PAR LA RIVE DROITE
45 min. — Route de voitures. On peut, pour se faire conduire à la chute du Rhin, prendre les omnibue qui font un service régulier de la gare aux
hôtels Schweizerhof et Bellevue, tous deux recommandés (1 fr. par personne).
A 15 min. de Schaffhouse on laisse à dr. sur la hauteur le château de Charlottenfels, puis, s'éloignant du Rhin , on se dirige au S. 0. sur Neuhausen (aub. Zum Rheinfall), v. de 1000 hab. , situé à 413 mèt. tout près de la chute et possédant divers établissements industriels. Au lieu «le s'y arrêter, il faut aller directement soit à l'hôtel du Schweizerhof ,soità l'hôtel Bellevue, d'où l'on voit non -seulement la chute du Rhin dans son ensemble, mais la chaîne des Alpes.— De ces hôtels on descendra au petit château de Wœrth (hôtel , chambre obscure, 75 c), bâti vis-à-vis de la chute sur un rocher qu'un pont relie à la rive dr. du fleuve. Si l'on ne veut pas traverser le Rhin en bateau pour aller au château de Lauffen, il faut monter près des usines de fer (beau point de vue), puis près des écluses (autre point de vue) à la fabrique de voitures de Neuhausen, d'où l'on gagne le pont du chemin de fer sur lequel une voie a été réservée aux piétons.
Immédiatement au-dessous du pont de Schaffhouse, le cours du Rhin est troublé par une multitude d'écueils qui se succèdent sans interruption jusqu'à Lauffen, nom donné à la cataiacte dans la Suisse allemande. Parvenues en cet endroit, les eaux se précipitent d'une hauteur qui varie de 16 à 20 mèt. , sur une largeur de 100 mèt., entre la colline de Bohnenberg, du côté des gorges de Neuhausen, et celle du Kohlfirst, au N. E. du cbâte* de Lauffen ; puis , repreo belle teinte azurée, elleà couler paisiblement
La largeur du fleuve au-dessus de la cataracte est de 100 mèt. La cataracte tombe de 15 à 16 mèt.
sur la rive dr. et de 20 mèt. env.
sur la rive g. Cette différence provient de l'inégalité de la barre. En comptant les rapides qui la précèdent , la chute est de près de 33 mèt.
« Qu'on se représente, dit Mme Roland, tout le fleuve, dans la plénitude de sa majesté, tombant à la fois de 70 ou 80 pieds, comme une mer d'écume jaillissante ; trois roches, couronnées de quelque verdure , interrompent le cours de cette vaste nappe d'eau , de ce torrent de neige ; le fleuve irrité bat leurs flancs avec furie, les sape, les amincit, et multiplie ses chutes par les jours qu'il se fait au milieu d'elles ; il tombe avec un fracas qui répand l'horreur, et dont toute la vallée retentit ; l'onde brisée s'élève en vapeurs où se joue le brillant iris. »
Le Florentin Poggio, littérateur italien du x# s., qui accompagna le pape au concile de Constance, en qualité de secrétaire, est le premier auteur qui fasse mention de la chute du Rhin. « Le fleuve, ditil, se précipite entre des rochers avec une telle lureur et un tel fracas, qu'on dirait qu'il déplore luimême sa cbute.
aAu-dessoubs de Schaffhouse , dit Montaigne, le Rhin rencontre un fond plein de gros rochiers, où il se rompt, et, au-dessoubs, dans ces mesmes rochiers, il rencontre une pante d'environ deux piques de haut, où il faict un grand sault, escumant et bruiant est rangement.
Cela atteste le cours des bateaux et interrompt la navigation de laditte rivière. »
Il n'est pas sans intérêt aujour-
d'hui de comparer ce petit nombre de lignes froides et sèches que les notabilités littéraires des siècles précédents ont consacrées, comme en passant, à cette grande et belle scène de la nature, avec les longues et pompeuses descriptions qu'en ont faites nos écrivains modernes. On a peine à croire qu'ils parlent du même objet. Selon l'expression d'un touriste du xix* s., la nature n'était pas encore inventée au temps où vivait Montaigne.
On peut se faire conduire et monter sur le rocher principal , qui divise la chute en deux grandes parties et que surmonte l'effigie de Guillaume Tell ; mais il faut avoir la tête sûre pour tenter cette ascension (5 fr. pour une ou deux personnes. 1 fr. 50 c. par personne s'il y en a plus de trois). Des bateaux passent d'une rive à l'autre (90 c. par personne s'il n'y en a que deux, 30 c.
s'il y en a plus de trois).
C'est surtout la nuit, au clair de lune , que la chute du Rhin produit l'effet le plus saisissant.
Les heures les plus convenables de la journée sont (pendant l'été) de six à huit heures du matin et de trois à quatre heures de l'aprèsmidi, car les rayons du soleil forment alors sur la chute de magnifiques arcs-en-ciel. En général , le volume d'eau est plus considérable aux mois de juin et de juillet. Le bruit de lacataracte s'entend la nuit, par un temps calme, à 1 h. 30 min.
et même plus loin, surtout du côté de la rive zuricoise, quand le vent le porte. — On a dit souvent que des bateaux avaient descendu la chute du Rhin sans être brisés en morceaux; il n'en est rien. Les saumons ne, la remontent pas plus que les bateaux ne la descendent, mais