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ROUFFACH

chauves-souris, et que la ronde du sabbat y avait été dansée par les invités de l'enfer.... La sorcière fut briilée.... » (Voyage pittoresque en Alsace, Mulhouse, 1844.)

73 kiL Herrlisheim, v. de 1100 hab. sur la Lauch, à la g. du chemin de fer. On y remarque un beau château, bâti au xvjii* s., sur remplacement d'un ancien repaire de brigands. Un peu au delà, après avoir franchi le Lauch, on laisse à dr. Hattstadt, v. de 1000 hab., dominé par les ruines du château de Barbenstein ; puis Gueberschwihr, v. de 1500 hab., qui, jadis, entouré de murs, possédait un château appelé la Mittelburg , et dont l'église romane a été classée parmi les monuments historiques; enfin Pfaffenheim, v. de 1700 hab., situé au pied des Vosges, au milieu de vignobles estimés. Son ancien clocher a été classé aussi parmi les monuments historiques.

Le Schauenberg , fréquenté par de nombreux pèlerins, s'élève au-dessus de Pfaffenheim; le sommet (472 mèt.) offre un beau point de vue.

79 kil. Rouffach (hôt. de l'Ours), V. de 3917 hab.; patrie de Lefebvre, duc de Dantzick. C'est le Rubeacum des Bornai ns. Les rois d'Austrasie y eurent plusieurs châteaux, entre autres celui d'Tsenburg , que Dagobert II habita souvent, et dont les derniers vestiges sont aujourd'hui méconnaissables.

Lors de la guerre des investitures, elle appartenait à l'évêché de Strasbourg ; l'empereur Henri IV s'en empara, et ses gens d'armes, qui y régnaient en souverains absolus, y commirent les plus abominables excès. Un jour, le jour de Pâques, l'ex-gouverneur du château osa faire enlever une jeune fille

noble, que sa mère conduisait à l'église. Aux cris de douleur et de vengelmce poussés par cette mère éplorée, les hommes avaient hésité à se révolter. Les femmes, plus indignées et plus courageuses, courent au château , enfoncent les portes, chassent la garnison surprise et l'empereur Henri V luimême qui s'y trouvait alors. Épouvanté de cette attaque imprévue, il se vit forcé de s'enfuir, à demi nu, dans son gynécée de Colmar, abandonnant sa couronne, son sceptre et son manteau impérial , que ses assaillantes victorieuses suspendirent à l'autel de la Vierge. « En souvenir de cet événement , dit l'écrivain ci dessus cité, le magistrat concéda aux femmes le pas sur les hommes dans toutes les cérémonies publiques, et cette prérogative, elles la conservent encore. Aujourd'hui, dit-on, les femmes occupent la dr. àl'église. » Cependant, furieux d'une si honteuse défaite, l'empereur vint assiéger la ville à la tête d'une armée de 30 000 hommes, avec laquelle il se proposait de se rendre en Italie. Mais les bourgeois de Rouffach se défendirent si vaillamment, qu'ils forcèrent les assiégeants à renoncer à leur tentative.

Henri V demanda l'entrée de la ville — c'était en 1106 — pour le passage de ses troupes. Roufiach ouvrit ses portes; mais elle fut mise à feu et à sang par ce souverain, traître à sa parole. Vers la fin du xm* siècle, les Colmariens s'emparèrent de Rouffach et la pillèrent. En 1444, les Armagnacs la saccagtVent (elle avait cependant été entourée de murs au siècle précédent) ; enfin, au xvn* siècle, elle se vit envahie trois fois , la première , par le landgrave Othon, la seconde, par

le duc de Rohan, et la troisième par Turenne, qui la fit occuper après la bataille de Tûrckheim.

Au xui# siècle , Rouflach s'était signalée par sa cruauté envers les juifs. Elle en brûla un grand nombre dans un champ appelé depuis Judenfeld (le champ des Juifs). Aujourd'hui encore , aucun israélite n'habite Rouflach et n'y possède des propriétés.

L'église de Rouflach, consacrée à saint Arbogast et classée parmi les monuments historiques, date du mm s. « Sa forme et ses ornements se rapportent, dit M. de Rouvrois, à la deuxième époque du style gothique.

Le chœur, d'une construction hardie, paraît de beaucoup plus ancien que le reste de l'édifice. On y remarque deux cages d escalier d'une grande élégance, et la pierre des fonts baptismaux, qui se trouve dans une des chapelles de la travée de dr., est un chef-d'œuvre de sculpture fine et délicate. » La chapelle de Saint -Valentin est un pèlerinage très-fréquenté par les épileptiques.

On voit , à Yhôtel de ville, un beau buste du maréchal Lefebvre, par David d'Angers.

Au delà de Rouflach le chemin de fer, s'éloignant des Vosges, laisse à dr. , dans un petit vallon, Westhalten, village de 1000 hab.

qui possède une assez belle église moderne. A peu de distance de ce village se trouve le bain minéral de Soulumatt (2718 hab.). (V, {'Itinéraire de la France , réseau de l'Est , par Ad. Joanne. Paris, Hachette.)

85 kil. Merxheim (800 hab.), station au delà de laquelle on laisse à dr. , au pied des Vosges , Isenheim, Guebwiller, V abbaye deMurbach , aujourd'hui ruinée, et Soultz, que domine le Ballon de Gueb-

willer ou de Soultz , la plus haute sommité des Vosges (1466 mèt), d'où l'on découvre un magnifique panorama.

Soultz a une population de 3989 hab. On y remarque l'église et l'hôtel de ville. — Guebwiller, ch.-l. de c. industriel (10 680 hab.), possède deux églises remarquables : l'une, du xii* s. et romane, consacrée à saint Léger, est surmontée de trois tours ; l'autre a été construite en 1736. L'hôtel de ville date de la dernière époque de l'art ogival.

92 kil. Bollwiller, v. de 1400 hab., dont les environs sont renommés pour la beauté de leurs pépinières et la qualité de leurs vins. Son vieux château a été transformé en manufacture. Bollwiller est la station qui dessert Soultz (4 kil.), Guebwiller (7 kil.), et Ensisheim (9 kil.). On traverse le bois de Nonnenbruch et la Thur en allant de Bollwiller à

96 kil. Wittelsheim , 1700 hab.

L'embranchement qui conduit à Thann (F. Itinéraire de la France, réseau de l'Est) se détache de la ligne principale à peu de distance de la station de

103 kil. Lutterbach, v. de 1334 hab. — Le chemin de fer, traversant la Doller, s'éloigne des Vosges à mesure qu'il se rapproche de Mulhouse.

105 kil. Dornach, commune industrielle et manufacturière de 38G7 hab. La belle manufacture de toiles peintes de MM. Dolfus-Mieg et Cli attire surtout les regards. On y traverse ttll qui formait jadis les limites du Sundgau et de l'Alsace, puis le canal.

109 kil. Mulhouse [en allemand Mûhlhausen] (buffet; hôtels : du Lion-Rouge, de France, de la Cigogne ; libraires : Émile Perrin , Ris-

[R. 2] GUEBWILLER. — DORNACH. — MULHOUSE. 49

1er) , chef-lieu d'arr. du départ, du Haut-Rhin, V. de 45 887 hab. , située entre les Vosges et le Rhin, dans une plaine fertile qu'arrose la rivière de 1111, et sur le canal du Rhône au Rhin.

Comme son nom l'indique, l'origine de Mulhouse remonte à la construction d'un moulin (Mùhle) bâti en ce lieu, sur les bords de l'ill. D'autres maisons se groupèrent peu à peu autour de ce moulin , et ce village devint plus tard une petite ville qui, au vin" siècle, était déjà entourée de murs. Prise par les évèques de Strasbourg, cette petite ville tomba en la possession de Rodolphe de Habsbourg, qui réleva au rang de ville impériale (1273). Les successeurs de Rodolphe de Habsbourg augmentèrent ses privilèges, et, en 1293, Adolphe de Nassau lui octroya une charte, datée de Baie, dans laquelle la supériorité de ses citoyens envers les étrangers ou les forains était poussée jusqu'à l'irresponsabilité de leurs actes, même les plus criminels. Ainsi, nul d'entre eux — et il Jui était permis de recevoir, comme bourgeois ou citoyen, quiconque se présentait à elle dans ce but — nul d'entre eux ne pouvait être cité devant un juge étranger ; nul n'était tenu de se justifier de l'accusation d'un forain, et ne pouvait, quoi qu'il arrivât, porter assistance à un étranger contre un autre bourgeois. On croit rêver en lisant de pareils privilèges ; mais pourtant ce n'est rien encore. Tout bien, dont un bourgeois pouvait prouver la possession annuelle, était considéré comme sa propriété. Si un bourgeois tuait un forain et s'il pouvait être prouvé qu'il avait été provoqué, il n'était pas même con-

damné à une amende. Enfin, aucun bourgeois, de quelque crime qu'il fût accusé, ne pouvait être arrêté dans sa maison.

De pareils privilèges durent, on le conçoit, attirer et retenir à Mulhouse une singulière population.

Elle devint en peu de temps l'asile de tous les meurtriers et de tous les voleurs des environs, qui s'y faisaient admettre bourgeois ou citoyens en jurant qu'ils ne s'étaient point volontairement rendus coupables. Cette population , qui du reste ne manquait pas d'énergie, se montra toujours hostile à la noblesse. En 1338, elle était entrée dans la ligue d'Alsace contre les seigneurs. En 1437, après avoir repoussé avec intrépidité une attaque des Armagnacs, elle chassa les nobles de ses murs. Ce fut dès lors une république vraiment démocratique, toujours brave du reste, car, en 1474, favorisée par une inondation, elle osa résister à Charles le Téméraire qui l'avait menacée de l'exterminer.

Dans ses luttes contre les nobles, Mulhouse avait souvent réclamé l'appui des Suisses, avec lesquels elle s'était alliée. En 1515 elle renouvela son traité d'union perpétuelle, promettant aux Cantons, comme garantie de sa fidélité, de n'entreprendre aucune guerre et de n'accepter aucun secours étranger sans leur consentement. Ces relations eurent pour résultat l'adoption des nouvelles doctrines religieuses; mais la Réforme, établie presque sans contestation à Mulhouse, y causa, vers la fin du xvi* siècle, des troubles sanglants excités par l'Autriche, qui ne renonçait pas à ses prétentions sur les Etats de la confédération. Aussi Mulhouse dut-

elle conserver une garnison suisse jusqu'à lapaixdeWestphalie (1648).

Ce traité ayant livré à la France les possessions de la maison d'Autriche et les villes de la préfecture de Haguenau, Mulhouse, déclarée indépendante comme les cantons suisses, n'eut plus aucun danger extérieur à redouter. Dès lors une vie nouvelle commença pour elle.

Aux arts de la guerre succédèrent ceux de la paix. Toutefois, un siècle devait s'écouler encore avant que ses tentatives industrielles fussent couronnées d'un succès complet. — En 1746, trois hommes dont les noms sont restés célèbres, Samuel Kœchlin. J. Jacques Schmaltzer et Jean- Henri Dollfus, établirent la première fabrique de toiles peintes.

En 1770, onze nouvelles manufactures s'étaient déjà établies sur les ruines des hôtels de la noblesse.

Une fois lancée dans cette voie, Mulhouse ne s'arrêta plus. Mais, si elle s'y enrichit, elle y perdit son individualité. Bien qu'elle manquât des débouchés nécessaires, elle résista pendant longtemps aux prétentions de la France , qui voulait l'absorber. Enfin, en 1798, poussée dans ses derniers retranchements, elle se vit contrainte de se faire française. Sur 666 votants, 15 seulement se prononcèrent pour cette indépendance qui avait coûté si cher à leurs ancêtres. Cette réunion excita alors d'amers regrets ; mais elle eut pour l'ancienne république les conséquences les plus heureuses.

Aujourd'hui le nombre de ses ouvriers dépasse 30 000.

En multipliant le nombre des travailleurs, l'industrie nécessitait la multiplication des institutions de bienfaisance appelées à secourir leurs besoins. Mulhouse peut être

citée sur ce point comme le modèle des villes manufacturières.

La Société mulhousienne des cités ouvrières a réalisé, avec le plus grand succès, en dépit d'obstacles nombreux , ce qui ailleurs avait été vainement tenté à plusieurs reprises. La cité ouvrière existe à Mulhouse et n'a fait que prospérer depuis son établissement. « Entre Mulhouse et Dornach, dit M. Jules Simon, dans son intéressante monographie de l'Ouvrière , s'étend une vaste plaine, traversée par le canal qui entoure la ville. C'est là, en très -bon air, sur la double rive du canal, à proximité des fabriques, que la Société des cités ouvrières a tracé l'enceinte de sa ville nouvelle. Le terrain est parfaitement uni; les rues, pour lesquelles on n'a pas ménagé l'espace, sont tirées au cordeau. Comme chaque maison est entourée d'un jardin , l'œil aperçoit de toutes parts des arbres et des fleurs ; l'air est aussi pur et circule aussi librement qu'en rase campagne.... Sur la place Napoléon, située au centre, et à laquelle aboutissent les rues principales, s'élèvent deux maisons plus grandes que les autres et qui renferment, la première, les bains et le lavoir, la seconde, le restaurant, la boulangerie, la bibliothèque et les magasins. Une salle d'asile, trèsbien aménagée et très-bien tenue , pouvant contenir 150 enfants, est placée sur l'autre rive, au carrefour formé par la rue l^avoisier et la rue Napoléon. Il n'y a pas d'école particulière, parce qu'on a jugé avec raison qu'on n égalerait pas Vécole communale y qui est une des belles institutions de Mulhouse. La salle d'asile, surveillée avec zèle par les femmes des premiers fabricants , est

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