‹ Trait©♭ de zoologieChapitre 85 sur 347 · FORMES INOFFENSIVES IMITATRICES FORMES VENIMEUSES IMITÉES · texte numérisé non relu

FORMES INOFFENSIVES IMITATRICES FORMES VENIMEUSES IMITÉES

Tropidonotus viper mus . Vipera aspis.

Pliocerus æqualis . Elaps fulvius.

— euryzonus . — mipartitus

— elapoïdes . — lemniscatus.

Homalocrinus semicinclum . — corallium, var.

Oxhyropus petolanus . — mipartitus.

— trigeminus . — lemniscatus.

— • foinnosus . — Hemprichii.

Ces faits qu’on pourrait multiplier beaucoup sont trop nombreux ^ pour n’être que de simples coïncidences, et témoignent tout à la fois de la variabilité des espèces et de la variété des caractères auxquels peut s’appliquer la sélection naturelle. On a toutefois contesté, au nom du calcul des probabilités, l’efficacité des variations protectrices que nous venons d’énumérer.

Le mimétisme n’a pas seulement pour conséquence de procurer une sécurité relative aux espèces imitatrices; il permet aussi à des espèces belliqueuses de se livrer, sans être aperçues, à leur chasse favorite. D’assez nombreuses espèces carnassières ressemblent à s’y méprendre à celles dont elles font leur proie. Beaucoup d’espèces, commensales ou parasites d’autres espèces aux dépens desquelles elles vivent, affectent une grande ressemblance avec ces dernières. Ainsi les Volucelles qui déposent leurs œufs dans des nids d'Hyménoptères sociaux ressemblent à des Guêpes ou à des Abeilles. Dans certains cas, la ressemblance parait tenir à une réelle communauté d’origine. Les Psityres qui habitent les nids de Bourdons et vivent de leur miel, les Stelis qui exploitent les Anthidium, les Sphécodes qui s’imposent de même aux Halictes, ressemblent si complètement aux espèces aux dépens desquelles ils vivent qu’ils semblent n’en être que des formes dégénérées, ayant perdu l’instinct de récolte et de nidification, ainsi que les organes qui s’y rapportent, pour vivre oisivement aux dépens de leurs congénères (Pérez, Marchai).

Slodilications corrélatives; balancement de.s organes. — Toutes les parties du corps d’un animal sont reliées entre elles par le milieu nutritif commun dans lequel tous les organes puisent leurs aliments et par le système nerveux. On comprend donc que les modifications d’un système d’organes puissent entrainer des modifications de certains autres. C’est ainsi que les modifications de l’appareil respiratoire, surtout quand elles impliquent un changement de milieu, entraînent toujours des modifications corrélatives de l’appareil circulatoire. De même un organe qui, au cours de la vie embryonnaire, s’accroît plus rapidement que les organes placés dans le même champ circulatoire détourne à son profit une part du sang qui aurait pu arriver à ces derniers et déterminer un arrêt dans leur croissance ; les dimensions exagérées auxquelles il parvient semblent acquises à leurs dépens; c’est là une règle que Étienne Geoffroy Saint-Hilaire considérait comme une loi fondamentale de la morphologie, la loi du balancement des organes. Ce balancement est en somme la conséquence de la lutte pour la vie qui, dans un même organisme, s’établit entre les divers éléments anatomiques, entre les divers organes, comme elle s’établit au dehors entre les organismes eux-mêmes et amène l’atrophie des plus

‘ Voir : Wallace, La Sélection naturelle. — Trad. française, p. 4o et suivantes.

LES ESPÈCES

faibles, le développement exagéré de ceux qui sont, au contraire, doués de la plus grande vitalité. Dans ces divers cas, il y a corrélation nécessaire entre les formes et les dimensions des organes voisins, chaque modification qui intervient en commande une autre. Il n’en est plus de môme des corrélations que Cuvier a si bien mises en lumière entre les diverses parties de l’appareil digestif des Mammifères, la forme de leurs membres et les proportions mêmes de leurs corps. Le nombre et la forme des dents peuvent faire prévoir, chez les Mammifères actuels, la forme du condyle de la mâchoire, en olive transversale chez les Carnassiers,' longitudinale chez les Rongeurs, eu sphéroïde chez les Omnivores, en disque légèrement concave chez les Ruminants. La longueur de la mâchoire, le développement de'l’arcade zygomatique, la puissance des muscles du cou, la dimension des apophyses épineuses cervicales et dorsales, la longueur du tube digestif, la composition de l’estomac, les proportions de l’abdomen, le mode de terminaison des membres par des griffes ou des sabots, l’allure digitigrade ou plantigrade, le nombre des doigts, la soudure ou la liberté des métacarpiens et métatarsiens, sont intimement liés chez les Mammifères placentaires actuels, au régime alimentaire duquel dépend immédiatement la denture, de sorte qu’un fragment de mâchoire peut permettre â un anatomiste habile de reconstituer le corps tout entier. Mais ces corrélations n’ont pas le caractère de nécessité qu’on leur a longtemps supposé ; la paléontologie montre qu’elles se sont établies graduellement, après de nombreux essais en tous sens qui n’ont laissé subsister que les combinaisons les plus favorables. C’est ainsi qu’ont disparu les nombreuses formes intermédiaires entre les Pachydermes, les Porcins et les Ruminants qui ont vécu durant les périodes éocène et miocène, que la forme des dents et des pattes paraît avoir varié d’une manière indépendante chez les Palœotheridés, si bien qu’il n’est pas certain que les Anchitherium et les Hipparions soient vraiment les ancêtres des Chevaux dont les dents ont une forme différente (Marie Paulow). De môme nous ne trouvons plus actuellement aucun passage entre les Reptiles et les Oiseaux. On peut donner le nom de corrélations sélectives â ces combinaisons de caractère, que nous trouvons aujourd’hui constantes, dans un groupe zoologique donné, mais dont on ne peut trouver la raison que dans la sélection naturelle qui a éliminé les combinaisons moins heureuses.

Caractères sexuels secondaires. — D’autres corrélations sont plus singulières encore et plus difficiles â expliquer, ce sont celles qui existent entre le développement des glandes génitales, la nature mâle ou femelle de ces glandes et les caractères extérieurs des animaux qui les portent. A l’égard de la fonction de reproduction, le rôle des individus sexués est multiple. Ces individus doivent être organisés de manière que leur rencontre soit facile ; que, dans les conditions où ils vivent, leur accouplement ne soit pas entravé par des difficultés qu’ils ne seraient pas aptes â surmonter. Après l’accouplement, les conjoints ont encore â assurer le développement des jeunes et â les protéger contre les causes multiples de destruction auxquelles leur faiblesse les expose. A ces divers points de vue, le partage des rôles entre le mâle et la femelle se fait d’une manière très variable et ce partage est l’origine d’autant de différences sexuelles. Assez souvent ce sont les mâles qui se mettent en quête des femelles et ils sont doués d’organes des sens plus développés, de moyens de locomotion plus puissants que ceux dont les femelles sont pourvues.

CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES

Les poils olfactifs des antennes et les antennes même d’un assez grand nombre de Crustacés sont plus développés chez les mâles que chez les femelles {Branchipus et autres Phyllopodes, Cladocères, Nébaliadés, Amphipodes); la seconde paire d'antennes est rudimentaire chez les femelles de Phronima; ces organes sont repliés trois ou quatre fois en zigzag chez le mâle des Platyscélides dont les mandibules sont, en outre, pourvues de palpes. Dans la classe des Insectes, les antennes sont pectinées chez les Buprestides des genres Melasis, Cerophxjtum, les Lampyrides du genre Brilus, les Vésicants du genre Cerocoma, les Rhipiphorides; dentées en scie chez divers Longicornes mâles {Priomis , Ergates) ; leur massue est plus développée chez les Lamellicornes mâles que chez les femelles; les antennes de divers Longicornes mâles sont aussi souvent de forme différente, plus longues que celles des femelles {Cerambxjx, Aromia, Agapanthia, Semanotus, Strangalia, Acanthocinus, etc.), et même divisées en un plus grand nombre d’articles (Molorchus, Necydalis, Niphona, etc.).

De même les antennes des Cebrio mâles sont filiformes et de onze articles; celles des femelles en massue et de dix articles. Les Hyménoptères porte-aiguillon ont, au contraire, des antennes de douze articles chez les femelles, de treize chez les mâles. Les antennes plumeuses des Lépidoptères nocturnes prennent un développement beaucoup plus grand chez les mâles que chez les femelles. Or ces Lépidoptères se Fig- ^8-— (d’aprosCornaiia

* e. Panoeri). — u. temelle vue par la lace

ventrale ; Brl, lamelles incubatrices ; K, branchies. — b. Son abdomen plus fortement grossi, sur lequel est fixé le mille (j*.

font remarquer par l’aptitude qu’ils ont â percevoir, â de grandes distances, les émanations des femelles qui les font accourir vers elles.

On observe une différence semblable dans la forme des antennes, chez les Hyménoptères des genres Lophynis, Megalodontes, chez les Diptères des familles des Culicides et des Culicitipulaires, ainsi que dans les Tipulaires du genre Ctenophora. Les articles des antennes sont globuleux et souvent pédiculés chez les mâles, cylindriques et légèrement rétrécis vers le milieu chez les femelles des Gallilipulaires; les antennes des Hyménoptères mâles du genre Sphecodcs sont noueuses; celles des femelles du genre Pompüus ont la faculté de s’enrouler sur elles-mêmes, qui manque â celles des mâles. Il serait facile de relever bien d’autres caractères sexuels fournis par les antennes. Les palpes peuvent également en fournir; leur dernier article est dilaté en forme de hache, chez les Cychx'us, Procerus, Procnistes, Carabus, mais la dilatation est plus forte chez les mâles que chez les femelles ; les palpes maxillaires sont en forme de peigne ou de houppe chez les mâles des Lymexylon, Hylecœtes, Atractocerus. Or les palpes paraissent être des organes de sensibilité comme les antennes. On peut rapprocher de ces faits le plus grand développement des yeux des Cladocères mâles, de divers Diptères, appartenant â la famille des Florilipulaires, au genre Biaptorus, â la famille des Muscides {Stomoxys,

LES ESPÈCES

Idia, Rhynchomya, Lucilia, Calliphora, Musca, etc.), et la présence d’ocelles qui manquent aux femelles chez les Éphémérides du genre Cleo et chez les Mutillides.

Dans un grand nombre de cas, les mâles sont doués d’une bien plus grande agilité que les femelles, par exemple, chez les Copépodes, chez les Cumacés où leur abdomen porte des pattes natatoires qui manquent aux femelles et chez les Schizopodes où les pattes abdominales sont bien moins développées. Il arrive assez souvent, dans la classe des Insectes, que les femelles sont privées d’ailes; les ailes inférieures leur manquent seules chez les Longicornes du genre Vesperus-, mais les femelles des Lampyris, ürilus, Mutillus, Psyché, sont complètement aptères et ne peuvent aller à la rencontre des mâles; c'est peut-être â cela qu’il faut attribuer la localisation de la faculté de produire de la lumière â la femelle du Lampyris noctiluca ou Ver luisant. S’il est vrai, au contraire, que la stridulation des Criquets, des Grillons, des Sauterelles, celle des Cigales, dont les mâles seuls sont capables de produire des sons, soient un appel sexuel, ce seraient, au contraire, les femelles qui, chez ces animaux, voleraient vers les mâles.

Non seulement ce sont les mâles qui, dans la plupart des cas, doivent aller â la recherche des femelles, mais encore ils sont souvent pourvus d’organes ou d’appareils leur permettant d’en faire véritablement la capture ou tout au moins de les maintenir durant l’accouplement. De lâ une nouvelle série de caractères sexuels que nous avons déjà rapidement indiqués p. 117 et qu’on trouvera signalés en détail dans l'histoire de chacun des groupes où on les rencontre. Ces caractères conduisent parfois â des différences de formes très marquées. C’est le cas lorsque le mâle et la femelle passent presque toute leur vie unis l’un â l’autre comme le font les Nématodes du genre Hedruris, dont la femelle se fixe par un crochet caudal sur la muqueuse de l’arrière-bouche des Grenouilles et des Tortues, tandis que le mâle, dépourvu de crochet caudal, s’enroule en hélice autour d’elle. Les deux sexes sont plus dissemblables encore chez les Bilharzia hœmatobia; le corps aplati du mâle s’enroule en cornet de manière â former un canal, le gynécophore, dans lequel est maintenu le corps cylindrique de la femelle (fig. 85, p. 61). Chez les Crustacés branchiopodes les antennes postérieures se transforment en puissants crochets destinés â saisir les femelles; des crochets employés au même usage sont portés par les paires antérieures de pattes des Cladocères; on retrouve des organes analogues chez les Ostracodes sur les antennes postérieures {Conchoecia, Cypridina) ou sur les pattes-mâchoires (Cypns). Parmi les Copépodes les antennes antérieures sont transformées en bras préhensiles chez les Harpactidæ; cette transformation s’étend â la seconde paire chez les Cyclopidæ; ce sont les pattes-mâchoires postérieures qui deviennent préhensiles chez les Bomolochidæ; chez les Condraghantidæ, les Lernceopodidæ, les mâles sont même fixés sur les femelles. Parmi les Amphipodes, la deuxième paire de pattes-mâchoires est transformée en mains préhensiles chez les Orchestia mâles. Quelquefois c’est seulement l’un des membres d’une paire qui se modifie. Ainsi chez la Labidocera Darwinii, l’antenne antérieure droite, en forme de pince, du mâle, diffère seule beaucoup de celle de la femelle; les mâles ont aussi la paire postérieure des pattes thoraciques armée d’une pince absente chez la femelle. On constate assez souvent cette dissymétrie des pinces chez les Décapodes; elle est généralement plus accentuée chez le mâle que chez la femelle (Gelasimus, Callianassa, etc.).

CARACTÈRES SEXUELS SECONDAIRES

Chez les Carabiques, les articles des tarses des mâles sont souvent plus dilatés que ceux des femelles et garnis en dessous de poils qui leur permettent d’adhérer plus fortement aux élytres des femelles pendant l’accouplement; cette dilatation porte généralement sur les tarses antérieurs seulement et les articles dilatés peuvent être au nombre de: un (Omophron), deux {Panagœus, Licinus, Pogon, Patrobus^ SuBULiPALPES) , trois {Cicintlela, Ziiphiiis, Drypta, Polystichus, Cymindis, Aptinus, Leistus, Nebria, Loricera, Callislus, Chlænius, Godes, Badister, beaucoup de Feroniens), ou quatre {Carabus, Calosoma, Blelhisa, Elaphrus, Harpalidæ) ; la dilatation s’étend même aux tarses de la deuxième paire de pattes chez un assez grand nombre de Harpaliens {Daptus, Acinopus, Anisodactylus, Gynandromorpha, Harpalus, Stenolophus, Acupalpus) ; de même, les trois premiers articles des tarses antérieurs sont dilatés en une palette circulaire, armés en dessous de poils et de cupules, chez les Dytiscides; le dernier article des tarses antérieurs de la plupart des Hydrophüus est dilaté en triangle. Certains Diptères présentent aussi une dilatation des tarses {Dolichopiis pennüarsis, D. popularis) ou portent des pelotes à leur face inférieure {Ocyptera, Phania, Gymnosomum, Cistogaster, Strongylogaster, etc.).

Les pattes des Insectes peuvent présenter d’autres modifications sexuelles dont les rapports avec l’accouplement ou même avec la recherche des femelles ne sont pas aussi probables. Les mâles du Lepidium Pradieri n’ont que quatre articles bien développés aux pattes postérieures; ils sont par conséquent hétéromères, tandis que les femelles sont pentamères. Les pattes postérieures de la Chrysophora chrysochlora, scarabéide de la Colombie, celles du fameux Hypocephalus, coléoptère souterrain du Brésil, sont énormes chez le mâle, ordinaires chez la femelle; ce sont au contraire les pattes antérieures qui sont disproportionnées chez les Scarabéides de la tribu des Euchirinæ, chez les Goliath, les Longicornes du genre Acrocinus, et chez le Cyrtotrachelus longipes, curculionide de la Chine. Chez les mâles d’un Cétonide du Congo, VAllorhina Turneri, les cuisses antérieures sont très grosses et épineuses, tandis qu’â leurs jambes manquent les épines caractéristiques des autres Cétonides et que conservent celles des femelles. Toutes les pattes enfin s’allongent démesurément chez les Longicornes mâles du genre Prionocalus ; les individus de ce sexe ont également de très longues mandibules; la tête et le thorax sont beaucoup plus larges que chez la femelle, les élytres sont, au contraire, plus rétrécies, de sorte que l’aspect des deux sexes est totalement différent.

La possession des femelles n’est pas toujours obtenue sans d’ardentes rivalités. Les mâles se livrent des combats acharnés dans lesquels ils utilisent toutes leurs armes et pour lesquels ils semblent quelquefois spécialement armés. On ne saurait affirmer que les volumineuses pinces des Crustacés décapodes mâles, ni que les mandibules énormes des Lucanides et de plusieurs Longicornes mâles, ou les cornes que portent le prothorax de certains Géotrupes {Geotrupes typhœus), la tête des Goliathides, des Oryctes, de divers Onthophugus, de quelques Staphylinides, la tête et le thorax des Dynastes, soient des armes offensives ou défensives pour ces combats. Des faits nombreux autorisent cependant â penser qu’il en est ainsi des piquants des Épinoches mâles, du crochet cartilagineux que présente, durant la saison des amours, la mâchoire inférieure des Saumons mâles qui sont d’ailleurs, comme les mâles de la Raie cendrée, armés de dents plus fortes que les femelles; des cornes que portent certains Sauriens mâles {Ceratophora Soddarti, Chamœleo bifurcus, C. Owenii). On sait

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que les ergots des Gallinacés mâles si belliqueux sont des armes dont ils savent parfaitement se servir. Enfin les défenses des Porcins, les cornes des Ruminants sont encore des armes qu’ils emploient sans doute pour se défendre, mais que leur limitation si fréquente au sexe mâle, caractérise comme liées à quelque fonction sexuelle. Les mâles les emploient, en effet, dans leurs fréquentes batailles.

Lorsqu’il apparait chez les Mammifères, un rudiment de famille ou de société, c’est aux mâles que revient la défense de la communauté. Mais c’est lâ une forme de la division du travail qui n’est réalisée d’une manière fréquente que dans les formes supérieures de l’animalité. L’intervention des femelles dans la protection des jeunes se manifeste déjà, au contraire, chez les Phytozoaires. Les œufs de beaucoup d’Éponges {Sycon) se développent dans leurs tissus et les embryons ciliés seuls vivent en liberté ; il en est de même chez beaucoup d’Hydraires dont les jeunes deviennent libres, soit à l’état d’embryons ciliés {Campanularia volubilis, Laomedea flexuosa, Sertularia cupressina, Hydrocoralliaires), soit lorsqu'ils possèdent déjà une couronne de tentacules [Actinula de la Tubularia coronata). Les Coralliaires gardent aussi leurs jeunes dans leur atrium, et ils deviennent libres soit à l’état d’embryons ciliés {Corallium, Astroides), soit lorsqu’ils possèdent déjà un assez grand nombre de tentacules. Les Echinodermes incubateurs sont nombreux; ce sont des Étoiles de mer des types les plus divers des Ophiures, des Crinoïdes (Comatula), des Oursins, des Holothuries (p. 180); dans le même genre, certaines espèces peuvent être incubatrices, d’autres ne l’être pas; aucun caractère très apparent tiré de ce chef ne distingue les mâles des femelles, sauf durant la période d’incubation. Il n’en est plus de même chez les Artiozoaires. Déjà, parmi les Crustacés, les femelles portent presque toujours leurs œufs avec elles: les Branchipes possèdent à cet effet une poche incubatrice abdominale ; la lame branchiale externe et la lame de la onzième paire de pattes se transforment en cavité incubatrice chez les femelles des Apus-, les Cladocères femelles ont une chambre incubatrice située entre le test et la face dorsale du corps; sauf les Notodelphys qui ont une chambre incubatrice dorsale, tous les Gopépodes femelles portent leurs œufs dans des sacs latéraux suspendus à la base de l’abdomen. C’est aux dépens des pattes que se constitue l’appareil incubateur chez les Nébaliadés et les Malacostracés en général. Des lam'elles portées par la hanche d’un certain nombre de pattes thoraciques, chez les Amphipodes (fig. 80, p. 57), les Isopodes (fig. 72, p. 53) et les Schizopodes constituent une cavité incubatrice ; ce sont enfin les pattes abdominales qui sont chargées de cette fonction chez les Décapodes (fig. 71, p. 52). 1;

Les Scorpions sont vivipares ; les Araignées ovipares; elles enferment leurs œufs | dans des sacs de soie qu’elles fixent aux corps étrangers (Attidæ, Epeiridæ, Agele- | NiDÆ, Thomisidæ) ou qu’elles transportent avec elles (Lycosidæ) ; même dans le pre- j mier cas, les sacs ovigères sont toujours soigneusement surveillés par les femelles, i Dans cette classe du règne animal où les femelles ont pour leurs œufs une si grande sollicitude, elles ont une taille et une force très supérieures à celles des mâles pour qui l’accouplement n’est pas toujours sans danger. De même, dans la classe des Insectes, si les femelles des Névroptères, des Orthoptères, des Goléoptères, ou même des Hémiptères, sont moins agiles et ordinairement moins parées que les mâles, elles sont, dans tous ces ordres, chargées d’assurer la sécurité de leur progéniture, et sont munies pour cela d’organes spéciaux qui les distinguent des mâles ; elles

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sont en outre douées, dans l’ordre des Hyménoptères, de merveilleuses facultés instinctives dont nous aurons bientôt à rechercher l’origine et dont on ne retrouve pas l’équivalent chez l’autre sexe. En raison de leurs fonctions, elles ont une vie plus longue que celle des mâles; la durée de l’existence de ces derniers tend môme à se réduire au temps strictement nécessaire pour l’accomplissement de la fécondation. C’est ainsi que le mâle du Cousin commun a des organes buccaux modifiés de telle façon qu’il est incapable de prendre aucune nourriture. Cette limitation de la fonction des mâles â la fécondation et, d’autre part, le développement d’une extrême fécondité chez les femelles sont susceptibles d’amener entre les deux sexes de prodigieuses différences. Déjà, parmi les Insectes, certaines femelles, celles des Termites et de certaines Fourmis {Aner gates atratulus) atteignent des dimensions colossales par rapport â celles des mâles ; ces femelles sont nourries par les individus neutres qui les entourent. Mais, dans d’autres cas, la femelle doit’se procurer elle-même l’abondante nourriture qui doit permettre â la multitude de ses œufs de se développer. Il peut se faire, dès lors, que son appareil buccal soit simplement plus compliqué que celui des mâles, comme cela arrive pour les Diptères de la famille des Tabaniens, dont la bouche comprend six soies chez les femelles et quatre seulement chez les mâles; mais assez souvent la femelle mène décidément une existence toute différente de celle des mâles et devient parasite de quelque volumineux organisme qui lui fournit en tout temps une abondante nourriture. Telles sont les femelles des Dragonnaux {Dracunculus medinensis) dans la classe des Nématoïdes, celles des Ixodes, dans la classe des Arachnides, celles de beaucoup de Copépodes et des Isopodes des familles des Praniziens, des Bopyriens et des Entonisciens, dans la classe des Crustacés. Dans la famille des Praniziens, la femelle et les jeunes vivent en parasites sur les poissons; les mâles, âtôte et à mâchoires énormes, sont errants; on avait fait pour eux le genre Anceiis. Dans la famille des Bopyriens (fig. 43, p. 31) le mâle demeure extrêmement petit et caché sous l’abdomen de la femelle très grosse, quelque peu déformée, et fixée dans la cavité branchiale d’un Palémonide. Dans la famille des Entonisciens les deux sexes ont, jusqu’au moment de l’accouplement, la conformation normale des Isopodes; puis les femelles se fixent â quelque Crustacé dans le corps duquel elles s’engagent plus ou moins profondément en refoulant le tégument ; elles grandissent alors et se déforment au point de devenir de simples sacs aux contours bizarres dont les membres mêmes sont méconnaissables. On constate des faits analogues chez les Copépodes parasites où tous les passages peuvent être trouvés entre les cas, où les individus des deux sexes se ressemblent

Iâ quelques détails près et où les femelles prennent l’aspect bizarre et varié que présentent les Lernéens (fig. 294, p. 196). La dissemblance sexuelle est ici liée manifestement au mode d’existence tout spécial que mènent les femelles; mais il n’en est pas nécessairement ainsi. Les mâles supplémentaires des Cirripèdes, les mâles des Rotifères demeurent extrêmement petits et n’ont qu’un appareil digestif rudimentaire; ceux des Bonellies sont si réduits qu’ils furent pris par les premiers observateurs pour des Infusoires parasites de la matrice de leurs colossales femelles. Ceux des Ichthyonema et de la Sphæmlaria Bombi sont de môme très petits et ceux d’un autre Nématoïde, le Trichosomum crassicauda se logent, comme des parasites, dans la matrice de la femelle, où l’on en trouve habituellement de 3 â 6. Il s’agit bien ici non d’une exagération des dimensions et d’une déformation des femelles,

mais d’une atrophie des mâles corrélative de leur adaptation étroite à une fonction unique, la fécondation. Lorsque cette fonction disparait, comme chez les animaux partlîénogénétiques, les mâles peuvent aussi disparaitre. On n’en trouve aucun dans les générations parthénogénétiques des Phyllopodes (Apus, Branchipus, Dapfmia, etc.), et des Pucerons, c’est-à-dire dans celles qui apparaissent et se succèdent durant tout le printemps et tout l’été; les mâles n’apparaissent que dans les dernières générations d’automne, et les œufs qu’ils fécondent semblent acquérir ainsi la faculté de ne pas se développer immédiatement et de passer l’hiver à l’état de vie latente; il est à remarquer que c’est aussi le rôle que joue la fécondation chez un certain nombre de plantes sporifères.

Cette disproportion entre le rôle des mâles et celui des femelles n’est pas générale chez les Arthropodes. Les Pycnogonides mâles recueillent les œufs après la ponte et les portent attachés à leur première paire de pattes {pattes supplémentaires). Dans la classe des Poissons, quand les œufs sont de la part des parents l’objet de quelques soins, ces soins incombent assez souvent aux mâles. Les deux sexes des Crenilabrus massa et C. melops travaillent simultanément à la confection de leurs nids; mais ce rôle revient aux mâles chez le Gasterosteus leiurus, les Gobius, les Macropodus, les Geophagus, les Pomotis, plusieurs espèces de Chromis. D’autres mâles de ce dernier genre couvent les œufs des femelles dans leur bouche (C. pater-famüias) et le même fait a été constaté pour plusieurs autres espèces de poissons. De même chez tous les Lophobranches, sauf les Solenostoma, le mâle a sous le ventre une poche incubatrice dans laquelle il conserve les œufs des femelles jusqu'à leur éclosion. Dans toute la classe des Poissons, le mâle est plus petit que la femelle, néanmoins dans les divers groupes que nous venons d’examiner il est plus brillamment coloré.

Jusqu’ici les caractères sexuels que nous avons signalés sont en rapport avec l’accomplissement de l’un des actes de la fonction de reproduction. D’autres, comme les dimensions ou la forme de l’abdomen chez un grand nombre d’insectes, sont en rapport avec le développement des organes génitaux ou des instruments de la ponte. La sélection naturelle suffit à expliquer tout â la fois la conservation de ces caractères et leur localisation dans un sexe déterminé. L’hérédité doit finir cependant par étendre aux deux sexes ceux d’entre eux qui ne sont pas en opposition avec l’exercice des fonctions qui relèvent essentiellement du sexe lui-même, de sorte que, dans un même groupe zoologique, si toutes les étapes parcourues par les caractères sexuels étaient conservées, on devrait trouver : 1“ des espèces où les individus des deux sexes seraient semblables à tous les âges; 2° des séries d’espèces où les deux sexes seraient semblables dans leur jeune âge, mais où les différences sexuelles iraient en s’accentuant jusqu’à l’âge de la plus grande activité génitale; 3° des séries d’espèces où les caractères sexuels secondaires propres à l’un des sexes dans les séries précédentes, apparaîtraient à l’âge adulte dans tous les deux; 4'’ des séries d’espèces où les caractères sexuels devenus communs apparaîtraient à un âge de plus en plus précoce. C’est, en effet, ce qui arrive pour les cornes des Ruminants. 11 y a dans les deux séries des Ruminants à cornes i caduques et des Ruminants à cornes persistantes des espèces sans cornes; d’autres | où les mâles seuls sont pourvus de ces appendices, d’autres où les deux sexes en i possèdent également. Dans une même espèce, les diverses races peuvent présenter 4 de telles gradations, c’est ce qui a lieu pour le Mouton et la Chèvre domestique.

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