EDOUARD CORNÉLY ET C", ÉDITEURS
lOI, RUE DE VAUGIRARD, lOI
Par LOUIS DES-MASURES TOURNISIEN.
Hune mea prœcipuum decurrat Musa laborem.
Materies numeris hœc una frequentibus esto.
Tragédies sainctes. Ce titre général de la trilogie est placé dans M près ceux des trois tragédies. Dans A, après Tragédies sainctes , il ' a une série de cinq sous-titreâ. On y lit, au-desisous de David fugiif: Bergerie Spirituelle \ Eclogue Spirituelle. Il faut d'ailleurs remarquer ^ue, dans A, la Bergerie et VÉglcgue font suite à nos trois tragédies ans pagination à part. (Introd. 12). — combattant, combatant. M Introd. 40). — Louis Louis P S (Introd. 37); Louys A; Loys M.
Hune mea... Cette épigraphe ne se trouve ni dans A ni dans M. — àborem. laborem, S.
I ragedies sainctes.
[EPISTRE
Au SEIGNEUR Philippe le Brun.
Je ne puis, mon cher Brun, que sans fin je n'endure Du regret en mon cœur la peine grieve et dure Pour l'absence de toy, duquel, selon les dons Que Dieu t'a départis, les propos saincts et bons S Me souloyent apporter profit, soûlas et joye. Et quoy que maintenant on me die, ou que j'oye (Hors le parler de Dieu) rien n'est, à mon advis. En valeur comparable à ton sage devis.
Or puis que du Seigneur la volonté m'en prive,
lo II faut, en ton absence, au moins que je t'escrive. Et qu'à toy, ni à nul, je ne tienne secret Combien, pour ne te voir, je porte de regret.
Dieu tout sage et tout bon, t'a tiré en Gascoigne, Pour te faire (ô bon-heur !) servir à sa besoigne,
is T'employant à son œuvre, en la triste saison. Lors que ses ennemis, sans cause ne raison.
Aux champs, bois, villes, forts, maisons, chemins et sentes, Mettoyent par tout à mort les trouppes innocentes, Par tous moyens offerts, d'eau, feu, fer et acier :
20 Et la saincte Comtesse, en sa maison d'Assier, Sous le support d'enhaut, lors estoit défendue
\Epistre.] Le mot Epistre ne se lit, dans P S A, au'en titre courant. L'Epître A Philippe le Brun ne se trouve pas dans M. — i puiiy mon cher Brun, puis (mon cher Brun) P S A (Introd. 26). — 5 souloyent souloient S. — 1^-14 Gascoigne.., hesoigne Gascongne... besongne A. — 17 chemins chemins, P S A.
Par toy, qui respondois à la peine entendue De Montauban, vaillante et fidèle cité.
Bruyant en ce dur temps le tumulte excité
25 Sur le Lot Quercinois, qui roule sa trouble onde, Pour se joindre au droit fil de Garonne la blonde.
Il me souvient que nous, alors que tu partis, N'estans (aveugles gens) du futur advertis.
Tu concevois en brief du retour espérance,
30 Moy, de faire au pays certaine demeurance. Mais comme TEtemel, d'un secret predestin Mené David au camp, pour au grand Philisthin En armes s'opposer : ainsi fait-il ta fonde Résister à l'orgueil qui sur son bras se fonde.
3 S Moy, comme poursuivi de Saul, qui avec L'advis et faux rapport du malheureux Doeg Oppresse l'innocent : ainsi par force et guerre Des malins, suis contraint d'abandonner ma terre. Pour éviter de mort le poursuivant danger,
40 Emmenant avec moy en pays estranger,
Pour souffrir désormais des peines mille et mille, Et vivre en dur exil, femme, enfans et famille.
Si en cest accident, que je me ramentoy, J'eusse esté assisté du reconfort de toy,
45 Plus douce m'eust semblé de l'ennuy la matière. Mais ce grand Dieu, duquel la providence entière S'estend en l'univers, pour son œuvre avancer Nous a ainsi voulu partir et dispenser.
En Querci, loin de nous, le Père débonnaire
50 Texerce, pour les siens, d'un labeur ordinaire : Et veut que d'employer j'aye en ce lieu souci Ce qu'il me donne, au bien de mes frères aussi.
26 Garonne Garronne S. — 35 Moy Moi S.
EPISTRE 5
Mais quoy que par deçà j'escrive, ou die, ou lise, Je souhaite mon Brun présent en ceste Eglise,
5$ Duquel estant privé, j'ay recours en ce lieu
Au soûlas que me rend la Parole de Dieu. /
De Dieu, en tous ennuis, la Parole sacrée Est le seul reconfort qui mon ame recrée.
Ce bien fait l'Eternel, qui des siens m'a conté,
60 Recevoir à mon cœur, par sa grâce et bonté. Laquelle, et son amour envers moy véhémente.
Sur tout en^sa Paxale, au vrajLJlexperiniente. rCeSfe saincte Parole (à cause que ne puis ** ^e repentir encor' de l'estude où me suis
és/Quelquesfois adonné, et qu'encor ne m'amuse \ Ou la lire Latine, ou la Françoise Muse)
' \M'a donné argument, pour en nombres divers ^^scrire et t'adresser quelques tragiques versj Afin q«'«M escrivawt jç"h[tsse auïflOlffrîésTeinctès,
70 Pour ma plume reigler s.ur les histoires sainctes. A cela m'a semblé convenable David, De qui Dieu tellement le courage ravit.
Qu'en toute affliction dure, estrange et moleste. Ce serviteur de Dieu, sur la bonté céleste
75 S'appuyant fermement, y a eu son recours, Et il a de son Dieu esprouvé le secours.
Comme le Tout-puissant tous jours de près assiste A quiconque de cœur à l'invoquer persiste.
Ceste faveur de Dieu, promise à nostre foy,
80 Avons-nous esprouvee en maint lieu toy et moy. Dont tu verras les traits aux histoires présentes.
53 deçà de ça S. — 56 Parole parole P S A. — 58 atne Ame S. — 66 Françoise Françoyse S. — 69 Afin A fin S (Introd. 50). — aumoins au moins AS. — 77 Tout-puissant tout-puissant S.
Que je t'envoye, afin que tu te représentes (Les lisant à part-toy) le courage endurci Des Philisthins, pressans Israël en Querci:
85 Comme aussi de ma part je recognoy les termes Des ennemis de Dieu, en leur poursuite fermes. Et sur moy employans tout leur effort fervent, Que Dieu fait à l'instant esvanouyr au vent.
De Dieu donc, et des siens, en son Nom, les victoires
90 Me font escrire en vers ces tragiques histoires, Qui serviront aussi pour instruire et former A craindre le Seigneur, et de vertu s'armer Mon petit Masurim, qu'en sa couche première.
Laissant de ceste vie au monde la lumière,
95 Ta cousine Diane enfanta seul enfant,
Lequel Dieu vueille rendre à la fin triomphant Sur tous ses ennemis, ainsi que l'espérance De David, a veincu toute vaine asseurance.
Ne s'asseurant en soy. Que pleust au Souverain
100 Qu'en ceste escole instruit nostre bon Duc Lorrain Conformast à David entièrement sa vie, Et que son ame à Dieu par foy joincte et ravie, Meditast jour et nuict, ainsi que ce bon Roy, Du Seigneur souverain la souveraine Loy,
105 Rejettant le conseil de la langue nuisante, A cruauté soymesme et le glaive aiguisante.
Pour le sang innocent espandre à l'abandon.
Plustost de l'Eternel il eust receu le don D'avoir, comme David, en lieu du sanguinaire,
iio Les statuts de sa Loy pour conseil ordinaire. Pleust à Dieu que de toy il eust bien entendu (Comme le chevalier ton fi-ere l'a rendu
84 Pbilistbins Philistins S. — Querci : Cbierci. P S A. — 92 vertu vertus S. — 97 tous S A. Faute d'impression : tout P. — 98 veincu vaincu S.
EPISTRE
Bien adroit à cheval) que le cheval qu'on barde N'est point ce qui le Prince en la bataille garde,
5 Mais l'homme qui là-sus à Dieu levé son cœur, Ses ennemis renverse, et demeure veinqueur.
Or David (si à nul peuvent ces carmes plaire) En fait preuve apparente, et en est l'exemplaire. Aussi l'ay-je voulu ici représenter
lo Pour servir à instruire, et non pour plaisanter. Ni de Dieu le mystère, et la saincte Parole Destoumer, par abus, à chose vaine et foie.
Comme pour quelquesfois les yeux rendre contens, Sont les publiques jeux produits à passe-temps.
is Non, non. Que du vray Dieu la Parole tant saincte Jamais prise ne soit qu'en révérence et crainte. Et je prie en ce lieu quiconque par loisir Lire ou représenter ces vers aura désir, Qji'il s'efforce à purger l'affection mal saine,
jo Pour n'estimer la chose ainsi légère et vaine. Plustost qu'il considère au Géant abbatu
Comme l'orgueil «snrmmVtP^ Uijj^mplp vprti]
I Oîi^éiTlaisant de David au Géant conférence, f \i Le Nom de l'Eternel il ait en révérence, V Qjii abbat la hautesse, et renverse les forts, | Et de vigueur céleste anime un petit corps. ^ Qji'il voye en Jonathan meu d'affection bonne i L'assistance qu'aux siens Dieu secourable donne. Qu'il craigne et recognoisse en Saul inhumain, De Dieu courroucé l'ire et la puissante main.
tjïî punit en rigueur le mespris de son dire. Qji'en ce Roy d'Israël ingrat et rempli d'ire Contre l'humble David, soit au vray entendu
115 là-sus la-sas S; là sus A. — 129 mal saine malsaine S. — 132 succombe succumbe A.
8 TRAGEDIES SAIKCTES
Que le loyal service est en vain despendu
14$ Souvent envers les Rois et grans seigneurs du monde^ Sur la faveur desquels Thomme s'arreste et fonde, Comme qui fermement de s'appuyer fait cas, Et s'asseure au support d'un roseau qui est cas. Ce qu'on peut voir en moy autant, comme je pense^
150 Qu'en autre de nos jours, à qui la recompense Du servir de trente ans loyal, entier et pur.
Est aujourd'buy l'exil, indigne, amer et dur.
^ Qu'en David, délivré de travaux et d'oppressés, \ Il sache que de Dieu sont seures les adresses, \
155 Donnant secours aux siens, qui au besoin ne faut} r Et que ce qui au monde est apparent et haut, ^N^est rien qu€ vanité^ sou» 4a<^u«Ue'sr"C5urbe, (Ne regardant qu'à l'œil) l'humble et crédule tourbe. Soit Doeg homme vain, qtii les faveurs reçoit
160 D'un Roy, que par flatter et mentir il déçoit : Soit veu en ce flatteur et aux dures atteintes Du venin de sa langue, où sont ses flesches teintes. Le naturel des Rois, qui en leurs hautes cours Se rendans au parler de la Vérité sourds,
165 Escoutent volontiers quiconque par grand' cure Confondre et outrager l'innocence procure.
* » Ces personnages donc, pour les cognoistre mieux^^ jAy-je voulu ici représenter aux yeux iDes bénins spectateurs. Mais l'action présente
lyoij'ay cependant rendue entièrement exempte |
;pes mensonges forgez, et des termes nouveaux I
■'tlui plaisent volontiers aux humides cerveaux i
* Des délicates gens, voulans qu'on s'estudie \ |j De rendre au naturel l'antique Tragédie.
154 adresses addresses S.
EPISTRE
75 1 Moy, qui de leur complaire en cela n'ay souci, IPour l'histoire sacrée amplifier ainsi IDe mots, d'inventions, de fables mensongères, jjij'ay volontiers quitté ces façons estrangeres
Aux profanes autheurs, ausquels honneur exquis
^st par bien inventer ^feindre^et mentir acquis :
Et à la vérité simple, innocente et pure
(Pour envers le Seigneur ne faire offense dure)
Me suis assujetti. Car qui invente et ment.
N'acquiert en cest endroit deshonneur seulement, [85 Ains au scandale ouvert de maint fidèle, attente
Encontre Dieu commettre impieté patente.
/ ^pay donc sùrvî dFprés, et tous jours je suivray -' / Ce qui est en ceci de naturel et vray.
A:'quoy si qiiétqtresfbis je vien mesîer ensemble 190 Quelque poinct circonstant, cela (comme il me semble.
Si l'Escriture saincte on confère de faict)
Ne tort ne violence à l'histoire ne fait.
Afin donc qu'au théâtre icelle j'accommode,
Ici je représente, à l'ancienne mode, i9i Quelques tragiques traits, lesquels je forme, autant
Que la chose de soy me le va permettant.
Parquoy si point ne sont agréables mes carmes . Aux esprits désireux des passions et larmes i Que peuvent exprimer les autres escrivains, 2oq| Traitans sujets pour eux et profanes et vains, i Je les laisse admirer d'iceux la libre course, ; Qui desguise l'histoire et la vérité, pour-ce j Que leur loy le permet. Assez ce me sera I Quand equitablement la cause on jugera,
197 agréables aggreables S. — 202 pour-ce pource A. La leçon de A serait peut-être préférable en fin de vers.
^ XAjch-LT^ ^Ut^^f^è^
i-RAGEDIES SAINCTES.
Par louis DES-MASURES TOURNISIEN,
Hune mea prxcipuum decurrat Musa laborem.
Materies numeris hœc una frequentibus esto.
Tragédies sainctes. Ce titre général de la trilogie est placé dans M iprès ceux des trois tragédies. Dans A, après Tragédies sainctes , il f a une série de cinq sous-titres. On y lit, au-dessous de David fugi- Hf: Bergerie Spirituelle \ Eclogue Spirituelle. Il faut d'ailleurs remarquer lue, dans A, la Bergerie et VÉglogue font suite à nos trois tragédies (ans pagination à part. (Introd. 12). — combattant, combatant. M [Introd. 40). — Louis Louis P S (Introd. 37); Louys A; Loys M.
Hune mea... Cette épigraphe ne se trouve ni dans A ni dans M. — laborem. laborem, S.
1 ragedies sainctes. i
[EPISTRE
Au SEIGNEUR Philippe le Brun.
Je ne puis, mon cher Brun, que sans fin je n'endure Du regret en mon cœur la peine grieve et dure Pour l'absence de toy, duquel, selon les dons Qpe Dieu t'a départis, les propos saincts et bons
5 Me souloyent apporter profit, soûlas et joye. Et quoy que maintenant on me die, ou que j'oye (Hors le parler de Dieu) rien n'est, à mon advis. En valeur comparable à ton sage devis.
Or puis que du Seigneur la volonté m'en prive,
10 II faut, en ton absence, au moins que je t'escrive. Et qu'à toy, ni à nul, je ne tienne secret Combien, pour ne te voir, je porte de regret.
Dieu tout sage et tout bon, t'a tiré en Gascoigne, Pour te faire (ô bon-heur !) servir à sa besoigne,
15 T'employant à son œuvre, en la triste saison, Lors que ses ennemis, sans cause ne raison, Aux champs, bois, villes, forts, maisons, chemins et sentes, Mettoyent par tout à mort les trouppes innocentes, Par tous moyens offerts, d'eau, feu, fer et acier :
20 Et la saincte Comtesse, en sa maison d'Assier, Sous le support d'enhaut, lors estoit défendue
\Epistre.] Le mot Episire ne se lit, dans P S A, au'en titre courant. L*Epitre A Philippe le Brun ne se trouve pas dans M. — i puis, mon cher Brun^ puis (mon cher Brun) P S A (Introd. 26). — 5 souloyent souloient S. — 1^-14 Gascoigne... hesoigne Gascongne... besongne A. — 17 chemins chemins, P S A.
[EPISTRE
Au SEIGNEUR Philippe le Brun.
Je ne puis, mon cher Brun, que sans fin je n'endure Du regret en mon cœur la peine grieve et dure Pour l'absence de toy, duquel, selon les dons Que Dieu t'a départis, les propos saincts et bons
5 Me souloyent apporter profit, soûlas et joye. Et quoy que maintenant on me die, ou que j'oye (Hors le parler de Dieu) rien n'est, à mon advis. En valeur comparable à ton sage devis.
Or puis que du Seigneur la volonté m'en prive,
lo II faut, en ton absence, au moins que je t'escrive. Et qu'à toy, ni à nul, je ne tienne secret Combien, pour ne te voir, je porte de regret.
Dieu tout sage et tout bon, t'a tiré en Gascoigne, Pour te faire (ô bon-heur !) servir à sa besoigne,
is T'employant à son œuvre, en la triste saison, Lors que ses ennemis, sans cause ne raison.
Aux champs, bois, villes, forts, maisons, chemins et sentes, Mettoyent par tout à mort les trouppes innocentes, Par tous moyens offerts, d'eau, feu, fer et acier :
20 Et la saincte Comtesse, en sa maison d'Assier, Sous le support d'enhauti lors estoit défendue
\Epistre,] Le mot Epistre ne se lit, dans P S A, au'en titre courant. L'Epitre A Philippe le Brun ne se trouve pas dans M. — i puis, mon cher Brun^ puis (mon cher Brun) P S A (Introd. 26). — 5 souloyent souloient S. — 1^-14 Gascoigne,.. besoigne Gascongne... besongne A. — 17 chemins chemins, P S A.
l6 TRAGEDIES SAINCTES
55 Cesse de toutes parts, et vous en patience, Tous ensemble attentifs nous prestiez audience.
David.
Dieu d'Israël, Dieu qui fit ciel et terre, Dieu qui au Roy donne victoire en guerre, Qjii sur les forts rend son peuple veinqueur :
éo Cest Dieu, c'est Dieu, que j'ay tousjours au cœur :
Dieu par qui seul en toutes parts diverses Conduites sont les choses universes :
Dieu qui d'enhaut sur tout le genre humain Estend sa riche et libérale main :
65 Qpi du matin jusques à la vespree,
Où mes brebis je garde sur la pree, M'est seure garde, et sur ce verd coupeau Donne pasture à mon petit troupeau.
A l'exalter mon ame se recrée,
70 Qjii m'a voulu de son huile sacrée
Par Samuel sanctifier et oindre, M'eslisant seul, de mes frères le moindre.
Seul entre tous (car tel est son plaisir) Il a daigné de grâce me choisir,
75 Sans regarder, comme l'homme a d'usage,
Ce qu'on peut voir au corps et au visage.
Le cœur sans plus il considère, et comme Jusques au fons il sonde et cognoist l'homme, Tel qu'il le sait, voire avant que de naistre,
80 Tel qu'il le fit, tel qu'il le voulut estre,
Ainsi tout juste et bon le Dieu vivant D'ire ou d'amour va l'homme poursuivant :
bruit bruid S. — S7 fit feit M. — 60 cœur : cœur. P S A; cueur. M. — 62 universes : universes. PS A M. — 64 main : M ; main. P S A.— 78 fans fonds M (Introd. 43). — So fU fcit M. — 82 poursuivant : M ; poursuivant. P S A.
D'ire, selon que trop l'homme en est digne :
De pure grâce est son amour bénigne.
Car quel en moy, quel eust esté le bien Dont j'eusse peu mériter d'estre sien ?
Par quel bien-fait en nul jour de ma vie Ay-je de Dieu la faveur desservie ?
Donc de sa grâce et bonté ic Seigneur Est de sa crainte à mon cœur cnseigneur :
k' luy me venir, jiineur en ma bouche, harpe je touche, i,l]acunc corde ontr' accorde.
par son Esprit loire il m'apprit,
jue entonner, ^J luy donner,
, et faire espère , .5t-ce p^s mon père
Cnde ordonnée, lison petite ««.; M;=ESe«|ieu accûrds iCZOtt M. —
l8 TRAGEDIES SAINCTES
Pleine d'enfans, en laquelle j'habite :
Eux avec moy, avec eux moy aussi De travailler sans cesse avons souci.
IIS Peu de repos le temps divers nous donne.
Quand au Seigneur il plait quelque heure bonne Nous envoyer, nous, pour nostre devoir, Venons joyeux de luy la recevoir.
Ainsi se passe un jour, et Tautre suit.
I30 Des fils que j'ay, jusqu'au nombre de huit,
Une partie est, selon la saison, A son labeur : l'autre est à la maison.
Les trois plus grans sont au camp, et en guerre Suivent le Roy, pour garder nostre terre.
125 Làs, je ne say s'ils sont morts ou en vie.
Les Philisthins ont de combatre envie.
Comme j'enten, si desja ne sont mis Nos gens en route, ou bien les ennemis.
Le cœur me tremble, et suis en dur esmoy
X30 Quand ce qu'on dit je repense à part-moy.
Que tous les jours, le soir et le matin Vient un terrible et hideux Philisthin Se présenter à l'ost Israélite, Et demander qu'un seul homme à l'élite
23 5 Contre luy vienne, à qui le sort on baille.
Pour corps à corps bazarder la bataille.
Si de mes fils l'aisné, l'autre, ou l'un d'eux (Car tous les trois sont assez hazardeux) A ce combat s'alloit adventurer,
140 II y pourroit (malheureux) demeurer.
Dont resteroit Israël indigent.
116 plaii plaist M. — 126 comhatre combattre M (Introd. 40). — 136 corps à corps corps-à-corps M.
Serf, et sousmis à eslrangere gent.
Dieu vueille mieux. Mais d'amour la contrainte
Vers les enfans, met les pères en crainte,
Combien que point à mal ne se bazarde,
Et en danger n'est celuy que Dieu garde.
Tout est en luy. Or je vay cependant
Par les pastis de ce tertre pendant
Voir mon troupeau, et d'une mesme voye
Mon fils David, mon confort et ma joye,
Qui a le soin et la garde ordinaire
De mes brebis : enfant tant débonnaire.
Tant amiable et tant doux, qu'on ne vid
Jamais enfant plus humble que David.
Aussi est-il celuy de tous les miens
En qui je voy multiplier mes biens.
Nul n'aime plus, ni mieux garde en tout lieu
La Loy, l'honneur, les mandemens de Dieu :
Dieu, à qui seul soit honneur triomphant.
Qui m'a voulu donner un tel enfant.
Mais il m'a veu. Voyez comment il passe :
Comme au destour de ceste sente basse
Il vient à moy : comme il se délibère
Me faire honneur.
David.
Bien soit venu mon père.
ISAI.
Et toy, mon fils, la bonté infinie De nostre Dieu à jamais te bénie.
Comment va-il au troupeau que tu pais ?
L'ont peu laisser pour tout le jour en paix
142 sousmis soumis M. — 147 cependant ce pendant M (Introd. 51). — l'y ^ vid veit M. — 156 wy voi S. — 157 aime ayme S^— i$S Loy loy M. — Dieu : Dieu, P S A M.
Près de ces bois, le loup, le lion, l'ourse, 170 Sans faire ici quelque saillie ou course ?
David.
Mal n'a senti le troupeau tous ces jours,.
Ni puis le temps que du violent ours.
Et du lion à la dure peau rousse, Par ces deux mains fut la brebis recousse.
17s Loué soit Dieu, le Dieu qui soin en a.
Et qui du ciel victoire me donna Sur ces cruels et trop fiers animaux.
IsAi.
Honneur luy soit, qui des apparens maux A garenti et sauvé ta personne :
180 Qui fait qu'ainsi nostre bestail foisonne
Entre tes mains, et qui au demeurant Va Israël au besoin secourant.
David.
Il faut, mon père, il nous convient sans cesse Le seul pouvoir, la clémence et largesse 185 De nostre Dieu chanter à haute voix.
Chantons, mon père, encore ceste fois Un sainct cantique à son los, et la harpe Soit mise au poing, qui me pend en escharpe.
CANTIQ.UE d'IsAI, ET DE DaVID.
A Dieu, au souverain Dieu 190 Soit tout honneur en tout lieu.
C'est l'Eternel de là haut Qu'aimer et craindre nous faut.
Dieu, le Dieu de l'univers,
169 hoifj A M; bois PS. — 172 oursj ours P S A M. — 173 lion lyon M. — 191 Etemel éternel M.
Règne sur les dieux divers.
95 Nostre espoir est tout en luy,
Nostre asseurance et appuy.
Au temps, dont n'a fin le cours, Dieu est nostre seul recours.
L'Eternel, le Dieu régnant ioo Va son peuple soustenant.
Pren cœur, courage et confort, Israël, ton Dieu est fort.
Des Philisthins sa vertu Rendra l'orgueil abbatu.
205 Car de son Dieu glorieux
Israël victorieux.
En sofî Temple, au son du cor,
Chantera l'honneur encor.
Sus, Israël, leve-toy, -210 Espère en ton Dieu, ton Roy.
Il te porte, il te chérit,
Et de ses biens te nourrit.
Il fait revivre à planté Toute herbe et arbre planté.
:2i5 II gouverne tout humain
De sa libérale main.
197 temps f M ; temps P S A. — cours^ M ; cours P S A. — 213-214 // Jàit revivre à planté \ Toute herbe et arbre planté. Toute herbe et arbre à planté . P A (Dans S la leçon est douteuse : à planté ou a planté, à chacun ■des deux vers) ; Toute herbe, et arbre à planté. M. — L'accord de P A M SUT cette leçon à planté du v. 214 ne la rend pas plausible. On pourrait être tenté de lire; Il fait revivre à planté: \ Toute herbe et arbre a planté. Ou bien : Il fait revivre à planté \ Toute herbe ^ et arbre a planté. Cette <lernière correction, qui n'est guère plus satisfaisante pour le sens que pour la syntaxe, serait suggérée par la ponctuation de M. Enfin, si l'on croyait que le verbe aplanter (= planter), cité par F. Godefroy dans son Dictionnaire de l'ancienne langue française j appartint à la langue de Des-Masures, la meilleure correction serait assurément : Toute herbe et arbre aplanté.
De luy rimmortel esprit Son immortalité prit.
A Dieu, au souverain Dieu 220 Soit tout honneur en tout lieu.
Satan.
Je veille sans séjour : tousjours je suis en queste. Je fay sur les mortels mainte heureuse conqueste. J'ay sur le monde entier merveilleuse puissance, Qjii tout et près et loin me rend obéissance.
22s Prince suis de ce monde, et du Roy supernel Je suis, régnant en bas, ennemi éternel.
Dieu est en son armée au ciel entre ses Anges : Moy, je suis au milieu de mes monstres estranges. En ceste terre basse, ausquels est en tout lieu
230 La sacrée avarice, et leur ventre pour dieu.
Leur dieu, leur dieu je suis. Dieu a les âmes saines De ses eleus, et j'ay mes illusions vaines.
Dieu règne en la lumière, et en la Vérité :
Je suis régnant au faux, et en l'obscurité.
235 Immuable il se tient : moy, qui à luy m'oppose. Je fay, dont je me ri, mainte métamorphose.
Si qu'obscur, imitant ma dignité première.
Souvent je me transforme en Ange de lumière, Dont je fay mille maux : et accroire je donne
240 Que souvent, sous abus d'une intention bonne, A Dieu désobéir, ce soit à Dieu complaire :
Qjie mal semble estre bien : bien n'estre au mal contraire : Dont le monde se renge à son opinion.
Et souvent Israël de son Dieu l'union
221 séjour : tousjours séjour, tousjours P S (Introd. 27) ; séjour, tousjours A M. — 227 Anges : M ; Anges. P S A. — 228 estranges, A M ; estranges PS. — 232 eleus esleus A M (Introd. 46). — 233 Vérité : Vérité. P S A ; vérité : M. — 234 au faux aux faux A M. — 23$ tient : moy M ; tient, moy P S A. — 239 fay fai S. — 243 renge range M.
DAVID GOMBATTAKT 2^
24.$ A par moy délaissée, abusé de hxn scM^es, De visages masqaez, de £d>les, de mensonges.
Ne le fi-je servir à l'idole d'an veao ?
Sous ceste intention ne mets-^e en kiir ooreao Les dieux des estiangers ? Qaoy ? ne ûiy> je à gnndlionte
2;o Le monde paillarder avec les dieux de fonte ? Sous ce pervers abus de cuider faiire bien, J'ay fait le Roy Saul, que sur le peuple sien Dieu luy-mesme avoit mis, servir Dieu autrement Que ne luy permettoit le divin mandement.
255 Je l'^y ^it en Galgal au sacrifice entendre. Et à son Dieu rofirir, sans Samuel attendre.
Comme enjoint luy estoit. J'ay fait qu'en Âmalec Il a sauvé le Roy, et le butin d'illec.
Sans y garder de Dieu l'ordonnance et défense :
260 Combien qu'il estimast ne faire point offense, Et que le gras bestail il eust intention Sauver, pour puis après en faire oblation A son Dieu, qui des siens (sans qu'en soy on se fie) Demande obéissance, et non qu'on sacrifie.
265 Parquoy il est de luy maintenant rejette, Privé de son Esprit, et du malin traitté.
Entre tous mes suppos, dont je reçoy hommage, Goliath représente et porte mon image.
Homme le plus meschant de tous les Philisthins,
270 A qui j'ay le penser, le cœur, les intestins Empli de ma poison. Avec luy je me joue :
Il se renge des miens, et Dieu le desavoue.
Mais un petit berger, combien que tout le monde
24$ moy moi M. — 247 fi-je fei-je M.— 252 5att/ Satil M(Introd. j8). — 35) luy-mesme luy mesme M. — 260 qu*il estimast Faute d'impression : qu'il Vesiimast A. — 269 meschant méchant M (Intrc^d. 47;. — 371 jeue : joue. P S A; joue, M. — 272 renge range M. — miens, miens: PS A M.
Me rende obéissance, et en tout mal abonde, 275 Un petit bergerot, dont je suis esbahi, Le plus jeune garçon des enfans d'Isai, De mes filez eschappe, à mes assauts résiste, Et d'un cœur obstiné à craindre Dieu persiste. Si sera-il des miens, ou les tours cauts et fins 280 Que faire ay entrepris, pour atteindre à mes fins. Les embusches, les laqs, les cauteles subtiles Qjae je luy vay dresser, me seront inutiles.
Or j'y vay besongner, cependant que la rage Qui tient mon Goliath, eschauflfe son courage.
PAUSE
Goliath.
285 O peuple d'Israël ! ô gent accouardie !
Est-il nul entre vous d'emprise si hardie, Qpi m'ose regarder ? Est-il nul aujourd'huy Qui ose ici descendre, afin que moy et luy Combattans corps à corps, départions la querele ?
290 Qu'à deux soit la bataille, et se face par elle Un peuple à l'autre serf. Je suis un Philisthin Qui despite Israël, son Dieu, son predestin.
Vous estes à Saul : élisez d'entre vous Quelqu'un qui vienne ici me combattre pour tous.
295 Que si à desmesler l'aflFaire en ce combat
Il me meine à outrance, et par terre m'abbat, \
Humbles vous servirons : et nous qui sommes nostres.
Vous irons obéir, comme serviteurs vostres. fi
276 Isai Isaï M (Introd. 37). — 277 escbappe^.., résiste, échappe :... I
résiste : P S A M. — 284 escbauffe eschaufe M. — 289 corps A corps \
corps-à>corps M. — querele querelle M. — 293 Saul : elise^ Saûl : M ; Saul. élisez PS A. — 295 desmesler demesler M.
Mais quand il tombera dessous mes forces braves, oo (Car mourir le feray) vous serez nos esclaves : Vous viendrez obéir à nous, qui libres sommes, Ct à jamais serez nos servans et nos hommes.
Sus, est-il nul qui seul à la campagne sorte ? Voici qui d'Israël aujourd'huy la main forte 05 Vient ici deffier. Hau, oyez-vous ma voix? Seray-je ici venu trente ou quarante fois Sans voir qui me rencontre ? O brave villenaille, Qui se cache en son fort ! O vaillante canaille !
Trouppe d'Israël.
Quanta moy, je n'en say que dire.
Demie trouppe d'Israël.
jio Mal va l'affaire, et devient pire.
Trouppe.
J'en suis en merveilleux esmoy.
Demie trouppe.
Le cœur m'en tremble tout en moy.
Trouppe.
Mais quel armet !
Demie trouppe.
Mais quel panache !
Trouppe.
Quel glaive au flanc !
Demie trouppe.
Quelle grand' hache !
300 esclaves : esclaves. P S A ; esclaves, M. — 305 àeper desfier M. — 307 villenaille vilenaille M. — 308 O ô M. — 309 trouppe d'Israël Tr. d'Isr. M (Insrod. 53). — 311 en merveilleux esmoy. Faute d'impression (vers faux) : en un merveilleux esmoy, M. — 313 panache / A M; panache ? P S. — 314 grand* grand S.
Trouppe.
315 Quelle pesanteur de pavois !
Demie trouppe.
Qjuelle frayeur d'ouir sa voix !
Comme de travers il regarde !
Demie trouppe.
Mais quelle horreur de halebarde !
Trouppe.
Le corps porte une triple maille.
Demie trouppe.
320 Non, non, c'est un haubert d'escaille.
Trouppe.
Le pavois en soy n'a-il pas Nemrod pourtrait ?
Demie trouppe.
Mais à son pas Ne fait-il pas crouler la terre ?
Trouppe.
Somme, c'est un homme de guerre.
Demie trouppe.
32s Estimez- vous qu'au camp se treuve
Homme qui contre luy s'espreuve ?
Trouppe.
Le Roy peut ce qu'il veut promettre :
Mais trop hardi qui s'ira mettre En ce danger.
318 halebarde hallebarde A M. — 320 non^ c'est M ; non. c* est PS A. — 321 a-il a il S. — 327 peut ce qu'il veut promettre : S ; promettre. P. Faute d^mpression (vers faux) : peut tout ce qu'il veut promettre, AlA.
Demie trouppe.
C'est bien de soy Grand prix que la fille du Roy, Et qu'encor' avoir on espère Franche la maison de son père.
Trouppe.
C'est un loyer plus riche qu'or :
Mais la vie est plus chère encor'.
Bien est la chose desservie S'on Tachette au prix de la vie.
Et puis souvent les Rois et Princes Promettent citez et provinces.
Et tout ce qu'on peut dire mieux :
Mais il en est peu sous les cieux En qui soit ferme l'asseurance.
Demie trouppe.
Vaine est en eux toute espérance.
Nous voyons souvent les meilleurs Donner ce qui est deu ailleurs A un flatteur, qui leur fait croire Quelque mensonge pour leur gloire.
Trouppe.
Ainsi est-il. Et pourtant donques N'ayons confiance quelconques En autre qu'en la seure garde De l'Eternel qui nous regarde, Auquel plaise nous secourir, Auquel ayons à recourir :
Et selon qu'il nous est possible Chantons sa puissance invincible.
333 or : or. F A ; or S ; or, M. — 339 mieux : M ; mieux. P S A. — 351 secourir y M; secourir. P S A.
28 tragedies sainctes
Cantique de la troupe d'Israël.
355 Dieu, qui les deux formas,
La terre grande, et de la mer ks ondes,
Qui d'Egypte l'amas Fis abysmer au fons des eaux profondes,
Qiii mis en route î6o Leur force toute,
Et de souffrance A délivrance Tiras les tiens : ô Puissance divine.
Délivre-nous de la main Philisthine.
36$ Nous sommes ici mis
Ainsi que gens que ja veincus on croye :
Et sont nos ennemis Comme lions environnans leur proye.
Leur forte armée 370 Tient enfermée
Sur ceste croupe Ta saincte troupe.
Enten, Seigneur, de ton siège céleste.
De tes enfans l'affliction moleste.
375 Voy nostre pleur non feint,
Voy nostre cœur, et fay sans plus attendre
Qu'en ton haut Temple sainct.
Par toy sauvez, t'en puissions grâces rendre.
Par main des hommes 380 Gardez ne sommes.
O Dieu, nostre ame Seul te reclame.
355 TROUPE trouppe S A (Introd. 53). — 356 grande, M ; grande P S A. — 358 Fis Feis M. ^ 363 Puissance puissance M. — 364 Délivre-nous Délivre nous M. — 366 croye : croye. P S A M. — 375 feint, A M ; feint. P S.
Vien donc, Seigneur, et ta main secourablc Nous soit d'enhaut heureuse et favorable.
Saul.
85 Qu'est-il de faire, Abner ? je n'ay point veu encores Israël en danger si grand comme il est ores : Le camp de l'ennemi est en grand nombre d'hommes, Ils sont à un trait d'arc, plus forts que nous ne sommes. Si l'advertissement est seur des espions.
90 Dieu, au pouvoir duquel sans plus nous confions. Ne nous a révélé son vouloir sur le poinct De marcher et combatre, ou ne combatre point. Plus ne voy le Voyant, qui souloit en maint lieu M'annoncer le vouloir et bon plaisir de Dieu.
95 Et puis ce Philisthin qui tant nous vient braver. Ne fait de plus en plus que ma peur aggraver. Il est terrible à voir, et (que point je ne mente) J'en suis certes, Abner, en peine véhémente.
Mais de tout Israël est-il nul qui ait pris
00 Le parti d'accepter les dons de si haut prix Que j'offre, pour aller cest ennemi combattre ?
Abner.
Il est tel, à le voir, qu'il tiendroit contre quatre. Nul ne s'est présenté, bien que vostre edit. Sire, J'aye au camp fait savoir, le publier et lire. r05 Tous ont crainte de luy : point je n'espère, en somme, Que pour l'aller combatre il se trouve un seul homme.
Saul.
O misérable moy, chetif et malheureux !
Pourquoy fu-je onques Roy ? pourquoy m'est rigoureux Le Seigneur en ce poinct ? pourquoy m'a-il voulu
403 edii edict A M. — Sire sire P S A M. — 408 onques oncques M (Introd. 49). — 409 a-il a il M.
410 Faire chef de son peuple, et entre tous eleu ? M'a-il sur Israël au royal siège mis.
Pour me faire tomber es mains des ennemis ?
Pouvois-tu point me perdre en autre sorte, ô Sire ? Veux-tu ainsi me faire exemple de ton ire ?
415 Tu as donques de moy retiré ton Esprit :
Tu m'as donc délaissé au malin, qui me prit, Et qui vient m'agiter à tous coups d'une rage.
Jonathan.
Mon père, il ne faut pas perdre ainsi le courage. Tousjours faut espérer en Dieu, qui a pouvoir 420 Aux choses qui ja sont au fons du desespoir. Il est plus près de nous, et de nous il a soin Q.uand plus nous le pensons et nous semble estre loin.
Saul.
Ah, nous sommes perdus.
Abner.
Sire, ayez meilleur cœur.
Saul.
Ah, il nous faut servir au Philisthin vainqueur. 425 C'est fait, c'est fait de nous.
Jonathan.
Reprenez cœur, mon père.
Abner.
Il ne convient qu'ainsi le Roy se désespère.
Tousjours doit estre égal, sans que point le renverse Ni puisse eslever chose ou prospère ou adverse. Si on est en l'armée une fois adverti
410 eleu esleu A; eslu M (Introd. 46). — 414 Veux-tu Veux tu S.
41 5 donques doncques M (Introd. 49). — 424 vainqueur veinqueur A M.
.30 Qu'aujourdhuy vous soyez réduit à tel parti, Tout ira en desordre, et en dur desarroy.
Car le peuple dépend du visage du Roy :
Outre ce qu'il est ja en frayeur merveilleuse.
Saul.
Encores n'ay-je veu chose si périlleuse.
1-3 5 Mais que te sert ton arc, Jonathan, qu'il ne tue Ce terrible ennemi, d'une flesche poinctue ?
Jonathan.
Moy, mon père, est-ce moy qu'à combattre on attend ?
Non, qu'on n'attende plus. J'en suis, j'en suis content.
Car de servir à Dieu j'ay cœur et bonne envie : 440 Et si estimeray employer bien ma vie
Soustenant son honneur. A son aide et confort
J'espère demeurer contre luy le plus fort.
Autrement, qu'on me voye au camp mort estendu.
Mais j'ay cœur faire voir, par le sang espandu 445 De cest incirconcis, tant de tors amendez,
S'ainsi plaist au Seigneur, et vous le commandez.
Saul.
Moy, que je le commande ? Ah, mon fils, à grand tort Je te feroye aller à l'évidente mort.
Que si, tombant au fer du Philisthin cruel, 450 Ta mort pouvait servir à sauver Israël, Et fermes restablir les choses ainsi lasses.
Lors seroit-ce raison que mourir tu allasses. Mais si, quand de ton sang auroit fait l'inhumain Cruellement rougir sa violente main.
430 aujourdbuy aujourd'huy SAM (Introd. 52). — 432 Roy : M ; Roy. P S A. — ^^b flesche flèche M. — poinctue pointue A M. — 439 envie : envie. P S A M. — 440 si estimeray si j'estimeray A M . — 445 tors torts A M. — 452 allasses alasses S.
4$ 5 Toy mort, je ne voudroy* vivre jour ne demi,
Et iroit Israël servir à l'ennemi.
Qp'est-il besoin, n'estant juste la conférence,
T'exposer au danger de si grande apparence ?
Non, ne plaise au Seigneur que mourir je t'envoye 460 Pour faire à tant de maux libre et ouverte voye.
Abner.
Il ne convient à l'homme entreprendre ne faire ' D'un conseil trop léger un trop pesant affaire. Jonathan, ce fut fait d'homme vaillant et sage Qpand parmi deux rochers tu entras au passage
46s De Bozez et Senne, n'ayant aveques toy
Qu'un serviteur, sans plus. Car lors en seure foy Tu suivois du Seigneur la conduite certaine.
Dont par toy environ d'hommes une vingtaine Moururent, abbatus au trenchant du fer double :
470 Et fut des Philisthins toute l'armée en trouble. Mais ici, quel conseil ou signe t'a donné Le Seigneur, comme il ât sur le roc de Senne ? N'entrepren rien sans luy, ni contre son vouloir : Car sans luy rien ne peut profiter ne valoir.
Jonathan, 47 s Soit le Seigneur ma guide : et jamais je ne face Emprise, qui ne soit agréable à sa face.
Commande au demeurant le Roy ce qu'il peut voir Convenir en ce faict. Je feray tout devoir De fils obéissant.
Saul.
Or, Abner, qu'on regarde
456 ennemi, M ; ennemi, P A ; ennemy, S. — 46$ aveques avecques M (Introd. 48). — 473 vouloir : vouloir. PSAM. — 479 Or A Or PSAM. ^
DAVID COMBATTAKT 33
\o Quel ordre, quel moyen, quel secours, quelle garde Peut servir en ceci. Tu sais qu'en toute chose La guerre concernant sur toy je me repose.
Tu m'es proche de sang, et d'honneur libéral T'ay establi pour moy lieutenant gênerai.
PAUSE
David.
8$ En quelque part que je tourne les yeux,
Soit à la terre, à la mer, ou aux cieux.
Je voy par tout tes œuvres nompareilles.
Et te louer, pour tes grandes merveilles.
Par toy, mon Dieu, mon ame est advertie.