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ATROPHIE DES ORGANES DES SENS

dans l’obscurité. Les Taupes en sont un exemple vulgaire, parmi les Mammifères, auquel il faut ajouter les Spalax, les Bathyergues et les Rongeurs analogues qui vivent dans des galeries souterraines. Chez ces animaux, la cécité n’est pas complète, il en est de même chez les Cécilies, batraciens qui vivent à la façon des Lombrics, et le Protée, batracien des lacs souterrains de la Carniole, dont la peau paraît d’ailleurs sensible à la lumière (R. Dubois). Elle est, au contraire, absolue chez un assez grand nombre d’autres animaux qui vivent dans des cavernes obscures : tels sont V Amblijopsis spelœus^ poisson de la caverne du Mammouth, dans le Kentucky, le Typhlichthys subterraneus, autre poisson de la même famille, les Anophthalmes, insectes cavernicoles, très voisins des Trechus, qui sont pourvus d’yeux, les Claviger^ qui habitent les fourmilières. On sait enfin que les Lombriciens terrestres qui vivent dans des galeries souterraines sont aveugles. D’après cela, on pouvait s’attendre à ce que tous les animaux qui vivent sous les eaux à des profondeurs très grandes, complètement obscures, fussent dépourvus d’yeux. Il y en a, en effet, un assez grand nombre. Déjà le Niphargus stygiiis, crustacé des régions profondes du lac Léman, est dépourvu d’yeux. Parmi les Crustacés isopodes des grands fonds de la mer, l’œil est dépourvu de pigment ou manque chez divers Arcturidés, chez les Tandis, les Neasellus, tous les Munnopsidés. Il en est de même chez les Crustacés podophlhalmes suivants, dragués à de grandes profondeurs : Nebaliopsis, Polycheles, Willemoèsia, Pentacheles , Nephropsis, Thaimastocheles zaleuca, Galathodes Antonii, Galacantha, Elasmonotus Parfaiti, Bathyplax typhlus. Dans une môme espèce de Crabe, le Cymonomus granulatus, on peut suivre toutes les phases de la disparition des yeux. Les individus vivant à de faibles profondeurs ont les yeux normaux; ceux qu’on pêche au sud de Valentia (Irlande), de 200 à 400 mètres de profondeur, ont les pédoncules oculaires terminés par une surface arrondie, mais qui n’est plus un œil; les individus qui vivent dans le nord de l’Atlantique, entre 1000 et 1500 mè- , très de profondeur, ont des pédoncules oculaires immobiles, terminés en pointe, et entre lesquels disparait le rostre primitif. L’absence d’yeux a été également constatée chez divers Mollusques des grandes profondeurs, appartenant à des genres qui en sont habituellement pourvus : le Pecten fragüis (3000 mètres de profondeur) ; les Eulima stenostoma, Pleurotoma nivalis, Oocorys sulcata, de 3200 mètres; le Fusus abyssorim de 4735 mètres.

On est disposé, au premier abord, à rapporter cet avortement des yeux au défaut d’excitation de ces organes par les rayons lumineux. Mais, s’il en était ainsi, tous les animaux qui vivent à des profondeurs de la mer où la lumière solaire ne pénètre pas devraient être aveugles comme ceux que nous venons d’énumérer. Or, il n’en est rien, la cécité ne frappe que les animaux marcheurs, comme les Crustacés isopodes et les Décapodes des familles des Astacidés, des Cuirassés, des Galathéidés, des Notopodes et des Crabes. Les Crustacés nageurs, analogues à nos Crevettes, et les Poissons gardent leurs yeux, qui sont môme souvent extraordinairement développés, et que vient aider, dans un grand nombre de cas, un luxe remarquable d’appareils tactiles. Beaucoup de ces animaux sont, en outre, pourvus d’appareils d’éclairage, et leurs yeux sont, sans doute, impressionnés par la phosphorescence que produisent tant d’animaux des grands fonds. Comme on ne peut admettre que la quantité de lumière insuffisante pour entretenir à l’état normal les yeux des Crustacés marcheurs a, au contraire, agrandi ceux des Crus-

LES ESPECES

tacés nageurs, on est amené à attribuer à la sélection naturelle ce singulier départ de la faculté visuelle. Mais, il faut bien remarquer que si la sélection naturelle explique ce départ, elle ne nous montre pas comment et pour quelles causes l’œil s’est réduit dans un cas, s’est développé dans un autre.

D’ailleurs, l’obscurité n’est pas la seule condition d’existence qui entraîne d’ordinaire la disparition des yeux. La fixation au sol, l’immobilité qui en résulte sont aussi une cause indirecte d’atrophie pour ces organes. Parmi les Phytozoaires, il n’y a que les Méduses, les Étoiles de mer et quelques Oursins {Diadema), qui possèdent des yeux. Chez les Artiozoaires qui se fixent tardivement, tels que les Cirripèdes et les Tuniciers, les yeux, d’abord bien développés, disparaissent au moment de la fixation. Ces faits précisent d’autant mieux le rapport que nous avons indiqué entre la cécité et le genre de vie de l’animal, que les yeux persistent chez divers Tuniciers libres [Pyrosotna). On en trouve aussi chez les Peignes, les Limes, les Arches relativement mobiles, et sur les siphons d’un certain nombre de Lamellibranches à la fois sédentaires et fouisseurs {Mactra, Tellina, Solen) ; ils manquent ou sont réduits à des éléments sensitifs isolés chez d’autres. Ici, il est difficile d’invoquer le défaut d’excitation de l’organe visuel ; on ne peut non plus lui attribuer la disparition de l’œil impair, interpariétal, qui parait avoir été l’apanage de l’ancêtre commun de tous les Vertébrés. Cet œil existe encore à l’état rudimentaire chez divers Sauriens, les Lézards notamment, où il occupe à peu près la place de la fontanelle interpariétale des Stégocéphales du Permo-carbonifère et du Trias. Il est innervé par l’épiphyse ou corps pinéal, dont l’existence est générale chez les j Vertébrés craniôtes et qui prend ainsi la signification d’un ganglion optique rudi- i mentaire.

Animaux fixés; parasites internes. — 11 résulte de tous ces exemples que les causes des modifications organiques sont extrêmement variées. La façon dont grandissent et se multiplient les éléments constituants d’un être vivant, l’action directe des milieux extérieurs, l’usage que fait un animal de ses organes, l’activité relative de leur nutrition, la transmission héréditaire des modifications acquises, comptent au nombre des causes qui font apparaître les caractères zoologiques nouveaux, parmi lesquels s’accomplit ensuite la sélection naturelle. Toutes ces causes interviennent dans la production des traits qui distinguent certaines catégories d’animaux, tels que les animaux sédentaires et les animaux parasites. Chez les premiers, les organes de locomotion (Cirripèdes) ou de respiration (Bryozoaires, Braguiopodes, Annélides cépualobranghes. Mollusques lamellibranghes, Tüni- GiERS) sont employés à déterminer le courant qui entraîne vers l’animal les matières alimentaires dont il a besoin. Quand les organes de locomotion ne sont pas employés à cet usage, ils s’atrophient; les organes de mastication, les organes de fécondation externe et les organes des sens disparaissent d’une façon plus ou moins complète; les glandes génitales prennent un développement exceptionnel. i

Chez les Parasites internes, on constate de môme la disparition des organes de locomotion et de sensibilité, le grand développement des glandes génitales; mais les organes copulateurs subsistent (Né.matodes , Trématodes , Cesto'ides) ; en revanche, l’appareil digestif peut s’atrophier en partie (Gordius) ou d’une manière complète (Cestoïdes). Il est intéressant de voir ces modifications apparaître avec l’âge chez les Copépodes parasites (Lernéens), et ne se produire que chez les

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