SCENE II
TRAGALDABAS, seul.
C'est bien ce que j'avais pensé : ce seigneur l'aime, Mais pas pour l'épouser. De là son soin extrême De ma vie. — Elle a bien choisi son damoiseau ! Je la vois proposant la cage à cet oiseau !
Je n'ai pu retenir un large éclat de rire :
C'était trop amusant de l'entendre me dire,
A moi, qu'Eliseo renonce au célibat.
Ce successeur pressé de son mari — se bat
Pour le lui conserver! Le gars n'est pas inepte.
Donc, Dieu me fait cadeau d'un seigneur. Je l'accepte.
Rêveur.
A quoi vais-je employer ce jeune homme ? — Ah ! je nais !
Jusqu'ici je n'ai pas vécu, je me gênais,
Je marchais dans la vie en homme qui se glisse,
Évitant créanciers, spadassins, la police,
Mon ombre, tout. Ces temps sont clos. Dorénavant
Je peux m'élendre, ouvrir toutes voiles au vent,
Etre brave sans crainte, affronter le martyre.
Je me bats, on me pend, — qu'Eliseo s'en tire!
Je ne m'en mêle pas. C'est à lui de trouver.
Qu'il cherche. Je serais bien bon de me sauver!
Si je péris, tant pis pour lui !
Il sourit profondément.
C'est doux de vivre, Ça peut être plus doux. Un penser qui m'enivre, C'est que je vais pouvoir réaliser enfin Mon rêve et contenter ma véritable faim. Un immense désir depuis longtemps me presse. Qui le croirait? je n'ai jamais eu de maîtresse ! J'ai quarante ans passés, et j'ignore l'amour. Je suis très-tendre au fond, et j'aurais fait la cour Aux femmes, si j'étais un peu plus téméraire. Mais toutes ont quelqu'un, père, amant, mari, frère. De qui les mots qu'on dit peuvent être entendus. .