U0R£TTE , MOURELLE , GRÈVE-CHIEN
Solarium officinarum (T).
Solanum nirjrum (L.)
L'espèce de morelle dont il est ici question est la plus commune : on la trouve partout, dans les champs, les lieux incultes , sur le bord des chemins , dans les jardins , etc. L'herbe entière est usiiée.
Préparations et doses*
A l'intérieur : (N'a presque jamais été employée.) Povdre ou extrait, 5 à 20 cent.
A l'extérieur : Dècodion, 30 à COgram. par kilog d'ean, pour lotions, injections, haiins.— Pulpe des fettillfs, en cataplasme. Extrait, 4 à 8 grammes par 30 grammes d'axonge, en pommade. Huile {\ de feuilles sur 2 d'huile d'olive) , 30 à 60 gram. pour Uniment.
Propriétés.
La morelle, d'une odeur légèrement fétide et d'une saveur fade , est émolliente lorsqu'elle est jeune et pendant la floraison , narcotique lors de la maturité des baies. La plante avec ses baies est utile, à l'extérieur, comme sédative dans les névralgies , le cancer, certaines leucorrhées, la metrite chronique , quelques inflammations et éruptions cutanées douloureuses.
Je n'ai jamais administré la morelle à rinténeur. Le» leurs sont si peu d'accord sur les qualités délétères de cetu pl-inie que de nouveaux essais pourraient seuls éclairer le praticien. Un état de stupeur, le coma, et une violente douleur épicastrique avec lièvre ont été observes par Aliberl chez un enfant de huit ans qui avait avalé des fruits de morelle Wepfer parle de trois enfants chez qui les Iruits de cette solanée ont occasionné le délire, la cardialgie et la distorsion des membres. ^ •. ,
[Dans les expériences faites par M. Orfila , on voit plusieurs chiens périr au bout d'environ quarante-huit heures après avoir pris 24 à 28 grammes d'extrait aqueux de morelle ; 8 grammes du même extrait, dissous dans 6 grammes d'eau et appliqués sur le tissu cellulaire de la cuisse d'un chien, le firent mourir à peu près dans le même espace de
temps. ] . , , .
On oppose à ces faits des observations et des expériences qui tendent à représenter la morelle comme dépouillée de toute espèce de qualités narcotiques et délétères. Ainsi Spielmann a avalé en infusion 45 centigrammes de celte plante sèche sans en éprouver aucun effet : il a vu donner à un épileptique jusqu'à 8 grammes de son extrait sans qu'il en ftîl résulté le moindre danger.
[ L'infusion de cette plante , bue par Guérin ( De Veget. venenat. Alsaîiœ, p. 66), ne produisit aucun effet remarquable. Le suc de l'herbe , donné à la dose de 12 grammes à des malades, ne parut pas en produire davantage ;. 8 grammes de suc des baies, administrés à trois convalescents, ne firent qu'augmenter les urines. M. Dunal , qui a fait prendre à différents animaux jusqu'à cent baies de morelle noire, et qui, lui-même, on a pris un nombre assez considérable sans en éprouver le moindre inconvénient, pense que dans la plupart des empoisonnements attribués aux baies de cette plante, les accidents ont été produits par les fruits de la belladone, qu'on désigne aussi quelquefois sous le nom de morelle, ]
Cette diflércncc dans les effets de la morelle sur l'économie vient, sans doute, de ce que les expérimentateurs ont employé la poudre ou l'extrait préparés avec la plante encore jeune, en fleur, ou avec des fruits non mûrs. On sait aujourd'hui qu'elle contient un principe actif (solaline| après sa complète fructification, en assez grande quantité pour causer les accidents les plus graves, étant administrée à l'intérieur à dose toxique.
[Quoiqu'il en soit, la morelle, autrefois employée à l'in-
lérieur coiitio la cardialgie, les tranchées et diverses affections iiervenses , l'iscliurie, la sirangurie , les douleurs néphrétiques, etc., n'est plus mise en usage qu'à l'exlérieur. On applique les feuilles récentes pilées sur les ulcères douloureux, le cancer, les fissures du mamelon, les hémorrhoïdes, etc. (3n s'en sert aussi en décoction ou en cataplasme sur les furoncles, le panaris, le phlegmon, le chancre vénérien, les brûlures, les contusions, la sirangurie, et, suivant Alibert, sur les dartres vives et rongeantes.
M. Duna! a remarqué que le suc de la morelle noire, appliqué sur les yeux, occasionnait une légère dilatation de la pupille, et rendait, pendanlplusieurs heures, l'œil insensible à l'impression d'une vive lumière. Quoique cet effet soit moins prononcé que celui qui est produit par la belladone , on peut, à défaut de celte dernière, se servir de la morelle pour préparer l'organe à l'opération de la cataracte.]
Les anciens employaient à l'extérieur, dans les cancers, une pommade faite avec le suc de morelle et l'axonge battus et mêlés dans un mortier de plomb. Percy a renouvelé celle méthode pour les feuilles de bardane. Je pense que celle trituration végéto-minérale peut être avantageuse. J'ai quelquefois mêlé le suc de morelle avec le jaune d'œuf comme topique anodin. J'ai aussi employé, faute d'autres moyens, la décoction et quelquefois le suc tiède de morelle sur les hémorrhoïdes douloureuses. Ce calmant, qu'il est toujours si facile de se procurer lorsque la plante est en pleine vigueur, m'a réussi. Le médecin est heureux de trouver, dans l'isolement des hameaux, les plantes que la Providence lui offre si généreusement pour soulager le pauvre qui réclame ses secours.
MOSCATELLINK,