ACTE PREMIER
D0\ ELISEO.
Je vous vois !
DONA CAPRINA.
Vous rêvez.
DON ELISEO.
Eh bien! démasquez-vous.
DON V CAPfiINA.
Vraiment? Ah! vous avez Trouvé cela pour voir les femmes au passage ? Plus d'une belle a dû vous montrer son visage. Elle a bien fait. Mais moi, qui suis laide, on conçoit Que je tienne à mon masque.
DON ELISKO.
Ah! si jaloux qu'il soit.
Il n'éteint pas pourtant la splendeur qu'il recèle Jusqu'à n'en point laisser jaillir une étincelle! Si la lune se cache et, dans sa cruauté, Ne trouve pas nos yeux dignes de sa clarté, Alors il ne faut pas que la nue étouffante* Ait deux trous, comme ici. Car, par la moindre fente Du noir nuage ou bien du masque détesté, Un rayon trahira l'astre ou bien la beauté !
DONA CAPRIN \.
La lune est seule au ciel, tout rayon la révèle; Il n'est pas qu'une femme au monde qui soit belle.
DON ELISEO.
Il n'en est qu'une !
DONA GAFRINA.
Enfin, seflor, qui que je sois, Je veux me promener toute seule, et ne vois Rien qui puisse excuser votre audace fantasque. Laissez-moi passer.
DON ELISEO.
Non.
DONA CAPRINA.
Eh bien! j'ôte mon masque, Afin que vous voyiez, en écoutant ceci, Par mon visage ouvert — que mon cœur l'est aussi.
Elle se démasque.
C'est vrai, je suis dona Caprina. Mais je jure Que, bien que vous ayez deviné ma figure, Je ne suis pourtant pas celle que vous croyez. Parce que je suis gaie et que vous me voyez Partout où l'on entend un orchestre bruire, Je ne vous semble pas difficile à séduire. D'autres femmes peut-être, à l'ombre de leur toit, Abritent un regard plus éteint et plus froid, Savent mieux s'absorber dans leur livre à l'église, Ont un esprit qu'un mot plus vite scandalise, S'effarouchent plus haut de rien ; moi, j'ai dessous Ce qu'elles ont dessus ; avec mes semblants fous De frivole caprice et de liberté vaste, Comme je suis moins prude, alors je suis plus chaste! — Tant de cœurs s'ouvriraient ! vous avez mal choisi En frappant justement au mien. Renoncez-y.