‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 133 sur 278 · MOURON MALE, MOURON DES CHAMPS · texte numérisé non relu

MOURON MALE, MOURON DES CHAMPS

AnagalHs phœnicco (T.) AnagaUis arvensis (L.|

Cette planle abonde dans les champs et les jardins. On a employé toute la plante.

Propriétés*

Le mouron rouge, d'abord d'une saveur douce laisse en^ suite dans la bouche un sentiment d'amerlime et d acrete. Beaucoup d'auteurs, d'après Pline et Diosconde , ont décore celte plante de vertus plus ou moins merveilleuses. Wonseulement on l'a administrée comme fondante et aperitive dans les obstructions des viscères et dans 1 hydropisie, mais aussi comme un remède infaillible contre le cancer des mamelles, et même contre la rage, sou, dans ce dernier ^as, cornue préservatif, soit comme curatif. Cette dernière opiiion vient sans doute de la propriété que lui accordait Dioscoride contre le venin de la vipère. Cest aussi sur le lémoiffnage de ce dernier qu'on a vanté le suc de mouron mêlé avec du miel, pour guérir les ulcères de la cornée et la faiblesse de la vue , et que l'on a employé celle plante dans l'épilepsie , l'odontalgie , la goutte , la peste . la phthisie , les hém(*rrhagies, etc. Les uns ont recommande le suc de la planle fraîche ou l'extrait; les auires, la poudre ou la decoclion dans le vin. On a mêlé aussi son suc avec autant de laii.

Le soulagement que l'application du mouron sur un cancer au sein produisit, au rapport de Murray, ne fut pas de longue durée, et le mal ayant fait de nouveaux progrès, conduisit bientôt la malade au tombeau. Je dois dire, toutefois , que j'ai vu des campagnards employer avec quelque

apparence de succès la décoclion ou le suc de celle plante pour calmer les douleurs des plaies et des ulcères . ei pour delerger et fondre des engorgements scrofuleux ulcéi'és.

Hartmann, pour guérir la manie, commençait par un vomitif antimonial, et donnait ensuite à son malade la décoction de mouron rouge durant plusieurs jours, ce qui lui réussissait, grâce au vomitif, que l'on aurait pu tout aussi bien mire suivre de l'usage de l'eau disiillée simple ou de quelques pilules de mie de pain. Parmi les auteurs qui ont préconisé le mouron rouge contre la morsure du chien enragé et de la vipère, quelques-uns ont employé en même temps l'alkali volatil, d'autres des préparations mercurielles. On peut, a.vec juste raison, attribuer à ces derniers médicaments, et surtout à l'ammoniaque, pour ce qui concerne le venin de la vipère, le succès qu'on a pu obtenir, et non à une plante qui. pour n'être pas dépourvue de propriétés, est loin de posséder celles que les anciens et les modernes lui ont si gratuitement accordées.

On ne se sert plus du mouron rouge à l'intérieur ; mais, dans le cas où l'on voudrait le soumettre à de nouvelles expériences thérapeutiques , il est important que l'on sache qu'il ne doit être administré qu'avec circonspection. Donné à une ceriaine dose, l'action qu'il exerce sur l'économie animale peut donner la mort, à la manière des poisons narcotico-âcre. Il résulte des expériences de M. Orfila, que 12 gram. d'extrait de mouron préparé par évaporaiion du suc, dans 45 gram. d'eau donnés à un chien, l'ont fait périr en vingt-quatre heures, et que 8 gram. du même extrait, mêlés à une égale quantité d'eau et appliqués à huit heures du matin sur le tissu cellulaire de la partie interne de la cuisse d'un petit chien robuste, ont produit la mort au bout de onze heures.

En présence de tels résultats , on a lieu de s'étonner que les anciens n'aient pas reconnu les propriétés délétères du mouron rouge, et que Lleulaud (Précis de Mat. médical., t.i,p.^l9), ait prescrit sa décoction dans la proportion d'une poignée par livre d'eau , et son suc exprimé t la dose de deux à trois onces. Des herboristes igorants ont quelquefois substitué au mouron rouge le mouron des oiseaux ou morgeline, plante inerte , et dont l'administration à l'intérieur a pu faire croire à l'innocuité du mouron rouge.

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