‹ TragaldabasChapitre 36 sur 96 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Rien que par l'insolent envoi de ce fourrage

A mon épouse. — Il croit aussi, lui, que tu l'es?

DON A CAPRIN A.

Oui.

TRAGVLDABAS.

Tu vas m'expliquer tous tes plans sans délais! Je verrai si je puis continuer d'en être. Je les ai trop longtemps servis sans les connaître! Car telle est ta façon d'en agir avec moi Que tu n'as pas~daigné m' apprendre quel emplo Tu faisais de mon nom!

DON A CAPRIN A.

Quand m'en as-tu priée?

Tu veux savoir pourquoi je me dis mariée? C'est pour qu'on me demande en mariage !

Ah! bien!

DON A CAPRIN A.

Peu de filles, je sais, usent de ce moyen;

Mais je n'ai jamais eu les goûts de tout le monde.

Sans famille, d'ailleurs, qui me gêne ou me gronde,

Je suis libre de vivre ainsi que je l'entends.

Sitôt qu'une fillette a seize ou dix-sept ans

Et que son cœur commence à devenir plus tendre,

On lui dit de baisser la paupière et d'attendre. .

Elle attend. Passe alors un cavalier, puis deux,

Puis trois, quelquefois laids et quelquefois hideux,

Entre lesquels, malgré son idéal qui brille,

Il faut en choisir un — ou personne. Une fille Qui suit tranquillement les chemins réguliers Prend son mari parmi quatre ou cinq cavaliers Qui, s'ils veulent, seront les derniers de la ville : Tl me plaît de choisir le mien entre cent mille !

Rien que cela ! Peste !

DON.V CAPRINA.

Or, pour se coudre aux talons Ce que Cadiz contient de galants bruns ou blonds, Pour allumer partout l'amour et la folie, La grande question n'est pas d'être jolie, Mais d'être mariée ! Alors ils viennent tous. Hélas ! les jeunes gens trouvent cela si doux De prendre sans donner! Ah! plus d'une est fêtée. Et par les plus hautains se voit sollicitée, Et noue à ses regards un peuple d'amoureux, Qui n'a de bien charmant qu'un mari bien affreux! Je ne conçois donc pas par quel enfantillage Les filles tout d'abord parlent de mariage, Comme si le pêcheur, pour prendre le poisson, Allait tout bonnement lui montrer l'hameçon! Mieux vaut, pour attirer cette espèce hésitante, Revêtir l'hameçon d'un appât qui la tente, Et sur le mariage, adroitement couvert, Étaler un mari !

Dis donc, je suis ton ver !

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