D'AIX-LA-CHAPELLE A LIÉQE
55 kil. — Chemin de fer. 6 convois par jour. Trajet en 2 h. et 2 h.
30 min. — Prix : 7 fr. 75 c, 5 fr. 75 c. par les trains express; 6 fr. 75 c.,4fr. 95 c. et 3 fr. 30 c. par les trains ordinaires.
Un plan incliné, d'où l'on découvre une jolie vue, conduit de la gar d'Aix- la-Chapelle à la station de Ronheide. Ce plan incliné me-
sure 3500 mèt. débogueur. A peine est-on parti de Ronheide, que l'on traverse un premier tunnel long de 740mèt.,puis,àpeu de distance, un second, long de 168 mètres, pratiqué au-dessous du bois d'Aix-la- Chapelle. Ce second tunnel est suivi d'une profonde tranchée. A dr., on aperçoit, dans un pays vert et boisé, le v. de Hergenrad, et, au sommet d'une éminence , les ruines d'un vieux château, qui, selon la tradition , aurait été le théâtre des amours d'Emma, fille de Charlemagne, et d'Eginhard. Ce château, appelé Eineburg ou Emmaburg, était, dit-on, un rendez-vous de chasse du grand empereur. Au delà de Hergenrad , et avant de s'arrêter à la station d'Âstenet, on franchit la vallée de la Geule sur un viaduc, long de 170 mètres, large de 8, haut de 31 mètres, et formé par deux rangs de 7 arcades superposées, mesurant environ 8 mètres d'ouverture chacune. Cette remarquable construction a coûté 1 500 000 fr.
15 kil. Herbesthal, v. situé à I h. (ÏEupen (Seaux) (S. E.) , ville industrielle de 13 000 hab., sur la Vesdre, d'où l'on peut aller rejoindre à Montjoie la route de Trêves à Aix-la-Chapelle. — N, B. Dans les trains venant de la frontière, les passe- ports sont demandés à Herbesthal aux voyageurs en destination d'Aix-la-Chapelle, ou de Cologne, et ils ne sont rendus qu'à Aix-la- Chapelle ou à Cologne. Les douaniers y prennent, à la lettre, possession du convoi.
Près de Welkenraedt, que le chemin de fer laisse à dr. , on sort de la Prusse pour entrer en Belgique. On traverse deux courts tunnels entre Herbesthal et Dolhain-Lirabourg.
23 kil. Dolhain-Limbourg, V. de
2200 hab. environ, composée du v.
de Dolhain , situé dans la vallée , et de la ville de Limbourg, bâtie sur la montagne. «Ancienne capitale du duché de ce nom, que Jean Ier réunit en 1288 à sou duché de Brabant, après la bataille de Worringen, Limbourg, disent les auteurs de la Belgique monumentale, ne mérite guère notre attention que par ses malheurs et sa position pittoresque sur les bords de la Vesdre.
Saccagée par les Normands en 895, par les troupes de l'empereur Henri V en 1106, incendiée parles Liégeois eu 1457, pillée en 1654, et de nouveau brûlée et démantelée par les Français en 1677 , assiégée en 1701 et 1702, occupée par les patriotes belges en 1790, cette ville vit encore sous ses murs, le 19 messidor an îv, Bernadotte vaincre l'armée des coalisés. Après tant de désastres et de vicissitudes, c'est en vain que nous y chercherions quelques débris de son ancienue splendeur. Capitale déchue, elle semble aujourd'hui vouloir se cacher dans la vallée, où elle a pris le nom presque inconnu de Dolhain, tandis qu'un de ses quartiers, conservant celui de Limbourg, continue d'occuper le rocher escarpé que la ville couronnait autrefois. Au lieu de son antique château et de ses hautes murailles, dont il ne reste que d'insignifiants débris, Limbourg n'a plus que quelques usines; la célébrité de ses fromages a remplacé sa vieille gloire ducale. » Son ancienne église gothique de Saint- Georges, incendiée en 1834, et restaurée depuis, contient un élégant tabernacle ogival de 1520, et le monument d'une princesse de Bade (1672).
Au delà de Dolhain-Limbourg on traverse un tunnel, celui de Dolhain, puis on passe sur le pont-viaduc du même nom qui, long de 270 mèt. , a 21 arches de 10 mèt. d'ouverture chacune, et de 20 mèt. de hauteur.
A ce magnifique travail, un des plus beaux de la ligne, succèdent le •tunnel de la Foulerie (135 mèt. de long) , un pont de sept arches sur la Vesdre, les tunnels de Nasproue et de Chantoire (155 mèt. de long), un pont de cinq arches sur la Vesdre, les tunnels de la Basse Grotte, de Biolley (152 mèt.), et de Chic- Chac (100 mèt.). De forts remblais font suite à de profondes tranchées.
Le chemin de fer descend constamment, en passant d'un tunnel sur un viaduc, d'un viaduc dans un tunnel; on n'a pas le temps de contempler les jolis paysages qui attirent les regards de chaque côté du chemin.
30 kil. Verviers (hôt. du Chemin de fer et Restaurant à la gare .
— de cette gare, l une des plus belles de la Belgique, on découvre une vue charmante; — hôt. : de Flandre, des Pays-Bas), ville industrielle de 25000 hab., située à 158 mèl.d'altit. sur la Vesdre, qui y reçoit, rive g., le ruisseau de Magombroux, et, rive dr., celui de Dison. Verviers est traversée par un canal dont les eaux font mouvoir les roues d'un grand nombre d'usines.
Elle se compose des hameaux de Basse Grotte, de Chic-Chacet delà Dardanelle. Ses fabriques exceptées, elle n'offre rien d'intéressant à un étranger. Ses draps, si connus sous le nom de draps de Verviers, s'expédient non-seulement sur tous les points de l'Europe, mais jusqu'en Amérique même , car leur prix est inférieur à celui des draps de même
[R. 47] VERVIERS. — PÉPINSTER. — CHAUDFONTAINE. 401
qualité fabriqués soit en France soit en Angleterre. Le nombre de pièces expédiées, année commune, est de 140 000, représentant une valeur d'environ 30 millions de francs. On compte à Verviers et dans son arrondissement à peu près 400 usines, où se filent, se teignent, se tissent et se foulent les divers produits lainiers qui entrent dans le commerce, ta ville seule possède 25 machines à vapeur.
Les monuments publics de Verviers sont : V hôtel de ville (1744), V église Saint-Bemacle (consacrée en 1838), Véglise Saint- Joseph (1681), Valise Saint- Lambert, l'église de Sotre-Dame, contenant une image en pierre noire connue sous le nom de Notre-Dame de Verviers; le théâtre, restauré en 1854.
Les jardins de l'Harmonie offrent de jolis points de vue.
N. B. — C'est à Verviers, qu'en allant de Cologne à Bruxelles , on est obligé de laisser visiter ses bagages par la douane belge ; quant au passe-port, nous avons déjà dit qu'il n'est plus exifié des voyageurs français entrant en Belgique ou sortant de ce royaume.
A peine a-t-on quitté la station de Verviers, que l'on traverse, au delà du faubourg de Hodimont, le tunnel (385 mèt.) de
32 kit. Ensival, bourg d'environ 3600 hab.; à quelque distance on remarque les débris peu considérables d'un ancien château qui servait de forteresse, au lieu dit Hex-du-chdteau , près d'une carrière de pierres. Après avoir traversé une tranchée ouverte dans de beaux rochers, et franchi la Vesdre sur deux ponts, on passe, près de la petite église de Wegnez, dans un second tunnel, celui des Fin*,
avant de s'arrêter, sur un viaduc élevé, à
35 kil. Pépinster, station d'où part , à g., l'embranchement qui conduit à Spa (F. R. 45). Le tunnel de Pépinster mesure 212 mèt. de longueur. Quand on en sort, on aperçoit à g. le château des Mazures, pastiche gothique, appartenant à M. le vicomte Biolley. Ensuite se succèdent, outre de nombreux ponts — car, sur cette partie du chemin de fer, on est plus souvent dans les montagnes que dans les vallées — les tunnels de Louhaut , de Becoëny surmonté d'une ruine gothique, de Halinsart (637 mèt.), qui décrit une ligne courbe, et de Pont-en- Vaux (102 mèt.), puis, au delà de
40 kil. Nessonvaux, v. où la Vesdre commence à devenir navigable, le tunnel de Fraipont (220 mèt.).
Avant d'y arriver on aperçoit le château de Fraipont, détruit en 1784 et remplacé par une vaste maison moderne; on traverse successivemeni le tunnel de Troox (station à Trooz; château de Trooz), celui de Prayon (château de la Rochette), et le tunnel de Chaudfontaine qui a 100 mèt. de longueur.
48 kil. Chaudfontaine (bôt. des Bain.*) , charmant v. d'environ 1200 hab., situé à 7 kil. de Liège, communique avec cette ville par une belle chaussée et par la Vesdre, au moyen de barques nombreuses qui sillonnent cette jolie rivière. Ses bains d'eaux minérales (32#50centig.)sonttrès-fréquentés par leshabitantsde Liège. Ses environs offrent d'agréables promenades.
Après avoir franchi la Vesdre, on s'enfonce dans un dernier tunnel , celui de Hooster (220 mèt.), au sortir duquel on croise de nouveau la Vesdre, près de Vaux- sous-Chèvre-
mont, v. d'environ 2F>00 hab., qui possède une chapelle fréquentée les dimanches et fêtes parde nombreux pèlerins.
51 kil. A Chenée (2000 hab.) on traverse l'Ourthe, dans laquelle se jette la Vesdre. Ces deux rivières forment à 15 min. au-dessous du v.
une cascade appelée Grosse Batte.
La vallée de la Vesdre offre un charmant paysage au milieu duquel s'élèvent les châteaux de Chenée et de Beaufraipont. On laisse ensuite à g. les usines de la Vieille Montagne, qui fournissent du zinc à presque toute l'Europe, le château d'Angleur et le chemin de fer de Namur. Un haut fourneau et un château font remarquer le v. de Grivegnée. A dr. l'Ourthe forme plusieurs lies avant de se jeter dans la Meuse. Enfin on passe sous les collines boisées de Quiquempoix , la promenade favorite des Liégeois, au pied desquelles le château du même nom attire les regards , puis on franchit la Meuse, sur le beau pont du Val Benoît, pour venir s'arrêter à la station de
55 kil. Liège (Hôtels : de Suède, d'Angleterre, de Bellevue, de l'Europe, de France, àel&Pommelette, du Grand-Cerf, etc. — Restaurants : au chemin de fer, des Deux-Fontaines, café de la Renaissance, etc. — Vigilantes. Du chemin de fer en ville, 1 fr.; chaque course, pour 1 personne, 50 cent., pour 2 personnes, 1 fr.; à l'heure, 1 fr.
50 c. la première, 1 fr. les heures suivantes) — en latin Leodium, en flamand Luik, en allemand Lùttich, chef lieu de province, d'arrondissement et de quatre cantons de justice de paix, V. de 100 000 hab.
Elle est située sur la rive g. de la Meuse, dans un vallon longitudinal,
entre deux coteaux éloignés l'un de l'autre à leur sommet de 2232 mèt. ; L'un de ces coteaux, connu sous le nom de Sainte- Walhurge, dépasse d'environ 90 mètres le niveau des basses eaux de la Meuse ; il domine la ville à l'O. ; l'autre , nommé le Cornillon , et couronné par le fort de la Chartreuse, est moins élevé et s'étend à l'E. sur la rivedr. Une partie de la ville occupe, en amphithéâtre, le versant d'une colline que commande la citadelle, dont le plateau a 158 mèt. d'élévation au-dessus de l'Océan. Liège est le siège d'un évêché suffragant de l'archevêché de Malines, d'une cour supérieure de justice, dont le ressort s'étend sur les provinces de Liège, Limbourg, Luxembourg et Namur; de tribunaux de première instance et de commerce, et d'une université; la résidence du gouverneur et du général commandant la province; d'un auditeur militaire, d'un commandant de place et d'un receveur général des finances. Elle doit son nom à un petit ruisseau appelé Lc.gie, qui prend sa source au village d'Ans, et que l'on nomme plus communément aujourd'hui Ri de Coq Fontaine K
Les principales curiosités de Liège sont : — le palais de justice, ancienne résidence des princes-évêques, bâti de 1508 à 1533 par le prince Êrard de la Marck. La grande cour, qui date de cette époque, et qui est entourée de portiques, offre surtout un aspect pittoresque et original. La façade sur la place Saint- Lambert a été rebâtie en 1737 à la suite d'un incendie. Les salles intérieures méritent aussi d'être vi-
1. V.y pour la description détaillée de Liège, Vitinéraire de la Belgique, par a. J. Du Pats.
fR. 47] LIÈGE.
OUGRÉE.
sitées. En 1852, on a construit, sur le côté N. , V hôtel du gouvernement ;
— la cathédrale (église Saint-Paul), fondée en 967 (chœur du xiir* s. , nef de 1557, chaire de cèdre, sculptée par Geefs, avec cinq statues de marbre, tableaux) ;— Y église Saint- Jacques , la merveille de Liège (1513-1538), dont on admire surtout la belle voûte , l'orgue , un curieux escalier de pierre, et les vitraux du chœur, mais à laquelle il faut cependant reprocher un trop grand luxe d'ornementation. Cette église est située près de la station du chemin de fer; — Y église Sainte- Croix (tour du xi* s., nef du xiv#);
— Yéglise Saint-Denis (chœur du xiii* s.); — V église Saint-Martin (xvi* s.) ; — Yéglise Saint- Jean; — Y église Saint- Antoine de P a doue (rebâtie au xvii* s.); — Yéglise Saint- Barthélémy, bâtie vers Tan 1000;
— Yuniversité (1817), qui contient la bibliothèque et le muséum d'histoire naturelle; — Yhôtel de ville (1718);— le théâtre royal (1818- 1822) ; — la statue de Grétry, par Geefs, sur la place de ce nom.
Grétry est né à Liège le 1 1 février 1751; — le passage Lemonnier; — le pont des Arches, bâti en 1657 : — la citadelle (belle vue) : — la fonderie de canons ; — la manufacture d'armes de guerre; — la fonderie de zinc de la Grande -Montagne; — 1 e jardin botanique* etc., etc.
« Liège, dit M. Victor Hugo, est une de ces vieilles villes qui sont en train de devenir villes neuves....
Mais elle est encore au xix* siècle, comme au xvi% la ville des armuriers. Elle lutte avec la France pour les armes de guerre , et avec Verviers pour les armes de luxe. Mais la vieille cité de saint Hubert, jadis église et forteresse, commune
ecclésiastique et militaire, ne prie plus et ne se bat plus : elle vend et elle achète. C'est aujourd'hui une grosse ruche industrielle. Liège s'est transformée en un riche centre commercial. La vallée de la Meuse lui met un bras en France et l'autre en Hollande, et, grâce à ces deux grands bras, sans cesse elle prend de Tune et reçoit de l'autre.... Du reste, il faut le dire, elle a encore assez de tourelles, assez de façades à pignons volutés ou taillés, assez de clochers romans, assez de portes-donjons comme celles de Saint-Martin et d'Amercœur pour émerveiller le poète et l'antiquaire même le plus hérissé devant les manufactures , les mécaniques et les usines, »
De Liège à Pari», par Louvain, Malines et Bruxelles, R. 41.