BÂLE. — MONUMENTS
la Confédération suisse par l'ordre de son admission, le 18" par son étendue et le 12" par sa population.
Monuments et curiosités.
La Cathédrale ou Munster s'élève sur la rive g. du Rhin, audessus du pont. Ses deux clochers, de 66 et 68 met. de haut. , et la couleur rouge des pierres qui ont servi & sa construction, attirent de loin les regards. Elle fut commencée en 1010 par l'empereur Henri, dans le style byzantin, consacrée en 1019, incendiée en 1185, rebâtie presque aussitôt, puis reconstruite dans le style gothique, après le tremblement de terre de 1356 qui l'avait détruite , enfin achevée en 1490.
Les tours n'ont même été terminées qu'en 1500. On en a récemment réparé l'intérieur. « On retaille les parements, les moulures; on rafraîchit les chapiteaux au ciseau.
Cela est pénible à voir, » écrivait M. Viollet-le Duc en 1854. Le portail du nord, ou de Saint-Gall, et la crypte située au-dessous du chœur, sont seuls de l'époque romane.
A l'extérieur , on remarque surtout : le portail de Saint-Gall, que décorent des statues du Christ, de saint Jean -Baptiste, des Êvangélistes , des Vierges folles et des Vierges sages : et les sculptures de la façade principale : la Vierge et l'Enfant Jésus, au sommet, l'empereur Henri I ou Conrad II , et l'impératrice Hélène ou sainte Cunégonde, plus bas, saint Georges et le dragon, à g., saint Martin, à dr.
A l'intérieur , dépouillé d'ornements (pourboire), nous signalerons aux visiteurs : les quatre colonnes formées de groupes de piliers détachés; la tombe de l'impératrice Anne (| 1281) , femme de Rodolphe
de Habsbourg , et souche de la branche des princes autrichiens, dont le corps fut transporté à Saint-Biaise en 1770; celle d'Érasme (f 1536) (en marbre rouge à g. de l'autel); des fonts baptismaux en pierre de 1465; quelques boiseries habilement ouvrées; une chaire d'un travail délicat, datant de 1486; un nouvel orgue de Haas de LaurTenburg, supporté par le jubé de 1381 et qui a coûté 800 000 francs (l'ancien a été envoyé à Saint-Gall). — Les vitraux sont modernes (Gsell, à Paris, Eckert et Rœttinger à Zurich). — La crypte , où l'on voit des restes de peintures murales, contient 6 tombeaux de membres de la famille des margraves de Bade-Durlach.
Du chœur, un escalier conduit à la salir du Concile, petite chambre basse avec quatre fenêtres gothiques, parfaitement conservée telle qu'elle était à l'époque où se tint le concile. Un banc de bois scellé dans le mur et recouvert d'un grossier coussin en fait le tour. Deux clepsydres , qui servirent d'horloges aux prélats, sont encore accrochées au mur, près des débris de la fameuse danse macabre, qui avait été peinte sur le mur du couvent des Dominicains, démoli en 1805.
Il paraît résulter des recherches qui ont été faites, que l'usage de peindre sur les murs des cloîtres et des églises une série d'images de la mort entraînant, en dansant, des personnages de toutes les conditions, existait avant le xiv* s. Selon les uns, l'idée de ces peintures fut suggérée par des mascarades ; selon d'autres , par la grande dépopulation qu'occasionnèrent les diflTérentes pestes qui ravagèrent alors l'Europe.
D'après Fabricius, ces représentations prirent le nom de danse
macabre, du poète Macaber, qui, le premier, traita ce sujet bizarre dans des vers allemands traduits en latin par Desrey de Troyes , en 1460.
A l'époque du concile de Baie et lorsque la peste désolait cette ville, les pères du concile, voulant laisser un monument instructif de ces jours de deuil, firent peindre une danse des morts sur le mur du cimetière de Saint-Jacques, appartenant aux Dominicains. Le nom du peintre qui l'exécuta est inconnu. On sait seulement qu'en 1568 Jean-Hugues Klauder retoucha cette fresque dont les couleurs commençaient à s'altérer, et qui, retouchée depuis en 1616 , 1658 et 1703 , fut enfin détruite en 1805. — Les vers allemands que l'on y ajouta en 1568, et qui traduisent les poses et les gestes des différents personnages, ne sont pas moins curieux que les dessins. Dans tous les monuments élevés par les arts au moyen âge, la môme préoccupation se reproduit sans cesse ; c'est une éternelle protestation du faible contre le fort.
Une collection d'antiquités du moyen âge a été établie depuis peu dans la salle du concile et dans la chapelle Saint-Nicolas. — On y voit le fameux Làllenkônig (V. ci-dessous) enlevé en 1837 à la tour du pont.
Le concile de Baie se composait de onze cardinaux , trois patriarches, douze archevêques, cent dix évêques, quatre-vingt-dix prélats mitrés, six princes séculiers, d'un grand nombre de docteurs, des envoyés de la France, de l'Angleterre, de l'Aragon, de la Sicile, du Portugal, du Danemark, et de tous les princes spirituels et temporels, de toutes les villes, de toutes les universités de l'Allemagne.
Il s'ouvrit le 14 décembre 1431.
Son but principal était de rétablir la paix et l'unité dans la chrétienté, d'opérer la réforme de l'Église, de mettre fin au schisme des hussites, de réunir les églises de l'Orient et de l'Occident. 11 siégea dans cette ville jusqu'au mois de mai 1447, époque à laquelle il fut obligé de se retirer à Lausanne, où il se sépara l'année suivante. Qu'avait-il fait pendant ce long espace de temps? rien de ce qu'il se proposait. Il s'était montré encore plus hostile au pape qu'aux hérétiques, et plus heureux de réprimer les envahissements du saint-siége au détriment des libertés de l'Eglise, que de défendre contre les schismatiques la pureté de la foi. Dissous et excommunié par le pape Eugène IV, il s'était permis de le déposer, et de nommer à sa place le duc de Savoie, AmédéeVIII, sous le nom de Félix V. Ce qui avait causé de violentes guerres, du temps d'Urbain VI, ne produisit alors que des querelles ecclésiastiques, des bulles, des censures, des excommunications réciproques, des injures atroces. Enfin , sous le pape Nicolas V, le concile se dissipa peu à peu de lui-même, laissant l'Église dans l'ordre accoutumé.
En sortant du chœur de la cathédrale du côté du S., on entre dans les cloîtres, datant de 1362, 1400 et 1487 , série de salles de diverses formes, qui servent encore de lieu de sépulture , comme ils en ont servi pendant des siècles, et qui sont remplis de tombeaux. On y remarque les monuments funérairesde trois réformateurs -.Œcolampadius (f 1531), Grynaeus (f 1531), et Mayer, et le monument d'une dame Forcart Merian, par Ohmacht, de Strasbourg.