‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 134 sur 278 · MOUSSE COMMUNE · texte numérisé non relu

MOUSSE COMMUNE

La mousse imuscus vulgarissimus] comprend plusieurs espèces, telles que les hijpnum, le sphagnum palustre,

arboreum , etc.

L'odeur et la saveur de quelques mousses portent a croire qu'elles sont légèrement astringentes. On prétend que la Doudre de mousse esl hémostatique, ce que l'on a, dit-on, appris des ours, qui , étant blessés, arrêtent le sang avec celte plante. Ce qui est mieux constaté, c'est que 1 ours a appris aux Lappons à enlever avec adresse les larges plaques du pohitricum commune pour s'en faire un lit et se préserver ainsi du froid pendant la nuit. Les pauvres , dans quelques contrées de la France , font des sommiers de mousse qui ont plusieurs avantages sur les paillasses. Les souris, les puces et les punaises n'y séjournent pas comme dans la paille. On choisit la mousse la plus douce , la plus longue , aux mois d'aoûl et de septembre ; on la fait sécher à l'ombre ; on la bat sur des claies pour en détacher toute la terre. Ces couchettes rustiques qui tiennent lieu de matelas aux gens de la campagne, et qu'on bat de temps en temps pour leur rendre leur première épaisseur, peuvent durer au moins vingt ans. Le sommeil, qui fuit si souvent les lits de plume et de duvet préparés par le luxe et la mollesse, s'abat avec délices sur la mousse, qu'il arrose du suc le plus pur de ses pavots.

Non-seulement j'ai fait faire des coussins de mousse pour placer sous des membres blessés , mais j'ai encore employé celte substance, à défaut d'autre, pour servir de remplissage dans le traitement des fractures. Quand on ne peut trouver ce que l'on désire, il faut savoir se servir de ce que l'on trouve. Je fus appelé dans le cours de mes visites à la campagne, chez un indigent habitant une chaumière isolée et dont le iils âgé de douze ans venait de tomber du haut d'un arbre et de se fracturer complètement la jambe droite à sa partie moyenne. Je n'avais à ma disposition ni linge ni attelles. Après la réduction de la fracture , des morceaux de bois de la grosseur du petit doigt, rangés à côté les uns des autres, fixés à leurs extrémités au moyen d'une ficelle, garnis ensuite de mousse au-dedans, appliqués autour du membre et maintenus par deux jarretières de laine, composèrent tout l'appareil. Je n'en employai pas d'autre pendant les

Henlc jours que dura le trailemeut, elle malade guérit tout aussi bien et sans autant de gêne qu'avec le bandage classique (1).

Lorsque, dans certains cas, le poids des cataplasmes incommode le malade, comme, par exemple, dans les inflammations des viscères, abdominaux , je remplace ces derniers avec la mousse , que j'imbibe de décoction émollienle et que je fais arroser de temps en temps.

J'ai vu , chez un campagnard âgé de cinquante ans environ, un ulcère très- douloureux, calleux, enflammé, occupant, à la partie interne et moyenne de la jambe gauche, une étendue d'environ cinq centimètres, et contre lequel on avait inutilement employé divers moyens pendant plusieurs années , guérir dans l'espace d'un été en lui faisant recevoir l'eau tombant d'une fontaine, et en le recouvrant de mousse continuellement humectée de cette même eau. La douche était de la durée de deux heures chaque jour.

MOUTASUHÎ NOIiUO.

Sinapis rapi folio (T.) — Siiiafjis nigra (L.)

La moutarde est une plante connue depuis long-temps, qu'on rencontre partout dans les terrains arides et pierreux du nord de la France , et que l'on cultive pour l'usage culinaii'e. On emploie la semence.

ci) On met gf'néralement Irop (Tart, dans le Iraifement des fractures. Les tourments de la compression le gonflement, ta gnnj;rène, te spliacèle, ou, tout au moins, l'atropliie du membre, sont les tristes re'sultats d'un binuiagc irop bien appli<}ué, trop serre. L'expérience m'a démontré que, dans la plupart des cas, le repos, la simple contention des parties, les pansements rares, l'absence de toute violence exercée sur les muscles, sont des conditions tieaucoup plus favorables à la guérison des fractures que celles qu'on obtient par des bandages compliqués ou par des maciiines qui exciient l'action musculaire, déterminent des tiraillements . blessent les parties molles , causent souvent des douleurs insupportables , et deviennent dans certains cas de véritables instruments de torture. Le bandage amidonne même , dont les avantages sont généralement reconnus , ne doit, à mon avis, être emplo^'é qu'au bout d'une à deux semaines, lorsque les premiers accidents sont dissipés, que le membre est dans un état de relâchement dû au repos, et que les fragments commencent à éprouver les changements organiques producteurs du cal. Bien que M.iyor et d'autres praticiens habiles aient ingénieusement simplifiiS le traitement des fracliaes dos exlrémilés, il reste encore beaucoup à faire pour le perfectionnement tie cette partie (\ssentielle de la chirurgie.

I>rcinirntiouM et «lusc».

ÊniiuJR : Sf.meure concassée ou eu poudre, 8 à 15 grain

Vin ou inere { lo a ou gi am . pum .

suivant re'Tet quoi veut produire.

Uuile fixe douce , 50 à 00 grammes.

Huile volatile, 5 à 20 cent, en potion.

Propriétés.

La semence de moularde noire, d'une saveur aniere, chaude, d'une âcreté fugace, est excitante, an tiscorbu tique. A petite dose , elSe relève le ton et l'action des viscères , et convient contre l'anorexie par atonie, l'hypocondrie, la chlorose , la cachexie ; à dose plus élevée, elle excite tous les oro-anes, l'estomac, le poumon, les reins , et peut être utile dans les engorgements atoniques, les hydropisies, certains catarrhes chroniques , la paralysie et surtout les affections scorbutiques. A haute dose, elle est vomitive. En graine, prise entière, elle a été vantée dans quelques affections dyspepsiques avec constipation , les fièvres intermittentes , etc. Pulvérisée et appliquée sur la peau, elle produit la rubéfaction et la vésication ; on l'emploie ainsi journellement comme un puissant révulsif.

La thérapeutique rurale trouve dans la moutarde un de ses médicaments les plus actifs. La graine de cette plante peut remplacer tous les autres antiscorbutiques. Je l'ai employée seule, dans un cas de scorbut très-grave, chez un enfant de quatorze ans que M. de Bavre, maire du village de Parenly, me présenta au printemps de 1842. Cet enfant, appartenant à une famille indigente, avait des hémorrhagies nasales continuelles ei très-abondantes , les gencives engorgées et saignantes , le corps couvert de taches , d'échymoses, la face jaune et bouffie , le pouls faible et les pieds œdématiés. Désirant satisfaire à l'indication la plus pressante, celle de modérer les hémorrhagies, je fis administrer à ce malade une forte décoction d'écorce de chêne par demi-tasses fréquemment répétées. L'écoulement du sang diminua de moitié environ dans l'espace de cinq jours ; mais il fallait

ailacjuer le scorbul. Je préparai, à cet eiïcl, la bière siiiapisec 32 £^rammes de semence de moutarde concassée dans 1 kHogi-am. de bière ) que je fis prendre à la dose de quatre a cinq onces par jour. L'amélioration se manifesta dès les premiers jours. Los taches scorbutiques s'effacèrent ^raduellemeni, les hémorrhagics s éloignèrent cl cessèrent enfin, et, au bout de quarante à cinquante jours de l'usa^^e du médicament, l'enfont fut complètement rétabli. °

[ Ray {HisL plant., p. 803) rapporle que, pendant le siège de la Rochelle, la moutarde pulvérisée et mêlée dans du vin blanc , sauva la vie à un grand nombre de malheureux alleints de scorbut. Cet auteur dit avoir vu des ulcères infects de la bouche et autres symptômes de cette affection, disparailrc par ce seul moyen employé tant à l'intérieur qu'en gargarisme. Callisen a trailé la fièvre putride avec un succès aussi prompt qu'inespéré au moyen de la mou larde en poudre administrée d'heure en heure à la dose d'un gros (4 gram.) Ainsi, la gastro-entérite de Broussais, traitée en France par les sangsues et les aniiphlogistiques avec plus au moins d'avantages, guérissait au Danemark par l'usage d<2 la moutarde, à grande dose (1).

Le docteur Savy, de Lodève {Annales cliniq. de Montpellier, mai 18tfi , /. XL ) , employa la mou larde avec succès dans une épidémie de fièvre putride maligne qui avait beaucoup de rapport avec celle dans laquelle le médecin danois en avait retiré un effet avantageux. C'était après les vomitifs, lorsque l'adynamie, s'allianl avec l'alaxie, menaçait les jours du malade, que le docteur Savy la mettait en usage. La dose ordinaire était une demi-once (15 grammes) pulvérisée en décoction sur une pinte et demie d'eau (750 grammes). Les malades en prenaient une demi-tasse à café de demi-heure en demi-heure. Les observations suivantes constatent les bons effets de ce médicament. « La fille Biscariet des Pascals,

CT) Si vo'is le poiive?,, ami lecteur, expliquez ces résultats obtenus par des moynns opposés. Pour moi, je me contenterai de dire que les elTets de l.i moutarde dnns la fièvre typhoïde ne m'élonnent pas p'us que ceux de la valériane, de la serpentaire de Virginie, de l'arnica, du camphre, du quinquina, de l'acétate (rammnniatpie que j'ai vu employer en pareilles circonstances chez des milliers de malades dans les hc'ipitaux de la grande armée , alors que le i)rownisme , nosographié par Pinel . régnait encore dans nos écoles et dirigeait toute la pratique médicale. Sous ruifluenre de cette médication toni(|ue et antiseptique, la langue, de sèche et noire qu'elle é(ait, s'humectait , la soif cessait , la fuliginosito des dénis disparaissMt, le pouls se développait et se fortifiait, la peau devenait souple et Inlilueiise, tous les symplùmes,cn un mot ,■ diminuant d'intcnsilc; , ajinoncaicntjdnns la plupart des cAs,unc heureuse solution de la malatlic.

ûaée de seize ans. était à la seconde période de la maladie lm-s(|ii'on réclama nos secours. Le flux diarrhoique, les

Le surlendemain, l'ayant visitée, on me ditqu elle ayai pris depuis mon départ six pintes de tisane; le pouls était eieve; tout le corps était couvert de pétécliies, les forces en meilleur état, la diarrhée moindre, la langue sèche et nojre. Le 4 septembre , il n'y avait plus de diarrhée , la sorf elait moins considérable, ainsi que les péléchies ; la malade se trouvait beaucoup mieux ; elle avait pris deux pintes de tisane. Le 7, ie la trouvai levée : tous les symptômes alarmants avaient disparu , la tisane d'orge remplaça la décoction de moutarde. Le 8 elle servait sa mère qui était attaquée de la même maladie ; elle fut traitée comme sa fille et offrit les mêmes résultats. — La fille d'Affre, de Gours, âgée de onze ans, était au huitième jour de la maladie ; elle prit 15 grains d'ipécacuanha , qui furent réitérés le suriendemain. Le 7 septembre, et 12« de la maladie, ayant trouvé la prostration des forces , les soubresauts , etc., nous ordonnâmes la décoction de moutarde. Le lendemain le mieux-être était sensible, la langue était moins sèche. Le 4 il y eut une exacerbation irès-orageuse ; la malade, trompant ses gardes, s'était levée et avait été boire à la cruche. Le 15, au malin, il y avait délire, pétéchies, soubresauts, pouls concentré, langue sèche et tremblante ; même tisane de moutarde ; la soif était si forte , qu'elle but dans la journée quatre pintes de tisane ; le soir le pouls était toujours faible, accompagné de délire , nous fîmes appliquer les vésicatoires aux jambes. Le lendemain mieux-être, même tisane; le soir, elle raisonnait mieux, les soubresauts n'existaient plus , et la convalescence ne tarda pas à arriver. »

Deux autres observations sont rapportées par l'auteur. Sur le grand nombre de malades chez lesquels il a employé ce traitement, quatre fois seulement il a trompé son attente ; encore,chez l'un de ces malades, qui mourut le dix-huitième jour, une phthisie parvenue à son second degré paraît-elle avoir eu beaucoup de part à celte terminaison.

Dans une épidémie de fièvre mucoso-putride-vermineuse qui régna chez les habitants des marais de Coulogne près de Calais durant l'automne de 1822 , j'ai employé avec le plus grand succès la décoction de moutarde faite à vase clos. A l'aide de cette médication, des vers lombricoides nombreux étaient expulsés, la langue, couverte d'un enduit muqueux

cl noirâtre se iielloyaii, le pouls se développai! , la diarrhée diiiiiiiiiait peu à peu el les forces se réiablissaieiu pronipieniem. J'ai pu , par ce moyen aussi économique que si-nple, irailer les indigents altcinis de l'épidémie.

L'usage de la uioutai-de contre les fièvres inlermiKcnles était connu des anciens , ainsi qu'on peut le voir dans Dioscoride [Mal. méd., t.W, 6'ayp.l84); Bergius [Mal. méd.p.^Si) administrait la graine entière de cette plante à la dose de quatre à cinq cuillerées par jour pendant l'apyrexie. Cullen la prescrivait aussi de cette manière dans les mêmes fièvres, les angines graves, le rhumatisme chronique. Boerhaave [Hist. plant., p. \-28) donnait aussi la semence entière de moutarde dans les fièvres qiiai-tes ei quotidiennes automnales, et administrait aussi l'huile douce de cette semence à la dose de 2 onces (64 grammes) comme purgative. M. Julia-Fontenelle (Journ. de Chimie méd., t.l, p.\20) a administré celle huile comme anlhelminlique, et elle lui a paru remplacer très-bien l'huile de ricin à la même dose que cette dernière. Je l'ai employée avec le même avantage : c'est une bonne acquisition pour la médecine des pauvres. ]

J'ai eu l'occasion d'employer la semence de moutarde entière dans deux cas de fièvi-es automnales intermittentes chez des sujets lymphatiques et exempts d'irritation gastrointestinale. L'un avait une fièvre quarte, et l'autre une fièvre double-tierce. Tous les deux avaient eu la fièvre tierce le printemps précédent. Je leur fis prendre , dans l'apyrexie, une cuillerée à café de semence de moutarde entière d'heure en heure, ainsi que l'indique Gilibert. Les accès allèrent en diminuant chez celui qui était atteint de fièvre double-tierce et cessèrent complètement le cinquième jour. Celui qui avait la fièvre quarte éprouva une diminution notable dans Tinlensité des paroxysmes ; mais, malgré la continuation de l'usage de la moutarde, il ne put guérir. J'eus recours alors au vin concentré d'absynthe et d'écorce de saule, avec addition de 18 grammes de cendre de genêt par litre de bon vin blanc. Après huit jours de l'emploi de ce vin, que le malade prenait à la dose de 120 grammes chaque jour, dans l'apyrexie, la fièvre disparut, l'appétit et les forces se rétablirent. Je fis continuer pendant quinze jours le vin de saule el d'absynthe sans y joindre la cendre de genêt.

Une cuillerée à bouche de graine de moutarde entière agit comme laxalif. Elle convient , ainsi administrée , dans les constipations dépendantes de l'inertie des intestins, chez les hypocondriaques , les paralytiques , les vieillards, toutes les fois que rien n'en contre-indique l'usage. En poudre , à la

riose d'une cuillerée à bouche dans un verre d eau , elle es vomiiiret aoit avec promplilude. ce qui peut la rendre fort vo mii\e ei a 1 h ^^^^ pressant, le malade

?^t ^uî^^mnKâSc^nt rémétiqîie ou Tipécacuanha

^ Ma rsria moutarde peut être utile chez es personnes Ivmolnt iues déco orées, affaiblies par la m sère ou de lon- ICs maladies on se gardera bien de l'administrer aux sujets fecr nemi^^^ congestions san-

guines à une rritalion locale ou générale. Ta fa'rine de moutarde peut être employée en gargar.sme dans angine œdémateuse J'en ai ret ré de grands avança "es dauf les angines tonsiliaires manifestées plutôt par le S^^ent que par la douleur et l'inflammation. Je la fais 3éC dan^ l'eL et le miel , et je dcnine a ce ga.g~ un décoré de force porportionne a 1 état local. Macaiian UoZi ge^ de Méd!, décemb. 1812 , p 338), qm a le premier indiqué ce moyen (i) , employait la moutarde blanche. ?arm les^cas nombreux d'angine tonsillaire ou j'a. employé îa moutarde, le suivant m'a paru devoir être rapporte. « Fabre , forieron à Calais , âgé de v.ngl-tro.s ans , conslilution délicat?, corps frêle, teint pâle, atteint d'angine depuis mis jou s, était dans l'état suivant lorsque, le^ 17 janvier 18 3, H me fit appeler ; impossibilité presque absolue de a dé-lutition. gonflement très-considerable des amygdales, lue'tte tuméfiée et très-alongée , sans grande douleur m routeur des parties malades ; respiration gênée par le volume de ces parties et les mucosités très-épaisses qui remplissent l'arrière-bouche , et que le malade ne pouvait expulser; voix étouffée et ne pouvant articuler quayec beaucoup de peine quelques mots ; face décolorée et par instant bleuâtre ; douleurs compressives aux tempes ; léger gonfleinent sous le menton. Peu d'instants après mon arrivée , difficulté plus erande de respirer, impossibilité de parler et d avaler, agitalion extrême, pouls petit, intermittent et vite, menace de suffocation. (Pédiluve très chaud ; ventouses sèches entre les épaules et sous les clavicules). Comme il y a dans la maison de la moutarde délayée, j'en imbibe une petite

Cl) Je me trompe , cette priorité appartient à Rivière , ainsi que le constate l'observation suivante , remarquable par la prompte efîicacittî de la moutarde : Mulier quœdam a/flicla est lonsillarum inflammationc gravissima, qiium brcvi secuia est cxulccralionum dolore inlcnso : cclebraia venœ sectione, et •'argarismis ex oxicralo pcr bliluum frustra usurpatis , sequenti curala est inlrà iiniim diem : semcn. sinapi , dragm. ±. acet. rosac. et sacchar. atb. an une. 111, f. gargarissima. (Laaar. Riyer , obscrv. 76,cent.4.

bande de linge roulée et fixée à l'extrémiié d'un petit morceau de bois, que j'introduis à diverses reprises et avec peine dans l'arrière-bouche , en ayant soin d'appliquer particulièrement ce collutoire sur la luette qui est considérablement tuméfiée, pfde, œdémateuse, etproduitla sensation d'un corps étranger. Après la troisième inti'oduction de la moutarde , la salivation el l'expulsion de mucosités épaisses se manifestent , la luette se contracte un peu et diminue de volume. Je continue le même moyen pendant une demi-heure ; la sécrétion muqueuse et la salivation augmentent ; le dégorgement est tel que la respiration devient en très-peu de temps beaucoup moins gênée, l'agitation moins grande, le pouls plus développé et plus régulier. Je fais préparer un gargarisme composé d'une once de semence de moutarde noire, de huit onces (250 gram.) d'eau et de suffisante quantité de miel. Le malade se gargarise très-fréquemment, et éprouve chaque fois, par la sécrétion de mucosités abondantes, un soulagement marqué. ( Lavement purgatif avec sulfate de soude et le miel de mercuriale ; pédiluve sinapisé ; laine autour du cou. )

Le lendemain (quatrième jour de la maladie) la luette est diminuée de moitié ; la respiration est beaucoup plus facile. Les amygdales, beaucoup moins volumineuses, sont plus rouges et plus douloureuses. Le gonflement extérieur est à peine sensible. Le pouls est fébrile. (Continuation des mêmes moyens. )

Le cinquième jour, la douleur des amygdales est augmentée par le contact de la moutarde , l'excrétion muqueuse est nulle. Le gargarisme sinapisé est remplacé par celui de décoction de racine de guimauve miellé, 4 onces (125 gram.); nitrate de potasse, 1 gros (4 gram.) ; sinapisme au cou.

Les sixième et septième jours , diminution graduelle des symptômes, résolution évidente de l'engorgement uvulaire etlonsillaire, déglutition beaucoup plus facile. Le neuvième jour, le malade entre en convalescence. »

Les sinapismes , ou cataplasmes de farine de moutarde délayée dans l'eau ou le vinaigre, s'appliquent sur différentes parties du corps pour produire la rubéfaction ou la vésication selon la durée de leur application. Ce n'est qu'au bout d'un ou deux jours que la peau se colore, et, plus tard encore, que l'épiderme se détache par écailles. Les phénomènes produits par l'application sur la peau de la farine de moutarde ont quelque chose de particulier. A la fréquence du pouls , à la production d'une sorte de fièvre instantanée , résultat ordinaire de toute irritation externe intense, se joint

un trouble nerveux et une agitation tellement marquée, que certains sujets très-irritables ne -peuvent endurer cette application que pendant quelques minutes. Les malades ne peuveut guère supporter plus de trois-quarts d'heure un sinapisuie préparé avec la semence récente de moutarde et l'eau , à moius que la sensibilité ne soit diminuée par la nature de la maladie.

D'après des expériences de MiVI. les docteurs Trousseau etBlanc {Archives général, de Méd., septemb. 1830) , et ce que j'ai moi-même constaté, 1° l'action de la moutarde nouvelle et récemment pulvérisée est plus prompte que celle de l'ancienne ; mais au bout de quelques minutes elle est la même, et les deux parties, sur lesquelles on l'a appliquée simultanément, sont également rubéfiées. 2° Les sinapismes préparés à l'eau chaude paraissent d'abord agir avec plus de violence; mais au bout de dix minutes la douleur est également cuisante avec l'eau froide , et les résultats sont les mêmes. 3° Le vinaigre affaiblit tellement l'action de la moutarde, que le sinapisme préparé à l'eau simple détermine au bout de six minutes une cuisson aussi violente que celui ' qui est préparé avec le vinaigre au bout de cinquante minutes. Le vinaigre chaud n'a pas plus d'action , ainsi que l'acide acétique concentré étendu d'une pareille quantité d'eau, et même l'acide acétique concentré pur, dont l'effet est plus lent qu'avec la moutarde mêlée à l'eau simple. Cependant, l'acide acétique appliqué avec delà sciure de bois produit un effet presque instantané et qui diffère de celui qui résulte des cataplasmes de moutarde, ce qui prouve que celle-ci déti uit l'action de cet acide. 4° Lorsqu'on lève le sinapisme, l'impression de l'air fait cesser la douleur ; mais une cuisson douloureuse se fait bientôt sentir, dure plusieurs heures et quelquefois des jours entiers. Quand l'application a été prolongée, elle détermine des ampoules qui se forment lentement et les unes après les autres. Le sinapisme bien préparé ne doit pas rester plus de quarante à cinquante minutes : il y a de graves inconvénients à le maintenir pendant une heure ou plus, comme on le conseille généralement. MM. Trousseau et Blanc [loc. cit.) citent l'exemple d'une jeune dame qui, à la suite de convulsions, eut les pieds et les mains couverts de sinapismes que l'on maintint en place pendant trois heures, et dont l'action, quoique peu douloureuse d'abord , fut si vive , qu'au bout de quelque temps il se détacha plusieurs escarres (1). Il est

(1) Pour remédier aux accidents détei minds par l'application prolongée des sinapismss , MM. Trousseau et Blanc conscillcnl le lininient suivant ;

donc prudcni de ne jamais laisser les siiiapisines appliqués ])lus d'une heure, quand ils sont préparés à l'eau avec la farine de moutarde sans mélange et récemment broyée.

Les sinapismes s'emploient tantôt pour produn-e une excitation générale , comme dans l'apoplexie, la paralysie, les aiïections comateuses, les fièvres typhoïdes, etc., tantôt pour opérer une dérivation ou pour rappeler à l'extérieur une affection aiguë ou chronique, tels que la goutte, le rhumatisme , les dartres , l'érysipèlc , les exanthèmes, une innammation ou une irritation quelconque portée sur un organe intérieur (i). On s'en sert aussi pour enlever une douleur circonscrite, comme dans la pleurodynie, la pleurésie (après avoir employé, dans ce dernier cas surtout, les moyens antiphlogisliques indiqués), dans quelques névralgies chroniques, la sciaiique,le rhumatisme chro-

nique . etc

On peut faire des demi-sinapismes en saupoudrant les cataplasmes de farine de graine de lin avec celle de semence rte moutarde. J'emploie avec avantage une pute composée de moutarde noire ou blanche et de figues grasses pilees ensemble dans un mortier. Cette pale est rubéfiante et résolutive • elle convient, étendue sur de la filasse, contre la sciatique, la pleurodynie et les points de cote loco dolejmle catarrhe pulmonaire chronique, la coqueluche, 1 angine , «Twliquée sur la poitrine , entre les épaules ou au cou ; les tumeurs scrofuleuses. les abcès froids , etc. Cette pate, que

Onanent nonuleumlS grammes, extraits de belladone . de straraonium ?t de iÏsrSe de cliaque 30 centigrammes. On endu.t un nige d une

SnutSrsî/dccSTp^^

se

i3tc une r^ ^: r u œs ;ymp.ômes : produi-

d'orgasme ou d eielli'Mne , ...ires accidents. On abuse commune-

raient de l'agilation , du '''^'"•^ ' .f^^"'^^' Sdant céncVal , soit comme n.ent de ce puissani moyen , so,t comme '^J^^^; ,et ^tat de révulsif. Dans le prem.er - ^ '.^ ac.crise Talonie ,

relacliemcnt , de langueui ne >uu> .m ie de métastase, diminuer

radynamie ; dans le ^^'-^-fj^ZZc^l v^ui^ou ou une phlegmaou faire cesser une f ° Voixin nie participe en rien' de luri-

s^;!:ï^i?s;i::t':o;s:i.î; cK;:^onditLs tit..-f.it oppos.es,

l'on «eut rendre plus ou moins active en augmenlant ou m l on peui i . - , niouiarde , convient encore pour

H plan e des pieds, surtout chez les enfants, aux congestions 'r la lêie ou la poitrine. J'ai gueri amsi, chez unp da ne de quarante ans , un corysa cl.ron,c,ue q^H^endani ^ mois avait résisté aux moyens ordinaires. Je taisais cnvc rnei les pieds allernali^ement chaque son- pendant un avec 'la pâte sinapiséo et un chausson de flanelle

'"^Z^^l^V^n!^ de poix de Bourgogne plus on moinsSénant, en y incorporant une plus ou moms grande mianiité de poudre de semence de moutarde. ^ Le pédiluves et les manuluvcs sinap.ses, qu on prépare en délayant 200 à 500 grammes de farine de moutarde recen e dans l'eau bien chaude, agissent, comme révulsifs , de la même manière , et sont employés dans les mêmes circon-

^' raS^^lol^^'Œc bain général sinapiséfl à 2 kilocrram de poudre de moutardre pour un ba.n , suivant 1 intensité des symptômes ) dans le choléra asiatique. Dans un cas observé à Calais en 1832, chez une femme de trente-cinq ans et où l'algidité et l'anéantissement de la circulation a la périphérie étaient extrêmes , la réaction fut si forte que je dus immédiatement pratiquer au bras une saignée copieuse. Une abondante transpiration favorisée par la vapeur de l al^

sinon l'action stimulante s'exerçant au profit de l'organe malade tous ê ymptô.ues s'exaspèrent au lieu de céder Un exemple rendra cette viri ë matique plus ptente ; Le petit garçon de madame Corndle de Boulogne, à^é de six ans. d'une constiUUion trêie, d'un naturel .rasc.ble. avant été aUeint plusieurs f..is de bronchites assez mtenscs, est pris le 3 avril 4847 de toux violen e et pre.^que conlinuelle avec tievre, sentiment de strangulation , oppression ; ees symptômes augmentent vers le soir au point de faire craindre un catarrhe sulFocant. La rougeole rë-nant eénoralement , on considère ces symptôn>es comme précurseurs de cette maladie et comme pouvant aussi , par leur mtens.te , s'opi.oscr à l'éruption. Dans l'inlention de favoriser cette dernière , des bains de ia.i.bes sinapisés sont employés à diverses reprises dans la nuit, et chaque fois les symptômes s'exa-pèient et présentent enhn un danger immment. Je suis appelé le i au matin ; je fais appliquer six sangsues h ran"-le formé par les articulations stcM-no-claviculaires. Le sanjï coule 'abondamment pendant deux heures ; la toux diminue et se dissipe ensuite prcsnu'entièrcment , ainsi que l'oppression ; l'éruption paraît spontanément et la rougeole suit sans complication sa marche ordinaire. Une irritation phlegmasiquc intense appelait à elle le mouvement inflammatoire qui devait se porter à la périphérie du corps ; il a sufli de la combattre pour rendre à ce mouvement sa tendance normale , sans le «ccours des révulsifs.

cool reçue au moyen d'une lampe placée dans une baignoi'ré couverte , acheva de dissiper les symptômes cholériques. Le rétablissement fut prompt.

On peut se servira l'extérieur, dans' les cas où l'on ne peut se procurer un sinapisme convenablement préparé, de la moutarde que l'on trouve chez les épiciers et que l'on a presque toujours chez soi pour l'usage de la table.

Frank recommande une composition composée de farine de moutarde, d'huile d'amandes douces et de suc de citron, pour faire disparaître promptement les échymoses. On peut l'employer aussi contre les engelures. On en frictionne légèrement la partie malade une ou deux fois par jour. On a employé le vin de moutarde en collutoire dans les paralysies de la langue , dans l'engorgement chronique des amygdales ou des glandes salivaires.

M. Faure ( Journ. de pharm., t. xvii, p. 643) a proposé, pour lotion irritante ou comme rubéfiant agissant à Tinslant même, la solution de l'huile essentielle de moutarde dans l'alcool (1 partie sur 10 d'alcool). On a aussi conseillé cette huile par gouttes dans des potions excitantes. On emploie avec succès contre la gale une pate faite avec 30 gram.de moutarde en poudre, et suffisante quantité d'huile d'olive; on se frictionne une fois, rarement deux, le corps et les extrémités avec cette préparation. Ce moyen m'a réussi plusieurs fois ; il occasionne d'abord une rubéfaction à la peau, mais qui ne tarde pas à se dissiper. L'eau distillée de moutarde, proposée par M. Julia-Fonienelle, convient mieux pour lotions antipsoriques.

Le suc des feuilles fraîches de moutarde , seul ou étendu dans l'eau miellée , convient en gargarisme dans les affections scorbutiques des gencives, la stomacace , l'engorgement chronique des amygdales, etc.

M. Mahier, pharmacien à Château-Gonthier, a reconnu à la farine de moutarde délayée dans une petite quantité d'eau froide ou tiède, la propriété d'enlever l'odeur aux vases ayant contenu des huiles essentielles ou des teintures odorantes. « Des bouteilles qui avaient servi à l'essence de térébenthine, de menthe, de thym, de lavande, de girofle, à la créosote, à l'eau-de-vie camphrée, à la teinture d'assa-félida, ont été rendues propres et sans odeur en y introduisant de la farine de moutarde sur laquelle on versait une petite quantité d'eau froide ou tiède, en agitant fortement la bouteille pendant quelques instants et en lavant à grande eau ; si l'odeur ne disparaissait pas complètement par un premier lavage, on recommencerait une seconde fois. Des essais

comparatifs portent M. Mahicr à accorder,. à la i^";;"^ de inoularde une action presque égale . pour cet usage a la pâte d'amandes ainèrcs, qui atteint parfaUemonl le but >» [L'Abeille méd., 1847, p. 56.)

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