‹ Trait de botanique mdicale cryptogamique, suivi du tableau du droguier de la Facult de mdecine de ParisChapitre 4 sur 16 · HÉPATIQUES · texte numérisé non relu

HÉPATIQUES

Le nom de ces plantes indique que certaines d'entre elles ont la réputation de guérir les maladies du foie. Ce sont des Cryptogames voisines des Mousses, placées souvent avec elles dans un même groupe commun et qui ont souvent aussi des analogies avec les Lichens; si bien qu'on les a considérées comme intermédiaires aux Acrogènes et aux Amphigènes. Il y en a qui ressemblent d'autant plus aux Mousses qu'elles ont, comme celles-ci, une tige feuillée, simple ou ramifiée. Ce sont des Hépatiques foliacées. Leurs feuilles sont opposées ou alternes, nombreuses, petites, à base large et sessile. Leur lame n'est formée que d'une rangée de phytocystes, sans nervures, sans stomates. Ordinairement, il y a deux séries longitudinales de ces feuilles vers le côté supérieur de la tige ou de la branche, tandis que le côté inférieur porte une rangée parallèle d'appendices plus petits, les Amphigastî'es, que l'on a parfois comparés à des stipules.

Les autres Hépatiques ont un thalle vert, ou fronde herbacée, qui s'applique sur le sol et qui rappelle beaucoup les expansions de certains Lichens. Ce sont les Hépatiques frondacées. Leur face inférieure est fixée au sol, aux roches, par des rhizoïdes ténus. Leur pourtour est plus ou moins échancré ou lobé, et leur surface porte des stomates.

Les organes mâles sont des Anthéridies ; et les organes femelles, des Oosporanges ou Archégones. Ces plantes sont monoïques ou dioïques. Les anthéridies (fig. 88-89) sont des sacs sphériques, ovoïdes ou oblongs, ordinairement situés, dans les Hépatiques foliacées, à l'aisselle des feuilles ou au sommet des branches, ou encore sur des axes spéciaux; tandis que chez les Hépatiques frondacées, elles occupent la face supérieure de la fronde dans laquelle elles sont enchâssées, à moins qu'elles ne soient supportées par un plateau stipité, émané de la fronde dont elles occupent la face supérieure. Ces anthéridies ont une paroi à une seule rangée de phytocystes. La paroi se rompant, les phytocystes intérieurs sont mis en liberté : ce sont des cellules-mères d'anthérozoïdes, et ceux-ci sont spirales, à deux cils vibraliles, comme ceux des Mousses.

Les oosporanges (fig. 91,93) sont ordinairement, dans les Hépatiques foliacées, groupés au sommet de petits axes spéciaux et plus ou moins ramifiés. Dans les Hépatiques frondacées, ils peuvent être enchâssés dans les couches supérieures de la fronde; ou bien, quand il y a des plateaux pour les mâles, attachés au-dessous d'un chapeau analogue, stipité et généralement moins plan que le support des anthéridies.

Il y a ici, comme chez les Mousses, un col plus ou moins étiré à l'oosporange, et un fond renflé contenant une oosphère. Celle-ci devient, après la fécondation, une oospore à phylocyste, et ce phylocyste se partage

bientôt, par une cloison transversale, en deux portions dont l'inférieure constituera un pédicule, généralement peu allongé, tandis que la supérieure formera une sorte d'urne ou de capsule qui reste longtemps renfermée dans les parois de l'oosporange. Ces parois se comportent donc à peu près comme dans les Spliugnum, et ce n'est que tardivement qu'elles se rompent dans la portion supérieure. C'est alors ce qui reste de ces parois qui constitue une sorte de gaîne ou de vaginule autour du pédicule de la capsule.

En général, celte capsule est dépourvue de columelle. En général aussi, elle renferme, outre les spores, des Élatèreb, longs phytocystes fusiformes, simples ou rameux, à paroi fortement épaissie en une, deux ou trois lignes spirales parallèles. Entre les tours de spire, la paroi se résorbe finalement, et il en résulte des ressorts spiraux, très bygroscopiques, qui sont interposés aux spores et qui, suivant qu'ils perdent ou prennent de l'eau, exécutent des mouvements qui contribuent à la dissémination des spores. Tel est le rôle, d'ailleurs encore incomplètement connu, des élatères.

La déhiscence de la capsule se fait généralement par quatre fentes longitudinales profondes. Les spores peuvent chez les Hépatiques frondacées donner immédiatement naissance à une fronde sexuée. Mais souvent aussi, dit-on, la spore d'une Hépatique foliacée produit une sorte de proembryon à contour circulaire ou linéaire.

Le Marchantia polymorpha L.(fig. 87-93) esl célèbre par les propriétés

Fig. 87. — Marchantia pohjmorpha. Port de la plante mâle, avec les réceptacles stipités, à t'Hc dilatée, plane à sa face supérieure et légèrement sinuée sur ses bords et, plus bas, sur la fa c supéiicure des lobes du thalle, les corbeilles à propagules.

Fig. 88. — Marchantia polymorpha. Chapeau mâle, coupe longitudinale, t, branche qui porte le chapeau hu ; b, feuilles ; h, poils radicaux; x, anthéridies (Sachs).

nombreuses qu'on lui a attribuées, et par les travaux dont il a été l'objet de la part du plus grand anatomiste français de notre siècle, B.-Mirbel. C'est une plante à fronde fixée au sol par des rhizines; très commune dans les endroits humides, entre autres sur le pavé d'une cour sombre de la Sorbonne. Ses frondes ont l'aspect de plaques vertes, membraneuses, pouvant atteindre jusque près d'un décimètre de diamètre. Ses

bords sont découpés de lobes arrondis, et sa surface est marquée d'un fin réseau de losanges dont chaque maille présente à son centre un stomate. La fronde n'a qu'une couche de phytocysles; mais sa surface supérieure seule porte deux rangées de petites lames verticales, sans nervures, et qu'on a dit représenter les feuilles de la plante.

Les organes de la reproduction, situés à la surface supérieure, siègent sur des chapeaux slipités, hauts de 1-3 centimètres. Les uns (fig. 87) sont

Fie. 89. — Marehantia polymorpha. Développement de l'anthéridie.

États successifs, a, b, c.

(Strasburger).

Fig. 90-91. — Marehantia polymorpha. Chapaeu femelle vu par dessous. — Coupe du périanthe secondaire; pc, feuilles du périchèze; a, deux oosporanges proéminant au fond de la cavité que limite le périchèze (Sachs).

mâles, c'est-à-dire portent les anthéridies; ils sont plans, puis légèrement concaves et découpés sur les bords de lobes obtus qui se relèvent. Les autres (fig. 92) sont femelles, portent les oosporanges et ont la forme d'un petit champignon à surface supérieure convexe et à bords profondément découpés en un nombre variable de lobes étroits, avec les oosporanges à la 'ace inférieure. Ils répondent à l'intervalle des lobes et sont enveloppés d'un repli saillant, finement découpé, nommé Périchèze ou Périanthe commun. Il y a, en outre, pour chaque oosporange, un petit périanthe propre qui se produit autour de sa base, sous forme d'un bourrelet circulaire et qui, finalement, s'élève et enveloppe complètement l'organe femelle. Les anthéridies occupent l'épaisseur du chapeau mâle et s'ouvrent en dessus par

un étroit orifice. Ce sont des sacs ellipsoïdes, à pied court, dont la cavité est remplie des cellules-mères des anthérozoïdes, cellules qui sortent du sac pour mettre en liberté l'anthérozoïde à deux cils qu'elles renferment. C'est, ainsi que nous l'avons indiqué tout à l'heure, dans l'oosporange fécondé que se développe l'urne qui renferme les spores, produites par quatre dans chacune de leurs cellules-mères auxquelles sont interposées des élatères dont nous connaissons aussi le rôle dans la dissémination. Les spores produisent, au contact du sol humide, un prolonema sur lequel

Fie. 92. — Marchantia polymorphe Pied femelle, avec les réceptacles stipités et les corbeilles à propagulcs.

Fie 93. — Marchantia polymorpha. Oosporange et son développement (Strasburger).

doit se développer ultérieurement la fronde dont nous connaissons les caractères.

Il y a aussi, à la surface de la fronde du Marchantia polymorpha, des organes de reproduction asexués. Ce sont, en assez grand nombre, de petites corbeilles ou conceptacles dans le fond desquels s'insèrent beaucoup de petits corps lenticulaires ou elliptiques, verts, parenchymateux, plus ou moins échancrés sur les bords. Ce sont des Propagides qui, se détachant et tombant sur le sol, se développent en une ou plusieurs frondes semblables à celles que nous connaissons.

Le M. polymorpha (Hépatique terrestre, H. des fontaines), est la plus commune de nos Hépatiques, et c'est lui surtout qui a été vanté dans le traitement des affections du foie. Lieutaud le croyait efficace contre les -affections cutanées chroniques et même contre la phtisie. Short l'a

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recommandé comme un puissant diurétique, et Cazin s'en est plusieurs fois servi avec avantage contre l'anasarque.

Le M. chenopodea L., macéré dans des liquides gras, s'emploie comme cosmétique aux Antilles et passe pour effacer les taches de rousseur.

FiG. 94. — Jungermannia albicans. Port.

Fi g. 95. — Jungermannia undulata. Port.

Fig. 96. — Anthoceros lœvis. Port.

Le M.conica L. appartient au genre voisin Fegatella. C'est VHepatica stellata et le Lichen stellatum de la pharmacopée allemande. Sa décoction concentrée a été employée avec succès (Levrat-Perrotton) contre la gravelle. C'est aussi, assure-t-on, un diurétique assez efficace; mais il est de moins en moins usité.

Les Jungermannes (fig. 94-95) sont les plus connues des Hépatiques foliacées. On dit que les Jungermannia pinguis L. et alba

L. sont dépuratifs et antisyphilitiques, et cela, ajoute-t-on, à cause de l'iode que contiennent leurs organes de végétation.

Parmi les Hépatiques exceptionnelles, mais d'ailleurs dépourvues d'intérêt au point de vue médical, on peut citer les Riccia(fi%. 97-98), plantes aquatiques, communes dans nos marais et nos rivières, dont les spores ne sont pas accompagnées d'élatères, et les Anthoceros (fig. 96), dont la capsule est dépourvue de columelle.

Fig. 97.

Riccia natans.

Fig. 98.

Riccia fluitans.

iRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.

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