SCENE IV
DON ELISEO, seul.
Mais quelle idée a-t-elle de vouloir Un épouseur, étant épouse? 11 va falloir Que demain je déploie une éloquence extrême. Si sa main était libre, évidemment, je l'aime, Elle est jolie, elle a l'œil vif et le front pur, Elle est légère et chaste, un oiseau dans l'azur. Le jour où je verrais possible l'hyménée. Je prendrais à l'instant une fuite effrénée! Je l'aime; mais mari, jamais! Je me sens peu D'humeur à prononcer déjà l'éternel vœu. Ai-je, ô la plus charmante entre les créatures, L'âge de renoncer aux folles aventures, Aux balcons enjambés, aux maris furieux, Aux parcs où, la nuit, glisse un pas mystérieux,
Aux doux cœurs effrayés qu'on rassure, aux délices Des baisers dont la lune argenté les calices? Non. Je veux me verser ma jeunesse à plein bord, Et que l'heure maussade où l'hymen nous endort Ne m'enlève des mains la coupe que tarie. Ainsi qu'il faut qu'on meure, il faut qu'on se marie. Soit; mais que j'aie au moins vécu quand je mourrai, Et qu'au moins j'aie aimé quand je me marierai!
S'interrompant.
Diable! et mon oncle ! Il faut que j'aille à sa rencontre, J'oubliais son entrée.
Il tire sa montre.
Onze heures à ma montre :
Il est entre minuit et neuf heures. — Allons! Je vais m'intéresser à des discours très-longs, Et je ferai semblant devant tous ces burgraves De prendre au sérieux les choses dites graves.
Il s'en va.
Un grand vacarme dans un des cabarets de la place. Soudain une porte s'ouvre, vomit un drûle, maigre, échevelé, effaré, bousculé, déchiré, meurtri, et se referme. — Le jour se lève.