ACTE PREMIER
Je riais ! Mais voici que l'autre tourne — douze!
C'est à recommencer. Je penche le cornet.
J'ai douze. À lui le tour. D'un air facile et net
Il agite les dés. — Douze! Je désespère,
Mais, pour savoir à fond ce qu'était ce repaire,
J'essaie encore un coup. J'ai douze. Le maraud
Remet d'abord ses dés dans sa poche, et, tout haut,
Devant tout le tripot que le vacarme attire,
Crie : — On triche! — C'est bien à vous!... allais-je dire,
Quand soudain je reçois sur la joue un soufflet
Qui pour jamais me teint de pâle en violet.
On m'insulte. A la porte! On m'y flanque avec verve.
Et vertueusement cette bande conserve
Tout mon argent. J'avais mis tout sur le tapis
Pour allumer le jeu. Rincé! — Ma foi, tant pis!
Car, puisque j'ai laissé démolir sans ressource
Mon honneur, ptt ! mon dos, liai! mais, grand Dieu! ma bourse.
Et que je n'ai tenté nulle rébellion,
Je vois ce que je suis, — je n'ai rien du lion.
Quelle chance! C'est très-dangereux, le courage!
On se blesse d'un mot, on est pris de la rage
Du duel, et l'on se fait découdre le pourpoint.
Après ce que je viens d'endurer, je n'ai point
A craindre que jamais, pour un mot qui mal sonne.
On me voie envoyer des témoins à personne.
Bonsoir le point d'honneur et le respect humain!
Je respire. Je vais marcher dans mon chemin,
Libre, fier, aspirant l'air à pleine narine !
Car, certes, si j'avais au fond de la poitrine
Je ne dis pas le cœur d'Achille ou d'Annibal,
Mais un cœur ramassé par terre dans un bal,
Un cœur infatué de gloriole vile,
Il eut bondi. Le mien est resté bien tranquille.
Ce n'est pas là, sans doute, un symptôme trompeur,
Et je n'aurai plus peur de ne pas avoir peur.
Réfléchissant.
Oui, mais ils ont gardé mon argent dans leur antre. Qui m'en rendra? J'ai bien ma cousine; mais, diantre! Il ne faut pas compter sur elle ces jours-ci : J'ai, tous ces derniers temps, exploité sans merci Ce que je fais pour elle, et c'est ce soir qu'à force De presser ses refus et d'en tordre l'écorce J'en avais exprimé ces beaux ducats si doux Qui vont désaltérer la soif de mes filous.
La fenêtre du cabinet s'ouvre.
G RI F, regardant dehors.
Il fait jour.
Sans argent, l'homme est une apparence.
Ma cousine de moins, ai-je une autre espérance? Aucune !
MIXOTORO, prenant le rouleau du chanteur et étalant l'cr sur la table.
Partageons toujours ces jolis blonds.
Tant de gens, sous ces toits, nagent dans les doublons ! Par quel canal, crevant les caisses les plus proches,