CHAPITRE PREMIER
Êtres inanimés et êtres vivants. — Tout CO qui existe à la surface du Globe se répartit en deux grandes catégories : 1“ les êtres inanimés qu’on désigne souvent sous le nom de corps hruts ou minéraux-, 2° les êtres vivants, auxquels on applique également la dénomination de corps organisés, en raison de la structure nettement déterminée que présentent la plupart d’entre eux.
Les êtres inanimés ne sont modifiés dans leur position, leur forme ou leurs dimensions, que lorsqu’une force extérieure vient à agir sur eux. Les êtres vivants, au contraire, changent spontanément, en apparence, de forme et de dimensions pendant une partie de leur durée. Ils modifient incessamment le milieu ambiant que laissent d’ordinaire inaltéré les corps inanimés; mais leur activité n’a qu’un temps, passé lequel ils meurent, reviennent à l’état de corps inanimés et se décomposent, au moins en partie.
Corps simples et corps composés. — Dans l’état actuel de nos connaissances, certains êtres inanimés nous apparaissent comme formés d’une substance unique, indécomposable par tous les moyens qui sont à la disposition des physiciens et des chimistes : ce sont les corps simples. Les substances qui constituent les corps
simples sont, pour le moment, au nombre de 73; elles forment, en se combinant suivant des règles déterminées, d’innombrables corps composés, qui peuvent à leur tour se mélanger entre eux d’une façon quelconque, mais dont la composition demeure immuable tant que la chaleur, l’électricité, la lumière ou la présence de certains autres corps n’interviennent pas pour les modifier.
Tous les êtres vivants sont, au point de vue chimique, des mélanges de corps composés; mais la vie réside essentiellement dans une catégorie spéciale de substances qu’on appelle les protoplasmes, et ne peut être définie que par les propriétés de ces substances.
Quand les protoplasmes cessent de vivre, ils apparaissent au chimiste comme constitués par un mélange de composés albuminoïdes, c’est-à-dire de composés dans lesquels quatre corps simples principaux : le carbone, Vhxjdrogène, Voxygène et Vazote, entrent dans des proportions telles que, si l’on suppose tout l’oxygène et tout l’azote employés à former de l’eau et de l’ammoniaque, en s’unissant à l’hydrogène, il reste encore un excès de carbone.
A ces quatre corps fondamentaux s’ajoute toujours une petite quantité de soufre; en outre, on trouve fréquemment d’une manière normale, dans l’organisme de beaucoup d’êtres vivants, du phosphore, du fluor, du chlore, du silicium, du potassium, du sodium, du calcium, du magnésium, du manganèse, du fer, du zinc, du cuivre, en tout dix-sept éléments. Toutefois ces dix-sept éléments ne se rencontrent pas simultanément chez tous les êtres vivants. Le zinc, le cuivre, le fluor, le chlore lui-même peuvent manquer, ce qui ramène à treize le nombre des éléments à peu près constants.
Substances albuminoïdes. — La composition centésimale des substances albuminoïdes, abstraction faite de la petite quantité de soufre qu’elles contiennent toujours, peut être représentée approximativement par la formule C®IPO^Az; mais si l’on veut tenir compte des propriétés chimiques de ces composés, il faut élever beaucoup dans ces formules les nombres des équivalents, et altérer un peu leurs rapports. Les composés albuminoïdes qui jouent le plus grand rôle dans la constitution des êtres vivants sont : Valbumine, la fibrine et la caséine, et peuvent être considérés comme les trois types autour desquels viennent se grouper ces composés. Les substances albuminoïdes, sauf de rares ^exceptions, sont amorphes, incristallisables, incolores, sans odeur ni saveur. Elles se présentent sous deux formes, l’une soluble dans l’eau, l’autre insoluble, qui -passent facilement l’une à l’autre. Elles sont séparées de leurs solutions par les filtres dialyseurs. Sous leur forme insoluble ou dit qu’elles sont coagulées. La fibrine , contenue en grande abondance dans le sang, se coagule spontanément, c’est-à-dire sous l’action de causes inconnues, quand on l’abandonne à elle-même; l’albumine se coagule sous l’action de la chaleur; la caséine, incoagulable par la chaleur, se coagule sous l’action des acides. Les recherches les plus précises conduisent à attribuer à l’albumine la formule : (Schützenberger). La caséine contient un peu moins
de soufre; la fibrine contient moins de carbone et d’oxygène, mais en revanche plus d’azote que l’albumine. Eu raison de leur complexité même, ces substances sont altérées avec la plus grande facilité par les actions chimiques, et donnent naissance à une foule de dérivés que nous signalerons plus tard (voir chapitre Vlj; elles n’en sont pas moins des composés chimiques nettement déterminés. Æ
CARACTÈRES DES PROTOPLASMES.
Les pi'otoplasmes vivants ne sont pas des composés cliiiini<iiies. — Où 116
saurait attribuer cette même qualité de composés chimiques aux protoplasmes vivants. Effectivement, si au moment où les saisit l’analyse chimique, elle leur trouve une constitution analogue à celle d’un mélange de substances albuminoïdes, cet état fixe ne se manifeste qu’à l’instant où cesse la vie, à l’instant où les protoplasmes cessent par conséquent de mériter leur nom, pour tomber dans le domaine commun des composés chimiques. Jusque-là, ils manifestent, au contraire, une incessante activité qui s’oppose à ce qu’on puisse leur assigner une composition chimique constante.
Au contact de l’air, tous les protoplasmes absorbent de l’oxygène, et exhalent une quantité à peu près égale d’acide carbonique; c’est ce qu’on appelle leur respiration. La respiration implique que l’oxygène de l’air enlève incessamment du carbone aux substances protoplasmiques, et altère par conséquent leur constitution d’une manière continue. Les substances albuminoïdes se résolvent ainsi en acide carbonique et en composés momentanément impropres à continuer de faire partie des corps vivants. Si les divers éléments contenus dans ces composés n’étaient pas remplacés le protoplasme se détruirait peu à peu, et disparaîtrait. Cette destruction perpétuelle des protoplasmes ou désassimilation, est compensée par la faculté qu’ils possèdent de s’incorporer, en les décomposant, une multitude de substances qui constituent leurs aliments. L’acte par lequel ils s’incorporent ces aliments s’appelle lui-même V assimilation.
L’assimilation et la désassimilation sont, en quelque sorte, doux mouvements contraires, aussi essentiels l’un que l’autre à la vie. La somme de leurs effets peut être positive, nulle ou négative. Si elle est positive, la masse protoplasmique grandit; si elle est nulle la masse protoplasmique demeure stationnaire-, si elle est négative, la masse protoplasmique dépérit, et finalement toute son activité s’arrête; elle meurt. Ces trois périodes que traverse toute masse protoplasmique peuvent être considérées comme représentant sa, jeunesse, son état adulte et sa vieillesse suivie de mort; mais on ne peut ici attribuer rigoureusement à ces mots la signification qu’ils présentent lorsqu’il s’agit d^organismes proprement dits.
Limitation des dimensions des masses protoplasmiques; leur reproduction; piasmodcs et piastides; organismes. — Même dans les meilleures conditions, la croissance d’une masse protoplasmique, qu’elle soit libre ou engagée dans un organisme, n’est jamais indéfinie. Dans quelques cas relativement rares les dimensions atteintes peuvent être cependant considérables; on donne à ces masses volumineuses de protoplasme le nom de plasmodes. Les plasmodes du Champignon de la tannée ou Fleur du tan {Fuligo septica) mesurent près de trois décimètres de diamètre et deux centimètres d’épaisseur. Certaines espèces de Foraminifères des genres Nimmulites et Orhitolites atteignaient ou atteignent encore plusieurs centimètres de diamètre. Mais, en général, les dimensions des masses protoplasmiques ne dépassent pas quelques dixièmes de millimètre. Cette règle présente surtout peu d’exceptions pour les masses protoplasmiques associées eu plus ou moins grand nombre. Une fois ces dimensions atteintes elles se divisent tantôt en deux (fig. f), tantôt en un grand nombre de masses, ordinairement semblables, dont chacune revient peu à peu aux dimensions et à la forme de la masse primitive d’où elle est issue, ou eu diffère d’une façon déterminée. Il se trouve,
par conséquent, que la masse s’est multipliée ou reproduite. Ainsi apparaît une nouvelle faculté des masses protoplasmiques, conséquence de la limitation de leur
taille et de l’activité incessante de leur nutrition : la faculté de reproduction.
A ces masses protoplasmiques, de dimensions limitées, on donne le nom de plastides (Hæckel). Beaucoup de plastides demeurent toujours à l’état isolé; mais plus souvent encore les . plastides s’associent en nombre, qui
son début; Ca, cb, plastides issus de cette division. etre tres grand, pour constituer
un organisme.
Tout être vivant dont les dimensions sont quelque peu considérables n’est qu’une association de plastides, et les plastides associés pour le constituer sont ce qu’on appelle ses éléments anatomiques.
Granulations du' protoplasme. — Observés au microscope à un grossissement
modéré, sans le secours d’aucun réactif, les protoplasmes, qu’ils soient à l’état de plasmodes ou de plastides, apparaissent comme de petites masses d’une substance glaireuse, sans structure, translucide, parfois môme aussi transparente que de l’eau, et dans laquelle flottent de nombreux granules de très petites dimensions. Ordinairement ces masses sont incolores, mais elles peuvent Tevêtir des teintes plus ou moins éclatantes, le protoplasme du Fuligo septica, par exemple, est d'un beau jaune; celui de la Protomyxa aurantiaca est orangé.
Les granules flottant dans le protoplasme sont ou des débris d’aliments en voie d’assimilation, ou des produits de désassimilation, définitivement inutilisables et souvent destinés à être rejetés {acide urique, urates, silice, carbonate de chaux, etc.), ou des substances qui peuvent être incorporées de nouveau dans des conditions déterminées et qu’on doit considérer comme des aliments de réserve [amidon, paramylon, granulations graisseuses, etc.) ou même des particules vivantes. Leur nature est donc extrêmement variable. Les produits de désassimilation et les aliments de réserve peuvent acquérir, au sein du protoplasme, des dimensions notables, former, par exemple, des gouttelettes de graisse, et, en outre, chez les végétaux, des grains d’amidon ou d’aleurone, des cristaux d’oxalate de chaux, des spiculés calcaires ou siliceux, de forme déterminée et très variable.
On voit encore s’isoler dans la masse protoplasmique des gouttelettes liquides, gouttelettes d’huiles, d’essences, et surtout de solutions aqueuses de divers pro-
Chélidoine. Les parties grises représentent les bandelettes et la couche pariétale du protoplasme, les parties blanches, le suc cellulaire; les flèches indiquent le sens du mouvement des granules protoplasmiques; n, noyau avec son nucléole (d’après Dippel).
CONSTITUTION DES PROTOPLASMES.
duits minéraux ou organiques. Tantôt ces gouttelettes de solutions aqueuses restent dans le protoplasma, s’agglomèrent et constituent le suc cellulaire (fig. 2); tantôt elles sont périodiquement expulsées et forment alors le contenu des vésicules contraclilcs (fig. 3,
Pv). Les substances dissoutes dans le suc cellulaire se précipitent ou cristallisent, comme d’ordinaire, lorsque l’eau vient à être résorbée.
Associatiou de diverses substances protoplasmiques dans les plasniodes et les plastides. — La plupart des granulations et des corpuscules dont nous venons de parler sont inertes; mais il n’en est pas de même de toutes les
Fig. 3. — Dactylosphæra polypodia. N, nucléus. Pv, vésicule contractile (d’après Max Schultze).
Fig. 4. — Grains de chlorophylle de la Fimaria liygrometrica : A, en place dans les cellules de la feuille ; ils sont plongés dans la couche pariétale du protoplasma, qui contient aussi le noyau, et ils renferment des grains d’amidon ; D, grains de chlorophylle isolés, avec leur contenu amylacé; a, jeune grain; b, grain plus û.gé; h', b", grain en voie de bipartition ; c, d, e, grains âgés où l’amidon occupe tout le volume du grain ; f. grain gonflé par l’eau; g, le même après l’action prolongée de l’eau, la substance du leucite est détruite, il ne reste que les grains d’amidon (Sachs).
Fig. 5. — Moelle de la racine du Phajus grandiflorus : A, les leucites incolores fusiformes l, disposés autour du noyau n, produisent chacun en un point de la périphérie un grain d’amidon a. — B, les grains d’amidon ont grossi, en même temps que les leucites se sont amincis en bâtonnets. — C, état plus avancé; chaque gros grain d’amidon repose par sa base sur son leucite formateur (d’après W. Schimper).
particules qu’on observe dans la substance fluide des plasmodes et des plastides. Quelques-unes de ces particules, d’apparence solide, grandissent, se divisent et se
tea
Fi^. 6. — «, œufs primordiaux d’une Méduse; b, cellules mères des spermatozoïdes d’un Vertébré (spcrmatoblastes), exemples de plastides pourvus d’un noyau et d’un nucléole.
répartissent entre les masses résultant de la division des plasmodes et des plastides eux-mêmes, lors de leur reproduction : elles se nourrissent, donnent naissance à des produits spéciaux, se reproduisent; en un mot, elles sont vivantes, comme la substance fluide elle-même, mais vivent d’une façon qui leur est propre.
Ces corpuscules produisent souvent soit des aliments de réserve, soit des composés comme la chlorophylle (fig. 4) ou matière verte des plantes, qui interviennent d’une façon active dans la nutrition des substances protoplasmiques au sein desquelles ils sont plongés; on leur donne alors la dénomination générale de leucites (fig. 5). D’autres ne produisent aucune substance en rapport avec la nutrition, rnais se distinguent par leur façon de se comporter en présence des réactifs ou des matières colorantes, par la complexité de leur constitution, par leur active multiplication, enfin par leur constance qui est telle qu’on peut se demander s’il existe des plasmodes ou plastides qui en soient réellement dépourvus. Ce sont les noyaux (fig. 6). On distingue, en général, dans la substance fondamentale des noyaux, des corpuscules plus petits appelés nucléoles (fig. 7), ainsi qu’un cordon pelotonné affectant parfois l’apparence d’un réseau d’une substance particulière, la plastine, contenant elle-même une grande quantité de granulations d’une autre substance, la chromatine, très, avide de matières colorantes. Le ruban ou le réseau de plastine est entouré de toutes parts d’une autre substance également protoplasmique, mais de nature spéciale, formant au sein du plasmode ou du plastide une masse sphérique, ellipsoïdale, rubanée (fig. 8) ou ramifiée (fig. 22, p. 14), et qu’on appelle le suc nucléaire.
Ces diverses substances jouissent d’un pouvoir réfringent différent de celui du protoplasme ambiant, de sorte qu’assez souvent les noyaux apparaissent nettement et sans aucune préparation au sein des plastides. Mais ils deviennent plus apparents sous l’action de certains réactifs qui agissent sur eux tout autrement que sur le protoplasme proprement dit. L’acide acétique éclaircit le protoplasme périphérique et rend ainsi les noyaux plus évidents; l’acide chromique, V acide picrique, le sublimé corrosif, Vcdcool, coagulent le protoplasme et donnent au
Fig. 7. — Différentes formes de noyaux : a, noyau cellulaire pris dans les tubes de Malpiglii d’une Chenille; b, noyau d’IIéliozoaire avec’une couche corticale et un nucléole dans le suc cellulaire ; e, noyau d’un œuf d’Oursin. Le[nucléole est contenu dans un réseau de filaments protoplasmiques enlourc'de suc nucléaire (d’après R. Hertwiir).
F’ig. 8. — Stentor Rœselii. — O, houche avec l’œsophage; PV, vacuoles contractiles; N, nucléus (d’après Stein).
CONSTITUTION DES PROTOPLASMES.
noyau un contour plus arrêté; V acide osnnqiie le colore en noir; la dissolution ammoniacale de carmin, la fuchsine, VCosine, le vert de méthyle, le violet de Paris, le bleu d’aniline, le brun Bismarck, ïhématoxyline, se fixent sur lui de manière à lui donner une teinte plus foncée que celle du protoplasme, et à accuser la différence de leurs propriétés chimiques. C’est principalement à la chromatine que s’unissent toutes ces substances, de sorte que, après leur action, elle apparait elle-même au sein des noyaux avec ses dispositions caractéristiques.
Les réactifs que nous venons d’énumérer colorent souvent le nucléole autre-
Fig. 9. — Différentes phases de la division d’un globule du sang de Poulet. K, filaments méridiens de parachromatine ; Kp, plaque nucléaire ou zone d’épaississement équatoriale surtout formée de chromatine (d’après Bütschli).
ment que le reste du noyau : . le nucléole parait donc formé d’une substance particulière qu’on peut appeler la prochromatine; enfin, dans des circonstances déterminées, on voit apparaître, dans le suc nucléaire, des filaments régulièrement disposés en étoiles (hg. 10) ou en méridiens allant d’un pôle à l’autre du noyau (fig. 9). La substance de ces filaments peut encore être distinguée ; on a proposé pour elle le nom de parachromatine.
La substance protoplasmique fluide, lorsqu’elle a été soumise à l’action de certains réactifs et notamment de l’acide * osmique, n’apparaît plus ellemême comme une substance simple. On y distingue un réseau plus ou moins serré, plus ou moins régulier, d’une substance hyaline, réfringente, la substance réticulée, mitome, ou hyaloplasme, plongé dans une substance fluide, moins réfringente, la substance interfibril-
Fig. 10. — OKuf de Nepjhelis, d’après O. HcrLwig. — a, L’œuf une demiheure après la ponte Le protoplasma se soulève en un point de sa périphérie pour former un globule polaire, destiné à être expulsé et montre un fuseau et une étoile de parachromatine. — h. Le même œuf une heure après. Une figure étoilée s’est montrée autour d un spermatozoïde Sk, qui a pénétré dans le protoplasme ; le corps directeur est au moment d’être expulsé. — c. Le même œuf dépourvu de membrane d’enveloppe, deux heures après. Dans son intérieur SC trouvent deux étoiles de parachromatine, mais le fuseau a dispai’u après l’expulsion d’un second globule polaire. — d. Le même œuf trois heures après. Les figures étoilées ont disparu et sont remplacées par deux corps nucléaires arrivés au contact et prêts à se fusionner.
laire, paramitome onparaplasme.
Ainsi, dans un même plasmode, dans un même plastide, nous sommes déjà con-
duits à distinguer, abstraction faite de la substance des leudtes, au moins sept sortes de substances protoplasmiques, et le concours de plusieurs d’entre elles paraît même être nécessaire à l’exercice de la vie. Malgré la diversité de leurs propriétés, ces substances présentent d’ailleurs un certain nombre de réactions communes qui sont celles des substances albuminoïdes. Elles se colorent en jaune par l’iode; en rose, par l’acide sulfurique en présence du sucre; en rouge, par l’azotate acide de mercure; en violet, par l’action successive du sulfate de cuivre et de la potasse; en brun, si l’on fait agir d’abord l’acide azotique, puis la potasse.
Pluralité des substances protoplasmiques. — Si dans un même plasmode ou dans unjmême plastide les substances protoplasmiques sont déjà diverses, la façon très variable dont les plasmodes et les plastides se comportent vis-à-vis du milieu extérieur, conduit à se demander si les substances que nous avons appelées hyaloplasme, paraplasme, plastine, chromatine, suc nucléaire, prochromatine ou substance nucléolaire, et parachromatine ou substance fibrillaire du noyau, sont elles-mêmes toujours identiques entre elles, ün peut expliquer, dans une certaine mesure, la variété des propriétés des plasmodes et des plastides par les proportions dans lesquelles les substances fondamentales sont associées et par la manière dont elles sont groupées. Il n’est donc pas certain que les substances protoplasmiques soient aussi variées qu’on a pu le penser lorsque l’on croyait les plasmodes et les plastides formés d’une substance fluide homogène; mais on n’a à cet égard aucune donnée bien positive. La substance vivante, en tous cas, n’est pas unique, comme semblerait le faire croire le nom de protoplasme, si fréquemment employé pour la désigner, et l’on doit admettre, à côté des corps simples et des composés chimiques, une classe des substances vivantes ou substances protoplasmiques. Mais on ignore encore de combien d’entités distinctes se compose cette classe.
Rapports de l’iiyaloplasme et du paraplasme; membranes d’enveloppe. — L’iiyaloplasme forme au sein du paraplasme un réseau plus ou moins lâche. Quand les mailles de ce réseau sont à [peu près uniformes, l’hyaloplasme et le paraplasme, observés à un faible grossissement et sans avoir été soumis à l’action d’aucun réactif, paraissent former une substance homogène, le protoplasme de la plupart des auteurs. Mais il en est rarement ainsi. Très souvent les mailles de l’hyaloplasme se resserrent, surtout à la périphérie du corps. 11 semble alors qu’une membrane d’enveloppe sépare de l’extérieur le reste de la substance du plasmode ou du plastide, et c’est souvent ainsi que cette couche externe a été interprétée. Mais cette prétendue membrane est vivante et nous la désignerons sous le nom dCectosarque, pour la distinguer de la substance sous-jacente ou endosarque. Des dépôts de substances inertes se font souvent dans l’épaisseur de l’ectosarque qui devient inerte lui-même lorsqu’ils l’envahissent en totalité; de semblables dépôts peuvent aussi vernisser sa surface, et y former une nouvelle sorte de membrane inerte. Dans les deux cas, on a pu considérer les plastides comme constitués par une sorte de sac membraneux contenant une substance plus ou moins fluide; de là le nom de cellule sous lequel les plastides ont été longtemps exclusivement désignés, et qu’on leur donne encore souvent.
La nature des substances ainsi excrétées par les plastides est un de leurs caractères distinctifs les plus importants; elle est liée, en effet, d’une manière intime à leur mode de nutrition; mais elle réagit, en outre, comme nous le verrons, sur leurs
CONTRACTILITÉ DES PROTOPLASMES. 9
propriétés, et la présence d’une membrane autour des plastides entraîne avec elle des modifications dans leur genre de vie que nous aurons à invoquer plus d’une fois dans la classification, et qui sont parfois d’une importance capitale.
Contractilité des plasmodes et des plastides nus. — Tout plasmode OU plastide nu possède la faculté d’exécuter des mouvements : sa substance est contractile. La contractilité paraît résider plus spécialement dans la substance fibrillaire,hyaloplasme ou mitome. Lorsque les plastides sont dépourvus de membrane d’enveloppe leur contractilité s’accuse nettement par les variations de formes^qu’ils présentent. Ces variations sont incessantes: tantôt {Protamœba, Amœha, Difftugia) le plastide se découpe sur tout ou partie de son pourtour en lobes arrondis plus ou moins profonds (fig. li,p)
Fig. 11. — Difflugia oblonfjaÇd’ilpTèsStein). Fig. 12. — Protogenes porrecta (d’après Max Schiiltze).
P, pseudopodes en forme de lobes ;
n, noyau.
dont les contours changent continuellement, et le plastide progresse lentement à l’aide de ces mouvements irréguliers qu’on nomme mouvements amiboîdes ; tantôt la surface du plastide émet de longs filaments simples ou ramifiés, les pseudopodes (fig. 1 2), dont les ramifications s’anastomosent fréquemment entre eux, se soudent, se confondent, se séparent et forment ainsi un réseau dont les mailles se modifient sans cesse {Protomyxa, Myxastruni, Protogenes, Actinophrys, Gromia, etc.). A l’aide de ces pseudopodes le plastide peut se mouvoir ou saisir les corpuscules qui l’avoisinent.
Lorsqu’il se différencie un ectosarque consistant à mailles suffisamment serrées, ou une membrane d’enveloppe continue, le protoplasme ne saurait plus exécuter de mouvements amiboîdes, ni émettre de pseudopodes temporaires. Le corps prend alors une forme plus ou moins nettement déterminée; les mouvements de translation, quand ils subsistent, sont obtenus à l’aide de prolongements constants de l’endosarque, qui traversent la membrane, et sont animés de rapides vibrations, grâce auxquelles le plastide peut se déplacer avec une assez grande vitesse. Quand ces
filaments sont très longs et peu nombreux, ils portent le nom de flagellum ou de fouets vibratiles (flg. 13, 14 et 15); s’ils sont nombreux et disposés à la surface du plastide comme une sorte de toison, ils deviennent des cils vibratiles. Ces prolongements se rencontrent d’une manière générale chez les Infusoires flagellifères et les Infusoires ciliés (fig. 16). Beaucoup de corps reproducteurs d’Algues et dè
Fig.13. — Oikomonas termo. Fig. 14. — Euglena viridis. — a, h, phases libres à différents degrés — 71, noyau; Cv, vacuole de contraction, pourvues d’un flagellum; e, d, e, phases d’enkystement et
contractile; Nv, vacuole de division durant lesquelles le flagellum a été résorbé (d’après Stein).
dans laquelle péni trent les aliments (vacuole buccale)
(d’après Bütschli).
Champignons présentent aussi des cils ou des fouets vibratiles, et se meuvent alors avec autant d’agilité que des animaux.
Circulation protoplasmique. — Même lorsque les plastides sont entourés d’une
Fig. 15. — Colonie de Codoiiocladium wnbellatum, dont Fig. 16. 5<i/io7jÿcA!a wiyO'Zus (d après Stein) vu chaque plastide est muni d’un flagellum entouré d’une parla face ventrale. \V.s, zone ciliée adorale; collerette hyaline (d’après Stein). vacuole contractile ; N, nucléus ; N , nu¬
cléole; A, cytoprocte.
membrane, l’hyaloplasme n’en continue pas moins à manifester sa contractilité par '