‹ Trait©♭ pratique et raisonn©♭ de l'emploi des plantes m©♭dicinales indig©·nes [electronic resource]Chapitre 218 sur 278 · SEIGLE ERGOTÉ · texte numérisé non relu

SEIGLE ERGOTÉ

ERGOT DU SEIGLE, SEIGLE CORNU, SEIGLE NOIR, CLOU DE SEIGLE, SEIGLE A ÉPERON.

Secale cornuium (T).

Sderoiiiim. clavus (L.)

Le seigle ergoté, ou plutôt l'ergot du seigle, est une excroissance longiforme qui se développe sur l'ovaire du seigle, à la place de la graine de cette plante. II est d'un noir violacé à l'extérieur , d'un blanc violet à l'intérieur, allongé, recourbé, d'une saveur amère, un peu acre, d'une odeur légèrement vireuse.

Préparations et doses.

A L'INTÉRIEUR : poudre récente, de SO cent, à 8 gram. en suspension dans de l'eau sucrée, du vin blanc, une potion, etc.

Infusion de poudre, de i2 à 8 gram. dans 450 à 500 gram. d eau.

Vin (\ sur 40 de vin), de 40 à tOO gram. (plus rarement vomi.)

Teinture (5 sur 8), de 40 à 45 gram. en potion.

Sirop (4 sur 5 de sirop), de 43 à 60 gram. en potion.

Conserve pulvérulente, de 2 à 42 grain, en potion.

Huile 20 à 50 gouttes dans un véhicule chaud. (Dr. Wii^lil.) A L'EXTERIEUR : poudre, de 8 à 45 gram. en lavement, mjection.

Huile, en frictions, ambrocaiion, etc,

Propriétés.

A haute dose, le seigle ergoté est un irritant très-actif, suivi d'accidents graves quand on radniinislre a 1 intérieur ou que l'on en prend accidentellement; il produit des convulsions, le tétanos, la gangrène des membres et la mort. Ces effets sont connus sous le nom d'ergotisme. ^

A doses moyennes et longtemps continuées, 1 ergot de seiffle produit une sorte de narcotisme ; à petite dose, sa propriété spéciale, et la plus remarquable, est de so liciter des contractions utérines dans les cas d inertie de a matrice On l'administre lorsque le travail de 1 enfantement lano-uii quand les douleurs ont cessé ou sont trop taibles. Il convertit les douleurs lombaires en douleurs expultrices ; mais il faut, dans tous les cas, que le col utérin soit suÇisamment dilaté, que l'enfant ne soit pas d'un volume disproportionné avec les dimensions du bassin, qu'il se présente dans une position ne faisant pas obstacle à son expulsion, qu'il ait-franchi le détroit supérieur, en un mot, qu'il ne manque pour son expulsion que des contractions utérines suffisantes. .

L'action du seigle ergoté commence ordinairement au bout de 10 à 15 minutes ; la durée de cette action varie d'une demi-heure à une heure et demie ; elle s'affaiblit au bout d'une demi-heure, mais elle reprend son intensité si on administre une nouvelle dose. Les douleurs, au lieu d'être courtes et intermittentes comme les douleurs naturelles, sont vives, longues et plus ou moins permanentes. L'abdomen est plus dur et plus tendu que dans les contractions ordinaires de la matrice. ^

On emploie le seigle ergoté pour déterminer la sortie du placenta et des caillots sanguins retenus dans la matrice, ainsi que celle des corps étrangers développés dans sa cavité, . tels que les polypes, les môles, les hydatides, etc. Il convient aussi pour faire cesser la métrorrhagie causée par l'inertie de l'utérus. Il ne survient presque jamais d'hémorrhagie utérine après les accouchements provoqués par ce médicament.

Les convulsions qui accompagnent le travail de l'enfantement ne sont pas une contre-indication à l'ergot de seigle, lorsque l'état de l'utérus est d'ailleurs favorable à son administration. Celte pratique n'est pas généralement adoptée. MM. MératetDelens, entr'autres, disent formellement qu'on ne doit point prescrire l'ergot dans ces cas. Celle opinion est trop exclusive. J'ai vu, chez une jeune anglaise de vingt ans , des convulsions persistant âpres la saignée et le bain

tiède, céder iinmédialemoiU après rcnfanicincnt accéléré au moyen de l'adminislralion du seigle ergolé, qui, du reste, élait indiqué par la lenteur du travail et la dilataiioii du col utéi'in. Dans les cas de pléthore générale on fera précéder son usage d'une saignée plus ou moins copieuse selon l'éial de ia malade et les circonstances que l'accoucheur peut seul apprécier. Ce médicament, précieux entre les mains d'un accoucheur habile , devient dangereux et peut même être mortel par une administration intempestive ou conire-indiquée.

La connaissance des vertus obstétricales de l'ergol date de longtemps. Ce ne fut pas sans étonnemcnt que j'appris qu'il était en usage depuis plus de soixante ans dans nos campagnes comme moyen de provoquer l'accouchement. Dans certaines contrées de l'Allemagne, au rapport de J.-R. Camerarius (1688), les matrones l'employaient pour hâter l'accouchement {Aet. nat. cur. cent. 6). On dit, dans l'Albert moderne, recueil imprimé en 1782 , p. 1, Art. accouchement laborieux , comme recelte populaire, que, pour faire accoucher incontinent, il faut prendre plein' un dé à coudre de l'ergot qui se trouve sur les épis du seigle. La science s'empara de celte découverte, la discuta , en fit une judicieuse application, et l'adopta.

[ Le docteur Stearns , dans une lettre adressée au docteur Akerley et insérée dans le Magasin de médecine de New- York, éveilla un des premiers ralteniion des médecins sur l'emploi de l'ergot de seigle pour déterminer des contractions utérines et accélérer l'accouchement. Peu après, Olivier Prescot [médical and pliys. Journal, t. xxxii , p. 90) publia 'im mémoire intéressant sur l'emploi de celte substance dans l'inertie de la matrice , la leucorrhée , les pertes utérines. A la même époque , et même auparavant, Desgranges, de Lyon [nouv. Journal de médec, i, p. 54), instruit par des matrones, en constatait, par de nombreuses expériences, les vertus obstétricales. Les docteurs Goupil [Journal des progrès, t. ni, p. 150), et Villeneuve [Mém.sur l'emploi du seigle ergoté) publièrent un mémoire où il résulte de l'analyse des travaux de leurs prédécesseurs et de l'exposition de leurs propres expériences, la preuve irréfragable de ce qiii avait été dit jusqu'alors en faveur de ces mêmes vertus.

D'après tous les faits publiés jusqu'en 1835 , suivant le docteur Bayle [Bibl. de thérap., t. m, p. 534), sur 11 76 cas d'accouchements ralentis ou empêchés par l'inertie de la matrice , 1051 ont été plus ou moins promptement terminés par l'emploi du médicament ; dans 111 cas l'ergot a échoué, dans 14 le succès a été modéré. ]

Les propriétés obstétricales du seigle ergoté ne peuvent

donc plus ôire révoquées en doute. Vingt années de pratique comme médecin-acc'oucheur dans une ville populeuse, m ont

ZI même d'appréeier les services ^"P/f^Seraui s ts cament rend à l'humanité. Combien de femmes qu , sans n administration, "'e-sent pu aeeoueher que parj apph^^ cation du forceps ! Je pourrais citer cen cas ou ce medica

n.ent a été pour moi d'une utilité '"^«^^^^.^^^^^/^V •'^^ ^d'inii documents n'ajouteraient rien a ce qui est ai jourd hi généralement connu. Je me contentera, de raconter m^^^^ Récent et remarquable sur les effets que j ai obtenu de 1 ergot de Se comm'e moyen de provoquer les douleurs expulu^ces et de prévenir l'hémorrhagie utérine consécutive. Je fus appelé le 25 mars 1845 chez M. TroUe, propriétaire cultivateur à Widhen, à l'effet de porter secours a sa femme qui , depuis quatre jours , était en travail d enfantement, et

auprès de laquelle se trouvaient MM. C. D et V

médecins à Samer. A mon arrivée, je trouvai madame Trollé, â^ée de trente deux ans et primipare, dans un grand état d'épuisement, n'ayant plus que de faibles douleurs et complètement découragée. L'enfant présentait la tete en

première position , d'après ce que me dirent MM. Ç. I).

et D . car, dans l'étal de tuméfaction ou elle était , il me fut impossible de reconnaître cette position. On avait tente plusieurs fois d'appliquer le forceps. Ces essais infructueux avaient produit une désolation telle que l'on s attendait a la mort prochaine de la mère et de l'enfant. J'annonçai que ce dernier n'élait plus vivant, et je donnai la certitude que l'accouchement serait promptemenl terminé ; mais je cleclarai,en même temps, que je ne pouvais répondre des accidents ■ consécutifs, qu'une perte considérable pouvait avoir lieu, et que l'inflammation de l'utérus était souvent la conséquence d'un pareil éiat. J'appliquai , non sans difficulté, les branches du forceps , à cause de l'exlrême tuméfaction de la vulve, et je parvins, après quinze à vingt minutes, à terminer l'accouchement.

Ce que j'avais prédit arriva ; une perte effrayante eut lieu immédiatement. J'allai chercher le placenta ; l'hémorrhagie diminua un peu, mais bientôt elle revint tellement abondante, que les affusions froides étant insuffisantes; je ne pus m'en rendre maître qu'en injectant en abondance dans lu cavité de la matrice un mélange de vinaigre et d'eau-de-yie. Le bas-ventre étant très-douloureux , je n'aurais employé la compression de l'aorte descendante qu'après avoir inutile ment mis en usage les autres moyens. Les frictions sur l'yhpogasire, l'introduction delamaindans l'utérus, et tous les moyens propres à rappeler la contractililc de cet organe

furent employés et piévinrenl une nouvelle perte. L'abdomen se boursoulla, une escarre i>angréneuse se forma au\ grandes Jevres et au périnée : mais les lavements, les applications emollientes sur le bas-ventre et une diète sévère, sullirent pour prévenir l'inflammaiion de l'utérus ou du periloire.La malade, ne recouvrant que lentement ses forces ne fut complètement rétablie qu'au bout de quarante jours!

En 1846, le 26 avril , on m'appela de nouveau pour accoucher madame Trollé. Le travail avait commencé la veille à onze heures du soir; il était six heures du matin. Je trouvai la lete de l'enfant en première position dans l'excavation du bassin , mais n'avançant plus , quoique les douleurs fussent sntfisamment expultrices. L'arcade du pubis, se dirigeant en arrière , diminuait les dimensions du déiroit inférieur. Je crus devoir appliquer le forceps au moyen duquel je terminai I accouchement en quelques minutes. L'enfant, du sexe masculin , était vivant et très-volumineux; une perte survint comme après le premier accouchement, continua aussi après l'expulsion du placenta, et ne cessa qu'après l'injection dans l'utérus de parties égales de vinaigre et d'eaude-vie.

Le 15 juin 1847, madame Trollé m'appela pour son troisième accouchement. J'arrivai près d'elle à neuf heures du malin. Le travail avait lieu depuis minuit ; les douleurs étaient suffisantes et de bonne nature; le col utérin était souple, mince, dilatable et déjà dilaté de la grandeur d'une pièce de pinq francs; la tête en première position, encore au détroit supérieur. Les douleurs augmentèrent, le col se dilata de plus en plus, les membranes se rompirent vers onze heures du matin, et une grande quantité d'eau s'écoula. Dès ce moment les douleurs se ralentirent et cessèrent enfin presqu'entièrement : la malade se découragea. Je lui fis administrer, à une heure après midi, quatre ergots de seigle (je n'avais pu m'en procurer davantage) récoltés en 1846 , concassés et bouillis dans 80 à 100 gram. d'eau. Trois minutes après , la malade fut comme réveillée en sursaut par une forte contraction utérine ; les douleurs vinrent coup sur coup et continuèrent avec la même violence; mais la tête rencontrant l'obstacle au détroit inférieur, fut amenée par le forceps à trois heures et demie. L'enfimt , serré au cou par un tour de cordon ombilical, étant dans un état apoplectique, fut rappelé à la vie parla saignée qui résulla de la section prompte de ce cordon.

Deux choses sont à remarquer dans cette observation : 1° l'action prompte , très-énergique , et persistant pendant trois heures et demie, d'une dose très-légère de seigle ergoté.

contre une inertie utérine portée au plus haut deg.e 20 Tabsence de i'héniorrhagie qui ava. siuvi p'^'^'^^^^l Lit es deuK accouchements P'^^^f ,^\^l';"àis résultat était pour moi tellement certa.n, que je lavais

annoncé à l'avance. „..,ar.ri nnmhre des cas qui se

J'ai remarqué , dans le plus iiombie des c q

sont offerts à mon observation , que es e cis a | ergoté étaient d'autant pins P^^^^^^^^ J",!' 'L mo^^^

rlnns les cas de rigidité du col utérin , de pléthore locaie

par l'action de ce médicament ; mai i en res"l^e u e excitation vasculaire pouvant donner lieu a une meliiie

^'T^i observé un fait de cette nature chez la femme d'un

énicier Vée de trente-six ans, d'un tempéramment sanguin,

Se coŒon forte et active. Cette femme , ac^^^^^^^^

T^mii- Il nu'Urième fois, pr t, par le conseil d une sage-iemme,

Te J se de se^ 'e er^L que je ne puis Préciser s n'excédait pas 2"grammes. Le pouls s accele a^

vultueuse, un état d'anxiété inexprimable eut lieu et cepen

dâ t les contractions utérines "'^"S-^^^^nnSion maTs iiiérin avait nuatre centimètres environ de dilatation , mais U é a tïpais e engorgé, sans trop de résistance. Je pratiquai uîsaigSée du b^ï^s Se 500 grammes, et P-scrivis^^ lièdp Au bout de deux heures seulement les contractions uérinefrSent graduellement ; mais l'abdomen était eSent sens^^ que la couverture même ne pouvait être suS lieu naturellement au bout

dXit heures ; mais le bas-ventre resta sens.b e ^u toiu^^^^J^ le pouls plein, dur et fréquent. Une nouvelle sagnee du bras fut pratiquée, des lavements emollients , des fomentations avec la décoc-tion de graine de lin et de tête de pavot lurent prescrits. Ce ne fut qu'après une troisième saignée, pratiquée dans les premières yingt-quatre heures qui s. iviren l'accouchement.que les symptômes s appa.serent, que L lochies parurent et que je pus espérer de sauver ce te femme. Les suites de couches furent naturelles, et le retablissement complet au bout de huit a dix jours.

Lorsqu'il existe de fortes contractions utérines sans pio- "rès du travail , et qu'il y a en même temps pléthore , pouls

plein ei dur, liiri>escence de la face, pesanleiir de léie, on ne don pointadinniislrer l'ergot, mais pratiquer une saignée copieuse. °

[ Il est des médecins qui ne regardent pas la dilatation préalable du col utérin comme une condition indispensable pour l'emploi du seigle ergoté. M. Desgranges rapporte I exemple d'une femme qui prit ce médicament avant le commencement du travail , et qui accoucha une demi-heure après. Haslam obtint le même résultat dans un cas où l'orifice était très-peu ouvert. Mais on sait que quelquefois le col utérin est souple, très-dilatable et cède facilement aux premières contractions de la matrice, ce qui explique la promptitude avec laquelle s'opèrent quelques accoucliements naturels, et, par conséquent, l'effet immédiat du seigle ergoté dans ces circonstances. James Prowe, il est vrai, cite un autre fait où le col , qui était raide et peu dilaté, se ramollit et s'ouvrit après l'ingestion de 4 gram. d'ergot, et M. Chevreuil rapporte seize observations où 24 à 30 grains de cette substance déterminèrent la dilatation du col utérin et le travail de l'enfantement. Michel cite aussi seize cas de nondilatation de l'orifice du col, dans lesquels ce dernier, par l'effet du seigle ergoté, s'ouvrit en quelques minutes plus qu'il n'aurait fait en quelques heures sans l'emploi de ce médicament. Ces raits prouvent seulement , à mon avis , que la non-dilatation du col utérin n'empêche pas l'action obstétricale du seigle ergoté ; mais cette aci ion, quand le travail est si peu avancé et doit nécessairement se faire longtemps attendre, est intempestive et peut devenir dangereuse pour la mère par la nécessité de réitérer les doses du médicament, et pour l'enfitnt , par la compression plus longue que l'utérus, contracté sans relâche, lui fait subir.

Lorsque l'expulsion du placenta se fait trop attendre , ou que sa présence détermine des hémorrhagies, qu'il y a inertie de l'utérus manifestée par le défaut de contraction et l'absence du globe rassurant se présentant à l'hypogastre, l'ergot est indiqué. Aux observations dues a MM. Balardini, Davies, Duchâleau et Morgan, et qui ne laissent à ce sujet aucun doute, j'ajouterai comme assez remarquable le fait suivant: Madame Filiette, marchande de volaille à Samer, âgée de trente-sept ans, d'une constitution grêle et faible , d'un tempérament nerveux, était accouchée de son septième enfant depuis quarante-huit heures , lorsque , dans les premiers jours de janvier 1835, on m'appela en consullation. L'arrière-faix n'était point expulsé, et le cordon ombilical avait été rompu parles tentatives d'extraction ; aucune perte n'avait eu lieu, et cependant l'utérus paraissait êire dans

une complète ineriie. Un état comateux existait depuis quarante heures environ ; le pouls était normal , mais faible ; des mouvements convulsifs avaient lieu de temps en temps aux paupières et aux lèvres ; la face était pale, a peau fraîche , la respiration parfois suspirieuse. L immobilité c l'assoupissement , que je considérais comme Purement hvsiériques, alarmaient la famille et même mon confreie M. Grignon. Cedernip.r,néanmoins, abandonnait la délivrance à la nSture plutôt que de recourir a 1 empl"' se gle ero-oié auquel il n'avait aucune confiance, et dont les vei tus, d'ailleurs, étaient encore contestées par Dupuytren, et aussi par madame Lachapelle , qui , en raison de ses nombreux movens d'expérimentation , devait faire autorité, loutetois, ie proposai d'administrer à la malade une potion composée de 4 £îram. de seigle ergoté en poudre, de 30 gram. d eau distillée de menthe poivrée , de 80 gram. d'eau distillée de fleurs de tilleul, et de 30 gram. de sirop d'écorce d orange, a prendre en trois fois , de quart-d'heure en quart-d heure. Huit minutes après la première prise, un état d'agitalion se manifesta , le pouls devint plus fréquent et plus développe, la matrice se contracta, et, au bout d'un quart-d'heure, l'arrière-faix descendit dans le vagin, et fut immédiatement expulsé. Madame Filielle ouvrit les yeux, revint aussitôt a elle-même, et put nous adresser quelques paroles. Les lochies furent peu abondantes, et les suites de couches se passèrent comme d'habitude. Ainsi, l'action du seigle ergote , dans cette circonstance, a fait immédiatement cesser des symptômes nerveux insolites , difficiles à expliquer, et coïncidant avec la rétention du placenia,en même temps qu'elle a porte la conviction dans l'esprit d'un confrère dont l'incrédulité ne voulaii céder qu'à l'autorité irrésistible des faits. « L'expérience , dit Montaigne, est proprement sur son fumier au sujet de la médecine, où la raison luy quitte toute la place. »

Le seigle ergoté a été employé avec succès dans les hémorrhagies utérines autres que celles qui sont occasionnées par l'accouchement; mais dans ces cas son efl"et est plus lent; la guérison n'a lieu ordinairement que dans l'espace de plusieurs heures et même de plusieurs jours. L'ergot s'est également montré efficace dans les hémorrhagies ayant leur siège dans d'autres parties du corps. Spajrani, Pignacca et Cabini rapportent quatre observations d'épislaxis, huit d'hémoptysie, deux d'hématurie et une d'hematimèse arrêtées après l'emploi de ce médicament. Le docteur Ross the Lancel, vol. 2, p. 127—1845) a rapporté un cas de purpura hemorrhagica très-grave, où le seigle ergoté, administré de quatre heures en quatre heures, à la dose de

25 ccnligrammes dans une once d'iufusron de roses composée, eût un succès aussi prompt qu'inespéré.

Le docleur Macgill a observé le fait suivant sur les bons effets de l'ergot dans les cas de môle hydaiique : Une femme de quarante ans avait une affection utérine annoncée par des hémorrliagies qui se renouvelaient tous les soirs depuis trois mois; à celte époque, le toucher fit reconnaître un corps saillant à l'orifice utérin. L'ergot de seigle fut prescril, et, quelques minules après son administration, un paquet d'hydatides, du volume de la tête d'un enfant, fut expulsé. Dès-lors, l'hémorrhagie cessa pour ne plus reparaître, et la malade recouvra prompiement toutes ses forces et sa sanlé.

Bazzoni [Annali univ . di medicma, omodei) a publié des observations sur l'utililé de l'ergot de seigle contre la leucorrhée. Sur huit malades auxquelles il l'a administré, sept furent guéries en très-peu de temps. La plupart de ces leucorrhées élaient abondantes et existaient depuis plusieurs mois; l'une d'elle durait depuis plusieurs années. Celle où l'on n'obtint que du soulagement était due à une lésion organique de l'utérus.

Le docteur Spajrani [Annali umx)ers. omodei, Marzo, 1830) a tenté de comballre les congestions utérines qui sont souvent le début des phlegmasies chroniques de la matrice, en prescrivant l'ergot. Sur quatre femmes, trois furent guéries, une n'éprouva aucun soulagement. Depuis, plusieurs praticiens, et nolammentLisfranc [malad. del'utérus, 1836), ont employé ce médicament avec succès dans le traitement des engorgements utérins. Il fait cesser, ou tout au moins diminuer graduellement les tiraillements de reins, presque constants dans ces atîections. Le praticien que nous venons de citer rapporte un cas de grossesse avec douleurs névralgiques, prise pour une affection grave du col de la matrice, suivie de guérison et d'un accouchement heureux, après l'emploi du seigle ergoté à la dose de 15 cent, unis à un centigramme d'extrait d'opium pour chaque soir. [otiv. cit., p. 122.)

Le seigle ergoté a été recommandé dans l'aménorrhée par Biegelon, Thacher, Beekmann, Béclard. Giacomini, elc;mais Prescot croit que ce médicament est conlre-indiqué dans ce genre de maladie. L'aménorrhée et la leucorrhée, comme beaucoup d'autres affections, tiennent à des causes si diverses, que l'on peut admettre que le seigle ergoté a pu réussir dans certains cas et être nuisibles dans "d'autres cas en apparence identiques. C'est à la recherche des causes eflîcientes, du siège et de la nature des maladies,

nue le praticien doit s'aliaclier s'il veut distinguer le syni - ?ôme de l'affection essentielle et arriver à des inductions ïiérapeutinues vraiment rationnelles: a ad pnmammah Tml^^ adcausœ occasionem et primordia devemendum

^'^TÀns deux cas de paralysie, M. barbier d'Amiens a observé, après l'ingestion de 36 grains, des secousse^ dans les jambes et les cuisses, et une émission d unne par iet involontaire, d'où il a conclu que le seigle ergpte ag.t iusrsur le renflement lombaire de la moeUe dans les cas d'aff-ection de cet organe. » BibL rfe mer t III,». 530.) De deux paraplégiques, auxquels M. barbier le fit prendre, il y en eut un de guéri, l'autre resta dans le même état: tous les deux éprouvèrent des secousses dans les ïambes et les cuisses. Ducros [Lancet, août 1835), ae Marseille, rapporte plusieurs cas de guérison de paralysie des membres inférieurs par l'emploi de l'ergot pris en guise de café, à la dose 75 cent, à 1 gram. 50 cent par jour. Nous citerons le suivant comme très-remarquable : Un matelot fit une chute du haut d'un mât sur le lillac d un vaisseau : il devint impotent et cul-de-jalte. Pendant quelques temps il fut infructueusement traité par Delpech a 1 aide cles moxas et des moyens ordinaires ; l'ergot, entre les mains du docteur Ducros aîné, de Marseille, en obtint la guerison. M. Vùy'dn (BuUet. dethérap. 1841) a également rapporte quatre cas de paraplégie traités avec succès par le même moyen. M. Boudin [Bouchardat, annal, de itierap., l8/td,j a vu l'ergot réussir dans un cas d'abaissement et de paralysie du rectum compliquant une paraplégie, et dans un cas d'abaissement et de chute de la matrice. M. Ulo a raconte à la Société nationale de Médecine de Marseille {procèsverb. de la séance pubL du 3 décemb. 1848 et compterendu des travaux de cette société pendant l'année med. 1847-1848, p. 52), l'histoire d'une demoiselle de quarantesept ans, forte, à tempéramment sanguin trôs-dévelope, qui, à la suite d'une forte attaque d'apoplexie, fut atteinte d'une paralysie complète des membres inférieurs. Le vingtième jour de la maladie, la paralysie persistant, M. Ulo donna l'ergot de seigle en pilules, à la dose de 20 centigrammes. Après douze jours de traitement, il survint une légère amélioration ; ce médicament fut porté à 30 cent., et, au bout de deux mois et demi, la maladie fut tout-à-fait guérie. M. Ulo cite encore l'observation d'une femme qui, depuis deux mois, était hémiplégique, et chez laquelle l'ergot de seigle, administré de le même manière, produisit, après soixante jours de traitement, les résultats les plus favorables.

L orgol de seigle a la propriété d'augmenter la coiitractilite de la vessie. M. Allier {Jouru. desconn. méd. 1838) 1 a employé avec succès dans des cas où la vessie avait perdu sa contraclilité, par suite de sa distension excessive produite par l'accuinulaiiou de l'urine. M. Guersani fds [Journ. de chim. méd., juin 1839) a signalé aux praticiens 1 application qu'il a faite de ce médicament pour déterminer l'expulsion des fragments de calculs résultant du broiement. C'est surtout chez les vieillards, dont la vessie a si peu d'action, que l'ergot est employé avec avantage.

Fesller, Backer, Dallon, ont employé l'ergot dans les fièvres intermittentes. Sacliero l'a préconisé contre les pertes séminales, et Cluiterburck contre le rhumatisme. D'aulres médecins l'ont recommandé dans l'hystérie, les névra|o-ies internes, la chlorose, la gonorrhée, la diarrhée, etc. °

Les opinions des médecins sur la propriété aborlive du seigle ergoté sont contradictoires et laisseni penser que les cas d'avortement causés par cette substance sont très-rares. Plusieurs femmes m'ont avoué en avoir fait usage sans résultat. Toutefois, comme une prédisposition parriculière de

l'utérus pourrait en fa voriserl'aciion, on doit être irès-prudent dans son emploi lorsqu'on soupçonne un état de grossesse.

Le mode d'administration de ce médicament varie suivant les cas. Dans l'inertie de l'utérus, survenant pondant le travail de l'enfantement, on emploie ordinairement la poudre cà la dose de 1 gram. répétée à des intervalles d'une demiheure, et suspendue dans un peu d'eau sucrée ou rougie, d'infusion de menthe, de tilleul, ou mieux dans du vin. Je la donne à la dose de 4 gi-am. dans une potion composée d'eau distillée de fleurs de tilleul , de menthe poivrée et de sirop d'écorce d'orange. Je fais prendre le tiers de cette potion; si , après une demi-heure, l'effet ne se manifeste pas , je réitère la même dose, et ainsi de suite pour le reste. On peut aussi donner cette potion par cuillerée toutes les dix minutes jusqu'à effet prononcé. Prescoi donnait l'ergot en décoction (2 gram. par 100 gram, d'eau , divisés en trois doses . à prendre de vingt minutes en vingt minutes ). Dans lin cas, ce médecin en prescrivit 4 gram. en lavement. Je l'ai administré sous cette forme dans les cas où le vomissement s'opposait à son ingestion par la bouche.

Lorsque l'ergot est indiqué contre un état morbide et qu'il doit être continué pendant quelque temps, on doit l'administrer à doses fractionnées et rapprochées : on commence à la dose de 1 gram. 20 cent, divisée en six prises, pour arriver ensuite à 2 gram., et revenir graduellement à 1 gram. 20 cent., et diminuer successivement pendant

finémenl l'usa-e do ce médicament, a cause u« su.. ..^ su p i ce ^ arrive raremer.l, celle action

é ordinairement f'ès- modérée on presque nulle

Le docleur Wri^^lit (Journ. de pharm., 27, p. 430] a emplo é\ huile d'e^,ot\avec le plus ^-n^ -ccès dans les c'is où l'on administre le seigle ergole en poudre ou en MusL La dose est de 20 à 50 gouttes dans nn véhicule char^êll^^^^^^^^^ infusion de thé, ou dans une poi.on ege- ^St spi'i euse. « L'effet de cette huile, dit cet auieiir, est ph's 'aplîlc. et son ingestion moins désagréable que celle de l'infusion ou de la substance elle-même. »

L> Xt bien que renfermé dans des flacons parfaitement bouche^i 's'altère , est rongé par des miles et de grosses larves e^devient inerte après un an. L'emploi de celui que le temps a détérioré est probablement la cause qui a fait reo3r ce médicament comme inefficace. La poudre ne doit être préparée qu'au "^«"^^nt de l-administre.s ciu'^^^^^^^ perd promptement ses vertus. M. Debourg-e , de Ro l ot [Journ. de méd. et de ckvrurg. prat., t. 2 , p. 271), membre de la Société médicale d'Amiens, a propose de le conserver par la méthode d' Appert. Il s'est assuré qu après deux années de conservation paï ce moyen , le seigle ergole possédai encore toute sa venu obstétricale. Mais il est plus sur de le récolter chaque année et de ne le pulvériser qu au moment de s'en servir. ] ,„„ ^

L'i RGOTiNE a été employée avec succès a 1 intérieur (25 a 50 cent ) et à l'extérieur contre les hémorrhagies traumaliques, pàrM.Bonjean [Journ. de méd. et de chir. prat., t. 21. p. 5.)

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