‹ Traduction générale d'AristoteChapitre 1 sur 398 · ET LE XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

ET LE XIX* SIÈCLE

L'histoire de la philosophie, des lettres et des sciences ne connaît pas de personnage plus illustre qu'Aristote. Dans l'Antiquité, tous les peuples civilisés, Grecs, Romains et Arabes, se sont mis à son école, pour s'instruire à ses leçons. Il a été, pendant cinq cents ans, le guide souverain du Moyen âge ; sans lui, la Scholastique n'aurait pas pu naître et se discipliner. A l'époque de la Renaissance, la domination oppressive qui s'était peu à peu constituée sous son nom, a été secouée, quand les intelligences, fortifiées par son enseignement, n'en ont plus éprouvé le besoin. Mais, si l'ingratitude d'élèves émancipés a été un instant poussée jusqu'à l'insulte, ces voix discordantes et calomnieuses ont dû se taire; et l'admiration traditionnelle n'a point été altérée

Ti ARISTOTE

par ces iniquités passagères. Aristote, devenu moins utile, a été moins étudié ; mais on l'a respecté autant que jamais. De nos jours, l'érudition lui a consacré des labeurs qui permettent de l'apprécier sûrement, et qui ne périront pas, grâce à celui qui en est l'inépuisable objet. Dante a, dans son Enfer, appelé Aristote « l'Instituteur de ceux qui savent » ; le mot est digne du poète et du philosophe; il résume et justifie une légende qui n'a pas moins de vingt-deux siècles, et qui a été entretenue, sans interruption, par la meilleure partie de l'humanité.

Qu'en doit penser le siècle qui va finir? Doit-il s'associer au sentiment presque unanime du passé? Ou doit-il réformer une sentence qui serait erronée, quelque autorisée qu'elle pût être ? Le xix® siècle se flatte, non sans raison, d'avoir renouvelé les principes de la science historique; il prétend même comprendre ses prédécesseurs mieux qu'ils ne se sont compris, et il rougirait d'être dupe, à son tour, après tafit d'autres. On ne peut que l'en féliciter. Mais, pour se rassurer et se mettre en état de prononcer en toute sécurité de conscience, il devra se rappeler quel-

ET LE XIX* SIÈCLE tu

ques faits absolument incontestables, qui sont les éléments du procès, si toutefois un litige est encore possible. A l'heure actuelle, que possédons-nous d'Aristote ? Sur quelles pièces peut-on se décider ?

Les éditions les plus complètes et les plus savantes nous fournissent, dans un texte qui est immuable, depuis trois cents ans avant l'ère chrétienne, quarante-six ouvrages, dont cinq ou six, tout au plus, peuvent être douteux. Quel en est le contenu? Quelles matières y sont traitées ? C'est d'abord la Logique, qu'Aristote a enfantée, et qui, depuis deux mille ans, selon la remarque de Kant, n'a pas pu faire un pas hors du cadre qu'il lui avait tracé. C'est la Psychologie, dans plusieurs traités, dont le principal est le fameux Traité de l'Ame. C'est la Poétique, où il a déterminé les règles qui ont inspiré Horace et Boileau, et qui ravissaient Voltaire. C'est la Rhétorique, qui n'a point eu d'interprète plus pratique et plus délicat. Dans l'ordre des questions sociales, c'est la Politique, qu'on peut regarder comme le plus grand livre qui ait été fait sur ce sujet, et qui, avec la Morale, achève ce

qu'Aristote a nommé la Philosophie des choses

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