‹ Tragédies saintes. David combattant--David triomphant--David fugitifChapitre 2 sur 11 · Mais, ô Seigneur, la quantième partie · texte numérisé non relu

Mais, ô Seigneur, la quantième partie

De tes bontez, est cognue à mes sens ?

Dés mon enfance aux jours adolescens

Je t'ay cerché, selon que ta clémence

Me tire à toy, par douce véhémence.

495 Mais (misérable et povre que je suis)

En lieu qui soit fuir je ne me puis.

Tousjours me suit ceste nature forte.

Tous jours me presse, et le fardeau j'en porte.

Lasse à tout bien, couarde, et endormie, 500 Et prompte à mal je sens ceste ennemie.

Mais ton Esprit m'adresse à résister.

Satan.

Faut-il tousjours à ce bien persister ?

Pourray-je point, mesme en cest aage tendre.

L'en destourner, et à mal faire tendre ?

481 ceci cecy S. — 492 Dés Des S. — 495 povre pauvre M. — 407 fortCf M ; forte. PS A. — 503 aage âge S (Introd. 30). — 504 mal faire mal-faîre M.

Tragédies sainctes. 3

505 Si est-il temps veincre le jouvenceau.

Un jardinier vient le jeune arbrisseau A son plaisir dresser, conduire, et tordre, Qjii monte après, croissant d'adresse et d'ordre. Comme il est duit en Tair, droit ou tortu.

$10 Ainsi se dresse à vice ou à vertu

L'homme, selon qu'il est pris en jeune aage.

Ci faut-il donc jouer mon personnage.

David.

Par ton Esprit suis guidé en ta sente.

Pour te cercher avec vie innocente.

$1$ Mon cœur à toy

Satan.

Il le faut destourner.

David.

Ardant aspire : et ne peut séjourner Qu'il ne te loue, et tes faicts ne médite.

Mais mériter

Satan.

Est-il point de mérite ?

David.

Mon bien ne peut. Seigneur, ta saincte grâce.

Satan.

s 20 Tous jours il suit de son propos la trace.

506 arbrisseau abrisseau M. — 510 vice vice, PSAM. — $15 toy (Absence de toute ponctuation là où l'usage moderne mettrait des points de suspension; cf. 5^8,997. Introd. 28,) toy. S. — 516-521 Ardant aspire :et... Ce passage est mutilé dans M, où on lit:

Ardant aspire : et ne peut séjourner

Qu'il ne te loue^ et tes faicts ne récite^

Et qu^en ta loy sans cesse il ne médite.

Si quelquesfois {comme à tous coups je fay)... Il s'agissait de supprimer les deux vers sur le mérite et sur la grâce. (Introd. 18). — 518 mériter (Ci. $15) mériter. S.

David.

Si quelquesfois (comme à tous coups je fay) Je tombe à mal, que par toy tant je hay, Je te suppli', Seigneur, qu'à l'heure à l'heure Ta saincte main me soustienne et sequeure.

*5 Perdu seray, si de la grâce tienne

Je n'ay secours, qui me levé et soustienne.

Ne puisse donc mon cœur, je te suppli', Jamais venir à te mettre en oubli, £t que sans toy je ne demeure pas.

Satan.

jo Si te suivray-je en tous lieux pas à pas,

Tant que j'auray de l'éternelle vie Hors de ton cœur l'espérance ravie.

David.

Tousjours me soit ta faveur assistente.

Afin que rien qui m'assaille ou me tente 35 Trop ne me puisse esbranler ne mouvoir.

Satan.

Povre insensé, ce que tu ne peux voir, Trop follement l'imagine ta teste.

C'est un Dieu vain.

David.

O Dieu, quelle tempeste Me bat le cœur ! ô mon Dieu, ne permets 140 Qiie ton sentier j'abandonne jamais.

Trop je sen fort et rude l'adversaire.

Las, ton secours, mon Dieu, m'est nécessaire,

^26 me levé m'eleve M. — soustienne, soustienne, P S A M. — 537 suppW, suppli' PSAM. — 531 Tant que SAM; Tantque P. — $^6 voir ^ M; voir PS A.

36 TRAGEDIES SAIKCTES

Avec lequel invincible seray.

En ta vertu le fort je forceray, 545 Comme à présent en ay eu la puissance.

Dont je me vueil, par grand'resjouissance.

Victorieux en ta force vanter,

Et de victoire un hj^mne te chanter.

Cantique de David.

O Seigneur étemel, 550 De ton lieu supernel

Tu vois l'homme ici bas.

Ta dextre enseigne et duit Le juste qui te suit.

Dresse et meine ses pas.

555 Mais trop au chemin tors

Se destourne le corps.

Laissant la droite sente.

Trop loin de toy, Seigneur,

De droiture enseigneur, 560 II s'escarte et absente.

Le triste sort humain Ne sait son lendemain.

Il n'a jour ne demi.

L'homme privé de toy 565 Se va perdre : et de soy

Luymesme est ennemi.

Puis le lion pervers Suit le monde, à travers

566 Luymesme Luy-mesme A M. — 567-568 Puis le lion pervers \ Suit le mondey pervers, P S A M ; Puis le monde, P < A M ; Puis le monde S. La leçon ae nos éditions étant évidemment mauvaise, il nous semble d'autant plus naturel de remplacer Puis par Suit qu'on trouve chez Des- M^UKS suivre dsius le sens de poursuivre^ persécuter ; ex. D. /. 2228-2229:

De ce bas territoire :

iyo Mais tu es ma vertu,

Ma seule force es-tu, Qjii me donne victoire.

Eliab.

Mes frères, pour certain c'est un estrange cas.

Et (ci dit entre nous) merveille ce n'est pas >7$ Que de telle frayeur s'estonne et débilite

Du grand jusqu'au petit, l'armée Israélite.

Car s'il y faut aller, et que quelqu'un, autant

Soudain entrepreneur que hardi combattant.

S'y ose aventurer, je voy ja, ce me semble, 580 Le corps, les bras, la teste, et les pieds tout ensemble

Roulez en un monceau. Pensez quelle sera

La merci dont vers luy ce cruel usera.

Aussi n'est-il au camp nul si hardi qui ose

Entreprendre gagner ce que le Roy propose, 585 Tant soit ce qu'il présente excellent et de prix.

Abinadab.

Par moy n'en sera pas le hazard entrepris.

Y aille qui voudra. Quant à moy, je ne doute Que ne soyons bien tost desconfits et en route. Je voy de tous costez trembler l'armée entière, 590 Qui n'a de se sauver moyen, lieu, ne matière. Nous sommes assiégez des ennemis, qui tous Campez sur ce costau, sont vis à vis de nous. L'issue est d'autrepart de grans rochers fermée. Si de ceste frayeu^cJ^ Philisthine armée

Làs, moy, que suis-je ? une vile vermine^ Que cerche et suit d'Israël un grand Roy ;...

Cf. D. c. 497 et (suite dans le sens de poursuite, persécution) 848.

569 territoire : M ; territoire. P S A. — 570 vertu, M ; vertu. P S A.

595 d'autrepart d*autre part S M.

S9S Estoit bien advertie (et encores je lien

Que par leurs espions le tout ils savent bien) Et qu'ils vinsent un coup Talarme nous donner, Vous verriez tout en fuite et desordre tourner. Veincus nous tomberions es mains de l'ennemi :

600 Car ja sommes de peu combattus à demi.

Et que nous reste-il mieux ? Si de deux une voye

Nous avons à passer, il est force qu'on voye

La gloire d'Israël aujourdhuy mise bas.

Si quelqu'un de nos gens, ne craignant les combats,

605 S'oppose au Philisthin, le cas est évident Qii'il est mort, et sur nous tombera l'accident. D'autrepart, s'il n'y a nul qui au combat aille. Et nous au demeurant refusons la bataille.

Ou la faim en ce lieu nous viendra mettre à mort,

610 Ou euxmesmes viendront nous forcer en ce fort. Ne vaudroit-il pas mieux, puis qu'il nous faut mourir. Leur donner la bataille ? et vaillamment courir A la mort honorable ? et en l'effort urgent Mourant, faire mourir la Philisthine gent ?

615 Des veincus à la guerre est l'unique recours Ne s'attendre aux mortels, et n'espérer secours. Le Seigneur est puissant, qui ne faut ne diffère De secourir les siens.

Eliab.

Tu as raison, mon frère.

Aussi bien cependant la faim nous est trop dure : 620 Longuement et beaucoup chacun de nous endure.

600 de peu de peur M. Cette dernière leçon pourra sembler préférable. — 607 Uautrepart D'autre part M. — 608 refusons refusions S. — 610 euxmesmes eux mesmes d ; eux-mesmes A M. — 619 dure : M ; dure. P S A.

Tu sais ce que contreint j'ay esté d'engager

A la munition, pour avoir à manger.

Mais à quoy peut penser nostre père, que point

De vivres il n'envoyé, et nous laisse en ce poinct ?

Abinadab.

625 Encor^ aveques luy cinq de nos frères sont, Qjii gueres de souci de ceste guerre n'ont.

Et moins de nous encor. Nous (et ne leur desplaise) Portons la peine : et eux, ils sont bien à leur aise.

OAMMA*

Mon frère, c'est raison que vieil, et en tel aage, 630 Nostre père ait de nous quelqu'un qui le soulage : Que les uns soyent aux champs, les autres à l'hostel. J'espère que bien tost aurons message tel Que nous serons contens. En brief, comme je pense, Nostre frère David vivres, pour la despense, 635 Apporter nous viendra.

Je n'ay dequoy en croire.

En David (croyez-moy) il y a de la gloire.

C'est un jeune garçon, qui ses frères plus vieux Moindre que 5oy estime, et pense valoir mieux.

Trouppe d'Israël.

Non, ce ne sont-ils point.

Demie trouppe d'Israël.

Je suis bien esbahi 640 Si ce ne sont tous trois des ehfans d'Isai. Et bien, ay-je gagné ?

Trouppe.

Dieu gard' la compagnie.

629 aagCj aage P S A; âge M. — 641 compagnie compaignie S.

Demie trouppe.

Dieu vous gard', messeigneurs.

Eliab.

Le Seigneur vous bénie.

Trouppe d'Israël.

Rompons-nous point vostre devis?

Eliab.

Non. Nous parlons de nostre advis 645 Sur l'eflFroy qu'en chacun quartier

Nous voyons par le camp entier.

Demie trouppe d'Israël.

Chacun est de frayeur malade.

Abinadab.

Chacun craint une camisade.

Trouppe d'Israël, Ce n'est sans cause : ils ont dequoy 650 Estre en crainte et silence coy.

Samma.

Sur tout est effroyable à voir Ce géant au visage noir, f

Qui tant ses menaces redouble, V

Et de peur les courages trouble.

Demie trouppe d'Israël.

65$ Le Roy, à cause de ceci,

Et les Princes du sang aussi Sont au conseil, pour sur l'affaire Adviser ce qui est de faire .

642 garffy gard' P S A M. — 649 cause : ils cause, ils P S A ; cause, ils M.

Eliab.

Qu'y feront-ils ? homme n'est tel S60 Qui entre en ce combat mortel.

Pour recevoir mort à sa honte.

Nul en ceci ne fera conte

Du Roy d'Israël, fils de Cis,

Non plus que d'un incirconcis.

665 Mais le Prince Abner (ce me semble)

Et Jonathan viennent ensemble.

Ils sont hors du conseil sortis.

Abner.

Or sus, mes compagnons, vous estes advertis

De ces riches presens que le Roy offre et baille 670 A qui fort et hardi en plain camp de bataille

Combattra corps à corps le géant Philisthin.

Est-il nul qui ait cœur d'emporter ce butin ?

Enfans, qu'en dites-vcus ? Mes amis, est-il ame

Qui gardant Israël aujourdhuy d'un tel blasme, 675 Vueille rendre affranchis et soy et tous les siens ?

Est-il nul qui avec tant d'honneur et de biens.

Ose espérer du Roy la fille en mariage ?

Vous ne respondez mot : perdez-vous le courage ?

Sus, qui sera celuy, compagnons, d'entre vous 680 Qui brave ira entrer, et combattre pour tous ?

Voulez-vous tous laisser un si grand avantage

Et de biens et d'honneur, mémorable à tout aage ?

Ne savez-vous assez que celuy qui se fie

En nostre Dieu vivant, met seurement sa vie 68$ Entre ses fortes mains ? Vous estes gens de bien,

Vaillans, peuple de Dieu. Comment ? Dites-vous rien ?

N'y a-il entre vous, n'y a-il un seul homme

659 homme l'homme S. — 665 Mais le Prince Aligné dans PSAM. prince M. — 670 plain plein M. — 676 Est-il Est u A. — 686 Dites- Vùus Dites vous M.

Qui ait le cœur si bon que de combattre, comme \

L'admoneste et requiert d'honneur le cher devoir ? 690 C'est ici, mes enfans, c'est ici qu'il faut voir Le cœur vaillant et fort. Ah, quoy ? enfans d'élite, Soustiendra nul de vous l'honneur Israélite ? I

Or tu vois, Jonathan, qu'homme n'est si hardi Qui muet ne demeure à ce que je leur di.

Jonathan.

695 Je voy bien que personne au combat ne veut mordre. A l'alarme premier tous fuiront en desordre.

PAUSE

Goliath.

Je croy qu'ils ont belle peur à ceste heure.

Trouppe Philisthine.

Je croy que d'eux le plus fort ne s'asseure En sa vertu.

Demie trouppe Philisthine.

Je suis seur que nul d'eux 700 N'est asseuré du visage hideux

Que tu leur fais, et brave à eux se monstre.

Goliath.

La peur qu'ils ont que je ne les rencontre.

Les fait trembler, et rend tant esbahis.

Qu'ils voudroyent estre en quelque autre pays.

L'Escuyer de Goliath.

705 Ils sont cachez en leur tente, de sorte

Qu'homme n'y a qui se monstre ni sorte.

689 admoneste admonneste M. — 704 voudroyent voudroient S. — pays païs M. — 705 Escuyer M; escuyerPSA (Introd. 53).

DAVID COMBArrANT 43

Trouppe Phiusthine.

S'il en est un qui ait mis le nez hors Pour voir, seigneur Goliath, ton grand corps, Je croy qu'il n'a le cœur assez hardi 710 Pour te combattre : ou il est estourdi.

Goliath.

Quiconque il soit, j'ay troublé sa cervelle.

Il en aura conté quelque nouvelle A Israël.

Demie trouppe Philisthine.

La hache merveilleuse.

Qu'au poing tu tiens d'une horreur orgueilleuse, 71$ Et qu'on ne peut aller accomparant

Mieux qu'au tellier d'un puissant tisserant.

Craindre les fait qu'il tombe un coup de foudre. Et rue à coup leur combattant en poudre.

L'Escuyer.

Le fer aigu, qui luit au bout du bois, 720 Sicles de fer pesans leur juste poids,

Monte à six cens.

Goliath.

Qu'estimez-vous que vaille La pesanteur de ce harnois d'escaille ?

Trouppe Philisthine.

Il peut peser de sicles trois ou quatre Milliers d'airain.

L'Escuyer.

Il poise, sans rabbattre, 725 Cinq pleins milliers.

720 poids pois M. — 722 ce bamois Faute d'impression : ces harnois (Cf. 723 : Il peut peser...) A M. — 723 sicles Faute d'impression : siècles A. — 724 rabbattre rabbatreM (Introd. 40).

Goliath.

Quand ce pesant escu Me pend au col, ne puis estre veincu.

Demie trouppe Philisthine.

Comme l'escu, les grèves sont d'airain :

L'armet aussi, qui au soleil serain Flamboyé en Tair.

Trouppe Philisthine.

Ce tortu cimeterre 730 A espandu beaucoup de sang par terre.

L'ESCUYER

D'en voir espandre encor' nous espérons.

Goliath.

Tubal-cain, père des forgerons, En fut Tautheur.

Demie trouppe Philisthine.

Mais la grande stature, Quand Israël te voit mis en posture, 75 S Trop les estonne : ou de mort, ou de pis,

Tenus en crainte, ils sont plat assoupis.

Trouppe Philisthine.

D'homme vivant la hauteur tant ne vaut.

L'ESCUYER

Le corps a plus de cinq coudes de haut.

Goliath.

Non, il n'est homme au monde de ma taille.

727 grèves grèves M. — airain : M; airain. P S A. — 720 cimeterre dmiterre S. — 731 encor* encor S. — 732 Tubal-cain TuoaUcaîn M (Introd. 37). — 739 Non, il M ; Non. il P S A.

Demie TBOCTPE Pbilbt&ixe.

740 Si une fois on Tient à la katadUe,

Là verrons-nous tes forces dcsployees.

Trouppe Philisthixe- Courir verrons leors bandes e&oyees A vao de route.

L'ESCCYEE.

Ils avoyent grand bescnn.

Les malheureux, de venir ainsi loin 745 Cercher leur mort.

Goliath.

Mieux encor' leur vaudroit Estre en Egypte, ou en quelque autre endroit. Qu'en Âzeca, et terres de Dommin.

Or si nul d'eux ne se met en chemin.

Pour me venir combattre en la campagne, 7$o II îaLUt monter, et que la coste on gagne.

Que n'allons-nous à force là dedans Forcer leur fort, en despit de leurs dents ?

Les Philisthins, avec Goliath, descendent en la vallée dn Chesne, et se mettent en bataille.

ISAI.

Je crain que mes enfans, chacun desquels endure Beaucoup de mal au camp, à coucher sur la dure, 755 Soyent pressez de la faim, et ayent indigence De vivres ou d'argent. Il faut en diligence Leur envoyer David, afin qu'il les délivre De la peine où ils sont, et qu'il leur porte à vivre.

J40 une fois anefoisS. — 745 cercber chercher M. — 748 en chemin an chemin S. — 749 campagne campaigne M. — 750 monter, M ; monter : P S A. — gagne gaigne M.

De ce fardeau pesant il le convient charger : 760 Lequel, autant que si plus il estoit léger, Joyeux il portera. Il n'y a mot ne noise A rien que je luy die, et rien trop ne luy poise : Tant à • que je vueil je le voy volontaire, Se rend. ^eissant, et toujours coy se taire'. 765 Parface le ' neur, et à sa gloire avance

Ce qu'il a ce mencé en ceste heureuse enfance.

David.

Tousjours à toy, Seigneur (car à la vérité .

Tout ce qui est sans toy n'est rien que vanité) Tousjours aspire à toy mon cœur et ma pensée.

770 Continue, ô mon Dieu, ta grâce encommencee En moy, par ton Esprit : ne me délaisse pas.

Et de ton droit sentier ne destourne mes pas. O l'homme malheureux ! ô que grandement erre Celuy qui met son cœur aux choses de la terre !

77$ C'est donc à toy, mon Dieu, que j'aspire tousjours : En toy vueil espérer tout le temps de mes jours : En toy seul mon attente, et tout mon heur je fonde.

Satan.

Malheureux que je suis ! Moy, qui fay tout le monde Renger à mon vouloir, et dessous mon empire 780 Qui fay croistre le mal, et que ce mal empire :

Qui fay nouveaux malheurs aux malheureux charger. Ne puis pourtant venir à bout de ce berger.

Il garde son trouppeau seulet en la campagne,

759 charger : M ; charger. P A. Faute de tirage : charge S. — "jôiùorfera. Il S; portera, il P A; portera: il M. — 762 die^ M; die : PS A.

— poise : poise. P S A M. — 771 Esprit: ne M; Esprit, ne P S A. — pas. M; pas. PS A. — 775 tousjours : tousjours. PSA; tousjours, M.

— 776 jours : jours. PAM; jours S. — 779 Renger Ranger M. — 781 nouveaux nouveaus M. — 782 berger Berger M.

OÙ de Dieu seulement la grâce l'accompagne,

85 Dont il est défendu, et de sa faveur large Tousjours il est couvert, ainsi que d'une targe, Sans que nul mien assaut, par ruse ne contrainte, Le puisse destourner de Dieu, ne de sa crainte, j Ah, que de mal me fait ceste grâce de Dieu, jo i

'90 Qui garde contre moy ses eleus en tout lier - ,

David. .'"-^

Mais pour penser à tout, mon père beaucoup tarde A m'envoyer au camp. Cependant que je garde En ce lieu mon trouppeau, mes frères pourroyent bien Endurer de la faim, qu'on ne leur porte rien.

'95 Ils ont peine à la guerre : il faut par juste soin De mes frères aisnez regarder le besoin.

Puis si l'esprit malin (comme il fait) a tenu Et tormenté le Roy, ce sera mal venu Que je n'y aye esté, pour à ma harpe douce

{00 Sonner le chant divin, qui cest esprit repousse. O Seigneur, plaise-toy que plus ne soit ainsi Le Roy tenu en peine, ains sente ta merci.' Plus ne soit de ta main dure et pesante l'ire Sur celuy qu'il t'a pieu Roy de ton peuple élire.

Satan.

k)5 Mais puisses-tu ainsi, par désobéissance. Encourir et sentir l'ire de sa puissance.

ISAI.

Mon fils.

David.

Dieu gard' mon père cher.

795 guerre: il M ; guerre. Il P S A. — 798 tormenté tourmenté M. — 801 pîaise-tcy plaise toy M. — 804 ton peuple tout peuple A M.

ISAl.

Or sus, il te faut despescher D'aller au camp.

David.

Je n'ay désir 810 Qjie de faire vostre plaisir :

Et ja pensoy'-je à mon devoir

De vous l'aller ramentevoir.

Car de long temps mes frères n'ont

Nouvelles de vous où ils sont.

815 Us peuvent avoir faute aucune

Ou de vivres, ou de pecune.

ISAI.

Vers eux vistement tu iras,

Et cest epha leur porteras.

De froment cuit : aussi leur livre 820 Ces dix pains, qui est pour eux vivre.

Mais de ces fromages de laict.

Qui sont dix, présent sera fait

Au Capitaine. Or, mon fils, tien.

Enten d'eux s'ils se portent bien.

825 Quant à l'argent que je te baille,

S'ils ont engagé à la taille

Rien qui soit, pour les soulager,

Ce sera pour le desgager.

Or va, mon fils. Dieu te convoyé.

David.

830 Je vay vers eux prendre ma voye.

Et cependant, en mon absence,

808 despescher despecher S.— 810 plaisir : plaisir. PS A ; plaisir, M — 811 pensof-je pensoy-je M.— 817 iras. M; iras. P S A . — 819 cuit aussi cuit, aussi P A ; cuit, aussi S.

Il faudra que le berger pense De nos brebis.

ISAI.

Va sans tarder.

Je feray le trouppeau garder.

Satan.

35 Si n'auray-je repos que tout je ne renverse. Ainsi s'esbat à mal ma nature perverse.

Si David pour un temps avec toute constance Soustient mes durs assauts, et leur fait résistance, Il ne sera tous) ours tant asseuré ne ferme.

40 II est homme, et muable : il faut qu'il vienne au terme De perdre de son cœur Tesperance et la foy : . Et laissant de son Dieu l'ordonnance et la Loy, Faut qu'il adore un jour mes idoles de fonte. Quoy ? est-il rien si fort qu'à force je ne domte ?

45 De Dieu, sans plus, forcer ne puis le fort appuy. Son Dieu ne sera pas tousjours si près de luy : Et moy, je ne perdray minute ne demie Sans après luy veiller d'une suite ennemie.

Malheureux les humains, qui ainsi sans séjour

so Sont de moy poursuivis, tant de nuict que de jour. Car courant çà et là, diligent, près et loin. En toutes parts du monde, avec travail et soin. Je les presse et tormente, et en fay maints et maints A l'éternelle mort trebuscher par mes mains.

ss A quoy mesme de soy les précipite et meine La malédiction de la nature humaine.

Mais Dieu me fait grand' peur, Dieu, qui quelque demain

840 muabU : il muable. il P A ; muable, il S M. — 841 foy: M ; foy. P S A. — 842 Loy P S A; loy M. — 844 domte donte M. — 846 luy : M ; luy. P S A.— 848 suite suitte AM. — B$i çà ça M. — 85} tormente tourmente M. — 854 trebuscher trébucher M.

Iragedies sainctes. 4

Promet de reparer Testât du genre humain.

Voire et j'ay peur encor* qu'à l'heureuse lignée

860 De ce David en soit la promesse assignée.

Il ne faut rien laisser que je n'employé et n'use, Pour empescher ce bien, d'art, de trouble et de ruse, Il faut des Philisthins animer l'exercite :

Il faut que Goliath de ma fureur j'excite :

865 II faut (si je le puis) faire viande aux chiens Israël, et sur tout ce David et les siens.

Sus, ma rage, où es-tu ? Sus, sus, de bas en haut, Sus, sus, de haut en bas tout renverser il faut.

PAUSE

Abner.

Sire, les Philisthins sont descendus aval.

870 Ils sont forts : et du Chesne ils tiennent tout le val, Où ils sont en bataille. Or, pour mon devoir. Sire, Pour Israël, pour vous, j'ay ceci à vous dire. Il est vray qu'il n'y a un homme à vous subjet Qui se présenter ose au Philisthin de Geth,

87s Pour le combattre seul, quelque offre qu'on leur face. Tous ont en gênerai grand horreur de sa face. D'y envoyer quelqu'un au hazard et en doute.

Ce seroit Israël, et nous, et la gent toute Perdre à nostre escient. Aussi peu ceste armée,

880 Qui toute est de rampars et de fossez fermée. Faut-il aventurer : trop grande est l'apparence De perdre la bataille, en telle différence Et d'hommes et de cœurs : mesme que d'heure bonne

863 exercite: M ; ezercite. P S A. — 864 excite : excite. P S AM.— 869 Philisthins Philistins S. — 871 Or, Or P S A M. — 874 présenter ose Faute d'inipression : présente rose S. — 881 aventurer : trop M ; aventurer, trop P S A.

Au combat, le Seigneur aucun signe ne donne.

85 Mais ce qui est de faire ici, à mon advis, £st que nous en bataille arrangez vis à vis.

Sortions à la campagne, et plus que nous ne sommes, Nous monstrions asseurez, avec visages d'hommes. Sans trop nous esloigner. Là, s'ils font quelque effort,

Î90 Soustiendrons l'escarmouche, à la faveur du fort. Ainsi temporisant, et en tirant l'affaire En longueur, ils pourront d'euxmesmes se deffaire. Quand on sent l'ennemi marcher à plus grand' force. Là faut-il que de ruse à combattre on s'efforce.

Î9S Le Seigneur cependant pourvoira de secours.

Saul.

Je ne say plus, Abner, à qui avoir recours.

Advienne désormais ce qui peut advenir.

Abner.

Jonathan, il te faut le passage tenir.

Et là, en ce vallon défendre l'advenue.

Jonathan.

900 L'entrée encontre tous sera par moy tenue : Et sera le passage, à quiconque d'entre eux Y viendra le premier, triste et malencontreux.

Saul.

Le Seigneur te défende, et te soit garde seure.

Jonathan.

C'est en Dieu seulement que ma force j'asseure.

Abner.

90s Qu'en vous, Sire, sans plus rien de crainte on ne sente. Faites voir au visage une vigueur présente.

892 euxmesmes eux mesmes M. — deffaire desfaire M. — 893 grand* grand S. — 894 Là S A M ; La P. — 901 entre eux entr*eux A M.

52 tragedies sainctes

Sàul.

Le plus que je pourray monstreray d'asseurance, Bien qu'en moy soit ou nulle, ou petite espérance.

Ils se séparent en deox parts : Jonathan et les frères de David, d'une part : Saul, Abner, et les trouppes, de l'autre.

Jonathan.

Suivez-moy, compagnons. Voila les ennemis 910 Qpi tous au val du Chesne en bataille sont mis. Il nous faut de ce fort le passage défendre.

Eliab.

J'ay désir aujourdhuy la cervelle outrefendre De quelque incirconcis, et ne luy faillir pas. S'il entre pour combattre, ou pour forcer le pas.

Abinadab.

915 J'ay désir d'esprouver si ce coutelas taille. Effondrant un armet, ou faussant une maille.

Moy, seigneur Jonathan, sans faillir point ne peu. Je te suivray par tout, et fust-ce par le feu.

Jonathan.

Pleust à Dieu, compagnons, que nos gens eussent tous 920 Le cœur aussi entier et vaillant comme vous.

Nous les irions combattre : et par ceste plaine, entre Les deux costaux, irions leur marcher sur le ventre. Mais suivez-moy sans plus : que nul outre ne passe. Sans mon commandement, en la campagne basse.

Abner.

92$ Sire, pour li'asseurer la gent incirconcise,

908-909 David, M ; David P S A. — trouppes, trouppes P S A ; troupes, M. — 909 Suive^^moy Suivez moy M. — 916 faussant £aulsant M. — 925 plus : que plus, que P S A ; plus, que M.

Tenir faut la descente au pied du tertre assise. Là nous leur ferons teste.

Saul.

Allons, Abner, allons :

Faites suivre nos gens par où nous dévalions.

Abner.

Mes hardis compagnons : le Seigneur en tout lieu, 930 Le vray Dieu d'Israël, seul fort et puissant Dieu,

C'est Dieu qui seurement est nostre ferme appuy.

Voulez- vous pas combattre en sa force aujourdhuy ?

Avez-vous point courage entier et diligent

De vaillamment défendre encontre ceste gent, 935 Vous, vos biens, vos enfans, le Roy, et la patrie ?

Eux, leur force, et leurs dieux, n'est rien qu'idolâtrie.

Vous voyez que le Roy bon courage vous baille.

Qui au milieu de vous veut estre en la bataille.

Enfans, qu'en dites-vous ?

Trouppe d'Israël.

Nous desirons vous suivre.

940 Car au Dieu d'Israël, qui fait mourir et vivre, Nous mettons nostre espoir.

Demie trouppe d'Israël.

Seul nous peut secourir Le vray Dieu d'Israël, qui fait vivre et mourir. C'est luy dont nous avons l'éternelle alliance. Son peuple circoncis. Il est nostre fiance.

Abner.

94S En nostre Dieu vivant l'asseurance est certaine.

927 Abner, allons : Abner, allons P S ; Abner, allons, A M. — 929 compagnons: le compagnons. Le P S A ; compagnons : Le M. — 934 encontre en contres. — gent, M ; gent P S A. — 939 dites-vous dites vous M.

Dieu, le Dieu invincible est nostre Capitaine. Soyons donc asseurez. Quant à moy, mes amis, Le premier je seray contre les ennemis ; Et vueil que, si d'un pas on me voit devant eux 9SO Reculer, ce me soit un cas vil et honteux :

Que sur moy et les miens le reproche en demeure. Et par la main de Dieu sur la place je meure.

Goliath.

Je sen de plus en plus mon ame encouragée.

Je frémi dedans moy de fureur enragée.

955 Je sen je ne say quoy qui me pousse et anime

A plus fort enrager d'une horreur magnanime.

Pourray-je point espandre, à ma cruelle main.

Pour ma soif estancher, assez du sang humain ?

A cruauté de soy ma nature est encline :

960 Mais je sen une ardeur fervente en la poictrine

M'enflammer davantage. Il faut que ceste envie

Par quelque horrible cas soit en moy assouvie.

Viendra point d'Israël quelqu'un, pour luy tirer

Les entrailles du ventre, et pour le martyrer, 965 Afin qu'à mon plaisir ma cruauté j'exerce ?

Trouppe Philisthine.

Or il faut, Goliath, que plat on les renverse. Trop, c'est trop attendu. Puis que tant ils se tiennent Enfermez de rampars, et qu'aux mains ils ne viennent. Allons les desloger. Mais qu'est-ce que nous vaut 970 Ici tant arrester ? assaillir il les faut.

Demie trouppe Philisthine.

Si nous voulons tous jours attendre, quand sera-ce

948 ennemis : M ; ennemis. P SA. — 950 honteux : M ; honteux. P S A. — 961 cesie envie toute envie S. — 967 attendu. Puis attendu, puis P S A ; attendu : puis M.

Que nous viendrons à bout de THebraique race ?

Le temps matte nos gens, nous consume, et nous mine.

Cependant que pensons les avoir par famine.

L'ESCUYER

97S Ils sortent de leur fort. Je les voy en deux parts Se partir, et venir au dessous des rempars.

Il faudroit leur dresser l'escarmouche contraire, Pour en ceste vallée au combat les attraire.

Goliath.

Ne pensez qu'on les ait aisément ici bas.

980 Abner est trop rusé. Non, ils ne viendront pas. Outre ce que la peur assez les tient et garde Que trop aventureux aucun d'eux se bazarde.

Trouppe Philisthine. Aussi n'y a-il lieu commode en tout ce val, Pour y envoyer gens à pied ou à cheval, 985 Et pour bien à propos y dresser l'embuscade.

Demie trouppe Philisthine.

Il faut à force aller leur faire une bravade.

L'ESCUYER

J'espère que Dagon quelque bonne fortune Nous garde, et usera de faveur opportune.

GOUATH.

Qji'appelles-tu Dagon ? Dagon (je le say bien) 990 Est tenu pour un dieu : mais moy, je n'en croy rien. Les Philisthins sont fols, qui l'adorent ainsi. Trompé de faux abus est Israël aussi, Qjii espère en son Dieu. Dagon n'a, et n'eut onques. Ni le Dieu d'Israël, sur moy pouvoir quelconques.

972 Hébraïque Hébraïque S (Introd. 37). — 976 rempars rampars S. — 982 aventureux avantureux A M. — 990 rien, A M ; rien : P S.

s 6 TRAGEDIES SAINCTES

99$ Penses-tu que je croye à ces vaines merveilles, Et qu'ainsi follement j'y preste les oreilles ? Quel Dieu, 6 sottes gens,

Satan.

Non, non, il n'en est point.

Goliath.

Qpel Dieu me peut aider ou nuire en aucun poinct ? Non, il n'est point de Dieu qui s'oppose à ma rage, 1000 Ne qui ose l'attendre.

Satan.

O le vaillant courage !

Goliath. Pour Dieu vay-je adorant les forces de mes mains : Par lesquelles, maugré les dieux et les humains, Me feray voye au ciel.

Satan.

C'est trop peu de la terre.

Goliath.

Mais la fin d'Israël faut voir en ceste guerre.

Satan.

1005 Voila comme j'empli Tinfidele pensée De mon venin mortel et fiirie insensée.

Mais pourray-je à David de fiel ainsi amer, Comme à mon Goliath, la poictrine animer ?

PAUSE

997 i^f^j (Virgule là où l'usage moderne mettrait des points de suspension; cf. 518.) gens 1 M. — 1008 poictrine poitrine M.

David.

Ce temps pendant que mon chemin je passe

(Et ja passé en ay la mi-espace)

Je ne sen point sur mon espaule forte

Estre pesant le fardeau que je porte.

Rien ne me grève ou poise en aucun lieu,

Quand je travaille au service de Dieu.

De louer Dieu mon ame ne se lasse :

Et ce penser mon corps aussi soulace

En mon chemin. Car est-il rien moleste

A qui s'appuye au reconfort céleste ?

Je vay au camp voir de Dieu les enfans, ) Qu'il a promis de rendre triomphans

Sur leifrs voisins, et de force admirable

Tousjours à eux se monstrer secourable.

O que la vie est de grand plaisir pleine !

O combien douce et plaisante est la peine ; A soustenir du Seigneur la querele !

Heureuse vie est le mourir pour elle,

Satan.

Mais Goliath d'autre gloire s'enyvre, Qui entreprend en despit de Dieu vivre.

David.

Il est bien vray qu'en ceste terre-ci o Tousjours la chair est en peine et souci.

Mais Dieu, qui sied sur la plage etheree, Est liqueur douce à la soif altérée.

Sa grand'douceur, son honneur, sa bonté.

Son Nom par moy soit hautement chanté.

1013 grew grève M. — 1015 lasse : lasse. P S A; lasse, M. — 1020 triomphans trionfans M. — 1025 pleine ! M ; pleine, P S A. — 102$ que- ' rele ! querele ? P S ; querelle 1 A M.

58 TRAGEDIES SÂIKCTES

1035 Car si les gens qui vont en divers sons

Chantans entre eux des mondaines chansons, Cerchent soûlas au travail de leurs corps.

Combien celuy qui en chants et accords Médite Dieu, combien plus a-il d'aise ?

1040 Comme bien mieux son labeur il appaise ?

Le monde n'est que peine et travail dur :

Dieu est repos et contentement pur.

Le monde n'est que misère profonde :

Dieu est en qui toute liesse abonde.

104^ De bien qui soit le monde n'a matière :

Dieu de tous biens est l'abondance entière.

Satan.

Si te faut-il autrement estimer Mes biens du monde, et par terre et par mer.

David.

Le Seigneur donc sera tousjours ma joye :

loso Dieu, seul confort et soûlas de ma voye.

Or reposant un peu sous ce buisson, Je vueil à Dieu chanter une chanson.

Cantique de David.

Des malheurs la dure guerre

Sur la terre 1055 Poursuit le courage humain.

Le fidèle en Dieu se fonde.

Dieu le sonde.

Et tient son cœur en sa main.

1036 entre eux entr'eux A M. — 1041 dur : M ; dur. P S A. — 1045 profonde : M ; profonde. P S A. — 1045 matière : M ; matière. PS A. — 1054 ^^^^ ^ (Bassus) M; terre, P S A (Cantus, Alttu, Ténor). — 1056 fidèle fidelle M.

Seigneur Dieu, qui cognois l'homme, 60 Et sais comme

Il chemine devant toy, Sois-moy confort en ma voye,

Dieu ma joye, Et mon repos seur et coy.

6s Sur nous en toute contrée

Soit monstree Ta bonté, souverain Dieu.

Fay que ta miséricorde On recorde, >7o Et soit chantée en tout lieu.

Abner.

Non, Sire, il ne faut point qu'on sorte.

Saul.

Mais s'ils viennent en trouppe forte ?

Abner.

Ce passage nous défendrons.

Jonathan et ses esquadrons 075 Défendront bien l'autre passage.

Saul.

Mais voyez l'horrible corsage De Goliath, qui se pourmeine.

Abner.

Sa stature passe l'humaine.

Mais Dieu fera cognoistre comme 080 II est Dieu, et luy qu'il n'est qu'homme.

1062 Sois'tnoy Sois moy S M. — 1072 trouppe troupe M. (Introd. 39.) — 1079 cognoistre congnoistre M.

ISAI.

Or suis-je en mon temps parvenu A cest aage vieil et chenu :

Et veut le Seigneur en ces jours Qu'encores j'apprenne tousjours,

io8$ Et que de plus en plus appere

En moy, que c'est que d'estre père.

De mes fils, qui sont huit en tout, Je suis en peine jusqu'au bout.

J'en ay les quatre auprès de moy :

1090 Dont je suis souvent en esmoy,

Craignant^qu^tre les mauvais hommes (Comme aux dangers sujets nous sommes) A mal faire on les accourage :

Ou d'eux reçoivent quelque outrage :

1095 Ou qu'aux champs un fier animal

Leur vienne faire quelque mal, Et les surprenne, cependant Qu'ils sont au labeur entendant.

Les trois plus grans, qui le Roy suivent

iioo Au camp, làs ! je ne say s'ils vivent,

Ou s'ils sont morts, mais ils sont mis Près du pouvoir des ennemis.

Sur tout pour David suis en crainte.

Et sen ma poictrine contrainte

H05 De froide peur, qui ainsi mesme

L'ay mis en ce danger extrême.

Car portant à manger pour eux Parmi les chemins dangereux,

1081 suiS'je suis je S. — 1082 chenu : M ; chenu. P S A. — 1092 sinets sugets S. — 1093 mal faire mal-faire M. — 1099 |Taiw grands M. — iioo làs/ lis, PA; las, S; lasl M. — 1104 poictrtne poitrine M. — 1106 extrême extrême M.

DAVID COMBATTANT 6l

Viendra, peut estre, aux entrefaites lo Que nos bandes seront desfaites,

Et y pourra demeurer mort.

O Dieu, qui es vivant et fort, Vien pour nous l'ennemi poursuivre, Et des Philisthins nous délivre.

Jonathan.

1$ Tant qu'il voudra que brave il sepourmeine.

Car d'aujourdhuy, ni de l'autre semaine (Comme je croy) nul ne sortira hors, Pour l'aller seul combattre corps à corps.

Est-il de vous personne qui le face ?

Eliab.

20 Espouvantable et terrible est sa face.

Je ne voy nul qui d'y aller s'appreste.

Abinadab.

Face flotter les plumes de sa creste Tant qu'il voudra. Moy, seigneur Jonathan, Je ne l'iray combattre de cesl an.

OAMMA*

25 Qu'il roue en l'air son soûl la halebarde.

De l'en garder, quant à moy, je n'ay garde.

Jonathan.

Est Israël aujourdhuy en ce poinct De cœur failli, qu'un homme il n'y ait point, Qu'en Israël il n'y ait point, en somme, }o Pour soustenir son honneur, un seul homme ?

David.

Mon Dieu, que de gens en ce val,

II 16 semaine sepmaine M. — 11 20 Espouvantable Espouventable S. — 1126 moy, M ; moy P S A.

é2 TRAGEDIES SAINCTES

De gens à pied, et à cheval!

Est-ce la Philisthine armée,

Qui de la montagne, fermée 113$ De rampars, seroit descendue ?

C'est elle, en la plaine estendue

Mise en bataille. Mais nos gens

Veulent-ils estre negligens

De les charger, et faire voir 1140 D'Israël le vaillant devoir?

Mais de l'autre part, ce me semble.

Je les voy tous rengez ensemble.

Là iray mes frères trouver.

Cependant si faut-il sauver 114s Ce que je porte, afin qu'à force

Me destrousser on ne s'efforce.

Et qu'estant deschargé, je soye

Plus léger à passer la voye.

Le Marchant munitionnaire.

Voici encor' de vivres grand'planté, II 50 Mais l'ennemi est en armes planté

Au val du Chesne : et nos gens d'autrepart

Sont tous sortis au dessous du rampart.

Si on combat, j'ay grand' peur que tout aille

Trop mal pour nous, et perdions la bataille.

II S S S'il advenoit ainsi (dont j'ay grand' doute)

Làs, je perdroy' ma munition toute.

Tout ce que j'ay de biens le temps passé

Toute ma vie en travail amassé,

Y employant de mon aage beaucoup, 1160 Seroit pour moy perdu tout à un coup.

Trop malheureux est Testât des marchans,

1149 Marchant Marchand M (Introd. 53). — ii$i d'autrepart d'autre part SAM. — 11 $6 perdroy* perdroy M.

Qui se pensans enrichir par les champs, De perdre tout encourent les dangers, Ou par leurs gens, ou par les estrangers.

Mais, ô Seigneur, donne la faveur tienne, Si qu'Israël par toy victoire obtienne.

David.

Vous plairoit-il, seigneur?

Le Marchant.

Non, mon ami, Non, je ne vueil faire prix ne demi De rien qui soit, ni acheter, ni vendre. J'ay bien ailleurs à ceste heure à entendre.

Encores voy-je en danger tout mon bien, D'estre perdu, sans qu'il m'en reste rien.

David.

Je ne vien point pour vendre ou acheter :

Mais je vous pri* seulement me prester Un coin de place à la munition.

Pour y laisser ceste provision, Tant que j'auray esté à quelque affaire Parmi le camp, où j'ay un peu à faire.

Le Marchant.

Je le vueil bien. Et si le Seigneur garde Ce qui est mien, ton fardeau n'aura garde D'estre perdu. Mais, quant à moy, je gage Qp'ennuict sera destroussé le bagage.

David.

Le Seigneur est puissant : et qui s'asseure

1171 wy-/« voy je M. — tiyj acheter: S; acheter. P A ; acheter, M. — 1174 prf pry M. — 1182 ennuict en nuict S; enhny M. — T183 puissant :etM; puissant. Et P S A.

Du tout en luy, est en garde bien seure.

118$ Il défendra Israël à jamais.

Le Marchant.

Tu as bon cœur. Or va : je te promets Qpe seurement je garderay ta charge.

Mets-la ici, mon fils, et te descharge.

Faut-il ainsi demeurer tout le jour ? 1190 Long etfascheux est ici le séjour.

J'aimeroy' mieux qu'ils vinsent main à main^ Que les attendre ici jusqu'à demain.

Abinadab.

Je voudroy' voir au fons d'une grand' tosse Du haut de soy trebuscher ce Colosse, 1195 Qui d'Israël les yeux à soy ravit.

Samma.

Voici venir nostre frère David.

Il a trouvé le temps bien à propos :

L'heure est bien propre à prendre le repos i

De son chemin.

David.

Mes frères, Dieu vous gard'.

1200 Envoyé suis devers vous ceste part

Par nostre père, afin que luy rapporte

Comment au vray chacun de vous se porte. .

Vous va-il bien ? ^

Eliab.

Nous viens-tu conforter,

1191 aimerof aimexoy M. — vinsent vinssent M. — main à main, .uJiin -à-main m. — 1193 voudroy* voudroy M. — 1194 trebuscher trébucher M. — 1197 fropos : M ; propos. P S A. — 1201 père Père S.

mam

Et rien qui soit à vivre n'apporter ?

Ï05 Retourne-t'en hardiment.

David.

Si ay si :

J'ay de l'argent, et des vivres aussi.

Mais pourautant qu'ay veu l'armée toute Sortie aux champs, mon frère, j'ay fait doute De passer outre avec mon équipage, 210 Et mon fardeau ay laissé au bagage.

Goliath.

As-tu perdu le cœur, Israël ? où es-tu ?

Où est ton Dieu vivant ? ta force ? ta vertu ? Que ne vient-il ton Dieu, que ne vient-il pour toy, S'il est tant merveilleux, combattre contre moy ?

215 Mais ni toy, ni ton Dieu, n'estes tous assez forts, Pour sortir, et vous prendre aux forqes de mon corps. Tant de fois suis venu : tant ici me pourmeine. Mais puissance n'y a ne divine n'humaine.

Qui ait cœur de m'attendre. Y a-il là dessus,

220 Villains, qui vous cachez en vos tertres bossus, Y a-il nul là haut qui se présente, et sorte Pour essayer ici comme j'ay la main forte ?

O la nation brave î ô la vaillante armée.

Qui se tient de rampars et de fossez fermée !

225 Ce n'est-ci Pharaon, ni les rouges rivages : Ce ne sont les déserts ni les forests sauvages Dont vous parlez, menteurs. Israël trop se vante D'une divinité menteuse et décevante.

1205 ^^ ^y ^^ ' S^ ^y ^^' P s A; Si ay si, M. — 1207 pourautant pour autant M. — 1208 fait faict M (Introd. 41). — 1219-1220 dessus, Fiîlains.., bossus, dessus (Villains... bossus) P S A M; Vilains M. — 1224 rampars .TGtnpsirs M. — fermée! A M ; fermée? PS. — 1225 est-ci est ci M.

Voici le bras vengeur : voici que craindre il faut, i2)o Qui plus ni que les dieux ni que les hommes vaut. Par ce bras invincible, ains que du lieu je bouge, Feray de sang Hebrieu un lac, une mer rouge.

Satan:

Il te faut faire dieu.

GOUATH.

Par ce bras je feray Qpe dieu (s'il est des dieux) adoré je seray. 1235 Sus donc, s'il est quelqu'un qui ait l'ame hardie. Qui asseuré me voye, ou qui me contredie, S'il est quelqu'un de vous que l'honneur accompagne. Sus, qu'il vienne au combat, et sorte en la campagne.

Satan.

Je n'ay point d'homme tel. Voici l'homme à l'élite 1240 Par qui faut ruiner la race Israélite.

O qu'aise je seroy', si toute exterminée Pouvoit estre par luy d'Isai la lignée !

Car je crain fort David, et que Dieu ne dispose Dés le temps éternel en luy quelque grand'chose.

Les trouppes vont fuyantes çà et là.

David.

1245 Qu'avez-vous à fuir, mes amis? qui vous chasse?

Trouppe d'Israël.

Quoy ? n'as-tu pas ouy en la campagne basse L'horrible Philisthin ?

David.

J'ay entendu sa voix.

1229 vengeur : voici M; vengeur. Voici P SA. — 12)5 dieu Dieu S. — 1234 dieu Dieu S M. — 1241 seroy* seroy M. — I244«i245 là S K M ; la P.

DAVID CX)MBATrANT 67

Trouppe d'Israël.

Il est desja venu plus de quarante fois Faire ceste bravade.

David.

Et le Roy peut-il bien 250 Tel blasphème endurer, sans qu'il y face rien ? Arrestez-vous un peu.

Trouppe d'Israël.

Il est horrible à voir.

David.

Mais que n'entend le Roy à bien tost y pourvoir ? A- il rien proposé à qui ce cruel domte, Et à qui d'Israël puisse venger la honte ?

255 Q.ui est-il ce maudit etmeschant Philisthin, Ce vil incirconcis, cest abbayeur mastin, Qpi ose hautement à gueule defermee Maudire et défier du Dieu vivant l'armée ?

Trouppe d'Israël.

A quiconque pourra mettre à mort ce fort homme, 260 Le Roy promet donner de richesses grand'somme. Il luy donra sa fille, et rendra d'heur prospère Affranchie à jamais la maison de son père.

Elias.

Qji'as-tu à t'enquerir si avant de ceci ?

Q.ui te meut ? ou pourquoy es-tu venu ici ?

265 A qui as-tu laissé les bestes du trouppeau Errant par le désert ? à quelqu'un qui la peau Des brebis ira tondre ? ou qui mesme à tous coups Les lairra emporter des lions et des loups ?

1258 d^ desfier M.

é8 TRAGEDIES SAINCTES

David.

Ne te courrouce point, mon frère, je te prie. 1370 Le berger seurement les garde en la prairie.

Eliab.

Tu es un glorieux: tu es un faux garçon.

Je cognoy ta malice, et de quelle façon Ton cœur tient son orgueil : je say bien (ne te chaille) Pourquoy tu es venu : c'est pour voir la bataille.

David.

1275 Je n'ay point entrepris de venir sans le seu Certain de nostre père, et sans avoir receu L'exprès commandement de luy, qui m'a fait suivre Ce chemin, pour venir vous apporter à vivre.

Demie trouppe d'Israël.

O Seigneur, que deviendrons-nous?

David.

1280 Ho, mes amis, arrestez-vous.

Demie trouppe d'Israël.

Tout est perdu : c'est chose seure.

David.

Je vous pri' qu'un peu on demeure.

Demie trouppe d'Israël.

C'est fait de nous. Les ennemis.

David.

Arrestez un peu, mes amis.

Demie trouppe d'Israël.

1285 Tout est perdu.

1260 courrouce courouce M. — 127? orgueil: je orgueil, je P S A orgueil, je M. — 1274 x*enu : c'est venu, c'est P S A ; venu, c'est M.

David.

Q.uel desarroy I Mes amis, promet point le Roy Quelque prix à qui rendra mort Ce brave, qui se fait si fort ^

Demie trouppe d'Israël.

Il promet de dons l'enrichir.

Il promet sa race affranchir.

Il promet à un tel courage Donner sa fille en mariage.

Jonathan.

Qu'est-ce que tant on devise et confère ?

Eliab.

C'est un garçon, qui est mon jeune frère :

A qui aussi la jeunesse fait croire Tout ce qu'il pense. Il est tout plein de gloire.

Demie trouppe d'Israël.

Je ne say pas comme il est glorieux, Mais je say bien qu'il est fort curieux A s'enquérir de cest incirconcis.

Je croy pour vray qu'il a le cœur assis En un bon lieu.

Jonathan.

Mon ami, qui t'incite A t'enquerir si fort de l'exercite ?

David.

J'ay grand despit quand je voy en ce lieu Un Philisthin despiter nostre Dieu, Et que l'armée en ce poinct il desfîe :

128$ desarroy/ M; desarroy? PS A. — 12^^ glorieux ^ M ; glorieux. PS A. — 1301 En un bon lieu. Faute d'impression : Et un A. -^ 1505 déifie : desfie. P S A M.

Encores plus qu'Israël ne se fie Tant au Seigneur, lequel seul il reclame, Q.u*il ose aller reprimer un tel blasme.

Moy, s'il plaisoit au Roy.

Jonathan.

Qjie terois-tu ?

David.

1)10 Je say quelle est du Seigneur la vertu.

Jonathan.

Je croy que Dieu le cœur pousse et anime De ce jeune homme, et le rend magnanime.

Or, mon ami, veux-tu aveques moy Présentement venir parler au Roy?

David.

1315 S'ainsi te plaist, rien tant je ne désire.

ÂBNER.

Il ne faut point s'esbahir. Sire, Si le camp est en frayeur telle.

Saul.

Je voy pallir de peur mortelle Toute Tarmee.

Abner.

Or il nous faut 1520 Attendre secours de là haut.

Saul.

Toute espérance est abolie.

Abner.

Sire, à dire vray, c'est folie D'avoir des hommes l'asseurance :

X313 ami amy S. — 1323 asseurance: M; asseuzance. P S A.

DAVID CX)MBATTANT 7I

Mais Dieu, d'Israël Tesperance, 1525 Est pour nous. Dieu puissant et fort.

Nous donnera force et confort.

Saul.

Ainsi le Êice. Mais je voy Jonathan qui vient devers moy.

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