‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 54 sur 219 · KEHL. — LE HANAU BAD01S · texte numérisé non relu

KEHL. — LE HANAU BAD01S

fille. Il exhale un parfum de pureté, de fraîcheur et de gentillesse. C'est un amour de pays qui vaut son pesant d'or pour les artistes, les écrivains et les touristes.

« 11 avait pour capitale le joli bourg de Willstaett et prenait le titre de comté dans la grande famille féodale. L'un de ses comtes, Frédéric^ Casimir de Hanau, fut célèbre au xyii' s. par son goût pour les lettres et les arts , et ce petit Louis XIV des bords du Rhin eut son Boileau dans la personne de Jean-Michel Moschenrosch , qui devint fameux dans les pays rhénans par la publication d'une revue satirique et humoristique des mœurs de son temps. Le Hanau a son port de commerce dans la ville de Kehl, riveraine du grand fleuve. Enfin rien n'a manqué à la ciselure de ce bijou géographique.

o En passant le pont du Rhin, et même déjà dans les rues de Strasbourg, vous rencontrez ces rudes flotteurs avec leurs grandes bottes dépassant le genou et qui, d'accord avec de fortes culottes de cuir noir, protègent le corps jusqu'à la ceinture. Une veste en toile écrue, doublée de flanelle blanchâtre, à peine agrafée, laisse paraître un gilet de laine rouge, aux teintes impossibles produites par l'usage et par l'intempérie des saisons. Un large chapeau rond , semblable à celui des paysans bretons, ombrage leur mâle figure qu'encadre un fabuleux col de chemise bien empesé. En été ils suppriment la veste et remplacent le chapeau de feutre par un chapeau de paille à larges bords.

« Telle est la tenue de travail des payans du Hanau, soit qu'ils se livrent aux rudes et dangereux travaux du flottage, soit qu'ils cultivent paisiblement leurs champs. Les di-

manches et jours de fête ils quittent généralement leurs bottes pour exhiber de formidables mollets dans de beaux bas bien blancs, retenus par une jarretière en soie cerise.

Le gilet rouge, bordé de bandes vertes, est neuf ou à peu près, et semble vouloir déborder en flots écartâtes au-dessus de la culotte en cuir d'un beau noir. Sur le gilet se croisent élégamment des bretelles noires brodées de soie blanche chez les hommes mariés et de soie rouge chez les célibataires. Ces broderies figurent des cœurs entrelacés de feuilles qui rappellent parfaitement certains dessins de trèfles et de feuillages que l'on rencontre dans les peintures à fresque du moyen âge. Les jeunes gens portent une veste bien blanche appelée Mùtze, un peu plus longue à Kehl que dans l'intérieur du pays. Les hommes mariés portent une redingote noire, en drap chez les riches, en treillis lustré chez les gens moins aisés.

Ce vêtement, à revers et à larges boutons plats, qui rappelle par la coupe les redingotes du xviii« s., est doublé de flanelle blanche et tombe plus bas que les genoux.

« Les hommes, en dehorsdu chapeau de travail rond et du chapeau de paille, portent encore une troisième variété de coiffure : c'est un chapeau à une corne, c'est-à-dire dont deux côtés seulement sont relevés, tandis que le troisième bord s'étend horizontalement et protège la figure. La corne est relevée par derrière. Mais le jour du mariage, le fiancé et les garçons d'honneur relevant le troisième côté, forment ainsi un véritable chapeau à trois cornes sur lequel ils plantent un énorme bouquet orné de rubans.

Ce chapeau a été appelé par dérision

yebel-Spaïter. Les paysans du Hanau eux-mêmes le nomment ainsi, parce que, disent -ils, son unique corne leur est d'une grande utilité pour fendre (spalten) les brouillards (Nebel) du Rhin. Les paysans du Hanau, les jeunes surtout, affectionnent singulièrement le bonnet a poil de martre à fond de velours vert surmonté d'une houppe de clinquant. Ce bonnet, gracieuse coiffure qui sied aussi à merveille aux tout petits enfants, complète admirablement le costume que ces braves paysans ont reçu de leurs pères et religieusement conservé.

a Le costume des femmes du Hanau respire à la fois la fraîcheur et la sévérité; ses couleurs dominantes sont le blanc et le noir. La coiffure se rapproche de celle des Alsaciennes par le papillon de rubans noirs qui plane sur le front de ces jolies paysannes. Le fond du bonnet, en broderie d'or et d'argent, est relevé et affecte la forme d'une amande :

il ressemble à celui des jardinières de Strasbourg. La parenté est évidente. Les femmes mariées portent toujours le bonnet sous lequel elles attachent leurs cheveux ramenés en chignon. Les jeunes filles laissent (louer leur chevelure blonde, de la tête aux talons en deux tresses entrelacées de rubans noirs. Au travail, et surtout quand elles doivent porter des fardeaux, elles relèvent ces tresses et les tournent autour de leur tète comme un turban.

a Les femmes des environs de Kehl couvrent leurs épaules et leur poitrine d'un fichu blanc de dentelle ou de mousseline brodée qui leur sert de modestie et qu'elles ramènent dans le devant du corsage. Par dessus ce fichu, elles jettent autour du col, également à la façon des Alsa-

ciennes, un petit châle aux couleurs vives, dont les extrémités frangées, nouées par derrière, flottent sur leur dos. Le corsage qui retient le fichu blanc est d'étoffe de soie généralement à fond violet avec de riches broderies, rouges, jaunes et vertes. En été, les manches de la chemise ressortent du corsage , courtes et bouffantes, en hiver, le costume est un peu assombri par une veste noire en laine, appelée WamSj toute bordée de rubans de soie gaufrés larges de trois doigts.

Sa coupe est fort élégante. La jupe f dont toute la partie antérieure est recouverte d'un tablier blanc, est d'étoffe noire. Elle est plissée, porte le nom de gebrettelte Kutte et offre cette particularité, qu'elle est ouverte devant, de la ceinture jusqu'en bas, comme une robe d'avocat. Le motif de cette coupe particulière réside dans une coquetterie toute féminine. Quand les paysannes du Hanau prennent un siège, elles rejettent cette jupe par-dessus le dossier, afin de ne pas la froisser, et s'assoient sur un jupon de laine rouge qui n'est pas plissé.

a Les vieux paysans, à l'air sévère et grave, semblent appartenir à des générations antérieures. On appelle ces débris d'une race qui s'éteint des Eckartsweirer Wôlfe (les loups d'Eckartsweirer), tant ils résistent à la civilisation moderne.

Le chemin de fer traverse la plaine du Hanau dans la direction de l'Est, en inclinant un peu au sud ; — des stations ont été établies a Kork et à Legelshurst (à g.) qui dessert Willstœtt (à dr.). — On rejoint la grande ligne de Schaffhouse - Bâle-Carlsruhe-Heidelberg à

1 8/10 mil. Appenweier {Restaurant à la gare; hôt. Adler), v. de

ACHERN. — SASBACH.

1417 hab., situé à peu de distance des derniers escarpements de la Forêt-Noire.

A Bâle, R. 3 ; — à Schaffhouse, par Freiburg, R. 8 ; — à SchaflThouse, par Triberg, R. 9; — à Stuttgart, par Freudenstadt, R. 6 ; — aux bains de la Forèt-Noire , R. 6 ; — à Oberkirch , R. 6.

Le chemin de fer, prenant la direction du N. E. laisse à g. Urloffen, à dr. Erlach, avant de traverser la Rench.

8/10 mille. Renchéri, V. de 2239 hab. cath., sur la Rench qui descend du Kniebis par la vallée à laquelle elle donne son nom.

De Renchéri à Oberkirch, t 2/10 mil.

— La route laisse à dr. Erlach et Stadelhofen, à g. Ulm, Haslach et Thiergarten. Pour Oberkirch, V. R. 6.

Le chemin de fer, inclinant un peu plus à l'E., se rapproche des derniers contre-forts de la Forêt- Noire, on laisse à dr. Oehnsbach sur le Felzbach, puis on franchit PAcher qui descend de la jolie vallée de ce nom.

9/10 mille. Achern (hôt. : Krone ou Post. très-bon et recommandé; Adler, également bon), ch. -1. dec, V.de 2579 hab. dont 437 protestants, située à l'entrée du Kapplerthal sur l'Acher. Sur la place du marché s'élève, depuis 1855, un monument en l'honneur du grand-duc Léopold, exécuté et offert à la ville par le sculpteur Friedrich, de Strasbourg.

— Les entrailles de Turenne sont enterrées dans la petite chapelle de Saint-Nicolas, le corps ayant été transporté en France et inhumé à Paris (aux Invalides). Le cimetière occupe une position pittoresque. Les environs d' Achern offrent de nombreuses et agréables promenades.

A 16 min. environ au nord d'Achern, sur la droite du chemin de fer, on peut aller visiter , à Sasbach,village de 1379 habitants, le monument élevé, le 27 juillet 1829, à l'endroit même où, le 27 juillet 1675, Turenne fut mortellement blessé par un boulet.

Turenne se disposait à livrer bataille à Montécuculli, et il se croyait sûr de la victoire. Vers deux heures, le marquis de Saint-Hilaire le fit prier de venir observer un mouvement de l'ennemi. Ils se rendirent ensemble sur une éminence. Au moment où Saint-Hilaire avançait le bras pour montrer au maréchal la direction du corps dont le mouvement l'avait inquiété, un boulet lui enleva le bras et frappa Turenne au-dessous du cœur. Turenne tomba mort. Le fils de Saint-Hilaire s'écria aussitôt : « Ah ! mon père ! » — a Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer, répondit Saint-Hilaire , c'est ce grand homme. » Au milieu d'une enceinte formée par une haie vive entremêlée de beaux arbres, un obélisque de granit, haut de 8 mèt. , porte cette simple inscription : « La France à Turenne. »

Sur les quatre faces du piédestal, haut de 5 mèt. , se trouvent le buste de Turenne, ses armoiries, le nom des batailles qui l'ont immortalisé :

Arras, les Dunes, Sinzheim, Entzheim, TQrkheim, et cette inscription : « Ici Turenne fut tué le 27 juillet 1675. » Un autre petit monument indique la place où le grand homme tomba, après avoir l'eçu le coup mortel. A droite de l'obélisque, une palissade en bois noir entoure un vieux tronc d'arbre mort. Selon la tradition, cet arbre est celui-là même sur lequel ricocha le boulet qui tua Turenne, et que l'on mon-

tre encore dans la petite maison bâtie près du monument.

A 45 min. env.d'Achern (30 min.

de Sasbach) , se trouve, au pied de la Hornisgrinde, le bain d'Erlenbad, très-fréquenté par les habitants du pays. Pour s'y rendre, en partant d'Achern on passe (15 min.) devant le bel établissement d'aliénés d'Illenau, achevé en 1843.

On peut aussi , en partant d'Achern, aller visiter le château de Lauf ou Neuwindeck (1 h.) et monter au Brigittenschloss ou Hohenrod, débris d'un ancien château fort qui couronnait le Brigittenberg, entre le Kapplerthal et le Sasbachthal; le sommet de cette montagne offre un beau panorama. On compte 3 h.

de marche environ d'Erlenbad au sommet de la Hornisgrinde , en passant par le Brigittenschloss (F.

R. 5, § 23 et 24).

Achern est enfin le point de départ de quelques-unes des plus agréables excursions que Ton puisse entreprendre dans la Forêt-Noire, celles d'AUerheiligen, du Mummelsee et de la Hornisgrinde. Pour tous les renseignements relatifs à ces belles courses, nous renverrons à la route 5, ^ 23 et 24 (Bade et ses environs) , car ce sont surtout les touristes établis à Bide, pour un temps plus ou moins long, qui vont à Allerheiligen, au lac appelé Mummelsee et à la Hornisgrinde, montagne qui attire les regards par sa hauteur et la longueur de son plateau supérieur, à l'E. d'Achern. Sur l'une des collines inférieures se montre le Brigittenschloss.

8/10 mille. Ottermeier, v. de 1731 hab. situ*5 à ladr. du chemin de fer; et prt \ 1 uquel s'ouvre le

Neusatzerthal arrosé par PAmbach.

30 min. suffisent pour gagner, d'Ottersweier, le bain de la Hub, construit, en 1811, d'après le plan de Weinbrenner, et dont la source d'eau tiède est, dit-on, efficace pour certaines maladies d'estomac et d'intestins , les rhumatismes , la goutte, etc. Un établissement hydrothérapique y a été construit (9, 12 et 15 fl. par semaine, tout compris). De ce bain une promenade tres-fréquentée conduit en 30 min.

aux ruines du château de Windeck, dont l'une des tours renferme une salle d'armes.

4 7/10 mil. Bûhl (hôt. la Poste), ch.-l. de cM V. de 2817 hab. (280 juifs), industrielle et commerçante dont les environs ont été surnommés das goldene Land ou la Terre d'or.

Son église est la plus ancienne de cette partie du duché de Bade. Le Buhlotbach descend de la belle vallée de Bûhl qui communique , par Herrenwiese, avec celles de Geroldsau et de la Murg (V. pour cette belle et intéressante excursion très-recommandée, la R. 5, § 16, Bade et ses environs). Les vignobles de cette vallée produisent l'excellent vin rouge connu sous le nom d'Affenthaler. Lev. d'Aflenthal est situé à la dr. du chemin de fer, entre Bilhl et

5 3/10 mil. Steinbach (hôt.

Stern), V. de 2054 hab., où est né Erwin, l'architecte de la cathédrale de Strasbourg. Le 29 août 1844, le sculpteur Friedrich, de Strasbourg, a élevé, à la mémoire d'Erwin, une statue en pierre sur une hauteur voisine de Steinbach, d'où l'on découvre la cathédrale de Strasbourg. Derrière Steinbach, les ruines du château d'Yburg (F. R. 5, § 11) couronnent une montagne boisée. On découvre déjà la tour du Mercure.

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