Un château avait été bâti dans le
temps les plus reculés sur le petit Geissberg, qui domine la colline du château. Vers le commencement du xiv° siècle, ce château, habité jusqu'alors par les comtes palatins, fut abandonné pour le nouveau et transformé en arsenal. La foudre, qui y tomba, le fit sauter en 1537, avec la poudrière. Il n'en reste presque aucun vestige aujourd'hui.
semblage de palais eut beaucoup à souffrir de la guerre de Trente ans.
Après la paix de Westphalie, qui lui rendit les États de ses aïeux , l'électeur Charles-Louis répara tous les dégâts de la guerre. Malheureusement pour son royaume et pour Heidelberg, en 1671, il donna sa fille unique, Élisabeth -Charlotte, à Philippe d'Orléans, frère du roi de France Louis XIV , car à la mort
mier aspect, une véritable mosaïque de châteaux et de tours. On l'a surnommé l'Alhambra de l'Allemagne. • Il y a de tout, » a dit un poète artiste. L'histoire de ses vicissitudes , reconstructions et démolitions, remplirait un volume.
Le plan ci -joint aidera les étrangers à s'y conduire et à en distinguer les principales parties. La colline sur laquelle il s'élève s'appelle le Jeltenbùhl, parce que, selon la tradition, une magicienne nommée Jetta (V. ci-dessous, la Fontaine du Loup) y révélait en vers majestueux les arrêts du destin.
La partie la plus ancienne des ruines actuelles est celle que l'on remarque à g. dans la cour, en entrant par la grande porte. Lélecteur Robert III la ht construire dans les premières années du xv* s. On l'appelle Ruprechtsbau. On croit cependant qu'il reste par derrière des débris d'un château plus ancien commencé en 1300 par l'électeur Rodolphe. A dater du xv- s., chaque électeur ajouta une tour ou un palais aux tours ou aux palais dont il héritait. La Tour fendue date du règne de Frédéric 1", dit le Victorieux ; à Louis le Pacifique appartiennent la terrasse , la Tour octogone et les bâtiments qui l'environnaient. Othon Henri fit construire le palais qui porte son nom ( 1555 - 1559 ). A côté du palais d'Othcn Henri, Frédéric IV éleva (1583-1610) une autre merveille architecturale. L'infortuné Frédéric V, le roi de Bohême (1610-1621), acheva la Tour de la bibliothèque, et fit aussi construire son palais, appelé le Palais Anglais, en l'honneur de son épouse Elisabeth d'Angleterre, fille de Jacques 1er et petite-fille de Marie Stuart. Cet as-
de son fils Charles , sans héritier mâle direct (1685), Louis XIV réclama son héritage au nom de sa fille. La guerre éclata , guerre de vengeance et d'extermination, qui a voué à l'exécration de la postérité le nom de Louvois, ce ministre orgueilleux et cruel auquel Louis XIV eut le tort de laisser usurper une trop grande autorité. Deux fois le château de Heidelberg fut pris par les Français (1688-1693). Mélac et de Lorges en firent, pour obéir à Louvois, la ruine que l'on voit aujourd'hui. Le désastre, cette fois, semblait irréparable, et cependant Charles-Théodore entreprit la reconstruction des palais de ses ancêtres.
Mais le 23 juin 1764, la veille du jour où il devait venir habiter le château, le feu du ciel tomba sur la Tour octogone, mit le feu à la toiture, et l'incendie, se communiquant aux parties réédifiées, compléta en quelques heures l'œuvre des canons français.
a Lorsqu'on est entré dans la cour du château de Heidelberg par la grande porte, on a devant soi , dit M. V. Hugo, les deux hauts frontons triangulaires de cette façade touffue et sombre du palais de Frédéric IV, à entablements largement projetés, où se dressent, entre quatre rangs de fenêtres, taillés de ciseaux les plus fins, neuf palatins,
deux rois et cinq empereurs. A sa droite, on a l'exquise devanture italienne d'Othon Henri, avec ses divinités, ses chimères et ses nymphes, qui vivent et qui respirent, veloutées par de moiles ombres poudreuses, avec ses césars romains, ses demi-dieux grecs, ses héros hébreux et son porche, qui est de l'Arioste sculpté. A sa g., on entrevoit le frontispice gothique du palais de Louis le Barbu, furieusement troué et crevassé par les coups de corne d'un taureau gigantesque. Derrière soi , sous les ogives d'un porche où s'abrite un puits à demi comblé, on a les quatre colonnes de granit gris données par le pape au grand empereur d'Aix-la-Chapelle, qui vinrent, au vui« s., de Ravenne aux bords du Rhin, et, au xv« s., des bords du Uhin aux bords du Neckar, et qui, après avoir vu tomber le palais de Charlemagne à Ingelheim, regardent crouler le château des palatins à Heidelberg.... Tout le pavé de la cour est obstrué de perrons en ruine, de fontaines taries, de vasques ébréchées.... Étrange destinée des chefs-d'œuvre de marbre et de pierre !... »
Pour jouir d'un beau point de vue sur Heidelberg, la vallée du Neckar, la plaine du Khin et les ruines du château, il faut se faire conduire ( 12 kr. par personne), par la chapelle ei le bâtiment anglais, au sommet de la grosse tour, bâtie par l'électeur Louis V, achevée en 1533, et ruinée par les Français en 1689, malgré 1 épaisseur (7 met.) de ses murailles. En revenant dans la grande cour, à travers des souterrains, des casemates, des salles, des cachots, des cours envahies par une végétation luxuriante, on s'arrête quelque! instants dans une salle du
rez-de-chaussée où sont rassemblés divers objets sans intérêt , tels qu'armes, boulets, pierres, etc. Il vaut encore mieux traverser la cour et aller dans le palais de Frédéric IV visiter (12 kr. par personne) le musée Graimberg. On y remarque, entre autres choses, de nombreuses porcelaines des fabriques du Palatinat ; un tableau de Lucas Cranach; un diplôme manuscrit d'Arnolphe, petit-fils de Charlemagne, de 896 ; une bulle manuscrite d'Alexandre IV (1255); le masque de Kotzebue, pris un instant après qu'il eut succombé sous le poignard* de Sand; le portrait et une boucle des cheveux du meurtrier; un grand nombre de plats sur bois avec de belles peintures; les portraits de Melanchthon, de Luther et de sa femme; de précieux émaux; des peintures de Wohlgemuth et de ses disciples; des sceaux, des armes, des ustensiles de ménage; une épée trouvée dans le Neckar; la bague de Luther; un plan en liège et de jolis dessins du château.... Il est inutile d'acheter le catalogue; les gardiens donnent volontiers tous les renseignements nécessaires.
La curiosité du château de Heidelberg, que les étrangers ne manquent pas de se faire montrer (6 kr.
par personne), c'est sou tonneau, ou plutôt ce sont ses tonneaux (en allemand, Fass). L'entrée des caves est dans la grande cour, dans l'angle formé par le palais de Frédéric IV et celui de Frédéric V. Ou pusse d'abord devant le petit tonneau, bel assemblage de douves en bois Ue chêne, qui ne contient que le cinquième du gros, avant d'entrer dans le caveau où le gros tonneau « présente l'aspect d'un navire sous la cale. » Il * 8 mèt. de dia-
HE1DELBERG.
mètre et 11 met. de long. Il peut contenir 283 000 bouteilles de vin.
Il a été rempli trois fois; la dernière fois en 1769. C'est l'électeur Charles-Théodore qui l'a fait construire en 1751 . 11 porte à sa face extérieure un écusson rocaille où est sculpté le chiffre de cet électeur.
Deux escaliers à deux étages serpentent alentour et montent jusqu'à une plate-forme posée sur son dos.
La première fois qu'il fut rempli de vin, l'électeur dansa avec toute sa cour sur cette plate-forme.
A côté ou plutôt en face du gros •tonneau, est une espèce de petit vieillard en bois, grotesquement accoutré, près duquel est accrochée une horloge en bois d'où sort une ficelle. Si l'on tire cette ficelle, l'horloge s'ouvre brusquement, et il en sort une queue de renard qui vient vous frapper au visage. Cette horloge a été fabriquée par ce petit vieillard, le fou ou le bouffon du palatin Charles-Philippe. Ce fou s'appelait Perkeo. Il était haut de 1 met.
30 cent, comme sa statue, au-dessous de laquelle son nom est gravé.
Il buvait quinze doubles bouteilles de vin du Rhin par jour.
Les amateurs de curiosités pourront encore se faire montrer dans une niche qui se trouve placée audessus de l'habitation de l'intendant , en face du palais d'Othon Henri, deux gongs ou tam-tams de guerre en usage chez les naturels de Bornéo, Java et Sumatra.
Ils furent rapportés de l'Inde par M. de Gagern, général badois au service hollandais, et servent aujourd'hui de cloche pour les gens de service.
On jouit de belles vues : 1° de YAltan (plate-forme), avec deux pavillons à quatre faces, bâtis en 1346,
au-dessous du château de Frédéric IV;
2° Du Stàckgarten, jardin des canons, établi par Frédéric V, sur le grand rempart élevé par l'électeur Louis V, et s'étendant jusqu'à la grosse tour. On y entre par la porte Élisabeth, gracieux arc de triomphe élevé par l'électeur Frédéric V, en 1615, en l'honneur d'Elisabeth d'Angleterre . qu'il venait d'épouser. Les quatre colonnes représentent des troncs de chênes entourés de lierre avec des touffes de feuillage pour chapiteaux, et ornés de fleurs, de fruits et d'animaux divers. A dr. de la porte, en entrant, on aperçoit, de l'autre côté du grand fossé, la petite tour de l'électeur Louis F, construite en 1540, détruite après la seconde prise du château en 1693, et connue généralement sous le nom de la tour jamais vide;
3° Des jardins ( et surtout de la grande terrasse); on y remarque:
— à dr. la fontaine des princes, ou la fontaine de Charles-Philippe, son fondateur (1 738) , et au-dessus de la pépinière, le café restaurant ; — au fond, des débris de la grande grotte; — la grande terrasse, bâtie sous Frédéric V, et qui domine le Friesenberg, au bas duquel était autrefois l'ancienne ménagerie des animaux du prince. C'est de ces charmants jardins que l'on découvre le mieux la partie orientale du château et les trois tours appelées la Tour fendue, la Tour de la bibliothèque et la Tour de la cloche. La tour fendue, construite par Frédéric le Victorieux, en 1450, servait de magasin à poudre; les Français l'ont fait sauter en 1689. Une moitié de ce colossal cylindre de maçonnerie gtt dans le fossé. « D'autres blocs lézardés se détachent du sommet et
[R. 13] LE WOLFSBRUNNE
auraient croulé depuis longtemps, mais des arbres monstrueux les ont saisis dans leurs griffes puissantes et les retiennent suspendus au bord de l'abîme. » La tour de la bibliothèque, appelée plus tard tour de l'apothicairie , fut construite en 1550, elle devint la proie des flammes en 1764. Cette tour formait un des principaux moyens de défense du château. Elle a renfermé la bibliothèque palatine du Vatican dont, en 1622, les manuscrits grecs et les missels byzantins servirent de litière , faute de paille , aux chevaux de l'armée impériale. La tour octogone ou de la cloche, bâtie en 1525, en partie détruite pendant la guerre de Trente ans, et par les Français en 1689 et en 1693, avait été rebâtie depuis; la foudre y tomba en 1764, et l'incendie, qui s'y alluma, se communiqua au reste du château.
Du château de Heidelberg, on peut monter au Wolfsbrunnen, au Geissberg, au Kœnigsstuhl.
Pour aller du château au Wolfsbrunnen, il faut 45 min. à 1 h.
Une bonne route de voitures y conduit. Cette route offre de beaux points de vue , d'un côté sur Heidelberg et la vallée du Rhin, de l'autre sur la vallée du Neckar, dont les montagn es sont cou v er tes de champs et de forêts. On remarque sur la rive droite de la rivière, le monastère de Neuburg et Ziegelhausen. Après avoir dépassé une petite terrasse plantée d'arbres, on descend dans un vallon latéral où coule, près d'une auberge , sous des arbres épais, la Fontaine du Loup (Wolfsbrunnen), ainsi appelée parce que, selon la tradition , la magicienne Jetta aurait été dévorée en cet endroit par un loup. Les réservoirs
[. — LE KŒNIGSSTUHL. 185
voisins nourrissent un grand nombre de truites, dont on peut se régaler à l'auberge
A l'endroit où la route du Kœnigsstuhl se détache à dr. de celle du Wolfsbrunnen (il y a un poteau indicateur), un chemin nouvellement établi monte aux ruines du vieux château, détruit en 1537 par une explosion de poudre (20 min.), et situées sur le Geissberg, à 37 1 mèt. On y a installé depuis 1850 un établissement de pétil lait (Molkencur), mais qui n'est en réalité qu'un restaurant. Le chemin qui y mène s'appelle le Friesmweg, en l'honneur d'un jeune peintre paysagiste mort prématurément, et dont le nom se trouve gravé, à mi-chemin, sur une paroi de rochers. On y jouit d'une belle vue, mais le panorama est plus beau et bien plus étendu au sommet (574 mèt.) du Kœnigsstuhl (30 min. de la Molkencur, 45 min. de Heidelberg par la route de voitures) , couronné par une haute tour et appelé Kaiserstuhl, depuis l'ascension de l'empereur François, en l'année 1815. On y découvre non-seulement les vallées du Rhin et du Neckar, mais encore POdenwald , le Haardtgebirge , le Taunus et la Forôt-Noire jusqu'à Ebersteinburg et Strasbourg. Le sentier est plus court, mais plus roide que la route.
Si l'on ne veut point monter au Kœnigsstuhl, on prendra, près de la Molkencur, la nouvelle route qui contourne le Riesenstein (la Pierre du Géant, d'où l'on découvre également une belle vue), et, après avoir passé devant des carrières de grès, on arrivera (en 30 min.) à la Kanzel et (en 5 min.) au Rondel, deux beaux points de vue. De là un chemin descend à dr. par la Wolfs-
schlucht vers l'embarcadère (15 min.). Si l'on préfère jouir pendant 25 minutes encore de la vue. on gagnera, en se maintenant toujours à la même élévation, l'auberge du Neuhof, d'où l'on descendra, par la forêt, en 20 min., au cimetière (à 15 min. du chemin de fer).
Les promenades de la rive droite du Neckar ne sont pas moins intéressantes que celle de la rive gauche.
Au delà du pont du Neckar , s'ouvre (à 25 pas environ à g.) , entre deux murs de jardins, un sentier appelé le chemin des Philosophes, d'abord escarpé, puis bien moins roide qui monte à g., en offrant de beaux points de vue, au v. de Neuenheim, dont la dernière maison servit de refuge à Luther, en 1521 , et à dr., à un carrefour, sur la lisière d'une forêt. Laroutede g. aboutissantàce carrefour monte au Heihgenberg (où conduisent d'ailleurs des sentiers plus courts), une des montagnes les plus célèbres de l'Allemagne. Les Romains, qui y avaient élevé un fort, l'appelaient Pirus.
Ce fort fut détruit par les Barbares et les rois franks bâtirent un palais sur ses ruines. Plus tard (de 863 à 875), l'abbé de Lorsch y fit construire un couvent et une église. Le Pi rus se nom mai t alors 4 bmnesberp. Ce couvent, dédié à saint Michel, commençait à décliner, quand, le 21 juin 1G22, Tilly l'occupa pour canonner Heidelberg. Après huit jours de combats inutiles, les assiégeants passèrent sur la rive opposée , et allèrent établir leurs batteries au Kœnigsstuhl. Les bâtiments élevés au haut du Heiligenberg n'étaient plus que des ruines. Depuis lors, ils ont servi de carrières, et il n'en reste aujourd'hui que de rares débris. Le sommet du Heiligenberg
(383 mèt.) offre un beau panorama.
Parmi les maisons de campagne bâties à sa base ou sur ses pentes, on remarque celle du professeur Gervinus, appartenant aujourd'hui au professeur Welcker.
Les bords du Neckar offrent de charmantes excursions, surtout à Neckargemùnd etàNeckarsteinach.
Une agréable promenade, plus souvent faite de Heidelberg que de Mannheim, est celle de — (2 h.
30 min. à pied, 1 h. 45 min. en voit. , 1 1/2 mil. (V. plus haut le tarif des voitures)— Schwetzin gen (hôt. : Erbprinz, Hirsch), ch.-l. de c, V. insignifiante de 3300 hab., dont 1493 cath. On va y visiter ses magnifiques jardins ( F. le plan), toujours ouverts aux promeneurs. Ces jardins, construits à grands frais par l'électeur Charles - Théodore, sont encore entretenus avec un soin suffisant. Il faut 2 h .
environ pour les visiter en détail (un guide est inutile), car ils ont 186 Iforgend'Allemagne. Leurs principales curiosités sont : en commençant par la dr. , le château bâti par l'électeur Charles-Louis, au milieu du xvne siècle — (deux bâtiments circulaires construits dans le voisinage du château et renfermant, l'un, à g., la salle à manger, et l'autre, à dr., le théâtre, sont consacrés aux bals, repas, concerts, divertissements, etc.) ; — les fontaines, les statues de Pan et de Galatée, l'orangerie , le temple de botanique , les ruines romaines, la maison des bains (12 kr. d'entrée), le temple d'Apollon, les statues du Rhin et du Danube, le lac, le temple de Mercure, la Mosquée (belle vue de la tour, 12 kr.), le temple de Minerve, etc.
Un monument funéraire a été
:R. 15] SGHWETZINGEN. •
érigé en 1859 dans le cimetière de Schwetzingen à la mémoire du poète Hebel,mortàSchwetzingenen 1826.
Les étudiants de Heidelberg se distinguent de tous les étudiants des universités allemandes par l'originalité de leur costume et par leur humeur querelleuse. Les duels sont très-fréquents, mais rarement ils ont un résultat fatal. « L'habit des étudiants, dit M. Saintine dans le Chemin des Écoliers^ rappelle assez bien l'armure des anciens chevaliers, sauf qu'au lieu du fer on y emploie la laine, la carde, la bourre et la filasse; on plastronne, on capitonne du haut en bas les combattants, qui, armés d'un sabre épointé , s'escriment de leur mieux à qui se fera une légère entaille. C'est un duel de matelas, »
De Heidelberg à Mannheim, V. R. 16.
11 8/10 mil. De Heidelberg à Francfort (V. R. 19).
29 5/10 mil. Francfort ( V. ci-dessous, R. 20).