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POLYMORPHISME DES PLASTIDES

de kystes secondaires qu’ils présentent de noyaux. Le protoplasma contenu dans ces kystes attend parfois des années le retour de circonstances favorables pour reprendre son activité. Les changements survenus dans le milieu extérieur sont ici bien nettement les conditions déterminantes des changements d’état de la substance vivante. L’histoire des Infusoires nous présentera des faits analogues. Les plastides et les plasmodes issus d’un meme plastide ou d’un même plasmode par une succession ininterrompue de divisions, présentent généralement, dans les mêmes circonstances, les mêmes changements d’état, et peuvent être distingués par la définition de ces changements, d’autres séries de plastides ou de plasmodes qui, dans ces circonstances, se comporteraient autrement. Il existe donc diverses sortes ou espèces de plastides ou de plasmodes, et chaque espèce a une façon propre de se comporter quand le milieu extérieur se modifie.

Mais les espèces de plastides ou de plasmodes, dont certains états sont le plus nettement déterminés par les conditions du milieu extérieur, peuvent aussi présenter des modifications qui semblent spontanées, en ce sens que nous ne connaissons aucun lien actuel entre ces modifications et celles que présente le milieu; ces modifications se succèdent dans un ordre déterminé; elles semblent dans un grand nombre de cas inévitables, et faire partie des propriétés caractérisques des plasmodes et des plastides, aussi bien que leur façon de se nourrir, de croître et de subir l’action du milieu. Ainsi les petites masses de protoplasme qui sortent des kystes des Myxomycètes, au retour de circonstances favorables, produisent, après un court instant de repos (Endomyxées) ou après s’être divisées en huit masses semblables (Gératiées), un long flagellum, à l’aide duquel elles se meuvent en tournoyant dans le milieu ambiant; ce sont des zoospores-, bientôt le mouvement se ralentit, le flagellum est résorbé, et la zoospore, ne conservant que le pouvoir d’effectuer des mouvements amiboïdes, devient un myxamibe. Les plastides possèdent donc un pouvoir évolutif inné, qui assigne d’avance à chacun d’eux un certain nombre de transformations fatales.

Polymorphisme des plastides nés les uns des autres. — Eu vertu de ce pouvoir, non seulement un même plastide revêt successivement plusieurs formes, mais il arrive aussi que les plastides nés les uns des autres par division, ne se ressemblent pas, et que leurs formes diverses se succèdent elles-mêmes dans un ordre déterminé, indépendant des variations du milieu. Par cette succession on est d’ailleurs toujours ramené à la forme initiale, et la façon dont les formes se succèdent caractérise encore des espèces qui, se présentant sous plusieurs états, sont dites polymorphes. Les Urédinées sont, parmi les Champignons, un exemple saisissant de ce polymorphisme. Ce sont des plantes parasites dont l’une, la Puccinia graminis (flg. 24), vit tour à tour sur le Blé et sur l’Épine-vinetle. Pendant l’hiver on rencontre ces plantes sur les feuilles et les tiges des Graminées, sous forme de cellules brunes, accolées deux à deux, couvertes d’une membrane protectrice fort résistante; ces cellules sont les téleutospores (II); au printemps le protoplasme de chacune d’elles se transforme en un tube qui s’allonge au travers d’un orifice ménagé dans la membrane de la cellule, et se cloisonne, sans que les parties ou articles ainsi isolés se séparent pour cela. Les quatre articles terminaux de ce tube ne tardent pas à produire un ramuscule latéral que termine bientôt un petit renflement, une cellule nouvelle, qui se détache et constitue ainsi une sporidie. Enlevées par le vent, un certain nombre de sporidies sont transportées sur les

feuilles naissantes de l’Épine-vinette. Là leur contenu se transforme de nouveau en un tube qui perfore de part en part les cellules épidermiques de la feuille, s’allonge dans les interstices de sa substance, s’y ramifie en tous sens, et ses rameaux finissent par atteindre les deux surfaces de la feuille. Ceux qui atteignent la surface supérieure se serrent par places en pelotons ayant la forme d’une bouteille {écidioles) dont les parois seraient couvertes de poils qui font saillie par le goulot

de la bouteille, à la surface de la feuille (I,sp). Au fond de la bouteille, entre ces poils, d’autres filaments ramifiés, en se cloisonnant à leur sommet, produisent des chapelets de très petites spores. Ces spores quand elles tombent sur une feuille d’Épine-vinette , y grossissent , et produisent un filament qui pénètre dans la feuille et s’y comporte comme celui dont les spores sont issues.

Les rameaux de ce dernier qui arrivent à la surfacelnférieurede lafeuille s’y groupent aussi par places en pelotons serrés ayant l’aspect de tubercules {écidies) dont le fond est formé de cellules allongées supportant chacune un chapelet de spores orangées. Ces spores transportées sur une feuille de Graminée s’y allongent chacune en un tube qui pénètre dans la feuille, où il se ramifie abondamment et produit au bout d’une dizaine de jours un grand nombre de rameaux perpendiculaires à la surface de la feuille. Chacun de ces rameaux produit à son sommet une spore rouge {urédospore) qui se détache et, retombant sur la même feuille ou les feuilles voisines, y produit des tubes semblables à ceux d’où elle provient. Cela se continue pendant tout l’été; enfin à l’automne apparaissent, sur les tubes qui existent alors, les téleutospores destinées à passer l’hiver. Chaque année ces phénomènes se renouvellent; chaque année 12 sortes de plastides isolés ou demeurant plus ou moins unis, constituent, par leur ensemble, une même espèce de Champi-

Fig. 24. — Puccinia f/mminis. /, section transversale de la feuille du Berheris vulgaris, avec des écidioles sp sur la face supérieure, et des écidies a sur la face inférieure; p, enveloppe de l’écidie. A, un écidie jeune. II, un amas de téleutospores t sur une feuille de Triticum repens\ e, épiderme déchiré; 6^ hypoderme. III, portion d’un Uredo, avec urédospores ur, contenant déjà une téleutospore t\ ah, couche sous-épidermique des ülaments du thalle (d’après de Bary).

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