ACTE PREMIER
DON ELISEO.
Je tâche bien souvent. Je me dis que vous êtes Très-laide, sans esprit, que vos mains sont mal faites; Je m'épuise en efforts pour me persuader Qu'on voit jaunir vos dents et l'âge vous rider; Mais vous ne m'aidez pas !
DON A CAPRIN A, souriant.
Suffît-il qu'on se raie Au charbon?
DON ELISEO.
Voyez-vous, la solution vraie N'est pas que mon amour meure, il n'en fera rien, C'est que le vôtre naisse!
DONA CAPUINA.
En ce cas, l'entretien Est clos. Si triomphant que le monde vous sache, Et si terrible aux cœurs que soit votre moustache, — Vous le savez, — je suis mariée.
Et j'en ai Un poignant désespoir. Mais est-on condamné A tuer les maris dont on aime la femme ? Faut-il assassiner pour épurer sa flamme ? Je plaisante ; j'ai tort. Je vous aime.
DONA CAPRINA.
Je suis Mariée.
Ux TRAGALDABAS.
DON ELISEO.
Oui. J'ai vu votre époux. Je le suis Quelquefois dans la rue, et je fais une étude Profonde de ses goûts et de son attitude ; Je tâche de saisir, pour m'en servir aussi, Le charme par lequel il a trop réussi; Mais j'ai de mauvais yeux, car sans doute elle est claire, Je n'ai pu découvrir sa raison de vous plaire.