WORMS
il soutint énergiquement ses doctrines. L'empereur lui enjoignit de sortir de Worms, en lui accordant un sauf-conduit de vingt et un jours.
Le 25 mai suivant, il le déclarait hérétique et schismatique, le mettait au ban de l'empire, et ordonnait de l'arrêter. Mais il était déjà en lieu de sûreté, à la Wartburg (V. Y Itinéraire descriptif et historique de V Allemagne du Nord, par Ad. Joanne).
Le seul édifice de Wormsqui ait résisté aux boulets et aux torches des Français, est le Dom ou cathédrale (Église catholique). Commencée en 996 par l'évêque Burchard et inaugurée, en 1016, en présence de l'empereur Henri II, cette église (restaurée en 1860) appartient à « la famille romane des cathédrales à double abside, style qui engendre nécessairement quatre clochers, supprime les portails de façade , et ne laisse subsister que les portails latéraux. »
Le portail S. , qui est orné de belles sculptures, date de 1472. L'intérieur a 158 mèt. de longueur. « Quand on y pénètre, dit le poète ci-dessus cité, l'impression est à la fois variée et forte. Les fresques byzantines, les peintures flamandes, les beaux bas- reliefs du xiu- s. , les chapelles exquises du gothique fleuri, les tombeaux néo-païens de la Renaissance, les consoles délicates sculptées aux retombées des arcs-doubleaux, les armoiries coloriées et dorées, les entre-colonnements peuplés de statuettes et de figurines, composent un de ces ensembles extraordinaires où tous les styles, toutes les époques, toutes les fantaisies, toutes les modes, tous les arts vous apparaissent à la fois. Les rocailles exagérées et vio-
lentes des derniers princes-évêques, font dans les coins de gigantesques coquetteries. Çà et là de larges pans de muraille, autrefois peinte et ornée, aujourd'hui nue, attristent les regards.... Dans une grande chapelle basse, j'ai admiré plusieurs merveilles du XV s. : une piscine baptismale , urne immense sur le pourtour de laquelle est figuré Jésus, entouré des apôtres; plusieurs pages sculpturales tirées des deux Testaments ; enfin un Christ en croix, presque de grandeur naturelle , œuvre qui fait qu'on se récrie et qu'on rêve, tant la délicatesse curieuse et parfaite des détails s'allie, sans la troubler, à la fierté sublime de l'expression. » Cette chapelle est fermée. Il faut se la faire ouvrir, moyennant un trinkgeld (18 kr.), par le sacristain ; on l'appelle Taufkapelle ou la chapelle de Baptême ; elle se trouve à g. près du portail méridional. Une autre chapelle (la première à dr.), renferme, outre la tombe de sainte Embède, sainte Barbède et sainte Wellebède, un beau bas-relief : Daniel dans la fosse aux lions. Enfin , on remarque dans la chapelle Saint-Nicolas de curieuses sculptures (1487) , derniers débris du cloître aujourd'hui détruit.
L'ornementation du chœur (marbre et or) , ne date que du xvin* s.; on répare actuellement la coupole du transsept.
Du côté N. du Dom , on voit encore des restes de Yancien palais des évêques, dans lequel se tint la diète de Worms. Détruit par les Français, en 1689, ce palais avait été reconstruit en 1727. Les Français l'ont détruit de nouveau en 1794.'
L'église luthérienne de la Sainte-
Trinité (Dreifaltigkeits Kirche), sur la place du Marché, rebâtie en 1725, renferme une fresque de Seekatz, représentant Luther devant la diète.
La Synagogue, située près de la porte de Mayence , se recommande par son ancienneté (l'intérieur a été récemment remis à neuf). Elle a été bâtie dans le style byzantin pendant le cours du xi* s. La colonie juive de Worms est Tune des plus anciennes de l'Allemagne. D'après la tradition elle s'y serait établie 558 ans avant la naissance du Christ, et elle aurait protesté contre la condamnation du Fils de Dieu. Aussi obtint-elle, au moyen âge, des privilèges étendus. En 1659, l'empereur Ferdinand l*r ordonna, par exemple, que le grand rabbin de Worms aurait le pas sur tous les autres rabbins de l'Allemagne. De là le dicton populaire* Juifs de Worms, Juifs débonnaires. » (Wormser Juden, Fromme Juden.)
On montre dans l'école, à côté de la synagogue, le siège en pierre du célèbre rabbin Salomon Isaac Raschi, mort à Troyes en 1180, et qui avait enseigné à Worms pendant quelques années. — Le cimetière juif (à 3 min. du Dom, hors de la ville) est intéressant par ses vieilles tombes couvertes d'inscriptions hébraïques.
Outre la synagogue et la cathédrale, un troisième édifice a échappé aux ravages des Suédois et des Français. C'est l'église (gothique) de Notre-Dame {Liebfrauen Kirche), située autrefois dans le faubourg de Mayence , aujourd'hui détruit. Bâtie au commencement du xv« siècle, elle avait trois tours dont l'une a disparu. Le chœur est assez beau.
En fait de sculptures, on remarque
sur le portail les Vierges sages et les Vierges folles, la Mort et le Couronnement de Marie, et à l'intérieur la Sépulture de J. C.
Les vignobles voisins produisent le vin estimé connu sous le nom de Liebfrauenmilch ( lait de Notre- Dame). Du reste les vins récoltés de l'autre côté de la ville, et appelés Luginsland et Katterloch, ne sont pas moins recherchés. Lors du partage de l'empire de Charlemagne, Louis le Germanique se fit donner les districts de Worms et de Spire, à cause de ces vins qu'il aimait beaucoup.
L'hôtel de ville, qui date d'une époque assez récente , renferme beaucoup d'archives de l'époque impériale. Le document le plus ancien de ce genre remonte à 1073 (Henri IV). — On y montre aussi queiquesinscriptions romaines, sans intérêt.
Bientôt, peut-être, Worms possédera un monument plus important que tous ceux qui l'ont orné jusqu'à ce jour. Des souscriptions se font dans toute l'Allemagne , pour hâter l'achèvement du monument de Luther , modelé et commencé par Rietschel, mort en 1861, avant d'avoir pu achever son œuvre.
La statue du réformateur, haute de plus de 3 mèt. dominera, d'un piédestal de 6 mèt., tout un groupe de statues : Huss, Wiclef, Savonarole et Pierre Waldo , assis et s'adossant au socle; autour d'eux, debout, les ' défenseurs de la Réforme par le glaive ou par la parole, Philippe de Hesse et Frédéric le Sage, Reuchlin et Mélanchthon ; enfin les statues assises des trois villes qui ont joué le rôle le plus actif dans l'histoire de la Réformation: Augsbouig , Spire et Magdebourg. Les bas-re-