‹ Trait de botanique mdicale cryptogamique, suivi du tableau du droguier de la Facult de mdecine de ParisChapitre 5 sur 16 · LICHENS · texte numérisé non relu

LICHENS

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Les Lichens sont des Cryptogames cellulaires, pourvues d'un thalle de configuration très variable. Tantôt, dans les Lichens dits fruticuleux, c'est une petite arborescence dressée, simple ou ramifiée. Tantôt, c'est une lame à bords ondulés ou lobés, étendue sur un substratum auquel la fixentprimitivementdes rhizinesplusou moinsespacées.Le Lichen est alors dit foliacé. Il y a d'autres Lichens qui sont dits crustacés, et dans lesquels

le thalle représente une croûte peu épaisse. qui est fixée de toutes paris au substratum ou même s'enfonce dans ses cavités où elle peut disparaître totalement ou à peu près. Il y a aussi des Lichens qui sont gélatineux, et dont la substance, rappelant celle des ISosloc, ressemble en effet à une masse de gélatine (Collema).

La coloration de ces thalles est variable ~, elle est souvent [crue et grisâtre. Ailleurs elle est plus ou moins verte, quelquefois blanchâtre, jaunâtre ou orangée, brune, noirâtre.

Leur structure peut-être examinée d'abord dans les espèces à thalle foliacé, encore dit hétéromère. Celui-ci se compose de plusieurs couches superposées (fig. 99), qui sont, à partir de la surface du sol, d'une roche, d'un arbre, sur lesquels s'applique le thalle : la couche hypothalline, la couche médullaire, la couche gonidiale, la couche corticale et la couche épithalline.

1. La couche hypothalline ou Hypothalle est la première qui se forme lors de la germination des spores. Elle représente une sorte de mycélium sur lequel se développe ensuite le thalle. Elle développe souvent en dessous des rhizines 'qui servent, quelque temps au moins, à fixer le thalle sur son substratum. Mais elle est fugace, devient fréquemment brune ou noirâtre et se détruit en général de bonne heure.

2. La couche médullaire est formée iïtlyphes, c'est-à-dire d'un parenchyme lâche, à phytocystes filamenteux, incolores et assez régulièrement cylindriques, qui sont irrégulièrement ramifiées, à paroi épaisse et à cloi-

Fig. 99. — Cetraria islandica- Coupe transversale du thalle au niveau d'une apothécie (Berg). a, hypothalle; />, by-

phes; c, couche gonidiale; d, apothécie, avec les asques et les paraphyscs.

sons distantes. Ces filaments se distinguent des éléments analogues qu'on observe dans le réceptacle de certains Champignons, par leur plus grande fermeté, leur élasticité plus prononcée et leur résistance à l'action de la potasse qui dissout les hyphes des Champignons. Le feutrage des hyphes est généralement lâche dans cette couche, et le diamètre de leurs branches est presque toujours relativement grand.

3. La couche gonidiale tire son nom de la présence des Gonidies qui se trouvent situées dans les mailles du réseau de ces hyphes. On nomme gonidies des phyloblastes ou des phytocystes plus ou moins globuleux et renfermant de la chlorophylle, parfois mélangée de matières colorantes bleues ou brunes qui font varier la teinte des gonidies. Il y en a aussi de jaunes ou orangées. Leur diamètre ne dépasse guère 35 p (millièmes de millimètres) et elles sont ordinairement beaucoup plus petites. Quand elles sont dépourvues d'enveloppe cellulosique, elles reçoivent plutôt le nom de Gonimies. Dans cette couche, les hyphes, entremêlées de gonidies on de gonimies, se continuent avec celles de la couche médullaire. Elles peuvent renfermer des gonidies d'une façon continue, en lame ininterrompue; mais souvent aussi les gonidies manquent en certains points et forment ailleurs des amas plus ou moins irréguliers.

4. La couche corticale surmonte, dans les thalles foliacés, la couche gonidiale dont les hyphes se continuent dans son épaisseur, avec des modifications diverses de leur consistance et souvent de la forme de leurs mailles; le tout constituant un faux-parenchyme à mailles polyédriques, à parois transparentes. Ce sont en réalité les extrémités supérieures, déformées et rapprochées entre elles, des hyphes de la couche sous-jacente. tandis que les gonidies ont disparu.

5. La couche épilhalline ou épidermique, la plus superficielle de toutes, en contact avec l'atmosphère, est une sorte de cuticule amorphe et diversement colorée.

Quand les Lichens ont un thalle fructiculeux, celui-ci est aussi entouré de cette sorte de cuticule. Au dessous d'elle se trouvent une zone gonidiale, puis, plus intérieurement, la couche médullaire qui est lâche ou plus souvent formée d'hyphes à filaments longitudinaux, pressés les uns contre les autres; c'est la portion la plus solide des ramifications de ces plantes.

Un Lichen crustacé présente les mêmes couches, avec des hyphes serrées en tissu compact. Leurs intervalles sont occupés par des grains ou des cristaux d'oxalale de chaux, lesquels s'observent aussi dans certains Champignons. La couche gonidiale est reportée plus au dehors, vers la zone corticale, souvent assez solide, qui est tout à fait en haut sous la couche épithalline. Quand aux hyphes de la couche médullaire, elles pénètrent plus ou moins profondément dans les anfractuosités des roches et des écorces qui supportent la plante.

Dans les Lichens gélatineux, les couches précédentes ne sont plus dis-

tinctcnicnl stratifiées, et le thalle est plus homogène. Les hyphes et les gonidies y sont entremêlées sans ordre apparent, comme il arrive dans les Collema. Il y a souvent cependant une sorte de couche corticale, enveloppant la masse gélatineuse intérieure. Fréquemment aussi les gonidies sont rapprochées en groupes de deux, quatre ou davantage. Ailleurs elles sont rangées en chapelets; ce qui rappelle assez bien de loin l'organisation intime des Nostoc.

A la surface des thalles ainsi constitués se trouvent des organes reproducteurs de différentes sortes. Les plus ordinaires sont des Apothécies, .superficielles ou profondes et enfoncées dans le thalle, suivant que les Lichens sont gymnocarpés ou angiocarpés.

Généralement les apothécies tranchent par leur coloration sur celle du lhalle, et elles peuvent être brunes, noires, rosées, rouges ou orangées, ou bien d'une teinte pâle sur un fond de couleur foncée. Elles ont la forme de disques, de cupules, ou de plaques lobées ou rameuses, sessiles ou plus ou moins longuement stipilées. Si elles sont plongées dans la substance du thalle, elles ne communiquent avec l'extérieur que par un orifice relativement étroit. Elles ont souvent un rebord, d'origine variable, et représentant d'ordinaire une cupule plus ou moins profonde, dont la surface est recouverte de sacs, les Thèques ou Asques, entremêlés de Paraphyses (qui ne sont que des asques stériles), et renfermant des spores.

Les cupules sont des conceptacles, formés d'un tissu qui représente la continuation des hyphes modifiées. 11 y a fréquemment aussi des gonidies qui entrent dans la constitution des apothécies; d'où souvent la difficulté de séparer nettement tous les asques de ces apothécies des gonidies qui en sont si voisines et que l'on a appelées hyméniales.

Dans une apothécie donnée, les asques et les paraphyses interposées sont souvent pénétrés d'une Gélatine hyméniale, substance amyloïde incolore, qui peut bleuir par l'action de la teinture d'iode ou qui demeure indifférente à ce réactif. On croit qu'imprégnée d'eau, la gélatine hyméniale se gonfle, exerce une pression sur les asques et vient en aide à l'expulsion des spores.

Le nombre des spores varie peu dans les thèques d'une espèce donnée. Il y en a le plus souvent 8, parfois 1,2, plus rarement de 3 à 6, ou môme une centaine et plus. Leur forme est des plus variables : ovoïde, ellipsoïde, oblongle, cylindrique ou fusiforme. Elles sont simples ou plus ou moins septées. Leur paroi est double, formée d'une épispore et d'une endospore beaucoup plus mince.

Les Spcrmogonies (fig. 100) sont d'autres organes reproducteurs des Lichens. Ils ressemblent à des apothécies angiocarpées, souvent situés vers les bords du thalle. Ce sont des poches ovoïdes ou lagéniformes, qui renferment des Stérigmates portant des Spermaties. Les stérigmates sont constitués par des phylocystes simples ou plus ou moins composés,

ramifiés et comme articulés, qui portent les spcrmaties. Ces organes sont identiques de taille et de forme dans une espèce donnée et varient d'une espèce à l'autre ; si bien qu'il y en a d'aciculaires et de fusiformes, droites ou courbes, cylindriques ou ellipsoïdes. Les stérigmates produisent les spcrmaties de la façon suivante. Leurs phytocystes s'alténuant au sommet, il s'y produit une légère protubérance qui finit par se détacher du stérigmate et, devenue libre, peut sortir par l'orifice terminal des spermogonies. Les frères Tulasne, qui ont découvert les spcrmaties, les considéraient comme des organes mâles. Plus tard, on en a fait des spores particulières, susceptibles de germer; mais le plus expérimenté de nos

Fig. 100. — Cetraria islandica. Spermogonies (Rerg)

lichénographes, le D1' W. Nylander, admet « que ces observations n'ont pas été vérifiées et les regarde comme absolument erronées ».

Les Pycnides sont aussi des organes reproducteurs des Lichens, extérieurement analogues aux spermogonies. Elles renferment des Stylospores, plus gros et moins nombreux que les spermaties, variables détaille et de forme, à contenu plus ou moins huileux, et susceptibles de germer.

Les Sorédies sont des amas pulvérulents qui sont formés de petits corps gonidiens, souvent entourés de filaments incolores, provenant du thalle. Ces corps sont, comme ceux que contiennent les corbeilles des Marchantia, aptes à germer, en multipliant leurs éléments, et à reproduire autant de jeunes thalles. Dans la plupart des Lichens, ces grains sont disposés à la surface du thalle en bourrelets épais, en masses arrondies ou irrégulières. Dans les Collémacées, ils naissent dans l'épaisseur de la couche gonidiale et doivent ensuite déchirer la portion superficielle de la plante pour être mis en liberté.

Maintenant que nous avons indiqué les principaux organes reproducteurs des Lichens et énumérô les diverses couches dont est formé leur thalle, nous pouvons dire quelques mots de la nature de ces plantes. Tout le monde avait remarqué leurs analogies avec les Champignons-Thécasporés dont on les distinguait surtout par la présence des gonidies dans l'épaisseur de leur thalle. Mais beaucoup d'auteurs ont adopté depuis quelques années une théorie dite algo-lichénique, et qui porte aussi le nom de

M. Schwendener, son principal promoteur, théorie qui considère les Lichens comme formés d'un Champignon, représenté par les hyphes, et d'Algues qui sont les gonidies, nourrices des hyphes et appartenant aux groupes des Protococcées, Nostochinées, Palmellacées, Rivulariées, etc. « D'après le résultat de mes recherches, dit M. Schwendener, toutes ces productions (les Lichens) ne sont pas des plantes simples; ce ne sont pas des individus dans le sens ordinaire du mot; ce sont plutôt des colonies, consistant en centaines et milliers d'individus, dont cependant un seul agit en maître, tandis que les autres, livrés à une perpétuelle captivité, pourvoient et à leur alimentation et à celle de leur maître. Celui-ci est un Champignon du groupe des Ascomycèles, un parasite quia coutume de vivre du labeur des autres. Les esclaves sont des Algues vertes, par lui cherchées à sa portée, on que plutôt il a saisies, les forçant à le servir. 11 les enveloppe, comme une araignée entoure sa proie, d'un réseau délié de mailles étroites qui constituent bientôt une toile infranchissable. Tandis que l'araignée suce sa proie et ne l'abandonne que quand elle esl morte, le Champignon imprime une activité plus grande aux Algues qu'il a prises dans ses rets et leur communique une plus grande vigueur d'accroissemenl. »

Ardemment soutenue par les uns et combattue pai les autres, la théorie algo-lichénique a élé, il esl vrai, couronnée, il y a quelques années, par une commission officielle. C'est d'abord ce qui nous l'a rendue suspecte; car les juges qui l'ont approuvée étaient Ad. Brongniart, qui avouait lui-même n'avoir jamais étudié la question; Decaisne, à qui l'on pouvait, en le flattant suffisamment, faire avaler les bourdes les plus indigestes (c'est lui qui a adopté avec enthousiasme et exalté, dans son enseignement et ailleurs, la théorie des sexes distincts et de la fécondation des Champignons supérieurs, dont il sera question plus loin,) et M. Duchartre qui, n'ayant jamais observé par lui-même, accepte volontiers au hasard ce qu'il trouve imprimé dans quelques auteurs le plus souvent étrangers qu'il ne paraît pas toujours bien comprendre. M. Nylander, l'homme d'Europe qui connaît et observe le mieux les Lichens, n'admet point la théorie et s'est exprimé à son sujet en ces termes : Decaisne gonidia Lichenum sicut Algas admittens, ex sensu Schwendeneriano, declaravit : « Le parasitisme des Lichens paraît un fait parfaitement démontré... » Dr Nylander hypotftesin illam Schivendeneri esse absonissimam indicavii demonstravitque gonidia manifeste in cellulis thalli Lichenum or ni uullumque adesse parasitismum . Decaisne igilur etiam hic ht summo errore rersatur et de rébus loquitttr sibi minime familial ibus; ignorantia parum jurât. Prœparationes microscopicœ optimœ, indubie confirmantes originem intralhallinam gonidiarum et gonimioruni haberi possunt... Taies prœparationes prœstant figuris quas plus minus ve schematicas facile faciunt auctores, arte sœpius ma gis occupait quam simpLici verilate. » M. Nylander nous a fait voir

sur ces préparations les gonidies naissant sur place dans l'intérieur même du parenchyme thallin desCollémées; si bien que nous ne saurions, sans nier l'évidence, contester l'exactitude de ce qui précède. On a pu voir des Algues analogues aux gonidies se rapprocher des hyphcs et se coller plus ou moins intimement avec eux ; on a pu voir des Cryptogames de familles très diverses, vivant à coté les unes des autres et comme en société sur un substralum commun et se mélanger entre elles, avec des contacts passagersplusou moins absolus((ig. 101-102); on a pu voir des gonidies véritables sorties des thalles de Lichens, vivre un temps variable en dehors de leur milieu normal; on a pu constater, sur des fragments isolés et artistiquement

I-'ig. 101. — a, spores de Phijucia parietïna, gcrmces sur des cellules de Protococcus viridis ; b, hyphas de Synalisma sur des cellules de Glo&ocapsa; c, filaments de Protococcus; d, hvphes de Slereocolon annu aium sur des chapelets de cellules de Scytonema (Bornet).

Eig. 102. — Spores sp de Lecandra sulfurea , germant dans une colonie de Cijstopus humicolu, g. Il s'établit entre les unes et les autres des adhérences plus ou moins intimes qui font admettre le parasitisme. Les filaments du Lichen s'appliquent sur des corps qui leur fournissent une certaine quantité d'humidité (Treub).

groupés, des unions plus ou moins intimes de filaments lhallins et de gonidies issues d'hyphes résorbés. Mais nous avons vu aussi, sur des échantillons communiqués par M. J. Richard, des Lichens germant suides cailbux polis, sans aucune trace de Protocnccus ou d'autres Algues; et l'on sait que M. Nylander a fait germer des spores de Lichen sur des lames de verre et a pu suivre leur évolution jusqu'au thalle parfait et même jusqu'au développement des apothécies, sans qu'on put découvrir sur ces plaques aucun vestige de Pleurocaccus, ou Protocnccus, ni d'aucun autre thalle étranger; de sorte que la preuve de la réalité de la

théorie algo-lichéniquenous semble encore à faire pour que nous puissions l'admettre. « L'absurdité d'une telle hypothèse, dit encore M. Nylander, est évidente par la considération qu'un organe (gonidie) devrait être en même temps un parasite du corps dont il accomplit des fonctions vitales; car on pourrait aussi bien prétendre que le foie ou la rate constitue un parasite des Mammifères. Un être parasite est autonome et vit sur un corps étranger, dont les lois de la nature ne lui permettent pas d'être en même temps un organe. C'est là un axiome élémentaire de physiologie générale. Mais l'observation directe enseigne que la matière verte se développe originairement dans la cellule primitive qui porte la chlorophylle ou le phycochrome, et par conséquent ne s'introduit pas d'une partie extérieure, ne vient pas d'un parasitisme, quel qu'il soit. On observe que la cellule est d'abord vide; puis, par sécrétion, la matière verte se produit dans la cavité et prend une forme définie. On peut donc démontrer avec facilité et avec évidence que l'origine de la matière verte dans les Lichens est absolument la même que dans les autres plantes. »

Une autre question a été l'objet de nombreuses controverses : celle de substralum des Lichens. Quoiqu'on ait distingué des espèces calcicoles, calcivores, silicicoles, etc., les Lichens sont en général assez indifférents, au point de vue chimique, à la nature de leur substratum; et celuici exerce surtout une influence physique, leur fournissant un point d'appui d'étendue et de consistance variables. Cependant une plante donnée revêt souvent un aspect différent ou une teinte différente quand elle végète sur un sol de nature chimique spéciale. Les roches ferrugineuses peuvent donner aux Lichens des colorations plus ou moins jaunâtres. Dans un même terrain mélangé de calcaire et de silice, certaines espèces se voient plus particulièrement sur les cailloux siliceux, d'autres sur les pierres calcaires du sol hétérogène, etc. Les Lichens fuient le séjour des villes et disparaissent dans les jardins et les parcs couverts d'habitations; on a dit qu'ils constituent, par suite, une sorte d'hygromètre qui donne, dans un endroit donné, la mesure de la pureté relative de l'air. On a remarqué aussi que sur les arbres et les roches, il y a plus de Lichens du côté du couchant que selon les autres orientations. On sait encore que, se détruisant graduellement à la surface des roches qu'ils habitent, les Lichens y déterminent la formation d'une première couche de terre végétale sur laquelle vont bientôt pouvoir s'établir des plantes plus élevées en organisation.

Parmi les substances qui entrent dans la composition du tissu des Lichens, il faut citer en première ligne la Lichénine, sorte de colloïde dont les propriétés sont analogues à celles de l'amidon, et qui se retrouve dans la gelée qu'on peut obtenir en faisant bouillir dans l'eau un assez grand nombre d'espèces. La teinture d'iode jaunit la lichénine; mais elle bleuit une autre matière isomérique, difficilement séparable de la lichénine et qui se trouve également dans la décoction aqueuse. D'après Payen, la li-

chénine pourrait se transformer en dextrinc, puis en sucre, par l'action de la diastase; mais le fait est contesté par Berg. Insoluble dans l'eau froide qui la gonfle, la lichénine se dissout dans l'eau chaude. L'alcool et l'éther ne la dissolvent pas. La solution aqueuse se prend en gelée par le refroidissement et devient par la dcssication dure, cassante, blanche. Sa saveur est nulle, et son odeur est celle des Lichens en général. On l'a comparée à l'amylène de la fécule. Il y en a de 20 à 45 p. 100 dans les principaux Lichens usités. Ils renferment souvent aussi de l'inuline et probablement de la cellulose proprement dite.

La plupart des espèces contiennent en outre un principe amer, le Cétrarin ou acide cétrarique, très sapide, cristallisant en belles aiguilles blanches, soluble dans l'alcool absolu, presque insoluble dans l'eau. En faisant macérer les Lichens dans des solutions légèrement alcalines, on neutralise l'acide cétrarique, et toute amertume disparait, Il y a encore dans certaines espèces, telles que le L. d'Islande, de l'acide Hellénique, un acide gras, nommé lichénistéarique, et des acides lécanorique, orcellique, érythrique, etc. L'acide orcellique peut se dédoubler en acide carbonique et en orcine que l'ammoniaque transforme en orcéine, substance d'un beau rouge, qui colore l'eau en rouge vineux, les acides en rouge pelure d'oignon, les alcalis en violet.

M. Nylander a tiré grand parti pour l'étude et la distinction des Lichens des réactions colorées qu'ils produisent au contact du chlorure de chaux, de la potasse caustique, de la teinture d'iode iodurée, etc. Ces substances colorent diversement les acides incolores qui existent dans ces plantes et qui, sous l'influence des alcalis et de l'oxygène, sont susceptibles de donner naissance à diverses matières colorées. De deux espèces très voisines et souvent difficiles à distinguer, l'une rougit, par exemple, dans sa portion centrale, avec le chlorure de chaux, et l'autre demeure incolore; c'esl ce qui s'observe, par exemple, respectivement chez le Parmelia fuliginosa et le P.prolixa. On sait, pour chaque espèce vulgaire, quelle coloration elle prendra sous l'influence de l'iode ioduré, de la potasse, etc.

Sans nous occuper en détail de la classification des Lichens, nous pouvons dire que M. Nylander les divise en trois familles : des Collémacées, des Ëphcbacées et des Lichénacées. Tous les genres à espèces utiles, que nous allons maintenant passer rapidement en revue, appartiennent à cette dernière diviston. Ce sont des Parmelia, Evernia, Lobaria, Umbilicaria, Gyrophora, Pertusaria, Cladonia, Cladina, Cetraria, Usuea, Roccella, Ramalina, Peltigera, Phijscia et Lecanora.

Parmelia.

Ce genre a donné son nom a un groupe de Lichens fruticuleux ou fron-

dacés. Le thalle est lobé ou partagé en expansions découpées, de couleur jaune ou brune. Les apolhécies sont généralement épaisses, à disque lisse ou luisant. Les asques contiennent huit spores ou rarement davantage, sphériques ou ellipsoïdes, petites. Les thèques et la gélatine hyméniale bleuissent par l'iode. Les spermogonies, de couleur brune ou noire, sont épaisses, superficielles, à stérigmates articulés, avec des spermaties fusiformes et aciculaires. Le genre est surtout abondant dans les régions tempérées de l'Europe et de l'Amérique, sur les rochers, les murs, les troncs d'arbres, commun en général au voisinage des habitations.

Le P. saxatilis Achats. (Lichen saxatilis L. — Lobaria saxatilis Hoffm. — Imbricaria saxatilis Kôrb.) a un thalle membraneux, à lobes arrondis et lacunes, d'un gris cendré en dessus et d'un roux foncé en dessous. Ses apolhécies sont d'un brun roux , avec des spores ovales, simples. On a jadis vanté cette espèce comme antidiarrhéique, antiépileptique, fébrifuge. A l'état de Muscus cranii humani, c'est-à-dire lorsqu'elle s'était développée sur de vieilles boîtes crâniennes exposées à l'humidité, elle se vendait des prix fous et guérissait, soit-disant, les affections cérébrales, même la folie, l'apoplexie. C'est une plante tinctoriale, qui, en Suéde, sert à colorer les toiles en brun. On la récolte aussi pour cet usage en Ecosse. Elle renferme de l'acide chrysophanique. On teint aussi les tissus en brun avec les P. omjthalodes Achak., Acetabulum Dukb., centrifuga Achak., conspersa Achar., oliracea Achar., physodes \cn\\\. ,sttjgiu Achar. Mérat dit que chez les Kirghiz, le P. physodes s'emploie topiquement au traitement des plaie-.

Evernia

Voisins des Parmelia, ces Lichens ont un thalle lïuticuleux, étalé, pendantou dresse, plan, d'un blanc cendré ou verdàtre, cortiqué de toutes parts et profondément divisé. Les divisions foliacées, groupées de façons diverses, ne forment pas une couche continue. Les apothécies sont latérales, discoïdes, à bord entier, avec des spores simples, hyalines, petites. Les spermogonies sont noires en dehors et hyalines en dedans, à spermaties droites et aciculaires. Ce sont des plantes de toutes les latitudes; mais surtout des régions boréales, vivant sur les arbres, plus rarement sur les roches.

VE. Prunastri Achar. (Lichen Prunastri L. — Physcia Prunastri DC. — Lobaria Prunastri Hoffm.) (ûg. 103) lire son nom de ce qu'il croîl souvent sur le Prunus spinosa. Son thalle, d'un brun cendré ou verdàtre, est dichotome, bosselé et ridé, avec des apothécies d'un roux foncé. On l'a récollé en Grèce, d'où jadis on le transportait en Egypte, sous le nom de Chamir (Forskhœl). Là on en aromatisait la bière, le pain, et surtout,

quand il était aigri, le pain azyme auquel il communiquait une saveur acerbe, fort appréciée des Turcs (Delile). Pour la même raison, il a été prescrit comme médicament astringent. Dans les localités où il abonde et où Ton n'en tire aucun parti, il pourrait constituer un bon fourrage, de même que VE. furfuracea. La plupart de nos Evernia (E. fastigiata, farinosa, etc.), riches en lichénine, pourraient également servir à l'alimentation de l'homme et des animaux.

UE. jubata Fr. est devenu le type du genre Alectoria Nyl. Dans les

Fig. 103. — Evernia Prunastri (de Lanessan).

régions boréales, les rennes s'en nourrissent, à défaut du Cladina rangiferina, quand la neige est très abondante. UE. vulpina Achar. est devenu le type du genre Chlorœa Nyl. Il faisait partie d'une composition destinée en Nonvège à empoisonner les loups.

Lobaria.

Ce genre, du groupe des Stictés, est caractérisé par un thalle foliacé, membraneux, frondiforme, de couleur verte, grisâtre, glauque ou brune, souvent chargé de sorédies, fixé cà el là au substratum, sans adhérence continue. Ce thalle porte beaucoup de petites fossettes glabres, nommées Cyphelles. Les apothécies sont éparses, souvent marginales, à bord thallin entier. Les asques contiennent huit spores oblongues-fusiformes, hyalines, cloisonnées, et sont accompagnés <le paraphyses 1 bres.Les spermogonies,

66 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPfOGÀMIQCE.

éparses ou marginales, sont enfoncées clans le thalle, à spermaties courtes et légèrement renflées aux extrémités. Ce genre est représenté en Europe par plusieurs espèces; il est rare dans le nord, plus commun dans les régions tempérées. Il croit souvent dans les lieux humides et y répand

«b"3C * vs

t'a;. 104. — Lobai ia pulmonacea. Port.

une odeur désagréable, souvent comparée à celle du chanvre, odeur qui disparait par la dessiccation et reparait quand on humecte la plante.

On emploie beaucoup encore le L. pulmonacea Hoffm. (Lichen pulmonarius L. — Sticta pulmonacea Achar. — Pulmonaria reticulata Hoffm.). C'est une espèce à grand thalle (-20-40 cent.), profondément découpé, d'un beau vert quand il est frais, mais prenant en se désséchanl une teinte glauque ou fauve. Sa surface (fig. 104) est couverte d'aréoles bosselées qui l'ont fait comparer pour l'aspect au poumon; et c'est peutêtre cela qui a donné l'idée de l'employer au traitement des maladies de

cet organe. Entre ses découpures, ce thalle est lisse et porto des sorédies, parfois nombreuses, d'un gris cendré. Un duvet grisâtre recouvre sa face inférieure, avec çà et là des bosselures blanchâtres. Sur les bords sont les apothécies, de couleur brune ou rougeâtre, larges au plus de près d'un demi-centimètre. Si Ton coupe le thalle en travers, on voit sur la section une coucbc corticale mince, formée de phytocystes irréguliers. Les hyphes de la coucbc médullaire sont irrégulièrement enchevêtrés. Dans la couche gonidienne, il y a de nombreuses gonidies, ovoïdes, d'un bleu verdâtrc, cohérentes entre elles et groupées par trois, quatre ou cinq dans de petites cavités. On trouve cette espèce en Europe, en Amérique, dans l'Afrique australe et en Algérie, aux Canaries. Elle a une saveur légèrement acre et amère. On dit cette amertume due à l'acide stictinique. Elle contient aussi de la lichénine et une matière mucilagineuse qui se développe au contact de l'eau. Ses propriétés sont, à peu de chose près, celles du Lichen d'Islande. Elle a passé pour béchique, dépurative. Elle servait aussi en médecine vétérinaire. Elle faisait partie du Sirop de mou de veau. Dans la Russie européenne et asiatique, elle remplaçait le houblon dans la préparation de la bière. C'est une plante légèrement astringente et qui sert à tanner les peaux; on l'emploie aussi à teindre en brun.

Umbilicaria.

Ces Lichens, du groupe des Gyrophares, ont un thalle foliacé, monophylle et plan, fixé uniquement par son centre au substratum qui est souvent une roche granitique. Les bords sont incisés-lobés, à surface très pustuleuse. Les apothécies sont discoïdes, concaves d'abord, puis planes et souvent finalement convexes, de couleur noirâtre. Les asques renferment de nombreuses spores allongées, pluriseptées, hyalines d'abord, puis «l'un jaune brun. Les spermogonies sont globuleuses et noires, à spermaties cylindriques et courtes. L'ZJ. pustulataBC (Lichen pustulatus L. — Gyrophora pustulata Achar.) a servi à Lyon pour la teinture des soies en brun plus ou moins rouge. 11 renferme un acide particulier, qu'on a nommé Acide gyrophorique.

Les Gyro/ihora sont très voisins de ce genre. Au Canada, en temps de disette, les Indiens se nourrissent des G. cylindica et proboscidea ou erosa Achar., que les colons européens nomment Tripe de roche.

Pertusaria.

Ce sont des Lichens à thalle crustacé, verruqueux et aréole, à surface

souvent lépreuse. Ce sont en général des Variolaria des anciens auteurs. Dans les verrucosités de leur thalle se trouvent les apothécies qui son1 gymnocarpes. Les thèques sont relativement volumineuses, à 1-8 spores incolores, simples et elliptiques. L'iode colore en bleu vif les thèques et les paraphyses. Les spermogonies sont noirâtres, à spermaties aciculaires et droites. Les espèces sont souvent corticoles. Le P. dealbata Nyl. (Variolaria dealbata Achar.) constitue, dit-on, l'Orseille des Pyrénées. Le P. faginea (P. communié DC. ■ — Variolaria amara Pers.) était le Lichen fagineusL., ou Lichen des Hêtres, qui croit aussi sur les écorces des Châtaigniers, Charmes, etc., sur lesquelles il forme des croûtes cartilagineuses et blanchâtres. Son amertume est très prononcée, et on en a retiré une matière cristallisée, non azotée, très amère, nommée par Aime Picrolichénine. On a beaucoup vanté ce Lichen comme tonique et comme antipériodique; mais il faut dire que dans la plupart des cas où il a réussi contre les fièvres intermittentes, son usage avait été précédé de celui du quinquina ou du sulfate de quinine. Ce n'est probablement, comme il arrive souvent en pareil cas, qu'un assez bon stomachique.

Cladonia.

Dans ce genre, type d'une série des Cladoniés, le thalle se partage en

Fig. 105. — Cladonia gracilis

Fig. 100. — Cladonia bacillaris.

deux portions : l'une foliacée, horizontale, et l'autre dressée et fruticuleuse, à divisions souvent nommées Podéties et ordinairement creuses,

dilatées en coupe. Les apothécies sont en forme de coupe évasée, situées au bord ou au sommet des rameaux, avec des thèques à huit spores simples et oblongues. L'iode colore à peine la gélatine hyméniale Les spermogonies, situées au sommet des rameaux, renferment des stérigmates non articulés, qui portent des spermaties courbes ou droites, cylindriques. Ce sont des Lichens saxicoles ou vivant sur le sol, parmi les Mousses. Ils habitent toutes les régions du monde, mais surtout les zones tempérées et froides.

Le C. pyxidata Fr. (C. ncglecta Flk. — Lichen pyœidatus L. — Scyphophorus pyxidatus DC. — Cenomyce pyxidata Achar. -- Bœomyces neglectus Wh.j est notre Lichen à godet ou pyxidé, bien connu par ses podétiesen forme d'entonnoir ou de verre à pied (fig. 107), verruqueuses et granulées, avec des apothécies rousses ou d'un brun pâle, espèce polymorphe, commune dans nos bois, au bord des fossés et sur les murailles, croissant le plus souvent sur le sol, et dont les podéties ont le bord entier, crénelé ou prolongé en lobes très divers, parfois stipités et comme capités. Ses usages sont les mêmes que ceux du Lichen d'Islande; mais il est plus pauvre en lichénine, et d'une saveur moins agréable. On l'a vanté contre les fièvres d'accès, les bronchites, les toux convulsives des enfants, etc.

Le C. coccifèra Achar., remarquable par ses apothécies d'un beau rouge, assez souvent confluentes, servait aux mêmes usages que l'espèce précédente.

Le C. sanguinea Flk., espèce brésilienne, se prescrit dans son pays natal contre les stomatites aphtheuses des enfants.

Le C. rangiferina Hoffm. (Lichen rangiferinus L. — Cenomyce rangiferina Achar. - -Bœomyces rangiferinus Achar.) a été distingué du genre précédent, sous le nom de Cladina rangiferina Nyl. C'est le Lichen des Rennes. Le genre Cladina est caractérisé par des podéties nues, sans squamules et sans godet terminal. L'espèce type est aussi développée que possible en Laponie. Elle existe cependant dans la plupart des régions arides, montueuses de l'Europe. Elle forme des buissons en miniature, à branches reclilignes, pressées, très rameuses, molles, blanchâtres, tomenteuses, fistulenses (hautes de 4-25 cent.) Les principales branches ont leur aisselle perforée ou fendue. Leur paroi est presque cartilagineuse, formée de deux couches concentriques; l'extérieure irrégulièrement feutrée et formée de fibres rameuses et divariquées, mé-

Fig. 107. — Cladonia pyxidata.

langées de masses gonidiales irrégulièrement disséminées et qui donnent à la plante une teinte verte très pâle. La potasse colore cette espèce en jaune; le chlorure de chaux ne la colore pas. Les apothécies sont petites et d'un roux pâle. Colle plante est la nourriture des rennes pendant l'hiver. On la conserve pour l'em- <$?feta m SlrJk ployer comme fourrage dans

les temps de disette. L'homme s'en nourrit aussi quelquefois, notamment en Finlande, où on mélange sa farine, macérée et privée de son amertume, à celle du seigle. En médecine, elle peut se substituer au Lichen d'Islande, car elle forme avec le lait une gelée alimentaire agréable et analeptique. Elle entre comme cosmétique dans la fabrication de la Poudre de Chypre. C'est encore une source abondante d'alcool, comme le Cetraria islandica. Traitée par l'acide sulfurique ou ehlorhydrique, elle prodnil ilu glucose, résultat de la transformation de la lichénine, et le glucose lui-même peut donner un alcool dont la Suède produit actuellement environ deux millions de litres par an.

Fie. 108. — Cladonia digitata.

Cetraria.

Les Lichens de ce genre, qui a donné son nom aux Cétrariés, sont caractérisés par un thalle fruliculeux, ascendant ou dressé, généralement ri"ide, de couleur châtain plus ou moins clair, membraneux ou légèrement resserré vers l'extrémité des divisions, séparées en laciniures de largeur variable. Les apothécies sont brunes et marginales. Les spermogonies sont renfermées dans le sommet des divisions du thalle, et elles contiennent des stérigmates simples, qui portent des spermaties courtes et cylindriques. On n'admet actuellement dans ce genre que quatre espèces, dont trois sont européennes. La plus utile est le Lichen d'Islande (Cetraria islandica Achar. —

Fig. 109. — Cetraria islandica (Berg).

Lichen islandicus L. — Physcia islandica Mieux. — Lobaria islandica Hoffm.) (fi?. 109). Son thalle, dressé cl haul d'un décimètre et plus, est foliacé, enroulé à s;i base en gouttière ou en tube. Supérieurement il se dilate et s'étale en tubes ciliés, irrégulièrement déchiquetés. Sa couleur est d'un gris roussàtre, avec quelques portions d'un brun olivâtre ou verdâtre. Sa surface est lisse, avec la face inférieure plus pale, parsemée de légères dépressions inégales. Assez souvent la base du llialle se teinte en rouge plus ou moins vif. Peu nombreuses, les apothécies sont subterminales, sessiles, orbiculaires, planes ou légèrement convexes, de la couleur du thalle ou d'un rouge brun. Il y a dans chaque asque de six à huit spores simples, elliptiques et incolores. Les spermogonies ont la forme de cônes obtus et renferment de nombreuses et courtes spermaties. Quand le thalle est desséché, il pâlit au feu et conserve une certaine élasticité et une certaine rudesse. Humecté avec de l'eau, il en prend environ un tiers de son poids, et devient mou, subcartilagineux. Il est un peu amer et incolore ou légèrement aromatique. Coupé en travers, il présente une zone médullaire à hyphes lâchement entremêlés, avec de nombreux espaces remplis d'air. Des gonidies, vertes et sphériques, occupent les limites supérieure et inférieure de la couche médullaire. Plus extérieurement les hyphes deviennent serrés, feutrés, sans méats, et les deux faces du thalle sont limitées par une zone corticale mince et dense, â phytocystes très serrés. Par l'action de la teinture d'iode, le tissu central se colore en bleu, et la couche corticale en jaune.

Cette espèce habite une grande porlion de l'Europe, dans les régions arctiques, froides et alpines, depuis le Spitzberg et l'Islande jusqu'à la Méditerranée. Elle croît aussi dans les montagnes élevées de l'Asie, notamment dans l'Himalaya. En Amérique, elle s'étend du Groenland et de l'île Melville jusqu'au nord de la Virginie et de la Caroline; et elle reparaît au cap Horn, à une altitude de cinq à six cents mètres. Il n'est pas probable que cette piaule se rencontre réellement autour de Paris ; mais elle croit dans les Vosges, les Alpes, l'Auvergne et les Pyrénées. Elle varie un peu d'un pays â l'autre. Dans les Alpes et la Suisse, on trouve surtout les variétés nommées C. crispa Achar. et C. erinacea Sch^er. ; en Laponie, celles qui ont reçu les noies de C. tnbulosa Scu.er. et C. Delissei Scii^er. Le C. platyna Achar., qui en est aussi une variété, se rencontre par toute l'Europe.

C'est une espèce riche en lichénine (70 p. 100); et par le refroidissement, sa décoction se prend facilement en masse. Elle abonde aussi en acide cétrarique qui lui donne, ilil-on, son amertume, en acide lichénistéarique (env. I p. 100), en oxalate de chaux, en potasse et en silice. La lichénine lui donne un pouvoir nutritif notable; et l'on a dit (Thénard ) qu'à dose égale, la farine de ce Lichen est de moitié aussi nutritive que la farine de blé. Aussi les Islandais vont-ils chaque année, à l'époque de l'entier développement du Fjallagrîs (herbe de montagne), en recueillir

deux variétés, l'une à. lobes des thalles larges, l'autre à divisions plus étroites, d'un brun clair, dans les landes d'Arnarvaton et d'Holtarvarde où il est abondant. On récolte les pieds de la troisième année, pendant les temps humides ou les nuits fraîches, et on les broie avec des meules, après les avoir bien lavés, puis séchés. Le lavage n'enlève qu'une partie du principe amer; aussi trempe-t-on encore le Lichen dans l'eau pendant vingt-quatre heures avant de le faire bouillir dans du lait frais ou aigre. Cette sorte de potage est suffisamment alimentaire et a sauvé la vie de beaucoup d'explorateurs et d'habitants dans les périodes de disette. C'est un mets qu'on dit très sain, et ceux qui s'en nourrisseut évitent, assure-t-on, bien des affections parasitaires, entre autres l'éléphantiasis. En Carniole, les bestiaux sont nourris avec cette môme plante. Comme médicament, le Cetraria islandica a été employé dès 1671 par Olaus Borrich, médecin de Copenhague, qui le nomma Muscus catharlicus, le considérant comme purgatif quand il était récolté au printemps. Quelques années plus tard, Iljârn le préconisa contre les héinoptysies des phthisiques. Linné et Scopoli l'administrèrent méthodiquement, et il fut depuis lors considéré à la fois comme tonique, analeptique et émollient. Son principe amer a passé pour vermifuge, et son amertume l'a fait indiquer comme succédané du quinquina. Mais il paraît que son action antipériodique est en réalité peu prononcée. Il est assez souvent, dans le commerce, mélangé d'autres Lichens, de Mousses et même de feuilles de Pins.

Usnea.

Type de la série des Usnés, ce génie est pourvu d'un thalle fruliculeux et cortiqué, arrondi ou plus ou moins comprimé, et qui, d'abord dressé, prend ensuite en se divisant beaucoup, ordinairement une teinte glauque. Les divisions ont souvent leur surface chargée d'aspérités ou de courtes fibrilles horizontales. Lesapothécies sont latérales ou presque terminales, orbiculaires, cupuliformes, à bords ciliés, peu distinctes du thalle par la couleur. Les asques, claviformes et peu volumineux, contiennent huit spores globuleuses-elliptiques, simples, hyalines. Les spermogonies sont peu nombreuses, latérales, à spermaties rectilignes et aciculaires. Les espèces, généralement cosmopolites, habitent les écorces et les rochers. Quelques-unes, comme VU. longissima, atteignent, dit-on, une longueur d'une dizaine de mètres; ce sont donc les plus grands Lichens connus.

L'U. barbata Achar. (U. coralloides Wallr. — Lichen barbatus L.) est commun, polymorphe. Les anciens l'employaient beaucoup en médecine, et c'est lui que les plus vieux auteurs désignent sous le nom d'Algue des arbres, Mousse des arbres. On appliquait cette espèce, aujourd'hui inusitée, aune foule d'usages médicaux. Sa variabilité est très grande, sui-

tout quant à la teinte du thalle, à la présence où à l'absence des soridies, des fibrilles, etc. Aussi les U. articulât a, ceratina, cornuta, dasypoga, florida, hirta elplicatci, souvent distingués comme espèces, n'en sont-ils en réalité que des variétés.

L'U. plicala L. sert aux Lapons à arrêter les hémorrhagies,à panser les plaies, surtout celles des pieds déchirés. C'est un remède contre la coqueluche, la diarrhée (Willemet), et c'est aussi une plante tinctoriale.

Roccella.

Ce genre, type du groupe des Roccellés, est caractérisé par un thalle fruticuleux, arrondi ou plus ou moins comprimé ou aplati, simple ou plus ordinairement rameux, dont les divisions s'atténuent au sommet. Sa surface, nue ou farineuse et soridifôre, est de couleur blanchâtre, grise ou livide. Les apothécies sont sessiles, latérales, avec un hypothécium noir. Les thèques renferment huit spores oblongues oufusiformes, le plus souvent triseptées. L'iode colore légèrement la gélatine hyméniale. Les spermogonies sont latérales et répondent à de très petits points noirs qui occupent les angles des divisions du thalle. Les stérigmates, simples ou peu rameux, ne sont pas articulés, et portent des spermaties aciculaires, droites ou arquées. Il y a des Roccella dans tous les pays chauds, sur les bords de la mer; ils sont fixés aux falaises, formant des touffes d'un seul ou d'un certain nombre d'individus.

Ce sont des plantes tinctoriales, qui fournissent à l'industrie une grande quantité d'Orseilles. L'espèce la plus connue est le R. tinctoria DC. {Lichen Roccella L. — L. grœcus T. — Parmelia Roccella Achar.) (fig. 110). Son thalle est arrondi, blanchâtre ou légèrement livide, farineux, à divisions étroites et vermiculaires, avec des apothécies orbiculaires, planes, noires ou pruineuses comme le thalle. C'est une espèce à aire de végétation très étendue, qui se trouve sur les côtes de France et d'Angleterre, mais avec de faibles dimensions, et surtout aux Canaries, au Sénégal, au Cap, dans les Indes, dans l'Amérique du nord-ouest et du sud, principalement au Chili. C'est elle qui constitue les meilleures Orseilles de l'Afrique occidentale, de Madagascar, de Californie, produits dont la valeur commerciale est très inégale. Au Cap-Vert et au Canaries, leur récolte est très difficile, car il faut se suspendre, à l'aide de cordes, pour arracher aux falaises les pieds qui sont attachés à une grande élévation sur leur paroi verticale.

Le R. fuciformis Achau., a un thalle rubané, non bosselé, rameux, d'un blanc cendré et pruineux, atteignant souvent 10-20 centimètres de haut; il porte des apothécies noires, épaisses, situées sur le bord de ses divisions. On le trouve dans les mômes régions que le précédent, surtout au Cap-Vert et à Madère.

Le R. Monfagnei Bel. est très voisin du précédent. Seulement son thalle est moins épais, plus lâche, de teinte glauque. Il habite les côtes de l'Inde, de Java. Dans- les îles orientales de la côte africaine, notam-

Fig. 110. — Roccella tinctoria. Port.

ment à Madagascar, il croît sur les roches du bord de la mer et même sur le tronc des arbres voisins du littoral.

Ces plantes constituent les meilleures Oseilles du commerce, c'est-àdire des espèces tinctoriales, à couleurs ordinairement pourprées, violacées ou jaunâtres. Les anciens connaissaient ces teintures, et l'on a

même soutenu que la pourpre de Tyr était due à des Roccclla. C'est dans le Levant que le chef de la famille florentine des Oricellarii ou Rucellarii retrouva les plantes de ce genre qui peuvent servir en teinture (1300). On en tira ensuite beaucoup des Canaries et des îles voisines de la côte africaine occidentale. Aujourd'hui, la pratique distingue surtout des Oseilles de mer (0. des îles, 0. d'herbe) et des 0. de terre.

Les premières sont dites du Cap-Vert, des Canaries, de Madère, du Sénégal, d'Angola, de Madagascar et de Mozambique, suivant leur provenance. Elles sont surtout produites par les R. tinctorla et fuciformis. Il y en a aussi du Pérou, du Chili et de la Californie.

Les 0. de terre viennent de Suède et de Norwège, des Pyrénées, d'Auvergne. Ce sont les moins recherchées, produites par des Variolaria, Pertusaria, Lecanora, Umbilicaria, etc.

Avec toutes, pour obtenir la teinture, on broie les Lichens qu'on fait macérer dans l'urine; puis on y ajoute de la chaux éteinte, de l'alun et un peu d'acide arsénieux. Au bout d'un mois environ, la masse fermentée a pris sa coloration complète; il s'est formé de l'orcéine, principe colorant des Orseilles. Le Cudbear d'Ecosse et le Persio d'Allemagne sont des teintures analogues. Elles se fabriquent dans ces pays avec des Lichens indigènes.

Le tournesol en pains s'obtient d'une façon analogue avec des Lichens d'Europe. Outre les agents cités, on emploie encore le carbonate de potasse, et l'on pousse plus loin la fermentation, de façon à transformer l'Orcéine en Azolilmine, matière colorante bleue.

Ramalina.

Dans ce genre, qui a donné son nom à un groupe des Rama Unes, le thalle est fruticuleux, plan ou subarrondi, dressé ou pendant, divisé profondément et irrégulièrement, de couleur blanche ou vert pâle, jaunissant souvent avec l'âge. Les apothécies sont latérales ou terminales, à bords entiers ou presque entiers, de la couleur â peu près du thalle. Les thèques renferment des spores oblongues, un peu arquées, incolores. La gélatine hyméniale bleuit par l'action de l'iode. Les spermogonies, éparscs, souvent enchâssées dans le thalle, apparaissent comme des ponctuations hyalines ou noirâtres. Les spermaties sont oblongues ou cylindriques, rectilignes. Ce genre s'observe sur les pierres et les écorces d'arbres; il abonde surtout dans les régions tempérées.

Le R. fraxinea Achar. (R. calicaris Fr. — Lichen fraxineus L. — Lobaria fraxinea Hoffm.) est la plus commune des espèces de ce genre, riche, comme ses congénères, en lichénine et en une substance visqueuse qui lui donne des qualités organolepliques particulières. Son thalle est

76 TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAJIIQl'E.

d'un blanc cendré ou glauque, polymorphe, mais généralement à divisions dichotomiques irrégulières. La façon dont se divise le thalle distingue les unes des autres les variétés qu'on a nommées farinacea, fraxinea et fastigiata. Celte espèce s'emploie comme succédané du Lichen d'Islande; elle en a toutes les propriétés. C'est aussi une plante tinctoriale, de môme que les R. polijmorpha et scopulorum Achar.

Peltigera.

Ces Lichens ont donné leur nom à la tribu des Peltigèrés et se distiugent par leur thalle membraneux et foliacé, de couleur verdâtre ou plombée, opaque, un peu brillant, blanc ou noirâtre en dessous, avec des nervures saillantes. Par l'âge et la sécheresse, il se fendille fréquemment. Les apolhécies sont marginales, ou oblongucs, ou arrondies à la surface supérieure des thalles, colorées en rouge brun. Chaque thèque renferme six ou huit spores, hyalines et pluriloculaires. On ne connaît de spermogonies que dans un petit nombre d'espèces. Elles sont terrestres ou muscicoles et habitent surtout l'Europe et l'Asie, dans les bois, et l'Amérique du Nord.

Le P. canirta Hoffm. (Lichen caninus L. -- Pcltidea canina Acuar.) est le Lichen des chiens ou Mousse de chien, Pulmonette canine (fig. 111).

Son thalle est large, profondément divisé, recouvert d'une pellicule blanchâtre plus ou moins fugace, et, au dedans d'elle, d'un vert pâle. Il a la face intérieure blanchâtre, réticulée, et ses apothécies sont d'un brun roux. La couche corticale n'a qu'une assise de phytocystes globuleux ou polyédriques, vides, colorés en brun. Les gonimies sont groupées en couche épaisse et d'un vert bleuâtre. Sous le thalle se voit un riche réseau de nervures anastomosées, proéminentes, dont partent de nombreuses rhizines. Le nom spécifique de l'espèce vient de la réputation qu'elle avait de guérir la rage, et c'est â ce titre que Dampier l'avait préconisée dès 1097. Pulvérisée avec du poivre, elle constituait la Pondre antilysie. C'est une plante commune au bord des fossés des bois sablonneux.

Le Peltidea aphthora (Lichen ap ht or us L.) appartient â un genre très voisin du précédent. Mais son thalle renferme des gonidies; il est verruqueux en dessous. C'est une plante qu'on a jadis beaucoup vantée comme médicament dans les campagnes, et qui était réputée vomitive, béchique et même anlhelminthique.

Fie. 111. — Peltigera canina.

Apothécie, coupe (de Lanessam.

Physcia.

Ce genre a donné son nom au groupe des Phy sciés. Séparé des Parmelia avec lesquels on le confondait jadis, il est distingué par son thalle généralement orbiculairc, ascendant, fruticuleux, cylindracé, lacinié ou lobé, jaunâtre, cendré ou rarement brun. Les apothécies sont jaunes, orangées, brunes ou noires. Les spores sont incolores ou brunes, à deux ou quatre loges. Les espèces sont généralement saxicoles.

Le P. parietina [Lichen parietinus L.— Par me lia parietina Achar. — Lobaria parietina Hoffm. — Imbricaria parietina DC.) (fig. 112, 113) est l'espèce la plus commune du genre, abondante sur les murailles, les roches, les troncs d'arbres, etc. Il a un thalle d'un jaune doré, cour-

Fig. 112, 113. — Physcia parietina (de Lanessan).

tement stipité, à pied d'une teinte un peu plus sombre que celle du thalle. C'est une espèce depuis longtemps vantée comme fébrifuge, et dont on a dit qu'elle valait au moins le quinquina. C'est une erreur manifeste; mais la plante mouillée dégage une légère odeur de quinquina. Elle est simplement tonique, amère et astringente; on l'a aussi recommandée comme anlidiarrhéique. Assez riche en acide chrysophanique, elle sert à teindre la laine en jaune dans les régions boréoles de l'Europe. Le P. parietina

récolté sur lecrâne humain se vendait jadis aussi trèscher; il passait pour guérir l'épilepsie et bien d'autres névroses.

Le P. ciliaris faisait partie du célèbre médicament nommé Pondre de Chypre.

Le P. pulverulenta sert encore ta teindre en jaune ou en violet.

Le P. candelaria Nyl. est employé en Norwège à colorer en jaune safran la cire et les chandelles.

Lecanora.

Ce sont des Lichens à thalle crustacé, diffus on bien déterminé, avec des apothécies sessiles, noires, brunes ou jaunâtres. Les thèques renferment 4—8 spores on même davantage. Les spermogonies sont saillantes, tuberculiformes, noirâtres, on enfoncées dans le thalle, avec des spermalics aciculaires, droites ou arquées.

Le L. Parella A char., répandu dans tonte l'Europe, fait partie de la Parelle d'Auvergne, qui servait en teinture et se récoltait sur les roches dans ce pays. C'est une des pins communes de ces Orseilles dites de terre, qu'on emploie encore en teinture comme produits de qualité tout à l'ail secondaire. Le L. tartarea Acuar., qui se trouve aussi en Auvergne, dans les Pyrénées, dans les Vosges, a servi également en teinture. Il on est de même desL. tumidula Acuar., pallescens Aciiar., etc. et du L. tinctoria Fee, qui vient du Brésil et qui passe pour très-recherché dans son pays natal, vu qu'il donne, à ce qu'on assure, une superbe laque violette.

Le L. esculenta Eversm. (Lichen esculentus Pall. — Parmelia esculenta Spreng.) est l'espèce la plus célèbre du genre, depuis que Pallas l'a décrite coin l'ayant observée dans le- steppes de la Ilussie méridionale, sous forme île petites masses globuleuses, grosses comme une noisette, à surface mamelonnée, grisâtre ou brunâtre. On croit ces masses arrachées aux rochers, puis emportées par le vent et formant des couches épaisses, dues, à ce qu'on avait pensé, à des pluies de manne. Ce devait donc être là, suivant toute apparence, la manne des Hébreux, dont Parrot a vu, en 1828, plusieurs localités de la Perse couvertes d'une couche d'un pied d'épaisseur. Des faits analogues ont été observés en Algérie. Les hommes et les bestiaux peuvent à la rigueur se nourrir de ce Lichen qui est 1res riche enoxalate de chaux et renferme près d'un quart de son poids de lichénine; il contient aussi une substance sucrée et un peu de matière azotée.

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