‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 16 sur 17 · L'ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

L'ESPÉRANCE

Aux rives du Tage brillant , Dorilas assis sur l'arène , Fixoit d'une claire fontaine Le jet limpide et blanchissant ; Il voyoit , des roches jaillie Son onde , en détours enchanteurs , Se perdre au sein de la prairie Au milieu des joncs et des fleurs, Mais de la douce rêverie , Où. ce beau lieu plongeoit ses sens , Il se reveille , à son amie Il adresse ces mots touchans.

Bergère ingrate et trop aimée A jamais malgré ta rigueur , Qui tiens mon ame renfermée Dans le froid marbre de ton cœur, Quand sera ce jour sans nuage , Cet instant à venir si long , Où des rameaux d'un vert feuillage Je . couronnerai ton beau front ?

Malheureux à la fleur de l'âge Qui la voit s'user en aimant !

Quand le ciel doux et bienfaisant Pemettra-t-il que sans ombrage Mon çœur goûte ce bien charmant; Toujours désiré vainement ,

Sans en apercevoir l'image ?

Je vois au ruisseau murmurant Céder la terre du rivage , Son flot sans cesse bouillonnant Dans les cailloux s'ouvre un passage, Il coule toujours serpentant , Il suit la pente qui l'entraîne , Dans un dédale séduisant , Il s'égare au sein de la plaine Et de roc en roc sautillant Où sa volonté le promène ; Mais rien ne fléchit ta rigueur , Toujours inflexible et cruelle Tu retiens mon amour fidelle Lorsqu'il vole vers le bonheur ; Mes ans se passent dans l'attente , Ils s'écoulent dans la douleur , Jamais à mon ame expirante Ne luit un jour consolateur , Infortuné, qui de sa vie Consume le rapide instant Et voit par l'amoureux tourment , Sa jeunesse foible et flétrie S'évanouir en espérant !

JLÉ DÉPART.

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JL oi dont j'éprouve la rigueur , Sort cruel 9 absence ennemie 2

Qui me séparant de mon cœur

Cependant me laisses la vie !

Tu rends le désir plus ardent,

En le privant de ce qu'il aime ;

Que n'est-il mon heure suprême

De mon départ l'affreux moment l

Manzanarés humble et tranquille

Sur ton rivage verdoyant,

Où l'on voit le lierre débile

Couronner l'orme vieillissant,

Il est une nymphe divine

La gloire et l'honneur de tes bords 9

L'oiseau répète ses accords ,

La fleur sa couleur purpurine ,

Le gazon que foulent ses pas,

S'embellit de teintes plus vives ,

Et par les ondes fugitives

Sont célébrés ses doux appas :

Phoebus n'en voit pas de plus belle 5

Quand vers l'hémisphère Indien,

Il poursuit sa course éternelle 9

Il n'en voit pas quand il revient

Prendre à l'Empire îbérien ,

Les feux de sa clarté nouvelle.

Je méritai de l'adorer ;

Mais quand fleurit mon espérance.

Du destin jaloux Ja puissance

M'ordonne de m'en séparer !

Ainsi la superbe Clytie ,

Quand Phœbus est sur son déclin ,

Voile l'or qui pare son sein

De sa feuille foible et flétrie ;

Sous le pied qui vient la fouler 9

Ainsi meurt la rose naissante ,

Ainsi sous la hache tranchante

La vigne fragile et liante

Avec l'arbre va s'écrouler.

O monts que la neige couronne,

Vos glaces ne m'é tonnent pas ,

Le feu qui dans mon cœur bouillonne

Sera vainqueur de vos frimats !

O douce et cruellè pensée !

Va , viens , revole dans les airs ,

Vole dans les soupirs amers

Qu'élève mon ame oppressée

Vers la maîtresse de mon cœur ;

Dis-lui qu'il ne vit que par elle 9

Qu'il succombe sous le malheur ,

Et rapporte moi sur ton aile

Quelque soupir consolateur ,

Qui de son souvenir fidelle ,

M'offrant l'assurance nouvelle ,

Soulage un instant ma douleur.

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