VERMICULAIRE, ORPIN BRULANT, POIVRE DES MURAILLES
Celte plante, qui n'appartient pas au même genre que la précédente, croît partout sur les vieilles murailles et dans les lieux pierreux et sablonneux. Toute la plante est employée.
JOUBARBE (petite),
ILLEGEBRA, PAIN d'OISEAU.
Sedum parvum, flore luteo (T.) Sedum acre (L.)
Prëparationg et doses*
A l'IiVTÉuiedr : Décociioii, dans l'eau ou la bière. Sxœ dépuré, de 4 à 13 gram. et raôrne 30 gram., selon l'effeiqu ou veut produire.
Poudre, de 25 ceziiigr. à \ gram. dans un véhicule approprié.
A l'extérieui'l : Suc pur ou dèlaijè ; décoction dans la bière ou dans l'eau, pour lotions, fomentations, en cataplasmes, après l'avoir pilé.
Propriétés.
Lavermiculaire, d'une saveur piquante et brûlante à l'élat frais, est un émélo-caiharlique violent, et que l'on ne doit administrer qu'avec une extrême prudence (1;. Son action secondaire ou consécutive sur dilTérents appareils organiques lui ont fait donni'rles titres de diurétique, apéritive, fébrifuge, fondanle, etc., et, comme beaucoup d'autres plantes actives, elle a été employée dans le traitement de plusieurs maladies, et particulièrement contre l'hydropisie, le scorbut, les scrofules, les fièvres intermittentes, l'épilepsie, la cîiorée, etc.
[Etlmuller et Below, médecins suédois, administraient cette plante intérieurement contre le scorbut. Below la donnait dans le lait ou dans la bière, et l'employait aussi au pansement des ulcères scorbutiques. Pour l'usage interne, il faisait bouillir à vase clos huit poignées de vermiculaire dans huit livres de vieille bière, jusqu'à léduclion de la moitié, et en faisait boire chaque jour, ou de deux jours l'un, trois ou quatre onces (90 à 120 gram.) le matin à jeun. Les malades qui vomissaient les premiers jours.élaient plus lot guéris. Chez ceux dont les gencives étaient gâtées et dont les dents vacillaient, il ordonnait ini gargarisme composé de cette décoction, à laquelle il ajoutait un peu d'alun et de miel rosat. Lange [Médec. domest.), dans les mêmes indications, miligcait celle plante, en la faisant bouillir dans du lait de chèvre. Cet auteur rapporte que les gens du peuple de Brunswick, pour se guérir des fièvres intermittentes, se font vomir en avalant une demi-cuillerée de suc exprimé de cette joubarbe mêlé avec du vin. Ce remède produit ce quo produirait tout autre vomitif.
A la dose de 4 à 8 gram., le suc de sedum acre excile seulement quelques nausées, et agit comme diurétique efficace. Donné sous celle forme comme altérant, Giiibert le
(1) M. Orfila a constate, par ses expériences, qu'à la dose de iZS grammes, le suc de carte plante devient un véritable poison pour les chiens. 11 a trouvé la membrane muqueuse d'une couleur ^ouç^e de feu dans la moitié qui avoisine le pylore ; le canal intestinal parât sain.
recommande comme un excellenl remède dans les empalenienls des viscères abdominaux , dans 1 iclere et dans la chlorose. N'oublions pas, loulefois, que l'emplo. de ce médicament, dans ces cas, doit être subordonne a 1 eiat des organes malades, et qu'il serait dangereux quand il y a irnialion ou plileomasie chronique des voies digeslives.]
Plusieurs iïiils publiés en Allemagne et en France, semblent annoncer que celle plante a été administrée avec succès dans quelques cas d'épilepsie ; mais, ainsi que tous les praticiens l'ont remarqué, cela n'a pu arriver que lorsque les purgalits et les vomitifs quelconques auraient pu amener le môme résuliat, en produisant les mêmes effets révulsifs (1). Ne peut-on pas en dire autant de son administration avant l'accès des fièvres intermiltenles?
Malgré les assertions de Marquer, de Nancy, {Observât, sur la guérison de plusieurs maladies notables, Paris 1730), je n'ai trouvé dans la vermiculaire, appliquée sur les ulcères cancéreux ou autres, qu'une propriété fortement detersive, mais rien de spécial contre ces affections. Je dois dire néanmoins que la décoclion de cette planie ou son suc, selon l'effet plus ou moins actif que je désirais produire, m a été très-utile dans tous les cas j'ai eu en vue de diminuer la fétidité de l'ichor cancéreux, de combattre la gangrené, de dégorger les surfaces fongueuses. J'ai employé fréquemment la petite joubarbe en décoction avec du miel, comme
^■tre
luise digestif comme cméto-cathartiq
pris en considération par les praticiens. Le docteur Laubender, eilé dans le iournal de médecine et mentionne par Bo iart , l'a employé avec succès
dans le traitement de cette maladie, mcië avec du sucre, donne matin et soir, d'abord à la dose de 50 centigrammes successivement portée jusqu'à d. gram. 25 eentigr. ou d gram. 50 centigr. en poudre. Les premières doses déterminent des vomissements, des selles et un état de malaise qui fatiguent les malades. Dans Tun des deux cas que l'auteur a observés, les accès, qui avaient lieu plusieurs fois par semaine, ont c.é un an à reparaître. Dans le second cas, les accès revenaient régulièrement tous les quinze jours depuis deux ans. On donna le riiédicament à la dose de 75 centigr.; cinq jours après on le donna à celle de 4 gramme, La malade en continua l'usage pendant trois mois ; on lui fit prendre ensuite le vin de quinquina ; les accès furent un mois sans j-eparaîlre, et depuis ce temps elle a continué à se bien poiter. L'on doit à M. Teters {Flore médicale') cinq observations d'épilepsie et de chorée, dans lesquelles le sediim acre, administré en poudre à la dose de 40 à 50 centigr, par jour, pendant un
de ce remède, le malade n'avait plus que trois accès par an au lieu de douze, et ils étaient beaucoup -plus faibles.
ï^argarisme dans les^ ulcéralions cancéreuses ou scoi buiiques de la bouche. Je mêle avec avantage à ce gargarisme, comme aniiscorbuiique, une certaine quantité de suc d'oseille.
[Alibert (nom. Elém. de ihérapcut.. t. n,p. 239, 2^ édit.) a eu occasion d'essayer les efleis de celle plante sur un cancer ulcéré du sein et sur un ulcère cancéreux du nez. L'application en fut supportée difficilement durant les premiers jours; mais on s'y habitua peu à peu ; dans le premier cas la suppuration devint moins fétide, les hémorrhagies qui avaient lieu fréquemment cessèrent, et la plaie prit un bon aspect. Ce mieux se continua à peu près un mois ; mais la malade, épuisée par les souflYances, succomba bientôt. Dans le second cas on avait employé vainement les caustiques et autres remèdes. Les cataplasmes de sedum acre détergèrent assez promptement l'ulcère ; les bords , qui étaient gonflés, se dégorgèrent, et les chairs devinrent vermeilles. Ces cataplasmes furent continués un mois et demi ; mais le malade s'en dégoûta et ne voulut plus en permettre l'application. «Le résultat que nous avons obtenu, dit Alibert, semble prouver qu'elle (la petite joubarbe) est douée de vertus détersives très-énergiques. »
La vermiculaire, pilée et réduite en pulpe, appliquée sur les tumeurs blanches indolentes, l'hydarthrose, les engorgements lymphatiques et glanduleux, a souvent produit de bons effets. Dans ces cas, je la mêle avec plus ou moins de feuilles d'oseille comme pour les feuilles d'anm, dont l'effet résolutif est à peu près le même.
Marqueta employé la vermiculaire avec succès contre la teigne. «Dans les différentes expériences que j'ai faites , dit-il, pendant près de quarante ans de pratique, j'ai découvert une plante qui guérit certainement la teigne en l'appliquant sur la partie malade, après l'avoir pilée. C'est un doux caustique qui enlève et fait tomber toutes les croûtes, sans causer aucune douleur. Celte plante s'appelle illecebra ou sedum minus acre, et en français pain d'oiseau. J'en ai fait l'expérience sur quantité de sujeis. Elle a toujours bien réussi. " {Ouvrage cité, pages 270 et 271.)]
Le suc et la pulpe de vermiculaire jouissent de beaucoup de vogue dans le peuple pour le traitement des cors et des durillons. Lorsque son application cause une trop vive irrilalion, on se sert alternativement de l'une et de l'autre joubarbe. Dans ce cas on applique la feuille de la grande joubarbe entière, et après lui avoir enlevé la pellicule qui la recouvre.