CM
Cette grande division de la Cryptogamie comprend les Fougères, les Lycopodiacées, les Equisétacées et les Rhizocarpées; ces dernières n'intéressent pas la médecine.
FOUGERES
Les Fougères (Filices) sont des Cryptogames acrogènes, pourvues d'organes analogues à des feuilles distinctes et qui ont reçu le nom de Frondes. Simples ou, plus ordinairement, divisées, ces frondes portent les organes de la reproduction asexuée, qui sont des Sporanges presque toujours groupés sur leur face inférieure ou leurs bords. Ces sporanges, abrités ou non par un Indusium, ne sont pas renfermés dans un Sporocarpe (comme il arrive dans les Rhizocarpées); et les spores donnent ordinairement naissance à un prothalle bien développé, portant ou les Anthéridies, ou les Oosporanges, ou à la fois les unes et les autres.
Polypodes
Le Polypodium vulgare L. (fig. 1-3) est une de nos Fougères les plus répandues et les plus employées en médecine. C'est \ePolypode de chêne, P. commun, Fougerolle, Arglisse sauvage, Réglisse des bois, Fougère- Réglisse. Vivace et haute de 2 à 5 décimètres, cette plante a un rhizome mince, traçant, charnu et chargé d'écaillés brunes et scarieuses. Il porte inférieurement des racines adventives, et supérieurement des frondes aériennes, alternes, pétiolées, dont le limbe, enroulé primitivement en crosse, a, dans son ensemble, la forme ovale-lancéolée et est pinnatipartite ; les segments alternes, un peu confluents à leur base, le long de la nervure
médiane, oblongs-laneéolés, obtus ou aigus, entiers ou dentés. Les infé-
Fig. 1. — Polypodium vulgare. Port, rieurs sont profondément pinnatilobés dans le P. caiabricum L., qui
i TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.
n'est qu'une variété de cette espèce. De la nervure principale naissent, dans les segments, des nervures secondaires, bi- ou trifurquées, dont les divisions sont épaissies et translucides au sommet et n'atteignent pas les bords de la fronde. C'est sur la plus courte de ces divisions que s'insèrent, à la face inférieure de la fronde, les amas de corps reproducteurs ou Sores (fig. 2, 3), arrondis, disposés par suite sur deux rangées parallèles à la nervure moyenne du segment, et formés de sporanges tous semblables entre eux.
Chaque sporange (fig. 2. 3) est un sac pyriforme, supporté par un pied
rétréci, et dont la paroi membraneuse et fragile, formée de phytocystes inégaux et irréguliers, s'épaissit sur un de ses bords, dans les deux tiers environ de son étendue, en une sorte de rachis arqué, désigné sous le nom A' Anneau, et formé de phytocystes superposés en une longue série, dont les parois ont subi une modification particulière.
Sur un bord, cette paroi est demeurée mince et
Fig. 2. — Poli/podium vulgare. Sore.
fragile; mais au côté interne de l'anneau, la paroi opposée s'est épaissie, s'incrustant d'une matière brune et dure dans toute sa hauteur. La même incrustation s'est produite dans les cloisons qui séparent l'un de l'autre deux phytocystes successifs de l'anneau; et la couche incrustée y est d'autant plus épaisse qu'elle se rapproche davantage de la face profonde. Il en résulte une sorte d'U, à branches atténuées à leur sommet, qui demeurent à peu près parallèles tant que les phytocystes de l'anneau sont gorgés de liquide. Mais celui-ci diminuant lors delà complète maturité du sporange, les portions membraneuses des phytocystes s'affaissent et permettent aux branches de l'U de se rapprocher. La conséquence est le redressement du rachis que représente l'anneau; ce qui amène la déchirure des parois membraneuses latérales du sporange, surtout vers un point plus faible que tous les autres et qu'on a nommé Stomium.
La déliiscence du sporange une fois produite de la sorte, les Spores (fig. 7) qu'il contenait s'échappent (fig. 3, 11, 25, 33), projetées parfois assez loin, élastiquement et comme par saccades. Elles sont ovoïdes, de couleur brune, au nombre d'une soixantaine dans chaque sporange. Leur paroi est double : un Exospore ferme, coloré, cassant, et un Endospore membraneux, incolore, doué d'une certaine extensibilité.
Une fois mises en liberté, les spores du Polypode, comme celles des Fougères en général, si elles sont placées dans des conditions favorables de température et d'humidité, absorbent de l'eau, et leur endospore aug-
Fig. 3. — Polypodium vulgare. Sore, coupe longitudinale.
mente de volume. 11 presse contre l'exospore qui se brise, et par la solution de continuité, l'exospore fait hernie et s'allonge graduellement en un tube qui bientôt se cloisonne, et en travers et en long. Peu à peu,
Fie. i. — Prothalle de Fougère, en voie de développement (Luerssen).
^ÉHHk é?r
Frc. 5. — Prothalle de Fougère, adulte et vu par la face inférieure.
et par des multiplications successives de phytocysles, il se constitue un Prothalle ((îg. 4, 5), en forme de lame verte, à peu près cordiforme, échancrée en avant et parfois aussi en arrière, épaissie au centre et membraneuse vers les bords. Cette lame présente une échancrure anté-
Heure qui répond à son point végétatif: c'est là qu'on voit ses phytocystes constituants plus nombreux, plus petits et en voie de division. Appliqué sur le sol par une de ses faces que nous nommerons l'inférieure, le prolhalle produit là des poils, ou phytocystes-tubules, qui jouent le rôle de racines (Rhizines, Rhizoïdes), et puisent dans le substratum des liquides et des aliments. Bientôt, sur cette même face, pourvu qu'elle soit soustraite à l'action de la lumière, se forment des organes reproducteurs, les uns mâles et les autres femelles. On a pu, en exposant la face supérieure du prothalle à l'obscurité et en éclairant sa face inférieure, faire développer au-dessus et non en dessous ces mêmes organes reproducteurs.
Les organes femelles sont situés vers l'échancrure antérieure du prothalle, et en petit nombre. Ce sont, à leur état adulte, comme de petits puits renversés (fig. G), dont le fond est enchâssé dans le prothalle et dont la portion libre proémine en dessous de lui. Cette dernière portion est
Fig. 6. — Oosporanges de Fougère, contenant, au fond de leur canal, l'oosphère à deux états différents.
Fig. 7. — Série des développements des spores d'une Fougère. États successifs, a, b, c, d (Sachs).
formée par quatre séries superposées de quatre phytocystes arqués, limitant un canal dont le sommet finit par s'ouvrir en bas, par écartement des phytocystes de la série apicale. Sa cavité est occupée par trois autres phytocystes inégaux et superposés. Les deux plus voisins de l'orifice sont destinés à se résoudre en un mucilage dont le gonflement détermine l'ouverture du puits; ce mucilage servira d'ailleurs ultérieurement de supporl aux agents fécondateurs, lorsqu'ils se dirigeront vers l'organe à féconder. Celui-ci occupe le fond du puits; c'est un gros phytoblaste auquel on donne le nom d'Oosphère. L'oosphère doit devenir YOospore; de sorte que le réservoir dans lequel elle est enfermée est, pour nous, VOosporange, comme le sporange est la cavité qui contient les spores. On le nomme aussi généralement Archégone.
Les organes mâles se trouvent en arrière des oosporanges, vers le point du prothalle où naissent les rhizines. Ce sont des sacs ovoïdes ou
arrondis, à paroi formée d'une seule couche de phytocysles et à contenu constitué par d'autres phytocystes, plus nombreux et plus délicats; chacun d'entre eux renfermant un corps fécondateur mobile, nommé Anthérozoïde. De là le nom d'Anthéridies donné à ces sacs. A leur état parfait, ils se déchirent à leur sommet en étoile; les petits phytocystes contenus sortent en tournoyant dans un liquide; puis ils s'ouvrent et laissent échapper leur anthérozoïde, qui nage sous forme d'un ruban spirale, à extrémité postérieure atténuée en pointe, à portion antérieure munie de longs et nombreux cils vibratiles (fig. 21). Chaque anthérozoïde traîne avec lui un globule hyalin dont l'origine et les fonctions ne sont pas encore bien connus. Un certain nombre de ces anthérozoïdes progressant entre la face inférieure du prothalle et la surface humide du sol, parviennent jusqu'à l'orifice béant de l'oosporange. A ce moment, le canal de ce dernier est tout rempli du mucilage dont nous connaissons l'origine et dont une portion fait même saillie, sous forme d'une grosse goutte, au dehors de l'orifice qui s'est porté plus ou moins de côté. Les anthérozoïdes pénètrent dans le canal, arrivent à l'oosphère et se mêlent à sa substance; ce qui assure sa fécondation. L'oosphère se recouvre alors d'un phytocyste cellulosique et devient l'oospore qui esl apte à germer.
Par son développement, l'oospore devient une petite plante, un petit pied de Fougère, qui n'a plus qu'à grandir pour constituer un Polypode tel que celui que nous avons examiné au début. Avant même que le prothalle qui la renfermait se soit entièrement détruit, cette Plantule possédait une courte tige, une ou plusieurs racines adventives et une ou quelques frondes. Celles-ci prennent peu à peu les caractères de l'état adulte, jusqu'au jour où leur face inférieure sera en mesure de produire des sores.
Le prothalle possédant à la fois des organes mâles et femelles, appartient donc à un mode de reproduction sexuée du Polypode ou des autres Fougères. Les frondes ne produisant que des spores, sans agent fécondateur mâle immédiat, représentent un mode de génération asexué. Il y a donc dans le Polypode, comme dans les Fougères en général, alternance des générations.
Le Polypodiam vulgare est très commun dans la plus grande partie de l'Europe, principalement dans les bois, sur les roches, les murs, les toits de chaume. On emploie, sous le nom de racine, son rhizome qui, entier et récent, est couvert d'écaillés jaunâtres; mais elles sont tombées pour la plupart du rhizome sec, qui est de la grosseurd'un tuyau de plume, comprimé, cassant, tuberculeux sur celui des bords qui répond à l'insertion des frondes, uni sur l'autre bord qui porte cependant quelquefois des restes de racines. Sa surface extérieure est brune ou jaunâtre, et il esl verdàtre d'abord à l'intérieur, avec une odeur légèrement désagréable et une saveur d'abord douce et sucrée, puis acre et nauséeuse. Il contient
une matière sucrée, et abandonne, par l'action prolongée de l'eau bouillante, un extrait mucilagineux, gélatineux et amer. Son infusion alcoolique est beaucoup plus sucrée que l'infusion aqueuse; elle renferme de
I'ig. 8-11. — Ceterach ofjicinarum. Port. Segment de fronde, vu en dessous.
Sore. Sporange déhiscent.
la glycyrrhizine, des sels alcalins, de l'oxyde de fer. On peut extraire de cette plante de la mannite, une huile grasse, une substance résineuse et une sorte de glu. Le rhizome entre dans la composition de l'Electuaire lénitif (E. de séné composé) et de l'E. catholicum (E. de rhubarbe composé). Il est astringent à faible dose, évacuant à dose plus élevée.
C'est un purgatif doux, utile surtout pour les enfants. Ou l'a recommandé comme ascarieide, anticatarrheux, antiasthmatique; on l'emploie communément dans les campagnes contre les bronchites invétérées.
Le Polypodium Calaguala R. et Pav., du Pérou, produit la véritable Souche de Calaguala, jadis usitée en médecine, vantée comme sudorilique, antisyphilitique, anthelmintique, et à laquelle on substituait les rhizomes du P. crassifolium L. et de VAcrosliclium Huacsaro R. et Pav., puis le P. adianti forme Forst. et VAspidium coriaceum Sw., ou même une phanérogame de la famille des Balanophoracées, le Cynomorium coccineum ou Fungus melitensis (Champignon de Malle).
Le P. perçus sum Cav.. du Brésil, passe pour tœnicide ; le P. inorbilhsum Presl, de Java, pour tonique; le P. lycopodioides L., du Mexique, pour astringent et diaphorétique. Les P. quercifolium L., Rhedii Kost., suspensum L. sont indiqués dans les traités classiques comme vermifuges ; le P. taxifolium L., comme emménagogue, etc.
Ceterach
Les Ceterach sont des fougères à frondes garnies de poils et d'écaillés scarieuses, protégeant en partie les sores. Ceux-ci sont oblongs ou linéaires, disséminés sur la face inférieure de la fronde, avec ou sans ordre. On n'emploie chez nous en médecine que le C. officinarum W. (Asplenium Ceterach L. — Grammitis Ceterach Sw. — Gijmnogramma Ceterach Spreng.), vulgairement nommé Daurade, Doradille d'Espagne, Herbe dorée (fig. 8- H). C'est une herbe peu élevée (5-20 cent.), à rhizome peu développé, à frondes disposées en cuvette, puis étalées, pinnatiparlites, avec des segments alternes, obtus, épais, confluents, verts en dessous, chargés sur cette face d'écaillés grisâtres, finalement roussàtres, plus ou moins dorées, scarieuses et brillantes. Ces écailles sont ovalesaiguës et insérées par un point étroit, situé à une certaine distance de leur base arrondie, de façon à être comme feutrées. Les sores sont étroits, atténués aux deux extrémités, et les sporanges sont lisses et d'un brun noirâtre. Cette plante est assez commune dans presque toute la France, sur les vieilles murailles et les rochers ombragés. Elle est béchique, astringente, diurétique, et on l'a vantée contre la gravelle et un grand nombre de maladies des voies urinaires. On la préconise, en décoction dans l'eau de forgeron, contre les engorgements de la rate et l'œdème qui accompagne ou suit les fièvres intermittentes (Cazin).
Pteris Les Pteris sont des fougères â frondes plus on moins divisées et «tout
les sporanges naissent disposés en bandelettes longitudinales continues, tout près des bords brusquement amincis des divisions de la fronde. En dehors de leur ligne d'insertion, le bord atténué de la fronde se réfléchit sur les bandelettes de sporanges et leur constitue une indusie continue, libre par son bord interne.
Le P. aquilina L. (Fougère à l'aigle, F. impériale, Feuchière) (fig. 12, 13) est la plus commune, chez nous, des espèces de ce genre et c'est le type d'une section à laquelle on a donné le nom de Pœsia, caractérisée par un indusium plus ou moins dédoublé. C'est une grande plante vivace (haute de 5-18 décimètres), à rhizome traçant, à peu près horizontal; à frondes annuelles très grandes, pétiolées. Certaines coupes obliques du pétiole
Fig. 12. — Pteris aquilina. Schéma du développement de la génération asexuée sur le prothalle p; f, pied; b, sommet de la tige, w, racine; v, feuille (Hofmeister).
Fig. 13. — Pteris aquilina. Coupe longitudinale du prothallc, en voie de développement, montrant ses divers points végétatifs. Mêmes lettres que dans la figure 12 (Hofmeister).
laissent voir la figure des faisceaux ligneux bruns, rappelant par leur disposition l'image d'un aigle à double tète. Le limbe, dont l'ensemble est ovale-triangulaire, coriace, d'un beau vert, est bi-tripinnatiséqué, avec les segments opposés, pétiolulés, ovales-lancéolés ou triangulaires; les lobules entiers, très rapprochés, pubescents, surtout en dessous et sur leur ligne médiane, à bord réfléchi constituant l'indusie mince et grisâtre, à cordons épais de spores brunes très nombreuses et plurisériées. Cette belle espèce est très abondante dans toute la France, dans les bois, les champs sablonneux, surtout dans les terrains siliceux des landes, dunes, etc. Elle doit son nom spécifique à cette figure d'aigle héraldique qu'on obtient en coupant son rhizome et même ses pétioles. Ces coupes nous montrent un épiderme, un sous-épiderme, un parenchyme fondamental à phytocystes
gorgés de fécule et dans lequel se développent les faisceaux fibrovasculaires et ce qu'on a nommé les Cordons sombres. Ceux-ci sont au nombre de deux, en forme de croissants qui se regardent par leur concavité. Ils sont formés de phytocystes devenus scléreux et chargés de ponctuations croisées, qui donnent au rhizome une grande solidité. Les faisceaux fibro-vasculaires se joignent à eux pour compléter la figure d'oiseau à laquelle nous faisions allusion : les plus petils se groupant en une sorte de couronne autour des faisceaux sombres, et les deux plus gros, en dedans et presque accolés l'un à l'autre. Ce rhizome n'a pas, quoiqu'on l'ait dit, les propriétés tamicides de la Fougère mâle; il n'est qu'astringent et sert, comme tant d'autres, au tannage des cuirs. La poudre du rhizome, sans doute à cause delà fécule qu'il contient, a pu servir à faire un mauvais pain dans les temps de disette. C'est une plante riche en sels de potasse et dont la cendre a été utilisée en verrerie. Les feuilles s'emploient à fumer et à écobuer les terres, à faire des litières, à emballer les fruits et le poisson.
Il y a en Amérique un P. caudata L., et en Polynésie un P. esculenta Forst., dont les indigènes mangent les souches grillées et en préparent un pain grossier, d'ailleurs fort peu nutritif. Le P. indica S\\\, le Bali d'Amboine, a des jeunes pousses comestibles. Au Brésil, les P. pedata Sw. et leptophyllaRM)B.', aux Antilles, le P. arachnoïdes Kaulf. sont employés, dit-on, comme pectoraux.
Adiantum
Les Adiantum sont des fougères dont les frondes sont complètement partagées en segments irrégulièrement quadrilatéraux ou presque triangulaires, à bords libres prolongés cà et là en lobes membraneux, arrondis ou oblongs, qui portent les sores sur une de leurs faces, laquelle se replie suivant sa base, de façon à venir s'appliquer par sa face sorifèro sur la face inférieure de la foliole.
L'A. Capillus Veneris L. est le Capillaire de Montpellier (de;. 14-16). C'est une fougère à rhizome mince et à frondes délicates, molles, bipinnatiséquées, hautes de 1 à 3 décimètres, à pétioles et péliolules grêles, capillaires, noirâtres, avec les folioles à peu près aussi larges que longues, insymétriquement quadrilatérales, cunéiformes et entières à la base, arrondies vers le sommet, lobulées dans les frondes sorifères, tandis que dans les frondes stériles, elles sont en haut dentées en scie, avec des veinules ténues, bifurquées et dont les divisions atteignent les bords. Le pétiole est grêle, très long, lisse, luisant, noirâtre et nu dans sa moitié inférieure ou davantage. Les sporanges sont petits, nombreux, courtemenl stipités, arrondis au sommet. Celle plante a une odeur douce et faible,
agréable. Elle croît dans les portions chaudes de la France, sur les rochers ou les murs humides et ombragés, dans les grottes, les puits, an bord des fontaines. On la trouve dans une grande partie de l'Europe. Le Capillaire du Canada est généralement préféré au précédent pour
Sè\.<z\
Fie 15. — Adiantum Capillus Veneris.
Portion de fronde.
FiG. 14. — Adiantum Capillus Veneris. Port du sommet d'un rhizome feuille (réduit environ de moitié; (Marchand).
Fie. 16. — Adiantum Capillus Veneris. Foliole ; deux lobules sorifères étalés et renversés.
l'emploi médical; c'est Y Adiantum pedatum L. (fig. 17-18). Ses frondes peuvent atteindre un demi-mètre de hauteur. Elles ont de longs pétioles lisses, d'un rouge brun, et des divisions pédalées, c'est-à-dire dichotomes avec des ramifications du côté interne seulement. Celles-ci portent dans
l'ordre distique les folioles qui son! oblongues, en forme de parallélogramme irrégulier ou de triangle scalène; les deux bords inférieurs entiers, et le supérieur lobé, incisé en quelques plaques semi-circulaires ou oblongues, qui portent les sporanges et sont rabattues avec eux sur la foliole. Ces folioles sont glabres, douces au toucher, d'un vert gai, à odeur faible mais assez agréable et à saveur douceâtre ou légèrement styplique.
L'A. tenerum L., du Mexique, a été substitué au précédent alors qu'il faisait défaut dans le commerce de la droguerie. Il a des pétioles solides, longs (50 cent, à 1 m.), très ramifiés et
noirs. Ses folioles sont alternes, rhomboïdales
ou trapézifornies, d'un vert foncé et sombre,
fermes et se détachant facilement par leur base.
Les deux bords les plus éloignés du pétiolule sont
peu inégaux, souvent continus l'un avec l'autre,
incisés et pourvus de sores sur leurs divisions repliées. Cette espèce est d'ailleurs à peu près aussi
aromatique que la précédente.
Au Cap, on emploie aux mêmes usages YA-
diantum œthiopicum L.; aux Antilles, les A.
fragile Sw., trapezi forme L., macrophyllum
Sw., cristatum L.,falcatum Sw., caudatum L., villosum L. et radia-
tum L.; dans l'Inde, VA. melanocaulon W.L'A. fragile Sw. a élevante
contre la consomption et les
ulcérations pulmonaires. Les
A. pentadactylon Langsd.
et cuneatum Langsd., du
Brésil, se substituent, sous
le nom à'Avençaô, à YA.pe-
datum. Tous ces Capillaires
sont pectoraux, diaphoré-
tiques, aromatiques, parfois
un peu amers ou styptiques,
probablement fort peu actifs, mais cependant encore
très fréquemment prescrits,
à l'état d'infusion, de décoction, de sirop, principalement dans les affections inflammatoires des bronches, alors qu'on désire modifier la nature de leurs produits sécrétés. Le C. du Canada fait partir
du Sirop des chantres ou d'Erysimum composé du Codex.
Fig. 17. — Adiantum pe~ datum. Portion de fronde.
Fig. 18. — Adiantum pedntum. Foliole; deux lobules sorifères étalés et renversés.
Fougère mâle
Adanson a attribué en 1763 la Fougère mâle (fig. 19-28), \cPolypodium Filix-mas L., à un genre Dnjopteris qui a été appelé depuis [1803] Nephrodium. C'est donc le D. Filix-mas Schott (Nephrodium Filix-
Fig. 20. — Dnjopteris Filix-mas. Lobes de fronde fructifère.
Fie. 19. — Dnjopteris Filix-mas.
Jeune plante.
Fig. 21. — Dnjopteris Filix-mas.
Anthérozoïdes.
mas Rich. — Aspidium Filix-mas Su. — Polystichum Filix-mas Roth. — Lastrœa Filix-mas Presl). C'est une herbe vivace, dont le rhizome, à peu près horizontal et plus ou moins relevé vers son sommet, paraît épais de 6-8 centimètres environ, parce qu'il est tout entouré des bases des frondes qui persistent avec plus ou moins d'obliquité à sa surface. Il est, en outre, tout chargé de Ramenta, c'est-à-dire d'écaillés allongées, aplaties, scarieuses, translucides, d'un brun doré, qui se détachent graduellement du rhizome, à partir de sa base. De très nombreuses racines adventives, cylindriques, filiformes, légèrement ramifiées, d'un brun foncé, naissent du rhizome et descendent en passant entre les bases des frondes.
Les frondes sont dressées, pétiolées, naissant du rhizome dans l'ordre alterne. Quand elles sont jeunes, elles sont fortement enroulées en crosse cl chargées aussi de rameuta. Epanouies, elles ont un limbe ovale-
d&iïm m
Fie 22. — Coupe verticale d'un lobe de fronde de Dnjopteris Filix- nas, passant par le centre d'un sore (Sachs).
oblong et atténué au sommet (long d'un demi-mètre ou plus), donl le rachis est d'un brun pâle, tout chargé de poils. Il est pinnatipartite. Ses lobes sont nombreux, alternes, à peu près sessiles sur le rachis, linéaires-
FiG. 23. — Sporange jeune de Dnjopteris Filix-mas, avec cavité sporigène (Sachs).
Fig.24.. — Sporange de Dnjopteris Filix-mas, à peu près mùr et portant une glande latérale (Sachs).
Fig. 25. — Sporange de Dnjopteris Filixmas, au moment de la déhiscence.
oblongs, à base tronquée, à sommet atténué. Il sont d'autant plus courts qu'ils sont plus élevés sur le rachis; et ceux de l'extrême sommet sonl confluents. Chacun d'eux est découpé jusque vers le milieu de la moitié de sa largeur en grandes dents qui sont presque entières ou dentéescrénelées. Ses deux faces sont glabres, lisses, et leurs veines sonl
simples ou fourchues. Leur face inférieure porte deux séries parallèles de sores(fig. 20), peu nombreux (4-6 sur chaque série), orbiculaires, qui consistent en sporanges pyrilbrmes, légèrement comprimés, stipités, très petits, bruns, avec un anneau longitudinal qui occupe la moitié ou les trois quarts de leur bord, et qui, se redressant avec élasticité, produit le déchirement transversal de la paroi du sporange. Du centre des sporanges se détache une colonne dont l'extrémité supérieure se dilate en un indusium qui doit recouvrir et protéger le sore (fig. 22). Cet indusium n'est pas circulaire, comme celui des Aspidium, parce que du côté inférieur, il présente un pli radial déprimé qui aboutit à une échancrure du bord de l'indusium, adhère à son pied, et rend l'indusium réniforme (fig. 20). Sa consistance est membraneuse; sa coloration grisâtre ou un peu violacée. Les spores, très petites, très nombreuses, ovoïdes, brunes, sont lisses, réticulées. Quand elles germent, elles donnent naissance à un prothalle obcordé-réniforme, plat, vert, qui porte en avant, vers l'échancrure, quelques oosporanges, et plus en arrière d'assez nombreuses anthéridies et des rhizines.
Le Dryopteris Filix-mas esl une de nos plus communes fougères. On le trouve en abondance dans les bois, sur le bord des fossés, dans les landes ombragées. Il croît dans toute l'Europe, dans les portions tempérées de l'Asie, dans l'Afrique septentrionale et australe, dans l'Amérique du Nord et les Andes de l'Amérique du Sud. 11 présente dm variétés et des formes Ires nombreuses, reliées au type par de nombreuses transitions et qui ont reçu les noms de abbrevialum, eloncjatum, affine, pitmilum, Borreri.
La- partie usitée est le rhizome (fig.26-28). Sa structure est relativement peu compliquée. Entièrement parenchymateux au début, il présente un épidémie et un sous-épiderme qui devient plus ou moins épais et brun. Intérieurement, le parenchyme, formé de phytocystes légèrement polyédriques et contenant beaucoup de grains de fécule, est parcouru par une dizaine de faisceaux fibro-vasculaires, sans compter un grand nombre de beaucoup plus petits faisceaux qui sont extérieurs aux précédents. Les bases des frondes ont une organisation analogue; mais leurs faisceaux sont ordinairement au nombre de huit. Il y a dans les phytocystes du parenchyme, outre la fécule, des granulations jaunâtres ou brunes de substance tannique et des gouttes d'huile. On ne doit employer en médecine que la portion du rhizome où le parenchyme est suffisamment jeune pour présenter une teinte jaune verdâtre. En ces points, Schacht a montré qu'il y a de petits et de grands espaces intercellulaires dans lesquels proéminent quelques glandes stipitées, globuleuses et verdâtres. nées des parois des phytocystes qui limitent les méats. Elles laissent exsuder, alors que leur développement est complet, un fluide vert qui, dans les coupes plongées dans la glycérine, se solidifie en cristaux aciculaires, formés, dit-on, d'acide filicique. coloré par de la chlorophylle et de
l'essence. On ne trouve pas ces glandes dans la plupart des Fougères qui ont été substituées à la F. mâle, quoique M. Fluckiger les ait rencontrées aussi dans VAspidium spinulosum S\v. Il y a des glandes analogues entre
Fie. 2(5. — Dnjopteris Filix-mas. Rhizome.
les écailles qui recouvrent la portion végétante du rhizome, et on en observe même parfois sur le pied des sporanges (fig. 24) ; mais elles ne sécrètent pas de liquide vert. Quand, avec l'âge, c'est-à-dire après l'effort de la végétation, les glandes du parenchyme se flétrissent, deviennent de couleur jaunebrun et ne produisent plus de substance verte, la Fougère mâle perd ses propriétés actives; de sorte qu'il faut récolter son rhizome, du commencement de l'été à Ja fin de l'automne, avant qu'il n'ait perdu, dans sa portion parenchym ateuse, Fig. 27. — Dnjopteris Filix-mas.
sa coloration verdàtre et ses principales Sommet du rhizome, coupe Ion-
r r gituuiiialc (Sachsj.
qualités. C'est jusqu'ici l'éther seul qui
enlève au rhizome toutes ses matières actives : une huile grasse et verte,
une essence volatile, de la résine, du tannin et du sucre. De l'extrait
éthéré, dont un rhizome peut donner environ 8 p. 100, il se dépose une
substance cristalline cl granuleuse, qu'on a nommée Acide filicique
(Luck). La portion verte de l'extrait a reçu le nom de Filixoline et produit par la saponification deux acides. Les rhizomes perdent peu à peu, en se desséchant, toutes leurs propriétés; il faut donc en renfermer hermétiquement la poudre ou en préparer l'extrait éthéré aussi peu de temps que possible après leur récolte. Dans ces conditions, l'extrait éthéré de Fougère mâle est peut-être le meilleur remède qu'on connaisse contre les helminthes cestoïdes en général, contre les Tœnias en particulier.
sA^ 0\v-< )rO\ s^%\i
Fig. 28. — Dryopteris Filix-mas. — Faisceau fibro-vasculaire du rhizome.
On a substitué à la Fougère mâle, la Fougère femelle et les Aspidium spinulosum S\v. et Oreopteris Sw., mais ils n'en ont pas les propriétés. Les Aspidium se distinguent des Dryopteris en ce que leurs indusies sont orbiculaires, sans repli ni encoche qui les rende réniformes, et aussi en ce que les bases des frondes portées par leurs rhizomes sont pourvues de deux faisceaux fibro-vasculaires, tandis qu'il y en a huit dans le Dryopteris. Ces faisceaux ont ici la même structure que dans les Fougères en général : ce sont, comme ceux des Monocotylédones, des faisceaux fermés. Ils ont une coupe transversale (fig. 28) à peu près
elliptique. Au voisinage des deux foyers de l'ellipse se trouvent quelques trachées, puis, suivant le grand axe, de dedans en dehors, des vaisseaux dits scalariformes. des phytocystes grillagés et des phytocystes libériens mous et séveux. Une gaine protectrice générale enveloppe tout le faisceau. La découverte des vaisseaux spirales des Fougères, revendiquée par plusieurs auteurs modernes, date en réalité de Malpighi (1687).
Asplenium.
Le genre Asplenium est caractérisé par des sporanges allongés, ovales ou linéaires, solitaires ou épars sur les nervures secondaires des frondes, ou plus rarement presque régulièrement bisériés. Les sores sont protégés par une indusie qui devient libre par son bord interne, tandis que son bord externe demeure adhérent et sert comme de charnière à l'indusie qui se relève et se renverse en dehors. Les segments de la fronde sont d'ailleurs plus courts vers sa base et son extrémité que vers son milieu.
Le plus simple de nos Asplenium utiles a des frondes une seule fois pinnatiséquées. C'est VA. Trichomanes L. (fig. 29). De son court rhizome s'élèvent des pétioles grêles, lisses, d'un noir plus ou moins pourpré, convexes en dessous,aplatisen dessus oùilsontbordésd'une aile très courte, finement crénelée. La lame de la fronde est découpée de nombreux segments ovales, arrondis, finement dentelés ou rarement incisés, qui commencent près de la base du pétiole. Suivant les nervures, dont les secondaires ne sont pas épaissies à leur sommet qui n'atteint pas les bords du limbe, se voient, sur la face inférieure, les sores linéaires, bisériés, obliques, distincts d'abord, puis confluents vers le centre. VA. Petrarchœ est une variété à rachis pubescent, observée d'abord à la fontaine de Vaucluse. L'A. Trichomanes est le Capillaire rouge des officines et s'est substitué, dans les hôpitaux, à VA. pedatum; mais il a peu de parfum et doit être fort peu actif.
La Rue des murailles (Asi lenium Ruta muraria L.) porte encore le nom de Sauve-vie, Capillaire blanche (fig. 30). C'est une espèce qui appartient à une section du genre dans laquelle les frondes, par suite du racccur-
Fig. 29. — Asplenium Trichomanes. Port.
cissement successif de leurs segments, sont triangulaires et se rétrécissent graduellement de la base au sommet. C'est le plus petit de nos Asplenium, ses frondes n'ayant que de 2 à 12 centimètres de long; elles sont unibipinnatiséquées, épaisses, coriaces, à segments peu nombreux (3-7), avec des lobes obovales ou ovales-oblongs, entiers ou lobules. Les sporanges, disposés en quelques groupes linéaires, deviennent confluents au point de recouvrir presque toute la face inférieure des lobes. L'indusium se détacbe par son bord interne qui est finement frangé. Cette espèce est très commune, sur les rochers et les vieilles murailles, dans presque toute l'Europe. Elle a été vantée contre cent maladies : la gravelle, la diarrhée, les catarrhes des bronches, de la vessie, les hémoptysies, etc., mais elle ne paraît pas très digne de son antique réputation. Le nom d' Asplenium vient, selon Ray, de ce que :
(jitod adcersussplenis morbos efficaxsit.
<^\\^ S3ir ^c ^aP'^aire umr C^« Adiantum ni-
^iSÉM C!/^rlii^r' fJrum L-)(fig- 31-33) appartient à la même ïX)fép*^l t^"v 0^ section. Son rhizome cespiteux, logé dans MtesSaflBS-vIl^^jâ le sol ou dans les fentes des roches, supporte des frondes triangulaires-lancéolées, acuminées (longues de 1 à 3 décimètres), glabres, brillantes et d'un vert foncé en dessus, bi-tripinnatiséquées, à segments
lancéolés-aigus et généralement înultilo-
l"iG. 30. — Asplenium Ilula mur aria. Port.
bulés, décroissant graduellement de la base au sommet de la fronde. Les lobules simt atténués et entiers à leur base, dentés au sommet. Les sores sont linéaires, puis confluents et couvrent presque toute la face inférieure des lobes. L'indusium allongé a son bord interne entier et d'assez bonne heure libre. Le pétiole est aussi long que le limbe, lisse, luisant et inférieurement d'un brun noirâtre. LA. VirgiliiBoKï est une variété de cette plante, à lobes plus distants, plus étroits, plus finement découpés. C'est une herbe assez commune dans le centre, l'ouest et le midi de la France. Elle a joui d'une grande réputation en médecine, surtout contre les affections chroniques des reins, du foie et de la rate.
La véritable Fougère femelle, dont Linné avait fait un Polypodium, doit se rapporter aussi au genre Asplenium, après avoir été attribuée à un grand nombre d'autres (Aspidium Filix-fœmina Sw. — Cystopteris Filix-fœmina Coss. et Germ. — Athyrium Filix-fœmina Roth). C'est donc Y Asplenium Filix-fœmina Bernh. Par ses caractères extérieurs et son port, cette herbe (haute de 1/2 mètre à 1 mètre) rappelle beaucoup la Fougère mâle. Mais les segments de sa fronde, finement bi-pinnatiséquée, sont eux-mêmes pinnatiséqués, lancéolés, plus courts vers le haut et le
bas de la fronde que vers son milieu. Les sores sont linéaires, nombreux,
Fig. 31-33. — Asplenium Adiantum nigrum. Port. Pimutlc. Sporange.
plus ou moins confluents à la fin; el leur indusium, détaché par son bord
interne est, de ce côté, finement frangé. Les sporanges sont jaunâtres, puis bruns, plurisériés et très nombreux. Cette fougère est très commune dans presque toute l'Europe, parmi les bois bumides.
Son rhizome n'est guère utile en médecine,quoiqu'on l'ait aussi vanté comme vermicide. Ses frondes servent à tous les mêmes usages que celles de la Fougère mâle. Ses cendres sont riches en sels de potasse et sont employées dans les blanchisseries et les verreries. On dit que leur lessive sert aussi en Chine à préparer le vernis de certaines porcelaines.
Scolopendre.
Le Scolopendrium officinale Sm. (S.
officinarum Sw.), ou Langue de bœuf, L. de veau, L. de chien, L. de cerf, Herbe à la rate, est une herbe vivace, à rhizome épais et cespiteux, qui porte des frondes (fig. 34) alternes (longues de 1-4 décim.), pétiolées, oblongues ou oblongues-lancéolées, entières ou un peu érodées dans le type, diversement découpées en haut dans certaines formes qu'on cultive, à base cordée au-dessus de laquelle elles sont souvent un peu rétrécies, le plus souvent pourvues à cette même base de deux oreillettes obtuses, contournées en dedans; glabres, fermes, rigides, d'un vert clair. Le pétiole est plus court que le limbe et écailleux. La nervure médiane du limbe porte un grand nombre de nervures secondaires, parallèles, un peu obliques.
Les sores sont parallèles aux nervures secondaires et occupent tout ou portion de la largeur de la demi-fronde. Ils sont formés de nombreux petits sporanges noirâtres, stipités, disposés sur deux saillies linéaires, parallèles,
f/fj
Fie. 34.
nale.
— Scolopendrium offici- Frondc, l'ace inférieure.
séparées l'une de l'autre par un sillon. L'indusium est double, répondant au prolongement du bord libre de deux nervures secondaires; il se rabat sur une ligne de sporanges, sous forme d'une lame linéaire, membraneuse, translucide, et recouvre l'autre laine indusiale semblable, qui naît de l'autre côté de la sore. A un moment donné, ces deux lames cessent de s'imbriquer, se relèvent plus ou moins perpendiculairement au plan de la fronde; et les sporanges, mis à nu, s'ouvrent et projettent élastiquemenl leurs spores. C'est une plante assez commune en Europe, très abondante dans le sud et l'ouest de la France, assez rare aux environs de Paris, sauf dans les puits obscurs. On la trouve sur les rochers, au bord des chemins ombragés. Elle fait partie des Espèces vulnéraires suisses ou Thé suisse et du Sirop de Rhubarbe ou de Chicorée composé. Elle s'emploie verte ou sèche. Les a iciens la préconisaient contre les obstructions de la rate et du foie, la diarrhée, la dysenterie, les catarrhes pulmonaires, les hémoptysies, les affections calculeuses. Elle faisait partie de presque toutes les tisanes diurétiques. Elle est aussi légèrement astringente et vermifuge. Topiquement, elle s'emploie encore, dans les campagnes, au traitement des brûlures.
Ophioglosses.
Les Ophioglosses représentent un type anormal parmi les Fougères et en ont même été totalement séparés dans une famille des Ophioglossées, principalement parce que leur fronde n'est pas enroulée au début, parce qu'elle se dédouble de bonne heure en une lame externe stérile et une lame interne fertile, et parce que leur prothalle, de forme particulière, est dépourvu de chlorophylle.
Fie. 35. — Ophioglossum vulgatum. Port.
L'Ophioglossum vulgatum L. (fig. 35), vulgairement Langue de serpent, L. de Christ, Lance de Christ, Herbe sans couture, H. à daucune, Petite Serpentaire, Luciole, est une petite herbe vivace (3-30 cent.), qui a un rhizome court, à sommet écailleux, à face inférieure chargée de racines fibreuses. La lame stérile de sa fronde est ovale-lancéolée ou ovale, entière, glabre, peu rigide, d'un beau vert, avec de très fines nervures anastomosées. La lame fertile a la forme d'un épi linéaire, pédoncule, plus court, puis plus long que la lame stérile, aigu, comprimé suivant les deux faces, tandis que ses bords présentent chacun une série de sporanges superposés, distiques, et qui finissent par s'ouvrir transversalement en deux valves. Des spores en germination sort un prothalle en forme de niasse allongée, épaisse, parenchymateuse, incolore et analogue à un rhizome. VO. vulgatum est assez commun dans toute l'Europe, principalement dans les prairies et dans les bois humides et sombres. Il passe pour vulnéraire, tonique, astringent, résolutif, utile contre les hémorrhagies, la leucorrhée; on l'applique encore, dans les campagnes, sur les plaies et les contusions. Les alchimistes prétendaient qu'il peut devenir lumineux la nuit (d'où son nom de Luciola).
L'O. lusitanicum L., plus petit et à feuilles linéaires, a les mêmes propriétés. Dans l'Océanie tropicale, les 0. pendulum L. et ovatum Sw. sont recherchés, à ce qu'on rapporte, pour leurs frondes comestibles.
Botrychium.
Le BotnjchiumLunaria Sw. (fig. 36-39), vulgairement nommé Lunaire ou quelquefois Langue de cerf, était pour Linné VOsmunda Lunaria. C'est une herbe vivace, haute de 5-^0 cent., qui a un rhizome court, écailleux au sommet, pourvu inférieurement déracines adventives. Ses frondes sont, comme celles des Ophioglosses, divisées en deux lames : l'extérieure stérile, pennatiséquée, non enroulée en crosse au début, avec des segments semi-lunaires, réniformes ou subrhomboïdaux, à peu près entiers ou plus ou moins incisés, veinés. L'intérieure, fertile, est aussi pinnatiséquée; mais ses segments sont réduits à leur rachis. Ascendants ou dressés, ils constituent une sorte d'inflorescence terminale composée et supportent de nombreux sporanges sans anneau, subglobuleux, déhiscents à leur sommet par une courte fente dont les bords se renversent un peu en dehors lors de la sortie des spores. Le prothalle qui provient de celles-ci a la forme d'un petit tubercule ovoïde, dépourvu de chlorophylle et creusé de cavités qui renferment des anthéridies ovoïdes et des oosporanges peu nombreux. Cette plante, assez rare aux environs de Paris, se trouve dans les clairières des forêts et les pâturages secs, depuis la côte française occidentale jusqu'aux plus hauts sommets alpins. Elle a joué un grand rôle
CRYPTOGAMES VASCTLAIRES.
dans les rêveries des Hermétiques, passant pour briser le fer, solidifier Le mercure, mettre le bétail en rut. On la croit astringente, antileucorrhéique, antidysentérique ; on l'a même dite réductrice des hernies. C'csl l'Herbu Lunariœ Botrijlidos de la pharmacopée germanique. C'était
Fie. 36-39. — Botnjchium Lunaria. Port. Fronde fructifère. Sporanges déhiscents.
la Petite Lunaire des anciens, qui passait pour avoir « grande vertu contre les playes, car elle les peut conglutiner et fermer », et qui était considérée comme a merveilleusement bonne pour arrester le flux menstrual et fleurs blanches des femmes» (Fuclis). Elle passe pour guérir les
contusions et les plaies. On lui substitue les B. Matricariœ Spreng. et rutaceum W. Aux Antilles, le B. cicutarium Sw. est préconisé comme dépuratif, sudorifique, et se prescrit contre les morsures des serpents venimeux.
Les Fougères d'un intérêt secondaire au point de vue médical, sont :
L'Agneau de Scythie (Dicksonia Barometz Link. — Cibotium Baro-
metz Link. — C. glaucescens Hook. — C. assamicum Hook.), encore
appelé au moyen âge Frutex tartareus. C'était une panacée, un être
semblable quant au corps à un animal, broutant les végétaux autour de
lui, mais fixé comme une plante par sa racine. Les marchands qui colportaient cette drogue laissaient à sa surface quelques bases de frondes, représentant grossièrement les quatre membres et la queue du prétendu animal. Les poils qui couvrent le rhizome de cette fougère, étaient employés comme hémostatiques. On vend encore ce singulier remède dans les bazars d'Orient. A Java, les Balantium chnjsotrichum Hook. et magnificum Hook. jouent le même rôle en médecine, sous le nom de Paku-Kidang. Les Cibotium Chamissoi Kaulf., Menziezii Hook., glaucum Hook. et Arn., qui sont aussi des Dicksonia, sont exporlés des îles Sandwich en Australie el en Californie, et, sous le nom de Pulu, s'emploient aux mêmes usages.
LeBlechnum Spicant Roth (B. boréale Sw. — Osmunda Spicant L. — Lomaria Spicant Desvx), assez commun dans toute l'Europe, est remarquable par ses frondes dimorphes : les unes stériles et plus courtes, à divisions plus larges; les autres fertiles, plus longues, à divisions étroites, portant deux groupes linéaires de sporanges finalement confluents, primitivement recouverts d'un indusium qui s'ouvre en dedans et en dehors. Cette plante passe pour vulnéraire; il va des campagnes où elle entre dans la fabrication de la bière. C'est VHerba Lonchitidis minoris de la pharmacopée allemande.
Dans la Fougère royale (Osmunda regalis L.), c'est une seule et même fronde qui porte intérieurement des lobes stériles, foliacés, et supérieurement des lobes dont le parenchyme disparaît presque totalement et dont les nervures supportent de nombreux sporanges, gibbeux et subglobu-
Fig. -10. — Osmunda regalis.
Portion fertile de la fronde.
leux, sans anneau, disposés en une sorte de grappe composée. Originaire de toutes les localités marécageuses de l'Europe, l'Osmonde (fig. 40), plante très ornementale, est vantée comme dépurative, antiscrofuleuse et anlirachitique. Elle a été surtout recommandée contre le carreau des enfants. On la dit aussi vermicide. Elle sert de litière et a été employée à l'extraction de la potasse.
L'Aspidium marginale W. est employé en médecine aux Etats-Unis. On trouve dans le commerce deux oléo-résines extraites de son rhizome : l'une molle et brune; l'autre liquide et verdâtre. Ou en a séparé des cristaux d'acide filicique par le repos (Patterson). Son extrait élhéré a une saveur amère et nauséeuse, et ne renferme ni sucre, ni tannin.
Le Gymnogramme Calomelanos Kaulf., de l'Amérique du Sud, est astringent et pulmonaire.
Le Notochlœna lieteropkylla (N. piloselloides Kaulf. — Acrostichum heterophyllum L.) passe dans l'Inde pour un bon antisyphilitique et sert, dit-on, à tonifier les gencives.
Le Cheilanthes fragrans Webb (Polypodium fragrans L.) est considéré en Asie comme antiscorbutique; il entre, dit-on, en Sibérie, dans la fabrication de certaines bières.
Le Lomaria scandens De Vr., de l'Inde orientale, est usité dans ce pays pour la fabrication des cordages et des nattes.
Le Diplacium malabaricum Spreng. (Asplenium ambiguum Sw.), du Malabar, sert au traitement des fièvres intermittentes. Il y a, dans l'Inde orientale, un D. esculentum Sw.
Le Dav allia acuUata Sw., du même pays, y est prescrit contre les affections pulmonaires chroniques.
L'Alsophila armata Mart. (Polypodium aculeatum Badd.) sert d'astringent, au Brésil, principalement dans le traitement des affections pulmonaires et des hémorrhagies.
Les Lygodium juponicum Sw., scandens L., microphyllum B. Br. et circinatum Sw. s'emploient aux mêmes usages que nos Capillaires.
Aux Antilles, le Cyathea arborea Sw. produit des jeunes pousses comestibles, et toutes ses parties donnent une cendre riche en potasse. A la Nouvelle-Zélande, on mange les bourgeons du C. medullaris (Polypodium medullare Forst.); et dans le même pays, Y Angiopteris crecla a des souches en partie comestibles, et se mange assaisonné avec de l'huile de coco. Les jeunes poussesdu Ceratopteris thalictroides Ad. Br., singulière fougère annuelle et aquatique, sont potagères, dit-on, dans l'Inde orientale.
LYGOPODI AGEES
Parmi les Lycopodes, qui ont donné leur nom à cette famille, le plus anciennement connu de ceux qu'on emploie en médecine est le Lycopo-
Fig. 41. — Lycopodium clavatum. [Port.
dium clavatum L. (Pied de loup, Patte de loup, Plicaire, Herbe à la plique, H. aux massues, Mousse terrestre, Griffe de loup) (fig. 41-43).
C'est une herbe vivace, dont la tige, fixée au sol par des racines advenlives d'un jaune pale, se divise beaucoup, sans que ses ramifications s'accroissent notablement en épaisseur, et peut s'étendre jusqu'à plus de 10 mètres. Les feuilles sont très nombreuses, très rapprochées les unes des autres, de façon à constituer parfois de faux verticilles. Elles sont pressées et imbriquées, dirigeant leur sommet vers le haut, sessiles, linéaires-oblongues; le sommet terminé par une pointe sélacée, parfois aussi longue que la feuille elle-même; uninerves, lisses, d'un vert jaunâtre et pâle; le sommet parfois rougeàtre. La ramification est dichotomique quand rien ne vient l'altérer, et, comme dans les Lycopodiacées en général, le point végétatif se partage au début en deux lobes égaux; mais souvent plus tard, une des divisions l'emportant sur l'autre, celle-ci
Fig. 42. — Lycopodium clavatum.
Bractée sporangifère et spores.
Fig. 43. — Lycopodium clavatum.
Microspore.
peut paraître latérale. Les organes de la fructification sont des épis,
solitaires, géminés, quelquefois même ternes au sommet d'un axe
atténué en pédoncule, portant des feuilles plus petites et plus écartées
que celles des tiges. L'axe de l'épi porte aussi des feuilles ou bractées,
plus semblables à celles des tiges, très rapprochées, ovales-triangulaires,
courtement atténuées à leur base subpeltée, terminées par un long acumen
liliforme, entières ou plus souvent finement denticulées sur les bords,
d'un jaune de soufre, dressées, puis, après l'émission des spores, plus
ou moins écartées de l'axe. Dans leur aisselle se trouve un sporange,
légèrement entraîné au-dessus du point d'insertion de la bractée; réni-
torme, s'ouvrant en deux en travers, à la façon d'une coquille bivalve, et
laissant échapper de nombreuses spores d'un jaune pâle, irrégulièrement
létraédriques, avec les faces finement ponctuées-réticulées et les angles
finement ciliés. Ce sont ces spores qui, sous le nom de Soufre végétal,
constituent la poudre de Lycopode et s'emploient à enrober les pilules,
à saupoudrer les plaies et les cuisses érythémateuses des enfants, pour
prévenir ou sécher les écorchures; au traitement des ulcérations palpé-
braies, des affections des reins et de la vessie, du poumon, de la diarrhée infantile; dans la préparation des moxas dits chinois. Jetée sur l'eau, cette poudre surnage en grande partie. Elle se précipite quand on chauffe l'eau qui prend alors une saveur cireuse et présente une assez forte proportion d'un mucilage qui peut se prendre en gelée, comme celui des Lichens. La poudre colore l'éther en jaune verdàtre; elle tombe au fond de l'alcool qui la pénètre facilement. En chauffant, on obtient une teinture dont on précipite par l'eau un extrait fermentescible, qui contient du sucre. S'enflammant très facilement, cette poudre sert au théâtre à imiter les éclairs. On dit qu'on la falsifie avec le pollen des Typha; ce qui est rare et se reconnaîtrait facilement aux grains isolés et arrondis ou quadruples de ce pollen. Bien plus souvent, c'est le pollen des Pins qui se substitue aux microspores du Lycopode. Mais ce pollen se distingue plus aisément encore à ses grains irréguliers, formés de trois lobes ou portions distinctes. On y mélange souvent aussi du talc qui se précipite dans l'eau, et de la fécule qui bleuit par l'iode ; ce que ne fait pas le Lycopode. Ses spores sont de celles que, dans les Sélaginelles, nous désignerons tout à l'beure sous le nom de microspores.
Placées dans des conditions favorables, ces microspores développent un prothalle que l'on n'a pu observer que dans un petit nombre de Lycopodium, notamment dans le L. annotinum. On y a vu ce prothalle porter une ou plusieurs plantules à sa face supérieure; leur base était encore enchâssée dans nu reste d'oosporanuT. Sur le même protballe on voyait aussi quelques anthéridies, sous forme de poches ovoïdes, creusées dans le parenchyme. Leur cavité était remplie de petits phytocystes qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes et qui renferment chacun un de ces agents fécondateurs, arqué, assez épais, atténué en avant où il porte deux cils locomoteurs plus longs que lui.
Le L. clavatum se trouve dans presque toute l'Europe, dans l'Asie et l'Amérique septentrionales, sur les coteaux boisés et pierreux, dans les landes. On le récolte surtout en Suisse et en Allemagne. Ses organes de végétation passent pour vomitifs et sont, dit-on, employés à cet effet dans les Alpes. On les a vantés contre les rétentions d'urine. Mais c'est surtout contre la pliqne, comme l'indiquent plusieurs de ses noms vulgaires, et contre diverses autres affections du cuir chevelu, qu'on a préconisé et les feuilles et les spores.
Le L. Selago L. appartient à une section différente du genre, parce que ses sporanges, au lieu d'être groupés au sommet d'axes spéciaux, occupent l'aisselle des feuilles ordinaires de la tige, et souvent d'un grand nombre d'entre elles. Ses spores font parfois partie de la poudre de Lycopode; mais ses organes végétatifs sont narcotico-âcres, vénéneux. Ils produisent, dit-on, des syncopes, des superpurgations, des vomissements violents, même l'avortement. En Suède, on en prépare une lotion qui détruit la vermine du bétail; d'où le nom d'Herbe aux porcs.
Semblable paraît être l'action du Piligan, le L. Sanrurus Lamk (L. elongalum Sw.), qui contient une résine purgative et un alcaloïde (?) nommé Piliganiue, lequel est un poison énergique, agissant sur le bulbe, les pneumogastriques et tuant à très petites doses les animaux. Cette espèce habite les régions tropicales et sous-tropicales des deux mondes. On dit qu'elle est usitée comme évacuante dans l'Amérique du Sud. Elle appartient, par la situation de ses sporanges dans l'aisselle des feuilles caulinaires, au même groupe que le L. Selago.
Le L. alpïnum L. sert en teinture, et, employé comme mordant avec le bois de Brésil, fournit un bleu solide. Le L. annotinum L. (L. juniperifolium Lamk) donne une teinture grise dans les mêmes conditions. En Amérique, le L. cernuum L. est usité comme diurétique et s'applique sur les tumeurs de nature goutteuse. Ses spores passent pour carminatives. En Russie, le L. complanatum L. (L. Chamœcyparissus A. Br.) est regardé comme lithontriptique et tinctorial. Au Brésil, le L. hygrometricum Mart. est réputé un puissant aphrodisiaque. Il en est de même dans l'Inde du L. Phlegmaria L. (Corda de Sun Franzesco, Geissel des heil. Thomas), considéré comme stomachique et diurétique. A Caracas, on vante comme remède de l'éléphanliasis le L. rubrum Ciiam. (L. catharticum Hook.). Aucun d'eux n'a été expérimenté en Europe.
Sélaginelles.
Les Sélaginelles (Selaginelln), au lieu d'avoir des feuilles disposées tout autour de leurs axes, n'en portent que quatre rangées longitudinales. Sur le côté inférieur ou extérieur des axes, les deux rangées de feuilles sont plus grandes que sur les autres rangées, et la base des feuilles présente en dedans une lamelle saillante, de forme variable, à laquelle on a donné le nom de Ligule. Quand la plante doit fructifier, les sommets de ses axes s'atténuent en une sorte de pédoncule qui supporte un épi. Les quatre rangées de feuilles persistent sur ces parties, mais elles deviennent toutes à peu près égales et équidistantes. Les axes possèdent, en outre, des porte-racines sur lesquels naissent des racines bifurquées, comme tous les axes de la plante en général. Il y a des sporanges solitaires dans l'aisselle des feuilles modifiées ou bractées de l'épi; mais ils sont de deux sortes, soit sur un même pied, soit sur des pieds différents; soit sur une même inflorescence, soit sur des inflorescences différentes. Ou bien ils sont petits et renferment de nombreux corps reproducteurs, comme dans les Lycopodes; et dans ce cas, ce sont des Microsporanges, contenant des Microspores; ou bien ils sont plus volumineux (Macrosporanges), inégalement quadrilobés, et à chaque lobe répond une seule Macrospore. Il y a plus rarement deux ou huit macrospores. Tous ces sporanges, d'ailleurs, ont un pied court qui s'attache sur la bractée axillante, un peu au-dessous de la ligule. Lorsque les macrospores germent,
elles produisent des prothalles qui supportent des oosporanges; et lorsque les microspores germent, elles donnent des prothalles moins volumineux dans lesquels il ne se forme que des anthéridies. Ces dernières se développent sur un très petit prothalle, formé d'un phytocyste inférieur, ferme, persistant, et d'un phytocyste supérieur, bien plus volumineux, successivement partagé en un certain nombre de petits phytocystes secondaires qui sont des cellules-mères d'anthérozoïdes. A l'époque de leur germination, les macrospores ont un sommet obtus, partagé en trois facettes que séparent autant d'arêtes assez vives. Sous ce sommet trigone, le contenu de la macrospore forme une sorte de ménisque parenchymaleux dont la substance est bientôt creusée de plusieurs oosporanges, tandis que sous le ménisque s'organise une autre masse parenchymateuse, bien plus volumineuse, à laquelle on a donné le nom d'albumen, parce qu'elle est destinée à nourrir le contenu des oosporanges. Ce contenu est une grosse oosphère, occupant le fond d'un puits dont le col est formé de deux anneaux superposés, chacun de quatre phytocystes. Le canal est l'empli d'un mucilage qui, comme dans les Fougères, va faire saillie en dehors de l'orifice du col, et serl de passage aux anthérozoïdes qui se dirigent vers l'oosphère pour la féconder. Ces anthérozoïdes des Lycopodiacées ont une forme arquée et un corps plus ou moins comprimé, avec une longue extrémité antérieure, nettement atténuée et supportant à son sommet deux cils vibraliles dont la longueur dépasse celle de l'anthérozoïde. Quand les oosporanges ont été fécondés, ils grandissent par leur fond bien au-dessous du ménisque et puisent dans l'albumen les aliments nécessaires au développement des plantules incluses dans les oosporanges.
Il y a peu de Selaginella utiles. Le plus curieux est le S. lepidopliylla Spring, du Mexique, qui se comporte dans ce groupe à peu près comme fait la Rose de Jéricho parmi les Phanérogames et qui donne lieu aux mêmes superstitions. Desséchée et en apparence morte, telle que nous la recevons de son pays natal, où elle a la réputation d'un remède souverain contre le rhumatisme et la goutte, cette Sélaginelle a l'apparence d'une boule qu'entourent étroitement toutes ses feuilles découpées. Mais à mesure que cette herbe est exposée à l'action de l'eau dans laquelle on la plonge, ses feuilles s'écartent, mettant au jour les feuilles plus intérieures qui sont encore complètement vertes. On peut placer les pieds sur la terre humide d'une serre chaude pour leur faire développer des racines adventives et obtenir des sujets vivants de cette curieuse Lycopodiacée reviviscente, laquelle reprend sa fraîcheur et sa vie alors même qu'elle aurait été quelque temps plongée dans l'eau bouillante; sans doute parce que les frondes les plus extérieures protègent les plus intérieures contre trop d'humidité ou de chaleur.
Le S. convolula Spring, de l'Inde orientale, passe pour aphrodisiaque. Le S. selaginoides Lk (S. spinulosa A. Br.) a des spores qui, dit-on, peuvent aussi faire partie de la poudre de Lycopode.
r.KYPTOGAMES VASCULAIKES.
EQUISETAGEES
Au premier printemps, la plus grande des Prêles qui croissent chez nous, VEquisetum maximum Lame (E. Telmateia Eunn.), émet à la surface du sol, au milieu même des restes des branches stériles de l'année précédente, desséchées et brisées, des axes fertiles, cylindriques et trapus, blanchâtres ou d'un jaune rougeâtre pâle, qui portent un certain nombre de collerettes superposées d'appendices verticillés, au nombre de vingt à trente, connés à la base, marcescents après la floraison, et. au-dessus d'elles, une inflorescence en forme d'épi cylindrique, oblong, épais, à la base de laquelle se trouve une collerette modifîée,qu'on nommé l'anneau (fîg. 43, 44). On distingue dans l'inflores- ' cence un axe creux, cl, implantés loul autour de sa surface, un grand nombre de clous à tête aplatie et hexagonale (fig. 45). Leur tète porte en dessous, descendant parallèlement a la tige du clou, un nombre variable de sacs ou sporanges, remplis de spores. La paroi du sporange est extérieurement formée de phylocystes inégaux, dont la membrane s'épaissit très nettement en fils spirales ou réticulés. Grâce surtout au jeu de ces épaississements pariétaux, sous l'influence d'une perte d'eau, les sporanges mûrs s'ouvrent le long de leur bord interne (fig. 40, 47), et les spores qu'ils contiennent s'échappent sous forme d'une abondante poussière verdàlre. Bientôt elles se livrent à des bonds saccadés
qui sont dus à quatre élatères en forme de rames, élargies et aplaties au
Fig. 43, 44. — Equisetum maximum. Branche fertile, entière et coupe longitudinale.
sommet, granuleuses, et insérées en un même pôle de la spore. Ces élatères sont formées par la plus extérieure des trois membranes enveloppantes de la spore, épaissie en une spirale dont les tours se séparent les uns des autres par suite de la résorption de la portion de la mem-
Fig. 45-47. — Equisetum maximum. Clou à sporanges encore clos et à sporanges déhiscents. L'un de ces derniers, isolé et renversé.
brane qui leur est interposée. C'est la dessiccation qui détermine la disjonction des élatères, et l'action de l'humidité les ramène enroulées autour de la spore, à peu près dans leur mode de disposition primitif (fig. 48). Lorsque leur déroulement s'est produit (fig. 49), la masse des
Fie. 48, 49. — Equisetum maximum. Spore; les élatères enroulées, et la même, les
élatères déroulées.
spores devient blanchâtre et comme toute tomenteuse. Ces spores appartiennent à la génération asexuée des Equisetum.
Placées au contact de l'eau ou sur un sol suffisamment humide, les spores germent, en même temps que leurs élatères se détruisent. La sphère qu'elles représentent doit sa teinte verte à de nombreux grains de chlorophylle. Au moment de la germination, la spore produit un prothalle qui est unisexué, tantôt mâle, tantôt femelle, et qui se fixe au sol par des rhizines en forme de phytocystes-tubules. Quand le prothalle est mâle
(fig. 50), il a la forme de certains protonéma de Mousses, lâchement
Fig. 50. — Equiselum. A, prothalle portant en a, a des anthéridies. B, C,
I), E, anthérozoïdes à divers états de développement (Schacht).
Fig. 51. — Equiselum. Prothalle femelle, fixé en h par des rhizoïdes.
a, a, oosporanges, encore marginaux (Hofmeister).
parenchymateux et irrégulièrement lobé. Vers les extrémités de ses lobes
FlG. 52, 53. — Equisetum. Embryon à deux âges successifs, coupe longitudinale (Sadebeck). I, première cloison de segmentation; II, deuxième cloison; b, phytocystes foliaires; v, phytocyste terminal; w, phytocyste radical.
les plus grands, se développent les anthéridies qui sont des sacs ovoïdes, à
paroi formée d'une seule assise de phytoeystes. Ceux-ci se disjoignent au sommet pour laisser sortir les petits phytoeystes, très nombreux, que l'on nomme cellules-mères des anthérozoïdes. Ces derniers (fig. 50) sont les plus gros qu'on connaisse parmi les Cryptogames. Ils ont l'apparence d'un large ruban spirale, concave-convexe dans sa portion dilatée et formant environ deux tours de spire dans sa portion supérieure rétrécie, au niveau de laquelle s'insèrent de très nombreux cils vibratiles.
Le prothalle femelle (fig. 51) est généralement plus petit et à divisions plus allongées, fort irrégulières. Les oosporanges naissent vers la base de ces divisions, sur le bord antérieur de la portion épaissie du prothalle; mais ils sont bientôt, par suite de développements inégaux du parenchyme, reportés vers la face supérieure. Ce sont des puits à quatre assises superposées de quatre phytoeystes chacune, avec une oosphère qui en occupe le fond et qui est fécondée par un anthérozoïde qui la pénètre. Elle devient ensuite une oospore qui germe et donne une plante adulte, à
génération asexuée, qui portera a son tour les épis à sporanges que nous connaissons.
Dans l'Equisetum maximum, les organes végétatifs ne se développent tons les ans qu'un peu après les épis à sporanges. Ce sont (fig. 55) des branches aériennes, à tort nommées liges stériles, qui atteignent un mètre cl plus de hauteur, colonnes cylindriques, blanchâtres, articulées et pourvues de nœuds au niveau desquels se trouve une collerette qu'on regarde comme formée de bractées unies entre elles à la base, au nombre de vingt à trente. Chaque entre-nœud est creux et porte des cannelures longitudinales, qui alternent entre elles dans deux entre-nœuds successifs. Les côtes de l'entre-nœud sont surmontées chacune d'une des dents foliaires de la collerette, et les sillons de séparation renferment, ici comme dans les autres espèces du genre, des séries de stomates. A la base de la collerette, et dans l'intervalle des côtes, naissent des rameaux verticillés qui ont à peu près la même structure et qui, grêles et très allongés, ont huit angles rudes. Généralement la rudesse des Prêles est due à des concrétions siliceuses, formant un ahondant revêtement aux branches et aux rameaux. L'E. maximum est commun en Europe dans les localités aquatiques. Cette espèce est usitée, surtout en Autriche, comme diurétique et astringente. On l'a surtout vantée en décoction , mais en proposant de n'employer que les branches sèches, la plante fraîche étant trop active, et pouvant produire de l'hématurie. C'est surtout dans les hydro-
Fig.54. — Equisetum. Développement de l'embryon bb' sur le protlialle pp. K, jeune axe-
pisies par atonie qu'on a conseillé l'emploi de celte espèce et des autres. On a prescrit leur décoction contre les fièvres pernicieuses, et aussi chez les phtisiques, avec l'espoir de cicatriser leurs cavernes pulmonaires. En Italie, on mange les très jeunes pousses de ÏE. maximum, dont l'usage produit, diton, de la constipation.
L'E. arvense L. (Queue de rat, Queue de renard, Verrine, Jaunetrole, Apprelle, Petite Prêle), petite espèce qui fructifie aussi chez nous au printemps, appartient à la même section que la précédente, parce qu'elle a aussi des rameaux fertiles et stériles
distincts; mais les collerettes de ses nœuds ne présentent que trois ou quatre dents. On lui accorde les mêmes qualités; on la recommande contre les néphrites calculeuses et contre l'aménorrhée. D'autres (Cazin) l'ont préconisée contre les métrorrhagies de l'âge critique.
D'autres Equisetum de notre pays constituent dans le genre une autre section parce que leurs branches aériennes fertiles et stériles se développent simultanément. Tel est VE. sylvaticum L. (fig. 56), qui au printemps porte en même temps des épis blanchâtres dont l'axe est pourvu de rameaux rudimentaires/et des branches stériles, vertes, munies à chaque
Fig. 55'. — Equisetum maximum. Branche stérile.
verticille d'une douzaine de rameaux quadrangulaires et arqués. Après l'émission des spores, les épis se dessèchent; mais la branche qui les portait continue de se développer pendant tout l'été, comme les branches stériles. C'est une plante de l'est, surtout de la région des sapins, assez
rare aux environs de Paris. Elle a les mêmes propriétés que les précédentes.
On rapporte encore à une autre section les E. palustre L. et limosum L., communs dans nos localités aquatiques, et qui ont toutes les branches semblables, vertes, les fertiles comme les stériles; les premières terminées par un épi obtus et persistant après l'anthèse, pendant tout l'été.
h'E. limosum a généralement une vingtaine de dents aux collerettes foliaires ; et YE. palustre, de six à huit. Ce sont aussi des espèces astringentes et diurétiques.
h'E. hyemale L. diffère surtout des précédents en ce que ses branches fertiles et stériles persistent et demeurent vertes pendant l'hiver, et en ce que ses épis sont aeuminés-mucronés. Ses collerettes ont de six à huit dents. C'est une plante commune dans l'hémisphère boréal des deux mondes. Outre les propriétés des espèces précédentes, celle-ci est encore aujourd'hui préconisée aux Etats-Unis comme hydragogue ; mais ses prétendues vertus sont douteuses, car on lui adjoint d'ordinaire de la digitale et de l'acétate de potasse. Elle est emménagogue; mais il ne faut l'employer qu'avec réserve; elle renferme un acide que Braconnot a nommé équisétique et qui est, dit-on, l'acide pyromalique.
En Amérique, on vante YE. bogotense K. comme diurétique, et YE.
giganteum L. (E. ramosissimum Humb.) comme astringent. h'E. flu-
viatile L. est YHerba Equiseti majoris de la pharmacopée germanique.
Tous les Equisetiun de notre pays servent, à cause de leur revêtement
siliceux, à polir les bois durs et les métaux, à pulvériser le talc employé
Fie 56. — Equisetum sylvaticunt.
Port.*
comme cosmétique, à netloyer l'orfèvrerie, à adoucir le blanc qui sert de support aux dorures sur bois, etc.
Les Marsilea, de la famille voisine des Rhizocarpées, ont des sporanges à contenu féculent qui peut devenir alimentaire dans les cas de disette. C'est ce que l'on appelle en Australie Nardoo, dont on fait un pain grossier et une sorte de brouet. Ce nom s'applique indifféremment, paraît-il, au M. hirsiitaR. Bu., au M. Drammondii A. Br. et à trois variétés considérées à tort comme des espèces distinctes, sous les noms de M. oxaloides, Nardoo et salvatrix A. Br. Ce dernier doit son nom aux services rendus par lui à des explorateurs dépourvus
de tout autre aliment, (ÉF^i \
11 y a des Marsilea en France, où la fécule des sporanges duM.qnadrifolia (fig. 57) pourrait, à la rigueur, être utilisée. Le groupe y est aussi représenté par une espèce du genre Pilularia, le P. globulifera L. (fig. 58), qui a des feuilles linéaires, analogues à celles d'un petit Jonc, et non pourvues, comme celles des Marsilea, d'un limbe quadrifoliolé. A la base de ces feuilles s'insèrent des conceptacles solitaires, globuleux, portés par un court pédoncule et pourvus d'une paroi coriace, limitant quatre cavités et s'ouvrant finalement au sommet par quatre dents. Au point d'union des valves se trouvent intérieurement des lignes saillantes, et sur celles-ci naissent les sporanges. Les uns, situés plus bas, ne renferment qu'une spore, remarquable par l'étranglement qui se voit vers le milieu de sa hauteur. Les fructifications sont couvertes d'une sorte de duvet brun et feutré. Les feuilles sont dressées, linéaires-subulées, d'un beau vert. Le rhizome, qui rampe dans la vase des mares, très grèle, presque filiforme, émet, au niveau de l'insertion des feuilles, des racines adventives ténues qui s'enfoncent dans la vase.
Fie. 57. — Marsilea quadrifolia.
Fig. 58. — Pilularia globulifera.
Les Cryptogames cellulaires sont les Mousses, les Hépatiques, les Lichens, les Champignons et les Algues.