DEDICACE
voilà Nelson et le Victory; ils viennent couper notre ligne dans les eaux du Bucentaure. Prenez cet aigle que l'empereur vient de nous envoyer à Cadix ; lancez-le à bord du Victory, et nous irons tous le reprendre, la hache d'abordage aux mains. »
Vous voyez que j'ai lu dans vos rêves, et que je me souviens de tout ce que vous m'avez dit, aux jours de mon adolescence, sur le môle de Toulon, lorsque tous les fronts s'inclinaient devant deux héros, vos amis, deux Ajax de mer qui supprimaient tous les Ajax de terre, l'Infernet le Provençal et Cosmao le Breton.
Je vous envoie ce livre, dont le premier chapitre est écrit avec vos souvenirs, plus vrais que i'iiistoire. Vous verrez que je n'ai rien oublié de lout ce que vous m'avez dit et de tout ce que j'ai entendu dire à l'hilernet et à Cosmao, bien des années après Trafalgar.
Vous êtes une relique vivante que le soleil nous gardera longtemps encore dans son écrin de rayons. Au reste, les hommes comme vous ne meurent pas. L'âme ne trouve aucune issue pour s'échapper, sur leur épiderme de bronze. Ils ne connaissent ni l'agonie bourgeose, ni les défaillances de l'âge ; seule-
DÉDICACE. n
nient, un matin, ils oublient de se réveiller. Annihal Camuu, votre compatriote, un enfant de la Méditerranée, cette Jouvence de saphir, a vécu cent vingttrois ans ; on disait plaisamment, à 3far?eille, qu'il avait battu les Romains à Cannes. N'étiez-vous pas, vous, avec le bailli de Suffren, dans l'Inde, en 1780, lorsqu'il battit le commodore Johnston, devant Pondichéry? C'est possible. L'Océan a le privilège de saler ses amis, de leur vivant, et de les réduire à l'état de conserves de la maison Colin de Nantes. En échange de vos souvenirs, recevez ces encouragements.
Méry.