Indien,
Il poursuit sa course éternelle 9
Il n'en voit pas quand il revient
Prendre à l'Empire îbérien ,
Les feux de sa clarté nouvelle.
Je méritai de l'adorer ;
Mais quand fleurit mon espérance.
Du destin jaloux Ja puissance
M'ordonne de m'en séparer !
Ainsi la superbe Clytie ,
Quand Phœbus est sur son déclin ,
Voile l'or qui pare son sein
De sa feuille foible et flétrie ;
Sous le pied qui vient la fouler 9
Ainsi meurt la rose naissante ,
Ainsi sous la hache tranchante
La vigne fragile et liante
Avec l'arbre va s'écrouler.
O monts que la neige couronne,
Vos glaces ne m'é tonnent pas ,
Le feu qui dans mon cœur bouillonne
Sera vainqueur de vos frimats !
O douce et cruellè pensée !
Va , viens , revole dans les airs ,
Vole dans les soupirs amers
Qu'élève mon ame oppressée
Vers la maîtresse de mon cœur ;
Dis-lui qu'il ne vit que par elle 9
Qu'il succombe sous le malheur ,
Et rapporte moi sur ton aile
Quelque soupir consolateur ,
Qui de son souvenir fidelle ,
M'offrant l'assurance nouvelle ,
Soulage un instant ma douleur.