‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 30 sur 219 · DE STRASBOURG A BALE · texte numérisé non relu

DE STRASBOURG A BALE

140 kil. — Chemin de fer ouvert en 1841. 4 convois par jour. Trajet en 3 h. 45 min. et 5 h. pour 15 fr. 80 c,

1 1 fr. 85 c. et 7 fr. 80 c.

Presque au sortir de Strasbourg , on laisse à g. , entre le chemin de fer et le Rhin, la colonie agricole d'Osttcald, fondée en 1839 par la ville de Strasbourg, et un peu plus loin, àdr., Entzheim. 1700 hab., v. près duquel, le 4 oct. 1674, Turenne battit les Impériaux commandés par le duc de Marlborough. En face d'Entzheira, à g., se trouve Illkirch, v. de 3200 hab. On y montre encore la maison où fut signée la capitulation qui livra Strasbourg à Louis XIV.

9 kil. Geispolsheim , très-ancien village de '2236 hab.; il en est déjà question en 827. — Sa belle église date de 1771, mais la tour en est beaucoup plus ancienne.

12 kil. Fegenheim, 1800 hab., avec Ohneheim, v. situé au confluent de mi et de l'Andlau. Il possède, dit-on, une source qui guérit les maux d'yeux. Presque en face, au-dessus de la petite V. de Rosheim (3910 hab.), qui possède une curieuse église byzantine du xi» ou du xn* s., s'élèvent, sur la crête des Vosges', les ruines du beau

1. Pour la description détaillée de la chaine des Vosges, V . l'Itinéraire de la France(réseau de CEst), par Ad. Joanne.

château de Guirbaden, ancienne possession des Rohan, probablement détruit au xvir* s. De Rosheim à Guirbaden on compte 6 kil.

16 kil. Limersheim, 500 hab.

20 kil. Erstein, petite V. ancienne de 3705 hab. sur l'Ill. Les rois franks y eurent jadis un palais.

Deux empereurs , Othon I*r et Othon II, l'ont habitée. Elle était alors entourée de murailles que les Strasbourgeois détruisirent avec son château en 1333. Quand le château sévit obligé de capituler, une seule des personnes qui s'y trouvaient obtint la vie sauve. C'était la femme de Walther de Géroldseck; la permission de se retirer avec ses effets les plus précieux lui avait même été accordée. Elle sortit du château emportant son mari sur ses épaules et son fils dans ses bras. — On remarque dans ses environs de nombreuses et belles plantations de tabac.

C'est à la station d'Erstein qu'il faut descendre, si l'on veut aller visiter Obernai (13 kiU.

Cette petite ville de 5150 hab., agréablement située sur PEhn, au pied du Hohenbourg, autrefois domaine royal remontant probablement aux rois mérovingiens, a été la sixième des villes libres impériales. Elle est assez mal bâtie; mais elle offre un aspect pittoresque. On y entre par quatre portes. Quelques restes des tours qui flanquaient ses murailles sont les seuls souvenirs qu'elle ait conservésUe sa splendeur passée. Son hôtel de ville, construit en 1528, est orné de boiseries et de peintures curieuses.

On part ordinairement d'Obernai pour monter à 1 OUilienberg, la montagne de Ste Odile, où se fait, chaque année, le lundi de la Pen-

tecôte, un pèlerinage célèbre dans toute l'Alsace. Sainte Odile est pour les Alsaciens ce qu'est sainte Geneviève pour les habitants de Paris.

La montagne, une des plus belles de la chaîne des Vosges, semble former un promontoire en s'avançant dans la plaine. Elle porte à son sommet le monastère fondé jadis par la sainte dont elle a reçu le nom. La légende de sainte Odile trouve ici naturellement sa place; nous l'empruntons à l'ouvrage de M. de Rouvrois :

« Le duc Athic, qui attendait avec anxiété la naissance de son premier enfant, espérant que ce serait un fils, fut tellement irrité lorsque Bereswinrie mit au jour sa fille Odile, qu'il la bannit de sa présence et voulut même la faire périr. La pauvre enfant, qui était venue au monde aveugle, fut transportée au monastère delaBaume-les-Dames par une fidèle nourrice qui l'arracha ainsi à la fureur de son père. Dieu , dit la légende, manifesta dès ce moment les grands desseins qu'il avait sur cette enfant : au moment où elle recevait le baptême, il lui rendit la vue.

o Après de longues épreuves, le duc consentit un jour au retour de sa fille, mais il ne lui rendit pas sa tendresse; et, après l'avoir fait vivre parmi ses servantes pendant assez longtemps.il voulut la marier contre sa volonté. Désolée de se voir ainsi violentée dans sa religion, la jeune fille s'échappe , passe le Rhin , et, poursuivie par son père jusqu'à un rocher sous lequel elle s'était abritée près de Fribourg, elle élève sa prière vers son Dieu; la roche s'ouvre et la recèle jusqu'après le danger. Une chapelle et une source miraculeuse indiquent au pèlerin le

lieu où cet événement s'est passé.

Athic, dont Dieu a touché le cœur, rappelle enfin sa fille et lui déclare qu'il ne songera plus à contrarier ses vœux. 11 change son château en un vaste couvent où plus de cent jeunes vierges viennent se consacrer au Seigneur sous la protection de sa sainte fille. Ce n'est point assez pour réparer sa faute, il fait bâtir une vaste église; sainte Odile y ajouta deux chapelles : l'une sous l'invocation de saint Jean-Baptiste; l'autre dédiée à la sainte Croix.

C'est cette dernière qui subsiste encore. De nombreux miracles signalent, dans la légende, l'édification de ces pieux monuments. Plus tard , et lorsque le duc Athic fut mort, une révélation apprend à sainte Odile que son malheureux père expie dans le purgatoire ses rigueurs envers elle; à ses prières, Dieu le délivre, et, en reconnaissance, la piété de la sainte se signale par l'érection de la chapelle des Larmes, qui se trouve encore debout sur la montagne et que l'on ne manque jamais de visiter. Une autre chapelle, celle des Anges, rappelle les nombreuses visites que la sainte abbesse reçut des envoyés de Dieu.

Après la mort de sa mère, qui suivit de près celle du duc Athic, sainte Odile fonda au bas de la montagne le couvent de Nieder-Mûnster. Ce couvent, dont les bâtiments existent encore, sont ceux que l'on voit en passant par Saint-Nabor.

Dès lors la vie de sainte Odile ne fut qu'une suite d'actes pieux et de cures merveilleuses. A sa mort, de nombreux témoignages vinrent également apprendre aux populations qu'elle était retournée vers Dieu, et une source qu'elle avait fait jaillir des rochers pendant

[R. 2] i/OTTILIENBERG. — LE LANDSBERG.

sa vie, devint curatrice et Test, dit-on, encore en ce moment. »

Le tombeau de sainte Odile est dans la chapelle qu'elle avait dédiée à saint Jean. Une inscription rappelle que les os de l'abbesse ont été visités, en 1354, par l'empereur Charles IV, et qu'après avoir été enlevés de leur cercueil, en 1793, ils y ont été replacés en 1799.

La chapelle de la Croix, dont les immenses voûtes en plein cintre s'appuient sur d'énormes colonnes aux chapiteaux sculptés, est d'une architecture lourde et massive. On y voit un autel de forme rustique et des statues mutilées.

La chapelle des Larmes contient le cercueil de sainte Eugénie, qui passe pour avoir succédé à sainte Odile comme abbesse.

Des ossements conservés dans le couvent sont regardés comme ceux du duc Athic.

Le calvaire et une vaste enceinte renfermant quelques ruines sont, avec les chapelles dont nous avons parlé, tout ce qui reste aujourd'hui du monastère de Sainte-Odile.

La montée est rude , et ceux qui l'entreprennent doivent s'armer de courage; ils trouveront, du reste, au sommet, une auberge où l'on peut coucher, et, ce qui repose bien plus sûrement le véritable touriste de toutes ses fatigues, une des vues les plus belles et les plus étendues de cette contrée de la France. Elle avait frappé Gœthe, qui en a consigné le souvenir dans ses Mémoires :

« Je me rappelle toujours avec plaisir, dit-il, un pèlerinage à l'Ottilienberg , que nous fîmes en société avec un millier de fidèles. De cette hauteur, la vue s'étend sur cette magnifique Alsace, toujours la

même et cependant toujours nouvelle pour nous. »

Delà montagne de Sainte-Odile, si l'on tourne les yeux à g. vers la plaine, on découvre, en deçà du Guirbaden, les ruines du Rathsamhausen et du Lûtzelbourg. Le Rathsamhausen appartenait à une puissante famille d'Alsace, qui possédait également plusieurs villages des environs. On lui a attribué une origine romaine. Nous avons déjà parlé (R. 1) du LUtzelbourg.

Au-dessous de Sainte-Odile, sur la pente méridionale de la montagne, se trouve le Landsberg, qui appartint à la famille de ce nom jusqu'à la révolution de 1789. La construction de ce château remonte à la fin du xii* s. Il en reste deux belles tours cylindriques à cinq étages, aux deux angles de l'enceinte de TO. , un amas de décombres dans l'enceinte de FE., et, dans la partie centrale , le donjon carré , avec deux pans de mur des bâtiments d'habitation (bel oriol roman). On voit encore à l'intérieur des traces de peintures murales. Le donjon est en blocs de grès rouge, taillés en bossage.

Un sentier conduit de la fontaine »le Sainte-Odile au couvent de Truttenhausen. Ce monastère, fondé en 1131, par l'abbesse Herrade de Landsberg (il possédait un chapitre de douze chanoines réguliers), fut plusieurs fois dévasté pendant les guerres qui désolèrent le pays, et notamment pendant la guerre des paysans.On y remarque les nombreuses pierres sépulcrales des nobles du moyen âge qui y sont enterrés.

On laisse à g., au delà d'Erstein, Qsthausen, qui possède un beau château du xvie siècle , habité par la famille Zorn de Boulach.

23 kil. Matzenheim, 700 hab.

27 kil. Benfeld, ch.-l. de c, V. de 2745 hab., sur l'ill, doit avoir été bâtie sur les ruines de l'ancien Elcebus (le Helkebos de Ptolémée détruit par les Barbares au v* s.), à la place où saint Materne, l'apôtre de l'Alsace, fut enseveli. C'était un des plus anciens domaines de Pévêché de Strasbourg. En 1331 , elle fut prise par le duc de Wurtemberg. Enl349,la noblesse d'Aisace s'y assembla pour décréter la proscription des juifs et donner le signal d'extermination qui fit périr dans les flammes des bûchers tant de victimes innocentes. En 1632 , le général suédois Gustave de Horn s'en empara; mais le traité de Munster la rendit à Pévêque, et ses fortifications furent définitivement rasées.

On trouve à Benfeld des voitures de correspondance pour (14 kil.) Barr, V. de 5094 hab.. située au pied de Kirchberg, et dominée par les ruines des châteaux d'Andlau et de Spesbourg.

Le château d'Andlau, détruit en partie, en \i\'S , par l'évèque Henri de Véringen, dévasté en 1246 pen dant la guerre de Pévêque Henri de Stahleck contre les partisans de Pempereur Frédéric II , eut encore un siège a soutenir en 1376; enfin les Suédois s'en emparèrent en 1633, et ne l'abandonnèrent que lorsqu'ils évacuèrent l'Alsace. La petite ville d'*Andlau-au-Val (2018 hab.), située dans la vallée que domine le château, doit son ori gine à une abbaye de Bénédictines.

L'église de cette abbaye, classée parmi les monuments historiques de France, mérite une visite. Fondée par Richarde, femme de Pempereur Charles le Gros, recon-

struite dans la première moitié du xi" siècle par l'abbesse Mathilde, sœur de l'empereur Conrad II, elle fut consacrée en 1049 par le pape Léon IX, à son retour du concile de Mayence. Il reste de cette époque la crypte, une partie du transsept, le porche occidental et la porte d'entrée. Les autres parties ont été rebâties, au commencement du xvm* s., par les deux abbesses Marie- Cunégonde de Beroldingen et Marie-Cléophe de Flaxlands. Cette dernière reconstruction, exécutée sur les vieux fondements, « a conservé, dit M. Ramé (Bulletin monumental) , les proportions et les dispositions primitives du monument.

Ce travail de restauration a si fidèlement reproduit la*physionomie de l'ancienne église, que l'impression produite par ces constructions modernes est à peu près la môme que celle causée par la vue d'un édifice roman. » Dans la crypte , située sous le chœur, nous signalerons : des stalles ornées de curieuses sculptures; la porte d'entrée, dont la décoration donne une idée du style de l'école rhénane du xi's.; la frise bizarre du porche qui la précède; enfin la châsse de sainte Richarde, petit monument en pierre dont le travail est d'une élégance et d'une délicatesse remarquables.

La famille d'Andlau, une des plus célèbres de l'Alsace, possédait aussi depuis 1383 le Spesbourg, qui avait appartenu antérieurement aux sires de Oicka. Ce château date du milieu du xm* s. Sa forme est pentagonale. Une tranchée le protège du côté du N., où le mur est plus élevé, sans ouverture, et défendu par un petit donjon carré. Une gorge profonde règne autour des murs du midi et du couchant. Les

[R. 2] LE CHÂTEAU D'ANDLAU. — SGHLESTADT. 4i

murailles en granit présentent trois étages. Dans la saillie triangulaire du midi, où étaient distribués 1rs appartements, on remarque encore une cheminée dont les sculptures, à en juger par ce qui reste, durent être d'un travail élégant.

Au delà du Benfeld le chemin de fer se rapproche de plus en plus de la chaîne des Vosges.

On laisse à g. Huttenheim (2201 hab.) , qui possède une belle église avec une curieuse chapelle du xvi' siècle, et une importante filature (31 000 broches, 780 métiers à tisser). A dr. on aperçoit Epfig (297.S hab.), où les évêques de Strasbourg avaient un château.

33 kil. Kogenheim, 1400 hab.

37 kil. Ebersheim , 1900 hab. , doit son nom à un sanglier (Eber) qui y blessa mortellement Sigebert, le fils de Dagobert II , rendu à la vie par les prières de saint Arbogast, évêque de Strasbourg. — A la g. du chemin de fer, près d'Ebersheim, se trouve Ebersmunster (930 hab.), où le duc Athic fonda, en 667, le Apri monasterium (monastère du Sanglier) à la place de la chapelle bâtie par Dagobert. L'église actuelle, de ce village, aux trois clochers, date des premières années du xvm' siècle.

A dr., au delà d'Ebersheim, le château de Bernstein domine la petite V. de Dambach (3251 hab.).

Au delà on aperçoit la cime de Y Ungersberg , dont les vastes forêts servirent de refuge aux paysans révoltés. Un peu plus loin, au-dessus de Schertciller et de Châtenois, se dressent les ruines des châteaux d'Ortenberg et de Ramstein; enfin on traverse sur un viaduc le Giesen, formé à peu de distance par la réunion de la Liepvrette qui descend de la riche vallée de Sainte-

Marie-aux-Mines , et de l'Altbach, qui vient d'arroser la vallée de Villé.

44 kil. Schlestadt (restaurant à la station; hôt. du Bouc), souspréfecture du Bas-Rhin , place forte de 4' classe, V. de 10184 hab., située surl'Ill. à 5 kil. des Vosges et à 10 kil. du Rhin, et dont les remparts ne laissent apercevoir que la tour de son église paroissiale. Elle est très-ancienne. Les rois franks y eurent un palais construit, dit-on, par Frédéric IL En 775, Charlemagne y célébra les fêtes de Noël.

Au xie s., c'était un fief dépendant de la maison de Hohenstaufen. Sous Frédéric II (1216), elle fut élevée au rang de ville impériale. En 1493, lors du premier soulèvement des paysans, ce fut un habitant de Schlestadt, Jean Ulhmann, d'une famille de magistrats de cette ville, qui se mit à la tête des révoltés et les conduisit dans les gorges de rUngersberg. Occupée tour à tour par les Impériaux et les Suédois dans la guerre de Trente ans, elle tomba en 1634 entre les mains des Français, qui l'acquirent définitivement par le traité de Westphalie. C'est Vauban qui l'a fortifiée. Grâce à ces fortifications, elle a pu résister deux fois, en 1814 et en 1815, aux puissances coalisées.— Au xiii* s., l'art de vernisser la poterie y fut inventé. Au xve s., un seigneur allemand, Rodolphe Agricola, y fonda une école qui devint célèbre. On y comptait plus de 900 élèves; Érasme lui-même vint assister aux cours de ses professeurs.

Mais, en 1521, le magistrat la fit fermer, parce que le professeur Sapidus avait adopté la Réforme. Elle est la patrie du célèbre réformateur Bucer, de Wimpheling ,1e rénova-

teur de la scolas tique , de Mentelin, qui disputa à Guteuberg l'honneur d'avoir découvertrimpriraerie.

L'église paroissiale de Saint- Georges classée parmi les monuments historiques , est un édifice de diverses époques : on y reconnaît la première moitié du xiii" s. daus les chapiteaux des bas côtés de la neF, le xiv* dans les chapiteaux de la grande nef , la lin du xve ou le commencement du xvi* dans le chœur, dans les tours et dans la façade. Cette église, bâtie en pierres de taille et sur pilotis, est, suivant Schœpflin , une des plus belles de l'Alsace. La tour carrée qui la surmonte, haute d'environ 59 met., se distingue par son élégance.

A l'intérieur, on remarque : la nef, une chaire, dans le style de la fin du xvi* siècle, dont chaque panneau est orné de riches colonnettes et d'une niche renfermant une statue, et quelques beaux vitraux de la fin du xve siècle dans les fenêtres des deux transsepts.

L'église de Sainte-Foi, également classée parmi les monuments historiques, fut bâtie au retour d'une croisade par Hildegarde , dont les fils étaient, l'un , duc de Souabe , l'autre, évêque de Strasbourg. Sa forme est celle d'une croix latine avec abside semi-circulaire. Elle ne parait aucunement avoir été , comme on l'a répété tant de fois, construite sur le plan de l'église du Saint-Sépulcre de Jérusalem. A l'intérieur, elle est ornée de peintures bizarres.

Trois tours la surmontent : deux à PO., une au centre sur la croisée.

Celle-ci est octogone, portant un étage orné d'une arcature aveugle qui surmonte un soubassement , d'un étage à jour et d'une flèche pyramidale en pierre, dont les côtés

sont légèrement convexes en se rapprochant de la corniche. Ce clocher, construit en grès, appartient à la fin du xi* siècle ou au commencement du xiie. On remarque aux angles de chacun des deux étages de curieuses décorations plaquées.

Le Pavillon, vaste bâtiment attenant à Sainte-Foi, fut le premier monastère de Schlestadt. Les Bénédictines l'occupèrent longtemps ; elles furent remplacées par les Jésuites. Cet édifice est affecté aujourd'hui au logement des officiers de la garnison.

Un ancien collège de Jésuites, fondé par l'archiduc Léopold, évêque de Strasbourg, et rebâti à neuf en 1 754 . a été transformé en palais de justice.

La fausse porte , que l'on appelait autrefois la Tour de l'Horloge, est un reste des anciennes fortifications de la ville. C'est une large voûte sur laquelle s'élève une grosse tour carrée , surmontée d'une galerie et flanquée de quatre tourelles, que domine un clocheton. Une horloge est placée dans l'intérieur.

On remarque encore à Schlestadt: la vieille nef gothique et l'aiguille délicatement sculptée de IVglise des Récollets, qui sert de magasin au génie militaire; le collège, ancienne commanderic de Saint-Jean de Jérusalem; l'arsenal Sainte-Barbe et sa tour crénelée, entourée d'autres petites tours ; l'hôpital civil et militaire , les casernes, la prison et l'hôtel de ville.

Cinq moulins à blé, huit tanneries, des fabriques de toile métallique, de pompes à incendie, de colle forte, de chaux, de papiers peints, des tuileries, une scierie mécanique, un tissage de coton, représentent le mouvement indus-

[R. 2] LE HOHEN-KŒ N1GSBOURG

triel de Schlestadt. Son commerce est en grande partie alimenté par le blé, le vin, le tabac, la navette, le chanvre, que produit son territoire.

Au delà de la station de Schlestadt, on laisse à dr. , sur l'un des derniers contre-forts des Vosges , le château de Kintzheim , entouré d'un beau parc, construit au milieu du xiv* s., restauré en 1802; plus haut, sur l'une des sommités les plus élevées de la chaîne, s'élève celui du Hohen-Kœnigsbourg. (2 h.

environ de Kintzheim.)

Le Hohen-Kœnigsbourg (haut château royal) a été appelé ainsi, selon toute probabilité, pour le distinguer d'un autre château, situé plus bas, d'une époque antérieure, détruit en 1462, et dont on voit encore les ruines ,*à 4 ou 500 mèt.

seulement de distance. Ce dernier portait aussi le nom de Kœnigsberg (château royal), et son architecture a tous les caractères distinctifs du nu* s., tandis que le Hohen-Kœnigsbourg appartient à une époque assez avancée du xv* s., car il fut bâti en 1469 par les comtes Oswald et Guillaume de Thierstein , à qui le fief avait été donné par l'empereur Frédéric III. Ces deux châteaux avaient été confondus en un seul par les historiens jusqu'à la publication du bel ouvrage de MM. de Golbéry et Schweighauser sur les monuments de l'Alsace.

« Il n'est pas étonnant, dit M. Ramé , qu'un château d'une date si récente soit parvenu jusqu'à nous dans un état de conservation remarquable. 11 avait été habité et entretenu avec soin jusqu'à la guerre de Trente ans. Alors il fut assiégé et pris par les Suédois en 1633. Depuis ce bombardement, qui y causa

les dégâts que l'on y voit aujourd'hui, il fut abandonné : une partie des fortifications extérieures avait été démantelée ; mais tous les bâtiments d'habitation existent encore, et on sait que cette partie des anciens châteaux est la plus rarement conservée et la plus curieuse à étudier. »

L'entrée est surmontée de l'écusson des comtes de Thierstein. Le vestibule, la grand'salle, qui a près de 20 mètres de longueur, les appartements, sont d'un aspect saisissant. « On croirait voir les débris d'une forteresse bâtie pour une race de géants (M. A. Ramé, Bulletin monumental). » Du côté de la cour, les fenêtres sont surmontées d'une ogive en accolade; elles sont carrées du côté de la campagne. La plate-forme qui couronne les bâtiments n'est pas la moindre curiosité du château. Elle porte un véritable bois de pins, d'où la vue peut embrasser l'un des plus beaux panoramas de l'Alsace, des Vosges et de la Forêt-Noire. La vue s'étend depuis Colmar jusqu'à Brisach, sur la dr., jusqu'au delà de Kehl, sur la g.

De ce côté, à une douzaine de lieues, la cathédrale de Strasbourg attire les regards par la hauteur de sa flèche. Dans un rayon plus rapproché:

on aperçoit à dr. les ruines de Reichenbergetde Ribeauvillé; à g., celles d'Ortembourg et de Bernstein; en face de soi, Kœnigsheim; par derrière, Frankenbourg.

On sort du département du Bas- Rhin, pour entrer dans le département du Haut-Rhin , à peu de distance de

49 kil. Saint-Hippolyte , v. de 2241 hab., à 3 kil. de la station.

C'est là que descendent généralement les touristes, venant de Stras-

bourg, qui font l'ascension du Hohen-Kœnigsbourg.

Le chemin de fer, après avoir franchi trois petites rivières, laisse à dr. Bergheim (3100 hab.) et à g.

Guémar (1400 hab.), avant d'atteindre

53 kil. Ribeauvillô (hôt. : l'Agneau), V. de 7181 hab., le berceau de la puissante et célèbre famille de Rappolstein, appelée Ribeaupierre depuis la réunion de l'Alsace à la France. — Dominée par une montagne que couronnent les ruines de trois châteaux : le Happolstein (le plus élevé, tour cylindrique), le Ginbtrg et le Saint-Ulrich (xm1 s.), elle est située à 1 h. env. du chemin de fer, à l'entrée d'une jolie vallée ( V. l'Itinéraire général de la France, réseau de l'Est, par Ad.

Joanne).

L'église paroissiale. Saint-Grégoire, et l'hôtel de ville de Ribeauvillé sont les seuls monuments dignes d'être visités. On remarqua dans l'église le caveau sépulcral des seigneurs de Ribeaupierre. Sur les hauteurs qui dominent la ville se trouvent les restes les plus considérables du mur des païens, Heidenmauer, construction antique dont les débris s'étendent dans un espace de 2 lieues.

On laisse à dr. Hunawihr, v. du vir* s. et célèbre par la fontaine de Sainte-Hune.

57 kil. Ostheim (1500 hab.), sur la Fecht que l'on franchit plus loin.

60 kil. Btnnwihr (1000 hab.), v.

au N. 0. duquel on aperçoit Kientziieim , à l'entrée de la vallée de Kaiserberg, et, à peu de distance, Ammerschwir.

66 kil. Golmar (hôt. : de la Villede-Lyon } des Trois-Rois , de l'Ange; libr. : Abry , Geng , Reiffinger) ,

ch.-l. du départ, du Haut-Rhin, V.

de 22629 hab., siège de la cour impériale pour les départ, du Haut- Rhin et du Bas-Rhin, est située sur la Lauch et la Fecht, à peu de distance des Vosges, dans une plaine fertile arrosée par de nombreux cours d'eau qui y tournent les roues de nombreuses usines.

Fondée au vu* s.. Colmar s'appelait Columbaria à l'époque où les fils de Louis le Débonnaire rencontrèrent dans ses environs leur père contre lequel ils s'étaient révoltés, et le contraignirent par la force à se démettre de la couronne de son père Charlemagne (833). Incendiée en 1 106, el élut bientôt rebâtie. En 1226, l'empereur Frédéric II l'éleva au rang de ville; en 1282, elle devint ville impériale; mais ce ne fut qu'en 1552 qu'elle «'entoura de murs et de tours ; elle avait cependant , en 1474 , résisté heureusement à Charles le Téméraire. Prise par les Suédois, en 1632 — ses citoyens favorables à la Réforme se soulevèrent pour forcer les Impériaux qui l'occupaient à capituler — elle fut remise, en 1634, aux Français; en 1673, Louis XIV jeta bas ses fortifications actuellement transformées en promenades. Depuis 1679, elle fait partie de la France.

Quelques heures suffisent pour visiter Colmar. Certains quartiers, la rue Saint -Jean surtout, plairont aux amateurs de l'architecture pittoresque. Parmi les monuments publics, l'église Saint- Martin (monument historique) mérite seule une visite. Commencée en 1263, elle fut terminée en 1360. On y signale à l'attention des visiteurs la nef et le portail orné de figures grotesques. Derrière le maître-autel on remarque un tableau de Martin

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