‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 19 sur 278 · VAQUETTE · texte numérisé non relu

VAQUETTE

Arum vulgare (T.) — Arum macuJatmi (L.)

L'arum est une plante très-commune dans les lieux humides, le long des haies, sur le bord des chemins, dans les bois. On se sert des racines et des feuilles.

Préparafions et «loses.

A l'intérieur : Poudre, des à 10 gram.;— yt/téraiif, de 4 à 2 gram. A l'extériecr: Comme vésicant, écrasé, en application, en cataplasme.

Propriétés.

La racine, partie usitée autrefois , est à tort abandonnée dans la pratique, où la mode exerce son empire comme sur

(I) Cet article n't^tait pas dans lo mémoire couronné.

tant d'autres choses. On l'employait dans les pneumonies chroniques, dans l'asthme humide, sur la fin de la coqueluche, etc. A l'extérieur elle est vcsicante.

L'arum est regardée , par les auteurs qui en ont parlé , comme incisive, résolutive, expectorante. Les anciens recommandaient la racine de pied-de-veau dans l'asthme et les affections chroniques des organes respiratoires. Gesner dit qu'elle a guéri trois hommes et une femme atteints de phthisie commençante , et en a soulagé plusieurs autres, en leur administrant l'extrait vineux des feuilles et des racines de cette plante en parties égales. L'effet de ce remède étai t de produire des évacuations abondantes. Antoine Constantin , médecin provençal, employait, à l'imitation deMesué (liv. II, chap. 24, de med. simp, purg.), la racine d'arum de la manière suivante : Racine d'arum maculât., 3 gros. Lavez dans du vin, pilez long-temps dans un mortier de marbre, passez par un tamis, ajoutez : menthe pulvérisée 3 gros, absynlhe 1 gros 1/2, et un peu de suc de coing ou autre fruit astringent; faites un opiat avec q. s. de miel ou de vin cuit. Dose, 3 à 4 gros, pour atténuer les humeurs et la pituite épaissies dans l'organe de la respiration, dans l'estomac, dans la tête et dans les articulations. Le même médecin conseille aussi des potions ou des pilules de poudre d'arum avec le jus d'origan, d'absynthe ou de sauge. Cette composition, dit-il, à la dose de quatre scrupules, purge efficacement et sans violence.

J'ai employé la racine d'arum dans l'asthme humide, la cachexie suivie de fièvres intermittentes prolongées, l'hydropisie, comme purgative et diurétique. Je commençais par la dose de deux ou trois grammes en poudre dans de la tisane d'orge ; j'élais^sou vent obligé de diminuer cette dose pour l'augmenter graduellement. La racine fraîcheest d'une âcreté telle qu'elle produit dans la bouche, lorsqu'on la mâche, une saveur brûlante qu'on ne peut dissiper qu'avec de l'huile d'olive ou d'amandes douces, ou mieux, avec l'oseille. La dessiccation lui ôte en grande partie cette acrimonie j il n'en reste aucune trace si l'on soumet cette racine à la torréfaction ou à des ébullitions répétées. On obtient par ces procédés une fécule blanche très-nourrissante, et avec laquelle, suivant Cirillo, on peut faire de fort bon pain. Il y a évidemment une grande analogie entre l'arum et le manioc : dans l'un comme dans l'autre, la matière nutritive se trouve mêlée au poison, dont il est facile de la séparer.

C'est surtout dans les affections chroniques des organes respiratoires que l'on a recommandé l'usage de la racine d'arum. J'ai fait cesser en dix jours une bronchorrée chez

un ciiliivalciir qui eu élait alieint depuis un mois, par suite d'une bronchilc aiguë, en administrant trois fois par jour 1 gram. de racine de celte: plante mêlée en forme d'élecluaire avec q. s. de miel. Je l'ai employée aussi avec succès chez un enfant de (rois ans , atteint d'une coqueluche qui menaçait de se terminer par une pneumonie chronique. Je faisais prendre SOcenlLg. de cette racine pulvérisée, trois fois par jour, et ensuite cinq fois. Elle produisait quelquefois le vomissement, et toujours quelques évacuations alvines. Après douze à quinze jours de son usage la guérison était complète. Dans d'autres cas je l'ai associée à"la poudre de racine de belladone. Son effet me paraissait analogue à celui de ripécacuanha , qu'elle peut, je crois, remplacer comme expectorante , ayant la même action sur les muqueuses bronchique et gastrique.

[Je n'emploie que la racine de l'année ; plus ancienne et trop desséchée , elle est d'un effet incertain: on ne peut apprécier le plus ou le moins de perte de son principe actif par la vétusté,

Voici ce que dit, au rapport de Bulliard [Histoire des 'plantes vénéneuses de la France) au sujet d'une des propriétés particulières de la racine d'arum, l'auteur d'un Traité de médicaments simples : «J'ai éprouvé d'heureux effets de l'usage de cette racine dans le traitement des douleurs de rhumatismes, surtout quand elles étaient fixes et situées profondément. En pareil cas j'ai fait prendre depuis dix grains jusqu'à un scrupule de racine fraîche d'arum, deux ou trois fois par jour ; elle s'avalait en bol ou en émulsion, jointe à des substances huileuses et mucilagineuses qui empêchaient que son âcreté et son irritation ne se fissent sentir vivement et ne produisissent sur la langue une impression douloureuse. En général, elle occasionne partout le corps une légère agitation avec picotement, et quand le malade se tient chaudement au lit, elle cause des sueurs abondantes. » ]

A l'extérieur. Les feuilles fraîches pilées, ou la racine récente coupée en tranches minces , appliquées sur la peau, y produisent un effet rubéfiant et vésicai^l. J'ai souvent employé cevésicatoii^e, parce que je l'ai toujours trouvé sous la main pendant la belle saison. Un mélange de feuilles d'arum et d'oseille, cuites sous la cendre dans une feuille de chou, et incorporées avec du saindoux, m'a souvent servi comme maluralif sur les abcès froids, les tumeurs scrofuleuses ouvertes mais encore engorgées dans leur voisinage, dans

tous les cas, enfin, où il fallait animer dos tissus tuméfiés, soit cellulaires, soit glandulaires.

rL'oscille, mitigeant l'action de l'arimi, empêche la vesication et borne cette action à un effet puissamment résoluUf, stimulant et détersif. Quand ce mélange est fiut avec les feuilles fraîches pilées dans un mortier, il est plus actif et convient surtout pour dissiper les engorgements glanduleux, œdémateux, etc.]

J'ai détergé promptenieni des ulcères atoniques, scorbuliaues ou serofuleux par l'application du suc des feuilles et de la racine d'arum ; son action est très-énergique et change le mode d'irritatioa des parties affectées. Une suppuration louable a lieu, et une cicatisation solide s'opère peu à peu. On réitère plusieurs fois cette application.

AS ARET ,

ASARmE d'eUROPE, CABARET, OREILLE d'hOMME.

Jsarum (T.)—^sarim europœum (L.)

Cette plante se rencontre dans les lieux ombragés, et vient spontanément dans toute l'Europe. J'en ai cultivé dans mon jardin. Les racines et les feuilles sont usitées.

Préparaliosas et closes.

A L'iNiÉRiEun : Poudre, comme excitant, 5 à 10 cent.;--comme vomitif, 50 cent, à 2 gram. . i

FeitUI es fraîches , de 4 à 12, infusées pçqçlant une nuit d^s^ si^

onces d'eau bien pure.

Exlrcnt aqueux, de \ gram. à\ gram. 30 cent. Extrait spiritueux, idem.

a*ropricicSi

Les racines et les feuilles d'asaret sont excitantes, éniétiques et anthelmintiques. Elles sont aussi sternutatoires. On les emploie dans les fièvres intermittentes invétérées, les obstructions du bas-ventre , et principalement dans les engorgements de la rate et du mésentère, les hydropisies, les maladies cutanées,, etc. Des auteurs ont avancé que l'énergie des feuilles est moins puissante que celle des racines. Je n'ai pas cette opinion ; les feuilles m'ont paru jouir d'une action tout aussi prononcée.

Le véritable succédanée de l'ipécacuanha est la racine d'asaret. Wauters s'exprime ainsi sur celte plante : Principiis suis constiinentihus cum ipccacuanha coincidere vide-

tur, licet aliqmndo venenis adnwneratum fuerit, quum ab imprudentibus si-ne debihs cauteiis prœscribebatuv. En effet, je pense avec cet auteur que si quelques praticiens ont rejeté l'emploi de l'asarel comme agissant avec violence et n'ayant qu'une action irrégulière et inconstante, c'est parce qu'on l'a administré sans précaution ou à des doses trop élevées, ou même dans des cas où une irritation préexistante en contre-indiquait l'usage. Si une prédilection marquée pour les médicaments exotiques n'existait pas chez la plupart des médecins, on tiendrait compte aussi de l'action irrégulière de l'ipécacuanha , si souvent observée dans la pratique. Le plus ou le moins d'effet des médicaments vient bien plus de la disposition idiosyncrasique des sujets qui en reçoivent l'action, que du médicament lui-même. C'est une vérité pratique que l'expérience journalière confirme , et qui s'applique à tous les genres de médication.

L'asarum, dont les anciens faisaient grand cas, a été négligé depuis la découverte de l'ipécacuanha ,• mais les gens de la campagne, plus attachés aux traditions populaires que les citadins, ont conservé l'usage de ce remède Ils emploient l'infusion des feuilles pour provoquer le vomissement et la purgation. Je dois dire que je l'ai toujours vu employer avec avantage , et qu'il n'a produit, dans certains cas, d'autres accidents que ceux que tous les purgatifs excitent quand ils sont pris à doses trop élevées ou intempestivement administrées. Soixante h quatre-vingts centigrammes de poudre de racine d'asaret font aussi bien vomir que la même dose d'ipécacuanha , et ne fatiguent pas davantage. J'ai employé cette poudre à la dose de deux, trois ou quatre grains (10, 15 ou 20 centigrammes), comme altérante, dans ]a bronchite chronique, la coqueluche, et surtout dans la diarrhée. Elle m'a réussi aussi bien que l'ipécacuanha. Je la mêle quelquefois à la belladone pour combattre la coqueluche. Long-temps gardée, celte racine n'est plus vomitive ; après six mois elle n'est que purgative , après deux ans elle ne purge presque plus, même à la dose de 1 gram. 50 centigrammes. Elle acquiert alors la vertu diurétique, et peut être employée comme telle dans les tisanes. Il faut donc avoir égard à son plus ou moins de vélusté pour en régler les doses. Lorsque les feuilles et les racines de cette plante ont été pendant sept à huit mois dans un grenier aéré, on peut en toute sûreté les administrer à la dose de 1 à 2 gram. Coste en faisait prendre la racine à cette dose dans une lasse de bouillon de veau. Nos paysans se contentent de l'infusion de 6 à 15 feuilles sur des cendres chaudes pendant

une nuit, dans l'eau bien pure, pour prendre le matin à jeun, avec un peu de miel ou de cassonade.

Les maréchaux, qui dans nos campagnes exercent la médecine vétérinaire d'une manière toute traditionnelle et routinière, regardent le cabaret comme un bon purgatif, propre au traitement du farcin et à l'expulsion des vers chez les poulains.

[La meilleure racine d'asaret est celle qu'on récolte dès le commencement du printemps ou vers l'automne. Qiiand on la prend dans le commerce, il faut la choisir belle, entière , bien nourrie, grosse comme une moyenne plume d'oie, récemment séchée , grise, d'une odeur agréable et pénétrante.]

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